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Médias
Fait partie de Les Lettres périgordines
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-
Administration, correspondance et articles: LES
LETTRES PERIGORDINES, 24, rue du Bac, Péri
gueux (Dordogne).
Abonnements et envois de fonds: Charles SOUDEIX
24, rue du Bac, Périgueux (Dordogne).
L'Amicale de la Presse
a perdu l'un des siens
La nouvelle de la mort d’Edme Goyard a causé
une émotion profonde, dans une. population qui,
depuis 1928, s’était habituée à sa haute, silhouette.
Le défunt était doux, affable, serviable; on ne
faisait jamais en vain appel à son concours. Aus
si, s’était-il créé des amitiés nombreuses, non pas
seulement il Périgueux, mais dans tout le départe
ment.
UN JOURNALISTE DE LA VIEILLE ECOLE
Edme Goyard avait débuté à Paris, dans la
grande Presse. Esprit très cultivé, servi par une
élocution facile, il se fit, dès les premiers pas ten
tés dans la voie qu'il avait choisie, une place qui
lui ouvrit bien des horizons, l’amenant à appro
cher les hommes politiques les pins en vue.
Rapidement, il devint journaliste parlementaire.
Goyard se plut à hanter la « Patte » ; il s’adapta
à ce point « l’esprit montmartrois qu’il donnait
l’impression d’être Parisien, quand il avait vu le.
jour en Bourgogne.
Il connaissait les chansonniers, dans le sillage
desquels il s’était glissé. Volontiers, il partageait
leur vie de bohème, un point que, lui-même, était
devenu un de ces bohèmes qui n’ont pas un sens
exact des réalités de ce monde.
Si. souvent, Edme Goyard avait employé une
plume acerbe et utilisé une critique passion
née, il s’était plû dans la littérature la plus pure;
il n’avait pas dédaigné la poésie toute de charme
et de rêve...
Celte littérature l'avait entraîné au-dessus des
banalités de ce monde. Longtemps, il avait vécu
dans les nuages... Hélas !... il en était tombé dure
ment.
Dans les dernières années de son existence,
Edme Goyard s’était trouvé aux prises avec les
cruelles réalités de la vie. Une chose à laquelle
le bohème n’avait jamais songé...
DE PARIS, EDME GOYARD
VINT A PERIGUEUX
Il se trouva 'en contact avec des journalistes
d’un talent incontestable. I)e suite, il se lia d’ami
tié avec eux, et prit rapidement une place prépon-dérante.
Edme Goyard créa des rubriques qu’il sût ali
menter avec son esprit de grand journaliste.
Conteur, diseur, il eut l’idée d’ouvrir une « Tribu-
JOURNAL LITTERAIRE
PARAISSANT
TOUS LES DEUX MOIS
(sauf en août et septembre)
Edme GOYARD
n'est plus
ne Libre », ce qui lui permit de présenter au pu
blic périgourdin des hommes aux talents les plus
divers
Interrompue par la catastrophe, sa « Tribune. »
devait renaître avec succès il y a quelque temps.
Edme. Goyard publia des romans. Quant ù ses
poésies extrêmement délicates, un recueil en [ut
édité, à Périgueux, chez Fanluc.
GOYARD A LA RETRAITE
L'Amicale de la Presse périgourdine en avatt
fait son vice-président, tant il était aimé cl consi
déré par îles confrères aux opinions les plus va
riées.
Comité de Rédaction sous la direction de Charles
SCUDEIX, avec Daniel Gillet, Adrien Colin, Jean
Moreux, Paul Courget, Jehan de Chanterive, Pierre
Bantou, Antoine Payanoé, Jean Delfaut, Georges
Puymangou
et
l’éminent
concours
de
Marcel
Fournier.
Sa mise, à la retraite l’avait affecté profondé
ment; il aimait tant sa profession. II avait en, lui
comme tant d’autres, le tort de vieillir.
Il se faisait si peu à cette idée de ne plus écrire
que, bénévolement, il collaborait à un « hebdo ».
De Saint-Nazaire, pays de Mme Goyard, où il
était allé se reposer, il écrivit un dernier « Cock
tail » dans lequel il rendait hommage aux person
nalités récemment disparues.
Ilélas !... il devait mourir en quelques instants
d'une embolie.
Nous n'étions pas souvent d'accord avec Edme
Goyard. Qu’importe !... .1 l’Amicale, nous ne pra
tiquons que la Solidarité qui s'étend à tous.
Avec Géruud Delmas, délégués par l'Amicale,
nous sommes allés nous incliner sur .su tombesaluer sa compagne et les siens, effondrés de dou
leur
-lu nom de ses confrères attristés comme en
celui de ses amis Périgourdins, nous avons fleuri
lu terre qui recouvre sa dépouille, loin de sou
pays natal et de Périgueux qui ne l’a point oublié.
Paissent ces quelques lignes, en hommage à la
mémoire, d'un journaliste d’un talent incontesta
ble, traduire les sentiments de ses confrères et
d’une population que. sa disparition prématurée a
consternés.
Aux dissentiments d’hier a fait place le respect
le plus profond devant la mort.
Daniel GILLET
président «le l'Amicale
«le la Presse périgourdine
-4ui aunabLeé LectcLceâ
de " Lettres Périgordines "
H. N’EST PAS QUE LA COUPE
QUI SOIT ELEGANTE !
...Le langage lui-même est plein de charme. La
moindre des interventions a une tournure élégan
te, littéraire.
Lorsque Mme Marcelle Montagut présente ses
modèles de saison à un auditoire sélect, elle le l'ait
de façon fort spirituelle.
Au régal de la vue, lors de cette présentation,
s’ajoute toujours celui de l’esprit...
Les expressions sont fines et délicatement
choisies.
Les heures s’écoulent dans l’enchantement le
plus parfait.
(En page 2, l’article de M. Fournier)
•l'ai déjà, à l’occasion d'un précédent artic.e,
parlé incidemment du Théâtre d’Oe, à nies yeux,
seule forme de théâtre vraiment populaire con
servée jusqu’à nous.
S’il n’y avait pas de Théâtre d’Oc, on ne sau
rait en parler; or, c’est un fait, un fait indénia
ble, il existe. Il existe par la vertu d’un public qui.
en Périgord, en Provence, en Languedoc, se pres
se aux représentations,demande des pièces en Oc
fournissant ainsi la preuve que, malgré les dires
de certains esprits chagrins, ii entend la langue
que parlent les acteurs.
Il existe encore, par la volonté et l’enthousiasme
de ces troupes d’.tmu/eur.s', souvent groupés au
tour de l’école et dans les amicales laïques (c’esl
la majorité des cas en Périgord) (pii, avec enthou
siasme montent les pièces où se retrouvent des
personnages bien connus d’eux et qu’ils incarne
ront d’autant plus facilement. Là encore, la preu
ve serait aisément fournie par les relevés de droits
d’auteur perçus et le nombre des représentations
.ainsi que par la demande chez les dépositaires
des pièces en Oc, demande qui, souvent, dépasse
les possibilités des fournisseurs.
Car, il faut bien le dire, le troisième élément de
la trilogie théâtrale, j’entends l'Auteur, semble
n’avoir pas suivi encore le mouvement théâtral
occitan dans son élargissement et son rythme el
nous nous trouvons devant ce paradoxe d’un pu
blic et de compagnies théâtrales qui ne trouvent
pas un répertoire suffisant à leurs besoins.
Le Théâtre retrouve actuellement en France
une vie nouvelle; le travail des metteurs en scè
ne du Cartel, les efforts de Jean Vilar et du T.N.P.,
<les compagnies théâtrales de province, sont à la
base de cet engouement, partout manifesté. Pa
rallèlement le goût du Théâtre se manifeste en
Occitanie, mais il faut bien le dire, ii est freiné
par le manque de diffusion des pièces dont beau
coup 1 ('stent manuscrites ei par l’ignorance où
beaucoup de metteurs en scène occitans sont de
l’existence d’auteurs et des pièces jouées avec
succès dans une région autre que la leur. Ce n’est
pas énoncer une nouveauté d’écrire que la criti-
(pie parisienne, seule omnipotente ne s'intéresse
qu’aux créations théâtrales faites dans la capitale,
ignorant ce qu’a de valable le théâtre d’Oc. Ce- ‘
pendant, je note deux faits qui semblent prouver/
qu'aux bords de la Seine on s’aperçoit enfin de,
ce qui se passe en Occitanie.
Le. n“ lit de la revue « L’Avant-Scène » vient
de publier la traduction française d’une pièce en
Oc de Max Rouquette « Lou Mège de Cucugnan »
(Le Médecin de Cucugnan) dans laquelle écril
Jean Camp « l’auteur a su retrouver dans l’am
biance ensoleillée de son pays et dans les riches
ses du folklore occitan, le Ion de la farce saine
et drue de Molière ». C’est là exactement ce que
je n’ai cessé de répéter el d’écrire de tout le théâ
tre d’Oc.
|
A Paris, on vient de jouer dans une traductions
française, au titre de l’aide à la première pièce. J
un drame de Charles Rallier. instituteur à Eyga-1
lières « Li quatre set » (le carré de sept), (pii I
avait obtenu le prix de la Revue Théâtrale. L'au- ï
teur révélé par la revue « Marsyas » qui paraît a
dans le Gard, a publié un recueil de nouvelles!
« L’erbo de la Roufo », livre remarquable en Oc.j
Il a écrit de nombreuses pièces e; Lettres Fran-/
çaises, vient de publier une interview de Galtieï»
à propos de la parution chez Gallimard de son S
premier roman,
I
Ne trouvez-vous pas significatifs ces deux faits ? I
Ne pensez-vous pas qu’à ce Théâtre d’Oc, ce ntl
sont pas tant les auteurs qui font défaut, mais j
plutôt l’impression et la diffusion de leurs pièces/
dans la langue où elles furent écrites el non dans!
une traduction ? Qui créera enfin pour nos jeunes»
troupes « l’Office du Théâtre Occitan » chargé drl
répondre aux nombreuses demandes et quand I
verrons-nous à Marseille, Toulouse, Bordeaux oui
(pourquoi pas ?) à Périgueux, le 1er Festival < 1
Théâtre d’Oc
|
L'Orphelin
REVUES
zVozzs avons reçu:
On nouiî écrit :
De Bordeaux :
( lier Monsieur,
Lu vacances dans ce beau Périgord dont vous savez
si bien chanter les sites et leur charme, j’ai eu au
cours d’une agréable descente a Brantôme, 1 inatten
due surprise de lire un journal « bien de chez vous ».
l'est assez rare, en effet, que dans un siècle tout
iniier de matérialisme, l’on puisse rencontrer des
hommes encore noètes, et surtout, honneur vous soit
conféré, des jeunes si entreprenants au point de réa
liser ainsi une forme d’extension de leur pensée, de
leurs écrits.
Je vous félicite donc bien vivement d’avoir entrepris
sans aucun recul ni soucis du lendemain, cette œuvre
grandiose- qui vous prendra certes bien du temps,
vous causera bien des tracas, mais vous laissera sur
tout la joie combien grande et méritoire (lu « travail
bien fait » et du « devoir accompli ».
Je serais toujours heureux de recevoir votre jour
nal, et pour ce faire, je vous prie de trouver, le mon
tant d’un abonnement...
...En vous renouvelant toutes mes félicitations, je
nie permets, cher Monsieur, de vous adresser très
sincèrement l’assurance de mes plus vifs encourage
ments.
S.l).
Mainteueur des Jeux Floraux
Membre Honoraire des Ecrivains de Province,
Président de l’Institut de Culture Française.
De Périgueux :
Bravo ! Ami et compatriote Ch. Soudeix. pour
votri magnifique journal «Les Lettres Périgordines».
Tous lies vœux de succès...
M. G.
N.D.L.R.: Les lettres publiées sous le titre: « Le
Livre cl’Dr de « L.P. » peuvent être consultées tous
les jours, au siège du journal, 24, rue du Bac, à
Périgueux.
Sous la mantille, les fronts s’inclinèrent... les
genoux reposaient sur des dalles de marbre de
l’église collégiale. Des voûtes, en ce 8 septembre,
Nativité de la Vierge, tombaient, dans le silence,
les chants de la chorale... L’encens emplissait de
son odeur puissante Notre Dame de Boncevaux.
Malgré le pâle soleil et l’air vif venu des cimes
pyrénéennes, ia foule des pèlerins était dense
dans ce lieu consacré depuis plus de sept siècles
à la revue des Pyrénées Navarraises, la Mère
de Dieu.
Que ce soit de Saint-,lean-Pied-de-Porl ou de
Pampelune qu’on accède à Boncevaux, la roule
esl des plus pittoresques. Pour un Français, c’est
à Valcarlos qu’on fait connaissance avec la terre
espagnole. Le col d'Ibaneta ou de Boncevaux, à
1.057 métrés, donne accès au versant navarrais.
A l'ombre des sapins qui donnent une allure gran
diose et sauvage au paysage, revit le souvenir de
Roland et des pèlerins de Saint-Jacques de Conipostelle, dont Boncevaux était une étape.
L’église collegiale donne une impression étran
ge, surtout à la sortie des pèlerins en septembre.
Mais ce n’est pas ce jour là qu’il faut venir ad
mirer les merveilles de l’église, du cloître qui s'ef
fondra sous la neige en 1000, de la chapelle désaf
fectée de Saint-Augustin à l’écho ample et pro
longé, avec le tombeau de Sanehe le Fort, qui, en
1212, mit en fuite le roi maure Miramamolin, de
la bibliothèque de 15.000 volumes (dont divers
dictionnaires en onze langues et de précieux
incunables.
Par un après-midi ensoleillé, il faut, avec l’éru
dit et aimable chanoine Aîejo Sorbet Ayanz
comme guide, parcourir ees lieux où vit un passé
poignant, t'n agréable petit ouvrage illustré a été
écrit tout récemment en Français sur Boncevaux
par ce dernier, qui se fera un plaisir de vous -le
dédicacer à votre prochaine visite à Boncevaux,
dont je n’en doute pas, vous reviendrez enchan
tés.
Jean MOBEFN.
« Boncevaux, histoire, tradition, légende ». 100
pages sur papier glacé, illustrées: 250 fr. à faire
parvenir, pour la France, à M. le Curé d’Arnéguy
(Basses-Pvrcnées).
« Le Courrier des Neufs Sœurs » ; « L’Essor
du Sarladais »; « Le Périgourdin de Bor
deaux »; « La Lyre Normande »; « L'Eveil du
Périgord »; « L'Alsace Poétique »; « A’enl
Nouveau » ; « Terre Natale » ; « Horizons
Pocliqm s » ; « Entretiens sur les Arts et les
Lettrés » ; « Le Courrier Vauclusien »; « La
Renaissance Provinciale ».
Suis-moi, lecteur ami, parmi tes vieilles pierres,
Dans totis les chemins creux bordés de genêts d'or.
Suis-moi vers celle, tour que recouvre le lierre,
Suis-moi, suis-moi toujours, nous visitons l’Armor.
Allons sous un vieux chaume apprendre une ié[gende,
Courons dans les embruns en nous donnant la
[main,
,lzz pied de quelque saint déposons une offrande,
Aimons Ce que fut hier pour préparer demain.
En suivant le vent fou vers la vague qui tonne,
Parmi les noirs menhirs couronnés de gazon.
Nous cherchons Gaud Mévcl dans la lande bre[ tonne:
Nous découvrons ravis an immense horizon.
Conduits par une fée au manteau de futaine,
Par le songe emportés sur des ailes d’azur,
Nous irons voir le ciel de ma douce Aquitaine,
Et ses vertes forêts et ses beaux raisins mûrs.
Penchés sur une fleur dès que sourit l’aurore.
Goûtons dans un baiser les larmes de la nuit.
Ami suis-moi toujours, car je connais encore
Vue grotte où souvent je rêve, loin du bruit.
Léo JAUBERT.
CLICHES - REPORTAGES ELIE PHOTO
Charles Soudei.v. auteur d’ « Ombres el
Reflets », écrit sa première pièce intitulée:
« l'Orphelin ». Ce drame en quatre actes, dont
l'action se situe ou début de notre siècle, met
aux prises avec sa conscience de pauvre
« bâtard », un jeune homme de. mère incer
taine el de nère inconnu. C’est l’angoisse d’un
« manqué » en face de la société ingrate et
méprisante, ses craintes, ses déceptions, ses
souffrances. Bref, la conception de son triste
élut putatif.
L’auteur envisage de confier le rôle princi
pal à Roland Sorbes, le comédien-fantaisiste
bien connu, et qui, pour les besoins de cette
pièce, reviendra à son premier amour théâ
tral, l'art dramatique.
+
Projet d'un Courrier des Lecteurs
Dans les publications à venir, « Lettres Péri
gordines » ouvrira ses colonnes aux lecteurs
qui voudront bien nous envoyer des critiques,
des suggestions, toujours profitables, et, ceci,
pour l’amélioration du journal.
C’est sous le titre « Courrier des lecteurs »
qu’il leur sera répondu, et que nous tiendrons
compte avec plaisir, et intérêt, de leurs points
de vue.
Donc, amis lecteurs, à vos plumes: 7
Et à l'avance, merci.
G. P.
"N. D. L. R.
Nous prions !e lecteur de bien vouloir nous
excuser du retard apporté à la publication de
ce 4 numéro, retard du à un incident techni
que indépendant à la rédaction.
LETTRE OUVERTE
à M. Jacques Magne
La saison musicale est sur le point de s’ouvrir 1 Décidément, il faut croire que « Lou Piurrou »
Ou « Lou Jacquou », pseudonymes sous lesquels se
et, cette année encore, les mélomanes auront la
possibilité d’assister à un certain nombre de ma ' cache Jacques Magne, dans « Périgord, moun
Non, Monsieur, le ridicule n’a pas tué « Ma SéPais », cultivent la méthode de se faire donner
nifestations de haute qualité. Les Sociétés de la
rénissime Grandeur » ! De plus, si cela peut vous
sur
les
doigts...
par
tout
le
monde
!
Ne
voilà-t-il
ville et « Les Jeunesses Musicales de France »,
être agréable, sachez qu’il m’est doux de penser
pas. a nouveau, qu’il nous lance des fleurs... vénéqui n’ont d’autre but que de servir la culture, vont
que l’anonymat est l’apanage des sots. Ceux-ci ou
\
rieuses
!
Pas
à
celui
qui
écrit
ces
lignes.
Cela
s
’
enaccomplir un gros efi'ort de préparation et d’orga
blieux des principes, forment une pitoyable
Ltend.
Nous
avons
su,
pour
noire
part,
le
ramener
nisation afin de satisfaire leurs fidèles amis.
cohorte, dont vous êtes, Monsieur, le plus digne
là l’inoffénsive avec des moyens tout à fait choisis
serviteur.
LES JEUNESSES MUSICALES DE FRANCE
Ldans la manière d’occire les insectes nuisibles.
Qu’est « Moun Fais » ? Un journal, une feuille,
Le programme de cette année est tout particuliè 1 (.Voir «L. P. » il" 2).
un brouillon... sur lequel les gens (le votre sorte
rement prometteur. Nous retrouverons avec infini 7 A présent, c’est un de nos amis et collaborateurs
jettent, à court d’argument, la reproduction d’édi
ment de plaisir deux visages amis et bien connus \ qu’il égratigne.
tions régionales et dont les colonnes recèlent, en
à Périgueux : Michel Briguet, ex-professeur au I Mais qu’il nous fiche la paix !. Nous ne lui defait d'exclusivité littéraire, les écrits malveillants
Lycée et Meunier Thburet, qui a déjà fait une l mandons rien ! Que lui importe les titres pompeux
de burlesques auteurs.
brillante conférence l’an dernier. Voici la liste lou non, de Jehan de Chanterive Il est vrai que le
Vous me faites savoir, Monsieur, que « les Ar
\ver de terre fui toujours envieux de l’étoile. Cela
complète des manifestations.
chives d’Araucanie-Patagonie tiennent toutes dans
En novembre, ce sera l’Orchestre de chambre \ ne lui est pas une raison pour justifier cet adage.
un tiroir de M. Girardot ». Or, il fut un temps très
de Toulouse. Direction Louis Auricosle. conféren I Veut-il une citation ? Volontiers, nous lui déproche de nous, en 1919. où M. I.eo Magne, votre
cier Michel Briguet.
Idions celle-ci. en digne récompense de ses actions
père, sollicita de l'éminent maître André Maurois,
En décembre : le lauréat du concours interna J d’éclat :
de l’Académie Française, l’autorisat.on de publi
tional : Long-Thibaud (piano); conférencier Meu i
A l'éminent polémiste
cation de la biographie du premier roi d’Araucanier Thouret.
l
Jacques MAGNE
nie-Patagonie. Ce qui me permet de dire :
En janvier : « Sonate que me veux-tu ? >> avec i
Cicencié-ès-lhèle de l’art
Paul Sévilla et Liliane Garmer; conférencier An 7
1) Qu'il est en effet dommage de déplorer l’ab
foute notre indifférence.
dré Jorrant.
sence de documents d’époque, sans quoi, il eut été
Pu point c’est loul.
En février : « Autour du bœuf sur le toit » avec
aisé à M. Léo Magne, dont la sage érudition con
Betty Allen, cantatrice américaine et Raymond 1 El c’est signé :
tient à grand peine dans l’officine de la Société
i,
‘
Charles (S’e) Soudeix (Rc-Sic).
Tournesac, trompettiste. Pierre Petit, pianiste et
Nationale des Chemins de Fer Français, d'appor
—-, Nous avons pris bien garde de ne pas
conférencier.
ter à son œuvre l'envergure mérité.
nous tromper d’arme. A la massue qui.tiie le lion,
En mars : Danses et ballets avec Hélène Vare2) Que si mes fonctions d’Archiviste ne sont pas
nous avons préféré le pouce qui tue la punaise.
uova, Youra LobolF, Alexis et Georges Kobakliidzé
tellement importantes, elles me permettent, toute
(danseurs géorgiens); conférencier Rotislavit Avec suffisance.
fois, de classer certains documents primordiaux,
Ch. S.
OfTinan.
afin d’en annuler leur conservation.
En Avril : En séance supplémentaire, « Si la
3) Que si mes recherches furent laborieuses, il.
musique m’était contée », avec Bernard Gavoty.
ne m’a nullement été besoin de reproduire, sous
il serait indispensable que chacun, faisant spon
Tous les artistes et conférenciers qui se produi
nia signature, comme l’a fait M. Léo Magne, les
tanément les concessions nécessaires, rejoigne les
sent sous l’égide des J.M.F., servent scrupuleuse
rapports des Consuls du Chili, instructions des
rangs de l’harmonie ou de l’orchestre et l’enrichis
ment l’art musical sans aucune concession à la
1 Affaires Etrangères, correspondance avec le Vati
médocrité. Ils savent toujours demeurer accessi se de son précieux concours.
can, documents secondaires, qui citèrent déjà le
Si cela demeure impossible, la musique seule
bles à tous leurs auditeurs, car ils considèrent que
Baron Marc de Villiers du Terrage; le Révérend
en souffrira et, à une échéance plus ou moins
la musique, même sous sa forme la plus élevée,
lointaine, les meilleures volontés ne parviendront i Père Emile Housse, etc...
u’est pas l’apanage d'une « élite intellectuelle »
plus à sauver ce qui peut l’être aujourd’hui encore. I
Par contre, on ne trouve trace dans son livre de
ou prétendue telle.
Ces idées quelque peu pessimistes sont justifiées Z l’avènement de Laure-'I’hérèse l'“, de celui de son
C’est pourquoi nous lançons un pressant appel
par des faits précis.et il serait bon qu’elles soient^ fils, Antoine lit, et de l’abdication de celui-ci, en
aux jeunes... et aux adultes, afin qu’ils se décident
faveur du Chevalier Philippe-Paul-Alexandrelargement répandues et partagées. Il est grand
à grossir le nombre des adhérents. Ils seront fra
lIenri Boiry, prince héritier d’Araucanie, etc...
temps, croyez-moi, de sonnerie ralliement.
ternellement accueillis.
Mais plus facilement, il nous est décrit les con
'APPEL a... qui de droit
Que diriez-vous, Périgourdins, si un jour de Z trées arides d’Amérique du Sud, l’origine des
PARLONS UN PEU
Fête Nationale vous entendiez « La Marseillaise » 7 Araucans, leurs mœurs et coutumes, la Guerre
DES SOCIETES PERIGOURDINES
« L’orchestre à cordes des professeurs du Con hurlée par un quelconque pick-up ? C’est pourtant| Sainte contre l’Espagnol, passages cités en temps
ce qui nous attend à tous. Il serait vain de dissï-l utile par des historiens distingués.
servatoire », dirigé par le maître Léon Duysens,
Et j’en passe, crovez-moi...
muler une les Sociétés souff rent d’une pénurie de Z
aura certainement l’occasion de se faire entendre.
musiciens... surtout à Périgueux.
Quant à M. le Baron Louis Girardot, sachez qu’il
Nous ne connaissons aucun des projets de ce grou
Cèla s’explique facilement. Tout d’abord, lesj lut d'une parfaite courtoisie à l'égard de M. votre
pement. Attendons donc avec beaucoup de sym
Sociétés ne sont soutenues matériellement quel père; et si le livre de celui-ci a vu le jour, qu’il
pathie et de curiosité d’en savoir plus long.
d’une façon notoirement insuffisante. En second Z remercie donc le contenu de ce « tiroir » d’où
« Les Amis de la Musique » ont déjà commencé
lieu, il n’existe aucune école susceptible de for-/ quelques documents sortirent et auxquels le tra
à préparer leur saison dont les deux sommets
mer des jeunes. Tulles, Nevers, Saint-Jean-de-Luz, 1 ducteur ne garde guère de reconnaissance. De
seront la messe en musique à la Cathédrale SaintBayonne, etc... consentent de- gros sacrifices à cetl plus, M. le Baron Girardot. de très ancienne no
Front.
à l’occasion de la Sainte-Cécile, et le
égard. Ici, on laisse ce soin à des initiatives pri-Z blesse et dont la famille, en plus de gens de robe,
Concert classique annuel qui aura lieu au début
vées vouées à une impuissance quasi totale, faute
compte trois maréchaux (l’Empire, est Pair d'Araude l’année prochaine. Le maestro Georges Sartori
canie et Commandeur de l’Ordre Stellaire du
conduira encore ses troupes au succès lors de ces
de moyens financiers.
Quels sont les remèdes A apporter 7
1 Sud.
deux importantes manifestations.
1° Créer une musique municipale (batterie, Iiar-1
Mieux !... J’apprends que M. Léo Magne a assu
« L’Union Harmonique » fêtera la Sainte-Cécile
monie, orchestre), dont les exécutants seraient ap-( mé auprès de la Société Royale de la Constella
sous les voûtes de l’église Saint-Martin. « L'Avant
pointés par répétition et par concert (avec sanc
tion du Sud, le parrainage du Chevalier Philipjje
Garde Périgourdine » et la « Batterie Toulonnaitions pécuniaires prévues pour absences injusti-1 Boiry !
se » honoreront leur patronne aux églises de
Vous voyez, Monsieur, qu’ii serait vain, tant
Saint-Georges et du Toulon. « L’Estudiantina Pé fiées). Je sais que l’on peut me répondre : d’autresl
dépenses plus urgentes sollicitent l’attention de, pour votre père que pour vous-même, de poursui
rigourdine » et « L’Union Chorale » ne restent pas
nos édiles. Tout cela ne tient pas. Ignorerait-on ce
vre la rédaction de problèmes politiques et so
inactives, elles sauront nous le prouver.
qui se passe ailleurs ? Une telle mise de fonds est, ciaux..
APPEL AUX MUSICIENS
parfaitement rentable. Une bonne harmonie, un(
En souvenir de la noble figure du fondateur du1
Les dirigeants et exécutants de ces sociétés
orchestre symphonique de valeur sont très de
Royaume d’Araucanie-Patagonie. je me suis atta
sont tous des gens dévoués. Leur tâche est souvent
mandés et c’est évidemment dans la Caisse Muni-1 ché à la Personne du Prince Philippe d’Arauca
pénible et ils l’accomplissent avec beaucoup de
cipale que seraient versées les sommes ainsi rap
nie. dont la sympathique et juvénile audace m’a
cœur et de conscience. Est-ce à dire qu'en ce do portées.
conquis, dont l’esprit, imprégné des plus hauts
maine tout aille pour le mieux ? Personnellement,
2’ Nommer quelques professeurs (deux suffi?
sentiments chevaleresques remplit d’aise le par
je ne le pense pas. Je n’ignore pas qu’il existe de
fait chevalier que je voudrais être.
raient) — après concours—. chargés d’enseigner
petites rivalités personnelles ou collectives, je
le solfège dans les écoles primaires. Leur rôle con
JEHAN DE CHANTERIVE.
sais aussi que de légères blessures d’amour-propre sisterait également à diriger les élèves doués vers
sont lentes à se refermer, Et pourtant, chacun de
une Société où ils seraient initiés à la pratique de
ces braves gens aime la musique et lui consacre
l’instrument qui correspondrait à leurs aptitudes.
souvent la plus grande part de ses heures de loi
Je n’espère pas que tes modestes suggestions
sir. Pourquoi n’effacerait-on pas ce passé qui de soient écoutées. Peut-être sera-t-il trop tard lors
vrait être révolu alors qu’un avenir lourd de me qu’on se décidera (et ça viendra hélas ! par la
naces apparaît à l’horizon ? L’harmonie, les or force des choses) à examiner cette question.
chestres se dépeuplent. Les disparus sont de plus
Jehan de' Chanterive nous quitte pour l’Afrique
en plus difficilement remplacés. A certains pupi
du Nord.
tres. on ne trouve plus d’exécutants. Tout cela
Nous lui souhaitons un prompt retour auprès
constitue hélas ! une série de faits avérés. Pour
de sa famille et (le notre journal.
maintenir le prestige de la musique à Périgueux,
Page des Poètes de “ Lettres Périgordines ”
I
LA VIELHO ROUTO
Lu vieille roulo abandounado
De mai en mai à chaco unado,
Louei doit inaine ans murs gris
Grimpa siau Ion plateù
E porto Ion fai greù
Doùs vieis chalans voûtas coumo lions peleris.
Toujours pus goto, elo s'en uni
Balin, balan, en lai, en lai.
Sur Ion terme peirousante degun ne passo;
Ta louei qu’un n'auvo jamai
Dindà las auras ni mai
l’ne rodo jang'.à en enlalhà sa Iraço.
La viellio routa n'en pod pus
Sous faussas soun disparcgus;
Lu ve.iiho roula ci dins loti bouci
Dins Ions talis, dins la broudacbo
Aille ne ne peu bucho-bouei.
Ante peu drouliehon ne fai coudà sa Vticlio.
La nie’ho roulo
Se traino enquero, presque touto
Minjado d'erbo que la brouto:
Entroupado d'un liam
De rounzcis. île bregou,
La vieille routa
Ghabo Soun tan
Dejoiis lur sourue nwudclaii.
Marcel FOURNIER.
POEMES EN PROSE
Sans tittes ni buts...
Elle lui a dit: « Va ! .le le bais ! » Le cœur
brisé. IL est parti an hasard des chemins...
IL est parti, n’emportant pour toute richesse
que la guangue de ses souvenirs qui le tenaillent
douloureusement et le harcèlent comme une horde
de chacals malfaisants. Il avait cru en elle,
comme on idolâtre un Dieu, le Iront bien haut,
l'âme heureuse, le cœur aveuglément confiant.
Et puis... oh !
...I! g a les souvenirs qui vous déchirent les
entrailles, qui vous meurtrissent affreusement et
dont on lie peut pas se débarrasser...
Des souvenirs qui vous hantent et vous
effrayent...
Des souvenirs que tout homme porte en soi...
Des cauchemars qu'on a fait, une nuit, et qui
ne vous quittent pas...
ELLE l'a chassé parce quelle ne l'aimait plus,
parc,' qu’elle en avait assez de LUI, et qu'il, n’ins
pirait plus l'amour. ELLE a ri, brutalement et
salement, comme une garce. Gela ressemblait à
une mauvaise lumière, toute pâle, descendue au
fond du sépulcre de. la misère humaine, dans les
ruines d'une âme torturée, espèce de spectre
dénudé de toute affection, comparable à un tom
beau vide d’où l’on ne revient pas. Gracile, EI.I.E
a souri. Meurtri, II. a pleuré. Beaucoup. amère
ment, comme un gosse. Il faut bien de ces choses
là. Autrement, la vie n’aurait plus sa raison
d’ê re. Gelte vie faite d'injustice et d’ingratitude.
Il faut aux uns le bonheur, aux autres les san
glais.
...ELLE l’a chassé. IL est parti. Son cœur s’est
refermé sur de pauvres et combien pitoyables
reliques: SES SDGVEXIHS !
+
La pluie tombait, fine et intermitente. Les che
mins s’étalaient en larges flaques d'eau. L’au
tomne s’annonçait. Déjà les arbres se dépouillaient
de leur feuillage jaunissant, et les champs revê
taient lu couleur terne dc ta rouille. Sons la
fadeur grise du ciel, les hirondelles se groupaient,
préparant leur départ pour les pays lointains. En
vent léger mais froid donnait leurs premiers fris
sons et leurs premiers envols aux feuilles mortes...
...En homme allait par un chemin glissant et
détrempé. Scs lourds sabots de bois, tout boueux,
faisaient un bruit mal et assourdi sur le sol
Amie, sur cette toile...
A F.A. de B.
.luire, sur cette toile où vos mains gracieuses
Broient les splendides couleurs:
Sur ces tableaux de rêve où le pinceau charmeur
Trace des courbes harmonieuses,
Eixez-y le ciel bleu, les grands lacs d'argent,
Le Printemps.
Eixez-y les nuées qui flottent au [il du vent
Transparent ;
La nature toute entière avec ses splendeurs,
Ses douceurs:
Les bois pleins de chansons aux notes métalliques.
Et féeriques.
Eixez-y le soleil, le bonheur des beaux jours:
Noire vie qui voudrai! la joie d'aimer toujours.
Eixez-y de vos doigts au délicat talent
Tout ce que l’univers a de plus séduisant.
Car votre âmc assoiffée du besoin de tout peindre
S'ouvre à mille destins, heureux ou malheureux :
Elle s'ouvre ù l’horizon quand l'aube vient de
[poindre
El s'étend loin très loin, d’un vol audacieux !
('.hurles SOUDE,X.
Romance d'automne
Gcs jours ensoleillés d'automne
Invitent, n'e.st-cc-pas, Mignonne,
.4 une promenade à deux !
Pour des bords fleuris de rivière,
Le doux Campniac el La Boissière,
Quittons, gentiment, Périgueux I
Tous les deux, vivons le beau rêve,
Ce rêve à la grâce, trop brève
Qu’avant nous a vécu Manon !
Celui d’avoir sa maisonnette,
Au, fond des bois, humble et coquette,
.1 vec un toit teinté de blond !
Là nous chaulerons, ma Mignonne
Cette chanson qui papillonne,
L’éternelle chanson d’amour...
Puis, rentrant au soir qui s’achève,
Nous vous dirons : Adieu beau rêve,
Rêve qui n’a duré... qu’un jour !
Adrien COLIN.
LA BASILIOUE SAINT FRONT à PERIGUEUX
VENDANGE
Bleutée erre [et brume au creux du frais sillon,
Inlassable et seule une palme dédaignée
llruisse en vain, se débat, comme un gros papillon
Secoué d'agonie aux toiles d’araignée.
Odeur de mont, d’humus; au chaos des chemins
Cris plaintifs des chariots, frondaisons dévorées
De lèpre et de noirceur, chants joyeux des gamins
Qu’accompagne renvoi des feuilles mordorées.
Frileusement serré sur les gazons jaunis,
Diadème odorant des ceps autour des souches;
Ovaires inféconds, pétales racornis,
Que la brise, en passant, d'un coup d’aile effa! rouelle.
Refrains des vendangeurs animant le côleau.
Murmure dans le vent des branches dépouillées,
Stoïque et résigné, sous les feuilles mouillées.
Silence de la grappe au tranchant du couteau.
Georges PUYMANGOU.
amolli II avait un air tristement pensif, et sa tète
cachée à demi sous un large feutre, par moment
avait des hochements. Snns doute se tenait-il,
intérieurement, de mornes réflexions. Il avançait
du même, pas régulier, sans prêter attention à la
pluie persistante.
Soudainement, ii s’arrêta, surpris.
En bordure du chemin, assis sur le talus, un
enfant était là, indifférent à tout, a la pluie, au
froid, à l’homme qui le regardai!. Il semblait dans
l’inconscience. Vêtu lamentablement de haillons,
les cheveux en broussailles, tout grelottant, scs
yeux fixaient avec insistance un endroit du fossé,
dans le renfoncement d’un buisson.
S'étant approché de plus prés, te passant intri
gue remarqua une sorte de. petit tertre ressem
blant à une tombe, et sur lequel était piqué une
croix faite dc deux brins de bois soudés ensem
ble.
L'homme devina la douloureuse vérité dans ce
navrant spectacle. Il s’avança doucement, pour
ne pas effrayer l'enfant et lui dit d'une voix
affectueuse, mois où tremblait l’anxiété.
— Petit, que faites-vous ici tout seul ?
L’enfant se retourna, vit l’homme et répondit
sans aucune frayeur et avec quelque chose dc
vide et de choquant dans le regard:
— Ghul ! Elle dort, maman. Ne la réveillez
pas !
A force d’attendre en vain le réveil de sa
mère enfouie désormais sons cette terre, à force
de rester à la pluie, el au froid, le pauvre gosse
avait perdu l'esprit.
La misère est humaine, m'a dit un prêtre I
Charles SOUDEIX.
« F.a Pensée Humanisée »
Saint-Front à Périgueux, basilique romaine.
Dont le cloilre est connu de l’Enivers entier.
Dresse superbement sa masse souveraine
Ses coupoles en croix et son clocher altier !
La majesté du lieu dès rentrée vous écrase.
L’âme émue vous priez auprès d’un vieux tombeau
Devant de beaux vitraux vous tombez en extase
Quand vous levez la tête invoquant le trèshant !
Ensuite du clocher vous admirez l’horloge.
Et de son inventeur vous pouvez faire éloge
H est depuis longtemps monté vers sPs aïeux !
Tourné vers l'horizon vous regardez te Monde.
De là vous dominez les bois, la terre el l’onde
Qui gisent à vos pieds sons la voûte des cieux !
Antoine PAVANEE
1955
Ce sonnet est extrait d’une longue série « Pro
menades Périgourdines ».
TOI
C'est dimanche et lu es loin de moi,
Je pense à toi:
Près du lac qui sourit au ciel bleu,
Gomme tes yeux
Le soleil lance ses rayons d’or,
Gomme ton corps;
Connaissant de l'amour énivrant
Le doux tourment,
Des amoureux savourent le bonheur
De leurs deux cœurs...
Mais le mien ne ressent nul émoi :
Tu es loin de moi...
Jean MOREUX
NOVEMBRE
A Luciane.
Au flanc de la colline
Où le champ des croix veille,
Sous la garde divine
Plus d’un enfant sommeiiie.
Saison d'ombre et de terre,
Glas lugubre et vivant
Quel effrayant mystère,
Quel secret décevant,
Pleures-tu dans la pluie.
Gémis-tu dans le vent.
Lorsque souffre et s’ennuie
En cœur qui va rêvant ?
Paul COURGETX
Plaisir de la lecture
SARLAT
S'il y il une ville qui nous a le plus ravi
et intéresse par sa beauté, sa noblesse et son
charme resplendissants, c'est bien Sarlat, en
Périgord.
Vous ta découvrez du haut de la chaine des
collines et des sommets qui l'environnent,
douillettement enfouie dans un cadre pitto
resque qui lui donne un cachet tout particu
lier.
Figurez-vous un bloc de vieilles demeures
moyenâgeuses, resserrées, groupées autour
d'un" chef-d’œuvre de cathédrale, gothique,
embellie par son histoire ancienne et par le
temps qui l'a marquée de son passage pous
siéreux et grisâtre. S’offre à votre vue un
curieux panorama de toits pointus, de tours et
de façades, de ruelles étroites et une enceinte
circulaire, image fidèle d'une époque révolue.
Contraste bien saisissant de cette cité, dont
la fondation remonte à Charlemagne, avec
l’alignemenl parfait des maisons modernes
qui la côtoie, hors des remparts, au nord et
au sud.
Conquis par cette vue d’ensemble admira
ble qui fait revivre les temps lointains, vous
descende: lentement des hauteurs, jouissant,
au mur et à mesure de votre approche, de la
vihe dans ses moindres détails.
Chacune de ses ruelles est une curiosité.
Chacun de ses édifices est digne d’un réel
intérél. .1 remarquer son église Sainte-Marie
au style original; sa Lanterne des Morts au
toit conique (Xlh siècle); ses vieilles portes
fortifiées; ses maisons Renaissance d’Eiienne
de la Roëtie, l'ami de Montaigne, des de MalIcville; ses vieux remparts, ses jolies prome
nades cl son jardin public dessiné par Lenàtre.
Romantique décor â la vue duquel nul ne
peut rester insensible.
FA quand, le soir, le soleil embrase l’occi
dent de ses teintes pourpres et dorées, les
toits noircis de l'ancestral Sarlat, patrie de
Fénelon, brillent des mille éclats pittoresques
el évocateurs de son passé prestigieux.
Charles SOUDEIX.
Visite... touristique...
Le car. tel un énorme insecte bleu et blanc,
bardé de plastique, stoppe sur le gravier de la
place Francheville. Le véhicule venant fie
Londres a dû par conséquent traverser la
Manche pour parvenir jusqu’à nous, parcou
rant des centaines de kilomètres afin de visi
ter Périgueux...
Les voyageurs descendent, font quelques
pas pour se dégourdir les jambes, des femmes
brossent leurs jupes froissées. Le soleil brille,
très haut, inondant tout ce qu'il touche
d'un frémissement joyeux; première et récon
fortante impression!
Mais voilà que le guide s'avance et s'entre
tient avec l'interprète. Quelques minutes plus
tard, nos touristes mitraillent la Tour de Vé
sone de leurs appareils photographiques, puis
écoutent attentivement ce que leur indique le
guide par le truchement de l'interprète. Peu
-tle commentaires dans l'honorable assemblée,
qui se contente d'admirer. La visite se pour
suit par la cathédrale Saint-Front el sa cryp
te; extase et recueillement paraissent ici lès
^sentiments prédominants du groupe.
Quelques centaines de pas et voici nos
--amis sur les allées de Tourny. les appareils
«crépitent à nouveau, le paysage mérite, bien
•cela !
On revient en flanant par les boulevards,
un coup d’œil compatissant vers le Palais de
-Justice qui se refait une beauté et puis, deux
«cents mètres plus loin, c'est le drame:
— Si messieurs les touristes daignent diri-
Que de 'livres nouveaux en cette période de
rentrée où les soirées au coin du feu vont inciter
au plaisir de la lecture !
Parmi les ouvrages reçus récemment en service
de presse, une place à part doit être laite au re
marquable volume de la collection in-quarto La
rousse « Lu Vie des Plantes » qui vient, après « La
Vie des Animaux », « La France, géographietourisme », nous démontrer les merveilles de
l’univers qui nous entoure. Dans ce grand volume,
magnifiquement illustré, nous partons à la dé
couverte du monde végétal dont nous apprenons
la constitution, la structure, les croissances, la
reproduction, les /rapports avec l’homme (ali
ments, remèdes, ornements, etc...). Trois natura
listes renommés en sont les auteurs : André Guil
laumin, Fernand Moreau, Claude Moreau.
’vw La nouvelle est un génie à part. Aux Edi
tions du G.E.L.F. (Cercles d’Etudes Littéraires
Françaises. 92 rue Léopold, à Molines, Belgique,
et 52, rue des Trois-Frères, à Paris (18e), deux
recueils viennent île paraître, l’un « Notre-Dame
de lu Vérité », par léon Marsanl, qui nous conduit
en Flandres, aux siècles passés, et « Les mal
vivants » de Wil Vermeulen, ouvrage aux phrases
courtes, un peu hachées. Beaucoup plus impor
tant se révèle le gros volume de 320 pages de
William Saroyan « Mon cœur est sur les monts
d'Ecosse » L’auteur, né en Californie en 1908. de
parents arméniens émigrés, après avoir exercé
tous les métiers, s'est consacré à la littérature où
son succès se révèle certain. Sensible à la beauté
de la nature, hostile à la frénésie industrielle et
guerrière du monde moderne, W. Saroyan expri
me dans ces nouvelles le rêve d’un nouvel Age
d’or de l’homme moderne. (.Del Duca. Editions
Mondiales, Paris).
Pour ceux qui aiment la mer. les navigateurs
d’autrefois ou d’aujourd’hui, tes chasses marines,
la guerre sur mer, « La bibliothèque, de la mer »
(Amiot-Dumont, éditeur) offre une grande variété
d’ouvrages dont, parmi les derniers parus :
« Aventuriers de Bretagne sur les Océans », par
Georges G. Toudouze, de l’Académie de Marine.
Dans son « Tableau de la France », parlant de
la Bretagne, Michelet a écrit : « Ces gens là font,
tous les jours, des choses plus hardies que Chris
tophe Colomb ». C’est cette phrase que l’auteur
eut constamment à l’esprit, dans son cabinet de
travail, entre Sein et Ouessant, en écrivant ce vo
lume qui n’est ni une histoire de la Marine, ni une
histoire de la Bretagne, mais simplement « utili
sant certains récits et diverses légendes, une évo
cation d’aventures colorées, héroïques et pittores
ques »
C’est la guerre civile espagnole de 1936-39 qu'é
voque dans une œuvre attrayante et documentée
Lucien Delarue, membre de la Société des Gens
de Lettres de France dans « Pascualete de la Ga
lère »
(Edit. Subervie. 20 rue de l’EMbergue,
Rodez).
L’auteur présente son œuvre non comme le
fruit d’une imagination fertile, mais comme le
récit entièrement vécu d’un des aspects fie cette
lutte qui vit tant d’hypocrisie, de haine, de trahi
son, unies aux plus nobles et chevaleresques ver
tus. Bien construit, ce roman se lit avec avidité.
L'Indochine, « perle que nous avons perdue.
ger leurs regards vers la droite, s'écrie le
guide, ils pourront apercevoir le Théâtre Mu
nicipal !
...Stupéfaction générale!... Les yeux s’écarquillent cherchant vainement ce qui pourrait
ressembler au monument cité...
— Aoh! Très drôle, s'exclame un brave
clergyman, je vois qu'en France, quoique l'on
dise, l’humour ne perd pas ses droits!
Hélas, cet assemblage de pierres sales et
grises, nu’ëgayent seulement les couleurs ta
pageuses des affiches publicitaires, est-il di
gne d’une plaisanterie? Même pas!
A côté des richesses archéologiques el his
toriques de notre cité, est-il permis de voir
une telle calamité! Angoulême, ville voisine
sans prétention, possède un théâtre respectabale. Alors?
Une ville sans théâtre ressemble bigrement
â un homme sans âme!
Gilbert DANTV.
dont on a effacé jusqu’au nom â défaut, de l’es
prit », tel est le cadre de « Autour du Dragon
endormi », de E.A. Boabeaud. L’auteur a voulu
revivre, dans ce fort volume de 286 pages, In
société coloniale de la période d’entre deux guer
res, si peu connue, parfois décriée par nousmêmes, société à laquelle notre lointaine colonie
a dû, au vingtième siècle, expansion el prospé
rité. Aimant l’Indochine pour y avoir longtemps
vécu, l’auteur, une universitaire, ne pouvait qu’é
crire un roman de classe, vision passionnante et
vraie de la vie vécue au Tonkin par les Français
et les indigènes (Edit. Subervie. Rodez).
Sans le moindre tapage, « Solitudes d’Anglais ,»
(.journal d’un promeneur) a vu le jour à Montau
ban, en 1941. C’est une réédition que présentent
aujourd’hui les Editions Subervie, avec une lettrepréface d’André Gide à l’auteur, Pierre Bayrou.
« Quel compagnon exquis vous pouvez être ! —
écrit André Gide -— Combien me plait l’attention
toujours aux aguets que vous portez à la fois sur
l’horizon lointain et sur les arbres qui bordent
votre route, sur les insectes et sur les moindres
fleurs, dont vous aimez à vous redire le nom. »
Dédié « au vrai, au grand, au seul poète des
campagnes: Henri Fourrât, ce volume, simple et
plein de fraîcheur », confidence d’un homme de
cœur et de pensée, qui vous convie à partager sou
intimité, ses inquiétudes, ses révoltes, ses hési
tations, ses questions sans réponse, tout ce qui
fait la mélancolie, mais aussi la richesse d’une
vie intérieure ». (B. Martin du Gard) réhabilite
le monde terrien, le calme des champs.,. (152 p.,
450 francs).
Avec la collection « Plaisir du Voyage » (Le
Centurion, 5 rue Bayard, Paris (8e), partons à
la découverte des terres proches ou lointaines
Neuf volumes de 96 pages illustrées sont déjà
parus. Parmi les derniers, figurent « Versailles et
ses prestiges », par Philippe Lannion qui, avec
une érudition très sure nous conte les étapes de
la construction du chateau, nous en fait visiter
les splendeurs, retraçant d’une plume alerte les
grandes heures et les jours sombres de cette mer
veille, et explorant aussi judicieusement la ville
et ses environs. Quant à Jacques Heers, après un
exposé précis sur l’histoire, l’activité économique
et le folklore andalou, il nous peint dans « Mer
veilles en Andalousie » les fameuses cérémonies
religieuses de Grenade et de Séville et nous convie
à un circuit enchanteur dans des cités chargées
d'histoire et de gloire. Le texte évocateur suggè
re fort bien l'atmosphère si complexe de ce pays
capable de laisser un impérissable souvenir à
ceux qui l’ont vu.
Chacun de ces ouvrages est complété par de
précieux renseignements d’ordre pratique.
Les poètes, eux aussi, n’ont-ils pas un étrange
pouvoir évocateur ?
« Féerie rose el noire », de Roger Vtmderstracten (Edit. Subervie, Rotiez), bon recueil de 110
pages en vers généralement classiques; et « Les
Schaltinienncs », de Raymond Schaltin (114 p.
Aux Editions de la Revue Moderne, 88 rue SaintDenis, a Paris). R. Schaltin y a employé une cons
truction dont il est le créateur, consistant en qua
irain, tercet, distique et vers isolé, où le jeu de
la rime entrelacée, dans la succession masculine
et féminine, est de rigueur.
Il ne se passe guère de mois sans (pie ne parais
se un ouvrage ayant trait au Périgord : roman
ou livre de voyage. Dans le genre à la fois touris
tique et littéraire, après le récent « Périgord »
de « Richesses de France », c’est au tour des
Editions Hachette à nous présenter, dans la col
lection « Albums des Guides Bleus », aux titres
évocateurs, que dirige Francis Ambrière. Un vo
lume sur le « Périgord » (neuvième de la collec
tion) que revêt un artistique couvre-livre repré
sentant Gastelnaud. La présentation en es) de M.
André Maurois, les photos de M. Hugues O'Heguerty, les notices géographiques, historiques et
archéologiques de M. Jean Secret; c’est assez dire
combien le lecteur, combien le curieux prendront
plaisir, d’une part à admirer ces photos origina
les, prises toujours sous un angle idéal et nou
veau, d’autre part à lire et à relire les trop courtes
pages dues à un académicien et à un érudit. Cer
tes, les trois créateurs de ce volume ne sont pas
Périgourdins de naissance, mais peut-être est-ce
un bien, car ils ne pourront être suspectés
d'amour exagéré pour un terroir qui aurait pu
les voir naître, terroir qui touve ainsi, dans cet
ouvrage, une nouvelle exaltation de ses beautés.
.Jean MOREUX.
Alexandre Dumas fils dînait chez une célébré
actrice. H était seul de son sexe.
« Vous qui connaissez tout, lui dit la maîtresse
de la maison, dites-nous donc pourquoi il v a des
hommes.
•— Madame, répondit l’écrivain, c’est pour em
pêcher les femmes de s’assassiner. »
TRAVAIL ABSORBANT
Frédéric Morel, l’éminent helléniste du XVI'
siècle, travaillait à traduire un manuscrit grec,
lorsqu’on vint lui dire que sa femme, qui languis
sait depuis quelque temps, était malade, et qu’elle
voulait lui parler.
« Je n’ai plus, dit-il, que deux périodes à tra
duire, et après cela, j’irai la voir. »
l'n second envoyé vint lui annoncer cu’elle était
a toute extrémité.
« Je n’ai que deux mots à écrire, dit Morel,
allez, retournez vers elle, j’y serais aussitôt que
vous. »
Un moment après, on vint lui annoncer qu elle
était morte.
« J’en suis très fâché, dit-il. c’était une bonne
femme. »
Et il continua son travail.
SAGESSE FRANÇAISE
— Quand on a raison, il faut raisonner comme
un homme; et comme une femme quand on a tort.
(Toute!).
— Le courage n’est pas encore aussi rare chez
les hommes qu’on veut bien le dire : Voyez com
bien se marient. (G-. Vapereau).
— Ce n’est rien de mourir; c’est effrayant de ne
pas vivre (Victor-Ilugo).
— Souvent avec presque rien, un peu d’énergie,
de confiance, de gaieté, on met en fuite des catas
trophes. (.1. Ccipus).
— La grande erreur des gens d’esprit est de ne
pas croire le monde aussi bête qu’il est [Mme de
Tendu).
TRAVAIL DE ROMAIN
On parle souvent d’un « travail de Romain »
(sans doute par allusion aux immenses travaux
d’art qu’ils ont laissés).
En réalité, le Romain qui le pouvait ne travail
lait guère par lui-mêine, excepté l’avocat (rare
profession jugée digne d’un citoyen) et l’homme
politique (qui était généralement un avocat).
Les < hommes libres » pouvaient exercer des
proiessions très diverses : magistrats, prêtres, avo
cats, commerçants en gros, financiers, commer
çants de détail en boutiques (le maître d’école était
considéré comme un commerçant), ouvriers ur
bains et agricoles, etc...
Les « esclaves » faisaient toutes sortes de beso
gnes, des plus rudes travaux manuels aux métiers
intellectuels (secrétaires, pédagogues, médecins...).
Des esclaves « publics » étaient utilisés pour les
services publics, voirie, lutte contre les incendies,
etc... .
A Rome, la « journée de travail », commencée
dès l’aube, se terminait pour tous à « midi ».
C’était, l’heure du « prandium », repas léger et
toujours pris sur le pouce. Après on faisait la sies
te, on prenait un bain.
Vers le milieu de l’après-midi avait lieu le prin
cipal repas ou « cpna », qui s’achevait à la nuit
tombée.
(D’après le Guide Romain Antique (Hachette).
RECTIFICATION
Dumas fils n’aimait pas Gambetta. Il l’avait
surnommée cet illustre Gaudissart ».
Gambetta, ayant protesté, Dumas déclara :
« C’est bon, je retire « illustre ». N’en parlons
plus. »
DEFINITIONS
Du philosophe Vacherot : « La philosophie est
une béquille à la lueur de laquelle nous naviguons
sur le bord d’un volcan. »
Une femme disait : « En égoïste, c’est un mon
sieur qui ne s’occupe pas de moi. »
Ainsi il n’y a pas eu de progrès constant reprêentable sous la forme d’une magnifique droite
iscendante, mais plutôt une suite de découvertes
nêlée de périodes de régression. Il n’y a pas eu
ine invention du fer mais plusieurs inventions du
er, peut-être simultanées, et il est intéressant de
loter que le progrès alla de plus en plus vite.
En Europe on mit 400.OOü ans pour passer du
;rossier liface au racloir et à la pointe moustéiens. 100.000 ans après on était en plein paléolihique supérieur, Lascaux était peinte. 11 y a à
leine 5.000 ans qu’on commença à polir les hahes et 3.000 ans après les métaux firent leur ap
parition. Quelques siècles encore et les premiers
recs arrivèrent, puis les 5 siècles d’occupation
omaine; les barbares, le Moyen-Age, tout cela se
léroulera de plus en plus vite, on ne comptera
dus en millénaires mais en siècles. Nous voilà
éjà aux temps modernes, la course au progrès
evienl frénétique; voici le grand bouleversement
cientifique du XIX' et du XX’ siècle. Dès lors, ce
l’est plus en siècles qu’il faut compter mais en
nnées, et le récent essor des industries atomi
ques nous obligera peut-être à calculer en mois ou
aême en jours.
Malgré cet immense progrès, nous ne devons
ias oublier qu’un grand nombre de nos connaisances remonte à la préhistoire et surtout au néoithique : nos anciens « chaleïs » sont évidem
ment des répliques des lampes à huile romaines,
nais leur ancêtre véritable est la lampe préhistoique en pierre que l’on trouve parfois dans les
isements ou dans les cavernes.
Le filage et le tissage furent aussi découverts à
Dans les dernières productions, de valeur iné
gale, qui ont été récemment éditées, nous avons
relevé avec plaisir la Sérénade n" 13 de Mozart,
plus communément désignée sous le titre « Petite
musique de nuit ». Ce morceau a été exécuté par
l’orchestre de chambre de Radio-Berlin, direction
Wilhelm Strass dans la série Mélomanes Français.
M.F. 2-506, en 25 centimètres. Cette œuvre pim
pante, d’une allégresse légère, évoque les fasl ,
d’une fête de nuit. Son élégance, sa richesse mé
lodique, son rythme rempli de gaîté, notamment
dans le premier mouvement, forcent l’admiration.
On retrouve avec joie un aspect particulier du gé
nie de Mozart. L’exécution en est parfaite quoi
qu’elle ne surpasse pas celle de Furtivaengler à la
tête de l’orchestre philharmonique de Berlin.
Ducretet Tompson nous offre les ouvertures
1, 2, 3, de Léonore et celle de Fidelio (Beethoven),
par l’Orchestre de l’Opéra de Vienne, direction
Hermann Scherchen, disque n° 320 CW 044. Cette
succession de trois versions de l’ouverture de Léo
nore peut paraître bizarre, elle est cependant fort
intéressante. L’ouverture n° 2 est la plus prenan
te parce qu’elle est plus concentrée et que c’est
celle. où apparaît le mieux le génie du grand musi
cien. Elle se déroule selon un véritable mouve
1
ment de drame plein de grandeur et de densité.
L’exécution en est prenante par son dynamisme et
sa vigoureuse ardeur.
Nous signalons tout particulièrement aux mélo
cette époque et l’on trouve dans les camps néoli
thiques les fusaïolles en poterie ou en oursin per
cé qui survivront durant tout le Moyen-Age sous
la forme de ces anneaux en plomb à rebord cré
nelé que l’on retrouve souvent dans nos champs.
De même, la poterie est une découverte de cette
époque et certains décors ont subsisté jusqu'à nos
jours comme les impressions « de doigts » sur
bandes d’argile qui ornent les jarres à huile ver
nissées, utilisées encore dans nos campagnes périgordines. Au néolithique, on avait sélectionné
plusieurs espèces de blé et. les familles de palafiites montrent que l’homme avait déjà domestiqué
le cheval, le porc, la vache, le mouton, la chèvre et
le chien, le plus ancien compagnon de l'homme,
que l’on trouve dès le campignien.
Le commerce est aussi une création préhistori
que puisque des blocs de silex, couleur cire, ex
traits des mines du Grand Pressigny (Indre et
Loire) ont été retrouvés dans toute la France, aus
si bien sous les dolmens bretons que dans les ca
chettes périgourdines, et même dans (les pays
étrangers comme la Suisse.
Enfin les monuments mégalithiques sont aussi
une preuve du haut degré de culture auquel étaient arrivés les préhistoriques. L’érection de tels colos
ses de pierre nécessite une organisation sociale
très avancée et un travail en commun, mais, hélas,
il est permis de penser qu’elle nécessite aussi un
tyran traitant son peuple en esclave pour édifier
sa dernière demeure et nous sommes loin de la
bonté primitive de l’homme.
Ainsi, gardons-nous d’être trop durs en jugeant
ces hommes préhistoriques et rénovons un peu la
haute idée que nous avons de notre intelligence
moderne. Soit, nous pouvons presque affirmer que
nos facultés mentales sont plus grandes que celles
du pithécanthrope ou celles de l’homme de Néonderthal; mais, dès que nous arrivons aux races
du paléolithique supérieur, soyons plus modestes,
songeons à leurs magnifiques réalisations, à l’im
mense progrès qu’ils ont accompli et nous serons
encore plus attirés par cette lointaine et obscure
préhistoire qui se révèle décidément très proche
de nçus.
Jean DELFAHT.
manes : « Le violon en Italie au XVII' siècle » qui
comprend la « Sonate en ré majeur » opus 5 n" 1,
et la « Sonate en ré majeur » opus 5 n” 3, de A.
Corelli; la « Sonate en mi mineur » opus 1 n° 6 de
Veracini et la « Sonate en sol mineur » opus 1 n’’
10, de Tontini.
Les deux admirables sonates d'église de Corelli
sont extraites du recueil publié à Rome vers 1700.
Elles se signalent par leur mesure, leur sobriété,
leur délicatesse et leur bon goût. Le lyrisme y est
subtilement dosé et elles conservent sans défail
lance une admirable noblesse d’expression.
Le romantisme mélancolique de Veracini, qui
possède une grande technique du violon, se dissipe
par une gigue'qui donne à la finale une allure
endiablée.
Pour les amateurs de jazz/ nous avons remarqué
deux excellentes productions de la Maison Vogue
en 33 tours 1/2, longue durée.
« Sidney Bechet revient » avec Sydney Bechet.
André Rewelioty et son orchestre (L.D. 219). On
y trouvera « Rose de Picardie, Temperamentai,
When I grow too old to dream, Leilie, La com
plainte de Mackie, Le chant des canons, Sonic
sweet day et apple blues », par Sidney Bechet et .
Claude Luter. L.D. (106 « Moulin à café, Carelen
Love, Lastic, Blues in may heart, Wont you... Bill
Barley, Francis Blues, Madame Bécassine et Marv
in nd ».
Dans ces deux excellentes productions Sidney
Bechet manileste avec éclat un ensemble de qua
lités exceptionnelles. Le son profond de sa clari
nette ou de son saxo-soprano, rehaussé par un
émouvant Vibrato, parvient avec beaucoup de net
teté. 11 serait vain d épiloguer plus longuement sur
la valeur de ce grand musicien. Les orchestres
Claude. Luter et André Réwelioty lui offrent ira
fond sonore parfaitement dosé et rythmé.
Il est amusant qu’au moment où Récrivais ces
lignes, j’aie appris les violents incidents qui ont
émaillé le passage de Sidney Bechet et Claude Lu
ter à 1 Olympia — incidents dûs à un enthousias
me délirant des spectateurs—. Je conseille très
amicalement à ceux qui se sentiraient un aussi
gland potentiel de fanatisme, d’écouter ces disques
au milieu d’un pré, s’ils tiennent tant soit peu &.
sauvegarder l’intégrité de leur mobilier.
P. DANTOU.
Ceux dont
on parle avec
SOUVENIR D’UN SÉJOUR
en une bonne ville de la Charente-Maritime
un plaisir
infini
En hommage cordial aux Charentais
de la Dordogne
GYL
le joyeux
tourlourou
L’autre jour, en signalant que Mme Julien Viaud,
née de Laferrière, était morte en Dordogne, dans
son château de Lamonzie - Saint - Martin, nous
n'avons pu nous empêcher d’évoquer des souve
nirs d’une partie de notre vie journalistique passée
en cette bonne ville dont Colbert avait fait l’Arse
nal.
Le capitaine de vaisseau Julien Viaud, en litté
rature Pierre Loti, était de Rochefort. Il aimait
son sol natal; il y était attache.
Comme tout bon Rochefortais. il contemplait
avec une vive satisfaction la porte du Soleil, der
rière laquelle se trouvait un arsenal auquel il
était fermement attaché.
Il y avait eu, pour les Rochefortais, de longues
années d’illusions. Puis était venue celle de la
catastrophe : la suppression.
Pierre Baudin, ministre de la Marine avait,
d’un trait de plume, supprimé l’arsenal.
Le Grand Voyageur fut pris d’un violent cour-
Trop souvent, mi cours de l existence, on a
tendance à lu tristesse. Il n'est pus que celui
qui. choque jour, se penche sur un dur labeur
qui broie du noir. I. homme de lettres, l’écri
vain modeste, le bohème, ne sont pus toujours
gais. ils savent ce que sont les difficultés de
ta nie.
Aussi, quand il arrive aux uns ci aux autres,
de se. trouver avec ces compagnons joyeux qui,
comme Gyl. occupent le plus clair de leurs
loisirs à distraire., les peines sont oubliées, ne
serait-ce que l'espace d'un instant.
Ici même, dans des colonnes aimablement
mises à noire disposition, nous brosserons
IFautres silhoueites bien connues el estimées,
Jusqu’en octobre 1937, date de son départ
on aime ces modestes, dont le sentiment n a
au service jnilitairc, c'est une suite ininter
jamais été de se croire artistes. Ce pendant, ils rompue de concerts au profit d’œuvres diver
ont un réel talent.
ses où dominent les œuvres scolaires.
Parmi ces animateurs, se place (lyl.
C’est alors que Gyl revêt la tenue militaire
cl se coiffe pour tout de bon du kepi. Avec
Gilbert SUTOUR, dit Gyl
regret, ii a dit au revoir au bon public péri
S'il est vrai que nombre de grands hommes gourdin.
sont petits, Gyl est au nombre dc ceux-ci.
A Dijon, où il est en garnison, il est bien
Grand, par le cœur et l'esprit.
vite
A force de multiplier ses interven
H s'est trouvé, il y a quelques années, que tionsconnu.
pour
ses
« copains », dans les cafés, les
le. petit jeune homme qu’était Gilbert Sutour Sociétés du pays
le demandent. Sans se faire
associa sa vie à une grande et charmante jeu la moindre violence,
il accepte.
ne fille.
39-40
Au début de sa vie conjugale, celle-ci mori
Puis, c’est 39-’i0. Maintenu sous les dra
génait un époux ilont l'absence se prolongeait,
peaux, il est versé à l'ambulance chirurgicale
bien souvent, une partie de la nuit.
. A son arrivée an foyer. Gyl fuyait le feu où le préparateur en pharmacie Sutour, dit
étincelant d'une prunelle qui s'efforcait d'être, Gyl. apporte un peu de gaieté, par l’organisa
tion de moments récréatifs.
cruelle, sans y parvenir.
A Ferrette, Itaut-Rhin, ayant chanté, en
Mais, depuis, les eaux passèrent sous le
pont de Contras. IAépouse s'est faite à la vie lever de rideau, lors d'une représentation, il
que mène son mari. Elle sait que ce qu’il fait se trouve aux cotés de Fernandel, du fantai
siste Andrex, de Marie Bizet et de Pierre Dac.
■est œuvre utile.
Des conversations échangées avec I e s
Notre ami est garçon fort sensible. Il vibre
grands
artistes, Gyl a conservé le plus pré
■de son être aux misères des autres; leur mal
cieux souvenir. Il a. aussi, une pensée délicate
heur est le sien.
Deux hommes qui ne font qu'un; l’artiste pour les camarades blessés qui venaient l’en
jovial, le conteur de. bonnes histoires marseil tendre.
Engagé volontaire, il a été au 10" bataillon
laises; l'autre, le fils affectueux ; l'époux, ai
mant et le bon « papa gâteau », pour sa F.F.I. A.S., groupe Roger. Il a été à la Trcmblade. à Saintes.
jielite Pierrette...
Puis, en août 19'iâ, c'est sa démobilisation.
Mais s’il chaule, Gyl ne dédaigne pas d im
proviser de bien charmantes allocutions, G,élit Ge. départ est fêté par un bal. au cours duquel
donne ceux qui ne l'ont jamais entendu, voire il fait un joyeux intermède.
RETOUR A PERIGUEUX
même l'averti qui trouve toujours plus élo
Revenu à Périgueux, Gyl a repris son acti
quentes ses interventions
vité bienfaisante sur le plateau, souvent en
GYL A TOUJOURS ETE
compagnie de son ami Ricou Fournier.
UN « BOUTE-EN-TRAIN »
Il y aurait des pages à écrire sur le dévoue
Certains souvenirs de Gyl nous ont été ment que mit Gyl el qu'il ne cesse de mettre
■confiés. Il déclare qu'il a toujours été un au profil de toutes les œuvres.
« .boul-en-train ».
Ge brave garçon a. dans ses souvenirs, un
« En voyant le. jour, déclare-t-il, en l'une mol aimable pour tous.
dé ses pages savoureuses, il faut croire que
Pour Bach, aujourd’hui disparu, Gyl vante
j'ai éclaté de rire. En grandissant, j'ai conti cet artiste au cœur généreux.
nué d’amuser. »
CŒUR GENEREUX
En 1929, la direction du théâtre Delemarrc
Cœur généreux, dites-vous. Gyl, en pariant
lui confie le râle du petit Georges, dans la de celui dont vous ne cessez d'évoquer la
mémoire.
« Porteuse de pain ».
L'année, d’après, il participe à 28 concerts
C’est vous qui n’avez cessé de l'avoir, cette
■cl adhère à la Fédération Internationale des générosité, cette sensibilité qui vous fait vi
brer à l’appel de tous.
■Sociétés théâtrales d’Amateurs de Paris.
Parmi les concours que Gyl fui appelé à
Gyl, nous l'avons écrit quelque, part, vous
prêter, celui du 1"r mai 1930 a laissé dans son êtes prêt à répondre à tous les appels. Volon
■esprit un souvenir ineffaçable.
tiers. vous vous employez à aider au soulage
La soirée était organisée par le « Groupe ment de toutes les misères.
Artistique Périgourdin » que dirigeait M. GraPour cela, le public vous chérit. Vous êtes
feuil. Celui-ci ayant transformé Gilbert Sutour bien de ce Périgord, pays du cœur et de l'es
■en Gyl le fit débuter dans le genre comique prit, et des belles choses auxquelles vous ne
troupier que Bach avait créé. Ce enre plut à cessez de participer.
Sel point à Gilbert qu'il le garda.
Daniel GILLET.
roux; il le traduisit en un article adressé à un
grand journal parisien. Les termes de cet article
étaient tels que le Ministre malmené accusa le
coup. Baudin fit savoir à Pierre Loti que si, au
lieu d’être en retraite, le capitaine de vaisseau
Julien Viaud avait été en exercice, il l’eut mis aux
arrêts de rigueur.
L’afîaire en resta là, et la belle porte liu Soleil,
entrée majestueuse de l’Arsenal, était, avec la salle
d’armes et celle des petits modèles, les seuls vesti
ges de ce qui ne devenait plus qu’un passé.
Il y a des choses auxquelles on se fait difficile
ment. La suppression de l’Arsenal était au nombre
de celles-là. Et s’il restait encore ça et là de quoi
retenir les visiteurs, les Rochefortais se voyaient
arracher ce qui était leur vie.
UN MUSEE D’UNE VALEUR
INESTIMABLE
Ce musée avait été constitué par Loti, dans un
immeuble situé dans une rue qui., depuis la mort
de l’Académicien, porte le nom de Pierre Loti.
Dans cette maison d’aspect bourgeois, le grand
voyageur avait accumulé des souvenirs d’une va
leur inestimable.
Les occupants nazis curent mille fois l’idée de
transporter à Berlin ces souvenirs. Le fils de Loti
s’y opposa énergiquement. Satisfaction fut don
née à Samuel Viaud-Loti (un arrêt du Conseil
d’Etat devait l’autoriser à accoler à son nom celui
de Loti).
Des salons luxueusement
et curieusement
meublés constituent un musée d’une richesse ex
ceptionnelle. Il y a des salons turcs, des salons
japonais.
Lorsque Pierre Loti venait à Rochefort, il or
ganisait des soirées tantôt dans un salon, tantôt
dans l'autre. Maître de céans et serveurs étaient
vêtus, selon l’ameublement du Salon choisi.
Ces soirées se déroulaient en présence d'un
nombre restreint de convives. On comptait notam
ment : Paul Iloquère, sous-préfet, ancien direc
teur de la « Revue Bleue », de Paul Deschanel;
Dr Charles Theze, directeur des « Tablettes des
deux Charentes »: médecin général de Marine
Burot, directeur de l’Ecole de Médecine de Roe.hefort.
DES VISITEURS DE MARQUE
Pierre Loti recevait la princesse de Monaco. Ii
reçut Louis Barthou, qui fut Président du Conseil.
A la suite de cette visite de réconciliation entre
deux hommes longtemps en froid, Pierre Loti
entra à l’Académie Française. Son ex-adversaire
avait assuré son élection.
A COTE DES SALONS
UNE CHAMBRE MODESTE
Pour accéder à cette chambre, le visiteur gra
vissait un escalier étroit. Les murs étaient blan
chis à la chaux.
Dans cette chambre, un lit de sangle et une
petite table en bois blanc sur laquelle Pierre Loti
écrivait.
Lorsqu’il était du monde. Pierre.
le fidèle
valet dc chambre (« mon frère Yves ») un bre
ton, montrait, non sans une certaine émotion, le
porte-plume avec lequel Loti écrivit l’un de ses
derniers romans, les « Désenchantées ».
En l’absence de Pierre Loti, son secrétaire, un
avocat rochefortais. M' Mauberger, recevait et
expédiait le courrier
A LA MAISON DE PIERRE LOTI
La dernière visite que nous fîmes se déroula
le 24 septembre 1933, au retour de Marennes,
lors de l’inauguration du pin symbolique planté
dans le jardin public, en l’honneur du délicat
poète de l’Ecole Parnassienne, Henry Mériot,
Il était coutume d’honorer ainsi de leur vivant
les hommes de lettres. Mériot était le beau-pere
de Gozès, secrétaire général de la Société des
Ecrivains île Province.
Henry Mériot était revenu, à cette occasion,
dans son pays natal. Il habitait Rochefort où il
exerçait le métier de relieur Un relieur d’art; un
ciseleur aux mille et une fioritures.
Un arrêt fut marqué dans les ruines dc Rrouage. La plupart des assistants de la cérémonie de
Marennes étaient présents, notamment Gabriel
Sarrazin. le poète en prose qui nous honorait de
son amitié; Philéas Lehesque, qui succéda à Ga
briel Sarrazin à la Présidence de la Société des
Ecrivains de Province; Noël Santon, femme dc
lettre extrêmement distinguée
Après ce pèlerinage aux lointains souvenirs, ce
fut une nouvelle étape, à Rochefort. pour la visite
de la maison de Pierre Loti, que Gabriel Sarrazin
ne connaissait pas.
Suite à la page 8
_ _______ _
MARGA
par Georges PUYMANGOU.
L'automobile stoppa. La carrosserie, noire
et luisante, se balança d’arrière en avant et se
stabilisa, sans grincements ni cliquetis. Tou
tes les lignes adoucies de celte coque, figées
dans le même bondissement, convergeaient
vers la grille du radiateur qui se penchait,
oblique et tranchante comme l’étrave d’un
vaisseau. L’ingénieur avait su imprimer à la
tôle son idée de légèreté et d’envol.
Une jeune femme, discrètement fardée,
sauta sur le marchepied, salua d’un sourire.
Pour le coup, le garage fut en émoi. Ouvriers
et apprentis échangeaient des signes comiques
d’appréciation sur la voiture et son occupante
Gérard essuya ses mains graisseuses sur ses
bleus de travail et s’avança.
Un gros chien blanc, sans race précise, se
glissa près de sa maîtresse et partit, le nez
au sol. Il tomba en arrêt sur ses pattes puis
santes, secoua son poil laineux. Un bâillement
plaintif détendit ses mâchoires de feu.
— « Orca » !.. .ici! minauda l’inconnue.
Ses cheveux bruns, longs et soyeux, lui
couvraient les épaules. Un tailleur beige mou
lait son corps harmonieux comme une mélodie
Elle referma la portière, alluma une
< Camel », en tira quelques bouffées précipi
tées puis la jeta, fumante et tâchée de rouge
à lèvres.
— Je désirerais faire changer l’huile, ditelle. avec désinvolture.
Elle traversa la route et s’assit à l’ombre,
sur l’herbe rase d’une prairie. Les jambes
repliées, le corps appuyé sur ses bras rejetés
en arrière, la tête renversée, elle chanta.
Gérard voyait les sons se mouler et palpiter
sous sa gorge. Le chien l’écoutait aussi, lan
gue pendante, pattes frémissantes, avec de
légers aboiements de plaisir. Sous la voiture,
tes ouvriers s’arrêtèrent, la clé à molettes en
l’air. Entre le châssis et les lames de ressorts,
l’apprenti épiait la chanteuse inconnue.
-— Avec, une «Mercuri» et une voix comme
celles-là, mumura-t-il, je ferais du cinéma.
— Qui te dit qu’il ne s’agite pas d’une
artiste? Elle en a tout l’air.
— Et la chanson! gouilla l’autre en revis
sant le bouchon de vidange.
Cette chanson, cette voix... Gérard cher
chait un indice qui put lui dévoiler l’identité
de la voyageuse. 11 lui trouva un accent étran
ger qu’elle n’avait sûrement pas, puis se
ravisa: peut-être une riche châtelaine visi
tant le Sud-Ouest pittoresque?
Châtelaine?... Le cœur de Gérard battit 1res
fort... Marga, oui, c’est cela, elle s’appelait
Marga la fille de. feu M. le baron de Morangel
dont le domaine se ruinait là-haut sur la
colline.
Gérard avait blêmi. Ses souvenirs affilaient,
lancinants comme autant de blessures. Il
ROCHE FORT Suite de lo pcge 7
Au cours de cette visite, le père de Bernard
Sarrazin, avocat à la Cour de Lyon, ne cessa de
s’extasier devant ces véritables trésors dont il van
tait l.a richesse.
LA CRUAUTE D’UNE BOUTADE
Ces souvenirs seront terminés par cette bouta
de quelque peu cruelle, d’un homme qui ne vit
jamais Loti. Cependant, il était député de Rochefort : J.L. de Lanessan.
L’ancien Ministre de la marine de WaldeckRousseau, était natif de Saint-André de Cubzac;
il mourut dans sa propriété, à Ecouen (Seine-etOise), après avoir été député de Lyon, WaldeckRousscau en fit un ministre de la Marine; son
titre d’ancien Gouverneur d’Indochine avait
influé
J.L. de Lanessan rédigeait en chef « Le Siècle »
qui, avec « L’Action » et « Paris-Midi » apparte
nait à Henry Bérenger, sénateur de la Guade
loupe.
,
L’ancien Ministre avait accepté la candidature
à Rochefort pour se venger d’Emile Combes qui
Pavait fait battre à Lyon, pensant à son tour le
LES LETTRES PÉRIGORDIXES
----------
s’installa à son bureau. Dans sa poitrine, son
cœur, affolé, s’obstinait.... Marga... Quinze
ans déjà!
Elle caracolait tout le jour, assise en ama
zone sur un alezan bai, à la main sa cravache,
à la bouche un refrain. Sans interrompre ses
modulations, elle saluait de loin les paysans
penchés vers la glèbe. Les moissonneurs se
relevaient, d’une main leur faucille, de l’autre
un lien de seigle et les enfants aux bras char
gés de glanes lui souriaient entre les épis
blonds. Elle était la fée qui passe enchantant
le labeur. L’ouvrage reprenait et le froisse
ment des faucilles sur les tiges du blé s’har
monisait avec le son evalescent des chansons
de la fée et des pas du cheval.
Ah! que d’aventures rêvées, que d’instants
perdus dans ses songes en compagnie de cette
enfant gâtée qui partit à vingt ans, simple
caprice, chasser la panthère en Afrique. Son
frère l’accompagna et, depuis, au pays, nul
ne les a revus. Tous ont regretté le départ de
Marga qui fut aussi la déchéance des Moran
gel. Le baron, privé de sa fille chérie, s’aban
donna à ses anciens vices. Seule, la présence
de Marga l’en avait éloigné jusque là. Il
joua, et perdit, bambocha, mena joyeuse vie
et dilapida sa fortune. Les terres et le châ
teau furent bientôt hypothéqués. M. de Moranget mourut et Marga fit savoir à l’un de ses
cousins qu’elle lui abandonnait un héritage
dont la valeur couvrait à peine les droits de
succession...
La cliente s’était tue. Gérard la contempla
et ne fut point déçu. Elle était l’orchestration
fidèle de ses souvenirs. La sauvageonne qui
courrait jadis avec lui les champs et les prai
ries avait gardé, en grandissant, ses traits
d’aventurière et d’effrontée. Son regard suivait
l’allée blanche qui escaladait la colline. Il
s’arrêta longuement sur le château des Moranget qui émiettait, entre les arbres, les taches
claires de ses murailles.
La « Mercuri » démarra. Les pneus crissè
rent sur le gravier. Une main blanche s’agita
à la portière. Emportée par un glissement
souple et doux, l’automobile prit de la vitesse
et disparut.
— C’est sûrement quelqu’un qui sait vivre,
s’écria l’apprenti en exhibant de sa poche un
billet maculé de cambouis: elle m’a donné
cent francs de pourboire!
La « Mercuri » montait, là-bas, silencieuse,
en saupoudrant les buissons de poussière.
Marga errera tout à l’heure, jeune sur ces
ruines, recueillant, çà et là, des souvenirs
d’enfance et de jeunesse. Elle se penchera
pour relire son nom qui boursoufle, dans le
parc, l’écorce des platanes. Elle chantera,
pour elle seule, une de ses romances de na
guère.
Gérard souffrait. En lançant dédaigneuse
ment l’argent sur son bureau, Marga n’avait
pas sourcillé. Elle n’avait pas voulu reconnaî
tre son amour, elle s’était refusée à lire dans
ses yeux l’image tremblotante et brouillée
d’un sentiment toujours vivace.
faire battre aux élections sénatoriales, ce qui
devait échouer.
Parlant de Piere Loti, de Lanessan disait,
saisissant en un geste habituel sa barbiche entre
deux doigts:
« Loti !.. il marche en politique comme un
éléphant dans un magasin de porcelaine. »
Loti ne fit jamais de politique, de sorte qu’il
eut été malaisé de savoir comment il aurait
marché.
JEAN DES TILLEULS.
La nuit était tombée. Gérard avançait dans
le parc sauvage en écartant les branches qui
le giflaient. Les ronces s’agrippaient à ses vê
tements et le retenaient. Il découvrit une
allée, pressa le pas... Un rai de lumière souli
gnait la lourde porte de fer. Comme jadis,
sans frapper, il entra:
— Je t’attendais, dit Marga.
Des relents de cendres froides et de lisons
calcinés flottaient dans la salle nue et déla
brée.
— Marga!... Je suis bouleversé. Je t’aime.
Marga, comme il y a quinze ans... Pourquoi
es-tu revenue?
Il la fixa intensément et attendit comme le
condamné,à mort attend le couperet... Le cou
peret tomba:
— Je n ’ai pas su le comprendre, Gérard,
lorsque tu m’admirais. Je ne puis plus t’aimer
maintenant. Ce serait jeter mon cœur en pâ
ture à la pitié. Tu m’as connue jeune et adu
lée, je reviens méprisable et vieillie... Va-t-en.
Gérard !
— Tu n’as pas vieillie, Marga; tu as perdu
ton enthousiasme. Je te porte un amour et un
nouveau but pour ton existence. Je ra’offr»
à toi sans orgueil. Veux-tu que je sois ta rai
son de vivre?
— Laisse-moi, laisse-mol... Va-t-en :
Elle hurlait tout à coup, pâlissait, tremblait.
Elle balbutia:
— Excuse moi, Gérard et comprends moi. Jedésire être seule, ce soir, à souffrir de mon
passé.
— A deux, Marga, les peines sont moins
lourdes.
— N’insiste pas, Gérard, si tu veux que je
conserve encore un beau souvenir de toi.
— Je te quitte, puisque ma présence t’im
portune. Mais, sois courageuse. Te reverrai-je
demain?
— Oui... Demain...
Gérard sortit. Il se sentait las. Le parc hos
tile béait, tel un gouffre dombre. Il lit quel
ques pas...
Un coup de feu claqua, brutal, sans écho...
Marga gisait sur les dalles moisies. Gérard
pressait sa tête chaude sur sa poitrine. Quel
que chose en lui se détraquait soudain. Il
parlait, il haletait. Tout dans cette pièce sem
blait irréel: irréel ce cœur qui ne battait plus,
irréel ce visage crispé, irréelle sa propre ima
ge que lui renvoyait un miroir rongé de lèpre,
irréel ce sang qui coulait, par saccades, entre
ses doigts, irréel aussi ce pistolet de salon
dont la crosse de nacre luisait. Elle était déri
soire cette arme, à force de paraître inoffensi
ve.
Gérard s’enfuit. Il courait, criait, gesticu
lait. Des leux, figés dans la brume naissante,
veillaient encore sur la ville. Ils étaient obsé
dants de pâleur et d’inertie, ces feux. Le mon
de gisait, immobile, muet, mort.
Le brigadier sursauta lorsque la porte du
poste s’ouvrit et cogna le mur. Il se leva...
Hagard, tendant vers lui ses mains sanglan
tes, Gérard hurlait:
— Je viens d’assassiner Marga de Morangel.
Spectacles - Cinémas
Pour le Rex, Palace, Marignan, consulter par
ailleurs le programme.
LE PARIS (novembre-décembre)
« S’unn », en couleurs avec Martine Carol.
« 20.000 lieues sous les mers »., cinémascope eru
couleurs de Walt Disney.
« Les héros sons fatigués » avec Yves Montand
« Les carnets du Major Thompson », avec Mar
tine Carol.
CHADMBOhO
Dons mon beau pays que j’aime et que hante
Le doux souvenir de nos troubadours,
Près d'un vieux château qu’un lony rêve enchante
Il est mie croix, tombeau d’une amante,
Solitaire et froid près des hautes tours.
Solitaire et froid, près des hautes tours,
Couvert de rameaux qu’un souffle soulève,
Il est un tombeau perdu dans un rêve...
Le soleil parfois le pare d’atours
Lumineux et chauds, près des hautes tours...
Jehan de CHANTERIVE
« La Strada ».
« Dossier noir », le dernier film de Cayattc.
« Papa, maman, ma femme et moi », Robert
Lamoureux.
« (.viens perdus sans'collier », avec Jean Gabin.
« Vera Cruz », cinémascope en couleurs avec
Gary Cooper et Bnrt Lancaster.
« A l’est d’Eden ». le dernier film d’Elia Kazan.
« Hélène de Troie », cinémascope en couleurs.
« Désirée », cinémascope en couleurs, avec
Marion Brando.
Imprimerie JOUCLA,
19, rue Lafayette, Périgueux.
Le Gérant: Pierre PEYRAS.
