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ETUDES
d’une
NOUVELLE DISTRIBUTION D’EAU
ET DE L’ÉTABLISSEMENT Ü’ÉGOUTS
AVANT-PROJET,
CHARGÉ DES ÉTUDES
PÉRIGUEUX
IMPRIMERIE J. BOUNET,'COURS TOjJR.NY
1882
l
‘£fe
RAPPORT de l’Ingénieur en Chef chargé des études.
En exécution d’une délibération du Conseil municipal, en date du 16 septembre
1882, la municipalité de Périgueux m’a chargé d’étudier les améliorations qu’il y
aurait lieu d’apporter dans la distribution d’eau potable de cette ville et dans le
régime de ses égouts. Le présent rapport a pour objet de faire connaître le résul
tat de mes recherches et de présenter l’avant-projet de la solution qui me paraît la.
plus conforme aux intérêts de la ville.
Cet exposé porte sur deux questions, qui, bien qu’il y ait entre elles une certaine
connexité, répondent à des besoins distincts et demandent à être développées sépa
rément, à savoir : Les Eaux et les Égcmts.
Pour chacune d’elles, je ferai un exposé sommaire des travaux antérieurs, de la
situation actuelle, des divers moyens de l’améliorer, et j’indiquerai finalement les
conditions techniques et économiques des solutions dont je propose l’adoption.
I.-DISTRIBUTION D’EAU.
Je n’ai pas à insister sur l’importance capitale d’une bonne distribution d’eau :
on peut dire que c’est le premier besoin d’une ville, c’est la condition nécessaire de
sa propreté, de son agrément et de sa salubrité. L’histoire de tous les peuples civi
lisés témoigne de leur sollicitude pour les établissements de ce genre, et malgré
_ o__
les progrès de la science, malgré la perfection relative de nos procédés et de notre
outillage, nous sommes encore loin d’égaler, sous ce rapport, la munificence des
Romains. On peut constater, cependant, en France, un progrès sensible dans cet
ordre d’idées; l’accroissement continu de la population des grandes villes a mis en
évidence les dangers de l’agglomération et l’utilité d’un ensemble de mesures
hygiéniques, parmi lesquelles l’abondante distribution des eaux figure au premier
rang; un grand nombre de villes d’importance moyenne ont suivi cet exemple, et
malgré la résistance inconsidérée de ceux qui voient, dans les travaux de ce genre,
une dépense fastueuse, elles ont compris que les sacrifices les plus féconds sont
ceux qui ont pour résultat l'amélioration de la santé publique. J’aime à croire
qu’on ira plus loin encore, que les distributions d’eau ne seront pas l’apanage ex
clusif des grandes villes, et que, dans les travaux d’aménagement des eaux qui se
ront, à mon avis, la grande œuvre du siècle prochain, on fera une large part aux
exigences de la salubrité dans les agglomérations de tous ordres.
-A.ncienn.es distributions d’eau de Périgueux.
Les Romains, dont l’occupation a laissé de nombreuses'traces dans cette région,
n’avaient pas manqué d’approvisionner d’eau potable l’antique Vésone.
Aqueduc du Petit-Change. —On retrouve, sur le bord de la route nationale
n° 89, de nombreux vestiges d’un aqueduc romain qui amenait à Vésone les eaux
de plusieurs sources échelonnées dans la vallée du Manoir et dont voici l’énumé
ration :
î° Source de Grancl-Font. — Cette source jaillit d’une petite excavation ou
entonnoir au pied de la colline immédiatement au sud de la route dont elle n'est
distante que d’environ 15 mètres (à 7,100'" de Périgueux) ; les pluies de ces der
niers mois ont considérablement accru son débit ; la dernière fois que je l’ai visitée,
le 1er courant, elle donnait environ 400 litres par seconde ; elle a été l’objet de jeaugeages réguliers, il y a une dizaine d’années, par les soins du service hydraulique,
et figure, à nos états statistiques, pour un débit d’étiage de 30 litres à la seconde.
Son altitude approximative prise au baromètre est de 104 mètres au-dessus du
niveau de la mer.
2e Source du Chien. — La source du Chien prend jour actuellement à environ
6,240 mètres de Périgueux, au sud de la route, et à 50 mètres environ de cette der
nière ; elle jaillit pressqu’à fleur de sol dans un champ labouré, maison retrouve à
quelques mètres au-dessus, au pied de la colline rocheuse, des excavations qui paraissent’avoir été ses exutoires primitifs. Cette source n’a, du reste, qu’un faible débit:
elle ne donnait, le 1er décembre, que 10 à 12 litres à la seconde ; les habitants voi
sins assurent qu’elle ne tarit jamais, mais elle ne doit donner à l’étiage qu’un volume
d’eau insignifiant. Le point ou elle sourd est élevé d’environ deux mètres au-dessus
de la route et elle pourrait être captée par un aqueduc amenant les eaux delà GrandForit.
3e Sources du Lieu-Dieu. — Autour du château de Lieu-Dieu et dans l’enceinte
3 —
même de cette habitation, on voit surgir un certain nombre de sources qui ont pu
jaillir autrefois, à flanc de coteau, sur le côté gauche de la route; mais qui sont des
cendues aujourd’hui à plusieurs mètres au-dessous de cette dernière. Si on consi
dère, toutefois, que la route présente un sommet au droit du château, on peut en
concluro quo plusieurs de ces sources seraient encore à un niveau convenable pour
être rejetées dans l’aqueduc de la Grand-Font Leur volume d’étiage ne semble
pas devoir dépasser S à 10 litres par seconde.
4° Source de VAmourat. — Cette source est située à 5,000 mètres de Périgueux
et paraît avoir son origine sous la chaussée elle-même, oh un petit pontceau lui a
été ménagé. Elle donnait, le 1® décembre, un volume d’eau d’environ 100 litres
par seconde, mais on assure que son volume à l’étiage n’est pas le quart du débit
de la Grand-Font.
Il est probable que, comme les sources précédentes et par un phénomène bien
facile à expliquer dans ces terrains fendillés et éminemment perméables, elle a dû
jaillir autrefois à un niveau bien supérieur à celui de la fontaine actuelle.
Au droit de celle-ci, on voit, sur le talus gauche de la route, et au niveau
de cette dernière, les ruines très apparentes de l’aqueduc romain. Les eaux
coulent aujourd’hui à 4 mètres environ au-dessous de cet aqueduc quia dû vrai
semblablement les conduire jadis à Vésone.
La direction de cet aqueduc est encore très apparente au delà du Petit-Change ;
on en voit des restes fort bien conservés entre la fontaine de l’Amourat et le
Lieu-Dieu, sur le talus de la route nationale n° 89, dont la construction (vers 1812)
a mis à nu une grande partie de cet ouvrage et en a entraîné la démolition par
tielle.
Après avoir suivi à très peu près la direction de la route, l’aqueduc romain fran
chissait, au moyen d’arcades dont les piles étaient encore visibles au commencement
du siècle, le petit vallon qui descend à l’Isle à l’est du Petit-Change. Après avoir
contourné, au nord de cette propriété, la rive escarpée de la rivière, il se dévelop
pait, dans la plaine du Petit-Change, contournait le pied des coteaux qui dominent
le faubourg St-Georges et venait franchir la rivière au voisinage de l’écluse actuelle
de Ste-Claire, au moyen d’arcades qui devaient s’élever à 10 mètres environ audessus des eaux de l’Isle.
Cet aqueduc aboutissait aux Thermes de Godolfre. Il consiste, dans les parties
souterraines, en un canal à section rectangulaire, dont le radier et les parois verti
cales sont en béton de ciment de O'“25 d’épaisseur environ. Il était recouvert de
dalles grossières réunies par des joints en ciment.
La profondeur de ce canal était d’environ 0™ 65 et sa largeur moyenne de
Sa pente variable, suivant les exigences des terrains traversés, paraît être en
moyenne de 1m 25 par kilomètre.
On voit donc que, partant de la. côte 104m et se développant sur un parcour sinueux
d’environ 8,500 mètres, cet aqueduc avait une pente totale approximative de
10m 60 et devait amener ses eaux à Vésone à la cote 93m. 40, c’est-à-dire à très
peu près au niveau du dallage actuel de l’église de la Cité, et à 4 ou 5 mètres au
dessus du fond des Arènes.
— 4—
En appliquant à cet aqueduc les formules du mouvement de l’eau dans les con
duites libres, ontrouve qu’il pouvait débiter 220 litres par seconde en coulant à
pleine section. Le volume d’étiage des quatre sources réunies, soit environ 45litres
par seconde, occupait dans ce canal une hauteur de 17 à 18 centimètres. L’excé
dant de hauteur donné à l’aqueduc avait sans doute pour but, soit d’en faciliter la
visite et le nettoyage, soit de permettre l’amenée d’un volume d’eau plus considé
rable en dehors des époques de sécheresse.
Le ciment qui le constitue a atteint en certains points une dureté supérieure à
celle des meilleures pierres du pays ; il semble, au contraire, avoir été altéré en
d’autres points et avoir perdu sa cohésion primitive, ce qui indiquerait une certaine
irrégularité dans sa fabrication. Je pense, d’ailleurs, tout en reconnaissant l’excel
lence des mortiers romains, que nous n’avons rien à leur envier à cet égard, et que
lorsque nos ciments de Boulogne, de Vassy, du Valbonnais, de Grenoble et beau
coup d’autres auront dix-huit siècles d’existence, ils ne seront pas inférieurs, en du
reté à ceux que nous retrouvons dans les ouvrages du temps de César ; le temps est
un crible qui laisse subsister seulement les bons matériaux et fait promptement
disparaître ceux de médiocre qualité.
Aqueduc de Vieille Cité. — L’aqueduc du Petit-Change n’était pas sans doute le
seul qui amenait les eaux à la ville romaine ; de nombreux vestiges, moins impor
tants, il est vrai, que ceux que nous venons de mentionner, montrent que d’autres
sources ont été utilisées à cette époque, et on trouve dans l’intéressant ouvrage de
M. de Taillefer, sur les antiquités de Vésone, la mention d’un aqueduc amenant à
cette cité les eaux du vallon de Campniac, prises à la fontaine des Jameaux, à 1,700
mètres environ de la rivière d’Isle.
Aqueduc de la vallée du Toulon. - Un autre aqueduc amenait à la Cité leseaux
de sources voisines de l’abîme du Toulon, et notamment les sources de l’Ermitage, de
Cabans, de Puyrousseau et du Cluzeau (cette dernière source est celle qui alimente
aujourd’hui Périgueux). Les restes de bassins de prise d’eau découverts en cette
région laissent peu de doute à cet égard.
Le volume d’étiage de ces différentes sources devait égaler à peu près celui des
eaux de la vallée du Manoir ; mais on doit croire qu’à cette époque reculée leur point
d’émergence était notablement plus élevé que leur niveau actuel, qui ne permet
trait pas de les conduire, par une pente naturelle, même à la hauteur du fond des
Arènes.
Aqueduc de l'Arsault.—On a prétendu avoir trouvé, au commencement du
siècle les restes d’un bassin de prise d’eau, au voisinage de la source de l’Arsault,
mais il n’existe aucune preuve certaine de l’existence d'un aqueduc romain ; le fai
ble volume de cette source et son peu d’élévation, semblent, au contraire, exclure
l’hypothèse d’un ouvrage qui eût été hors de proportion avec le résultat obtenu.
Il est difficile de préciser aujourd’hui la durée du fonctionnement des ouvrages
faits par les Romains, en vue d’alimenter Vésone en eau potable. Il y a tout lieu de
5—
penser qu’ils ne survécurent guère à la période de luttes que soutinrent les Gaules ,
et particulièrement l’Aquitaine à partir du cinquième siècle. A la ville romaine
assise au bord de la rivière, se substitua peu à peu la ville forte du moyen-âge,
bâtie sur le coteau de la rive droite et groupée autour de la cathédrale de SaintFront.
Les nécessités de la défense contre des attaques incessantes laissaient peu de
place aux préoccupations d’édilité, et il ne paraît pas qu’un effort sérieux ait été tenté
avant le xvi‘ne siècle pour rétablir, en vue des exigences de la ville nouvelle, les
ouvrages romains abandonnés et tombés en ruine. Les recherches faites par divers
archéologues semblent cependant avoir démontré que des tentatives ont été faites
vers le xr siècle pour amener en ville les eaux de la fontaine de Puyrousseau, mais
les données sur lesquelles repose cette assertion paraissent bien incertaines.
Les premières eaux qui ont été amenées au sommet de la vieille ville de Périgueux sur
la place de la Clautre, paraissent avoir été celles de la fontainedes Jameaux, que nous
avons mentionnée déjà à propos des travaux des Romains. Cette fontaine avait alors,
et avait encore, au commencement de ce siècle, son point d’émergence dans la partie
supérieure du vallon de Campniac à 1,700 mètres de la rivière, et à une altitude de
120 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, c’est-à-dire à 14 mètres au-des
sus du niveau actuel de la place de la Clautre. Dès les premières années du xive siè
cle (1533) ces eaux furent amenées en ville par les soins et aux frais de l’évêque de
Périgueux, Foucaud de Bonneval.
Les conduites d’amenée étaient en bois et la traversée de la rivière s’opérait par
un siphon en plomb. Cette installation primitive ne pouvait être de longue durée, et
après deux ans à peine elle ne fonctionnait plus. M. Foucaud de Bonneval pro
posa à la ville de substituer le plomb au bois sur la partie de la conduite située entre
la rivière et la Clautre, et ce moyennant une soulte de 500 livres payée par la
municipalité ; encore cette somme n’existant pas alors dans la caisse municipale, le
prélat dût se contenter de l’engagement pris par la ville de la lui payer, lorsque sa
situation financière le lui permettrait. L’évêque ne put tenir sa promesse, et le projet
fut repris en 1535 par le maire de Périgueux, Jean Borde, seigneur de la Croze, qui
traita avec deux fontainiers pour l’établissement d’une conduite en pierres percées
longitudinalement, d’une longueur d’environ 1,200 brasses, et au prix de dix sous
par brasse.
Les vestiges de ce travail furent découverts en 1755 à la suite d’une cime de la
rivière, qui, ayant emporté le barrage du Rousseau, amena une baisse notable des
eaux du bief et permit de voir au fond de l’eau une ligne régulière de ces conduites
en pierre, se dirigeant vers St-Front. La municipalité délégua une Commission spé
ciale pour constater cette découverte et en dresser procès-verbal.
Les pierres, dont cette singulière conduite était composée, avaient une longeur
variable de un à deux mètres et un équarissage de 0m35 à 0m 40. Le conduit, percé
suivant leur axe, avait un’diamètre de 65 millimètres ; elles étaient assemblées bout
à bout à l’aide de tenons et mortaises carrés, soigneusement cimentés. Une partie
de cette conduite a dû être démolie, lors du creusement du canal latéral à l’Isle^ et
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on peut voir encore plusieurs de ces pierres à l’angle saillant d’un mur de jardin,
sur le côté est de la rue de Vésone, à une cinquantaine de mètres du canal.
M. de Taillefer qui mentionne ce travail, ajoute que les eaux ainsi conduites,
auraient pu donner sur la Clautre un jet de 30 pieds de hauteur. Il lui était permis
d’ignorer qu’amenées sur une longueur de 2,800 mètres par un tuyau d’aussi fai
ble diamètre, elles éprouvaient un frottement énorme qui détruisait en grande par
tie l’effet de la différence des niveaux. J’ai calculé que, dans ces conditions, il ne pou
vait arriver à la Clautre qu’un volume d’eau de 1 litre et demi par seconde, soit
125 mètres cubes par joui1 environ ; le jet d’eau de 30 pieds n’aurait pu se produire
que par un orifice presque capillaire.
A la même époque (1536), on installait au moulin de St-Front une fontaine ali
mentée par la source de l’Arsault et probablement aussi par la source du Port-deGraule, qui a disparu complètement.
Enfin, on pense, mais sans en donner de preuves, que l’on a utilisé au moyenâge les eaux de la fontaine de Charniers, sur la rive gauche de l’Isle, en face du
Toulon.
J’ai cherché à me rendre compte de l’importance de la fontaine des Jameaux, quj
actuellement encore, grossie sur son parcours des eaux de la Font-Ronde, située
beaucoup plus près de la rivière, donne naissance à un ruisseau d’une certaine im
portance qui débouche dans l’Isle au bac de Campniac.
On m’a montré l’excavation où elle paraît avoir surgi jusqu’en 1838. A cette date
un orage violent aurait corrodé les terres du coteau qui la domine et aurait comblé
presque entièrement l’ancienne fontaine ; toujours est-il qu’elle ne donne plus d’eau
en ce point qu’après de violentes averses, et pendant fort peu de temps ; j’ai assisté
à un remplissage de ce genre ; j’ai vu l’eau monter dans l’excavation susdite, de
près de 0m 50 à l’heure ; le lendemain, le bassin était entièrement sec ; les eaux se
sont ouvert un passage inférieur et on ne les retrouve à l’état d’écoulement perma
nent que dans les prairies au bas de la vallée, à six cents mètres de leur émergence
primitive, et à un niveau bien inférieur. Une des issues actuelles a été entourée, il y
a quelques années, d’une margelle en pierres sur laquelle on a gravé le nom de Fontaine-Vésunna. Cette fontaine ne donnait, pendant les grandes pluies de la dernière
quinzaine qu’un débit de 10 à 12 litres par seconde d’une eau très trouble. L’ensemble
des eaux du vallon réunies au bas des prairies donnait alors un volume de 60 à 70
litres par seconde ; il y a tout lieu de penser que ce débit doit descendre au-dessous
de 12 litres en été.
J’avais espéré trouver, en aval de la source primitive, les traces des travaux
faits soit par les Romains, soit au xvIe siècle. Une fouille de près de trois mètres
de profondeur n’a donné aucun résultat, et il est probable que la descente succes
sive des terres détachées par les pluies des coteaux très friables q ui avoisinent
cette fontaine, en ont relevé considérablement le sol, et qu’il faudrait une fouille
beaucoup plus profonde pour atteindre les anciennes conduites. Un morceau de
plomb trouvé dans la fouille mentionnée plus haut pourrait faire croire à l’exécution
de travaux de fontainerie ; mais l’imagination aurait une trop large part dans une
hypothèse fondée sur une aussi modeste trouvaille ! (1)
Distribution actuelle.
Il est difficile d’admettre que la situation précaire que nous venons d’indiquer ait
pu se prolonger pendant près de trois siècles sans que des améliorations aient été
apportées pendant ce long intervalle de temps à la distribution d’eau de la ville.
Cependant, mes recherches, très obligeamment aidées par MM. le bibliothécaire et
le Secrétaire général de la Mairie, n’ont pu me faire découvrir aucune trace au
thentique de travaux de quelque importance exécutés pendant cette longue pé
riode.
Il nous faut aller presque au commencement de ce siècle pour trouver, dans les
archives de la ville, les traces d’une sérieuse préoccupation à cet égard. Par contre,
depuis plus de cinquante années, la municipalité s’est occupée avec une ardente et
incessante sollicitude des améliorations à apporter dans l’alimentation de la ville en
eau potable.
Puits artésien.
Les premières tentatives remontent à 1828, et elles ont été dirigées dans une
voie qui n’a conduit à aucun résultat ; on croyait, à ce moment, à la possibilité de
subvenir aux besoins do la ville par le creusement d’un puits artésien, et un éta
blissement de ce genre fut entrepris sur la place de la Clautre, sous la direction de
M. Dubut, élève de l’École des Mines de Paris, auquel un crédit de 1,200 fr. fut
primitivement alloué. Le crédit fut porté, par des délibérations successives , à
2,000, à 2,700 fr. et finalement à 3,000 fr. au commencement de 1830. J’ignore
quelle profondeur fut atteinte à l’aide de ces modiques ressources ; mais les résul
tats paraissent avoir été négatifs, et, après une délibération du Conseil municipal
proposant de consulter un homme de l’art sur les chances de succès de cette entre
prise, on ne retrouve plus trace de cette tentative.
Je ne suis nullement étonné de ce résultat et j’exposerai, dans le cours de ce rap
port, les raisons qui me font considérer comme illusoires ou du moins fort aléa
toires les espérances à fonder sur le creusement d’un puits artésien à Périgueux au
point de vue de l’alimentation de la ville.
Usines du Toulon.
Le puits abandonné, on revint à des systèmes plus pratiques et on mit à exécuion, de 1834 à 1837, un projet rédigé par M. Jégou, ingénieur des Ponts et Chaus-
(1) J’ai trouvé les éléments de cet historique succinct dans les documents qui m’ont été obligeamment
fournis par M. Hardy, bibliothécaire-archiviste de la Ville.
— 8—
sées, consistant à élever en ville, par la force motrice de l’abîme du Toulon, les eaux
de la source du Cluzeau qui émergent à quelques mètres au nord de cet abîme.
C’est cette source qui alimente Périgueux encore aujourd’hui, après diverses amé
liorations et additions apportées successivement à l’outillage élévatoire et que je
vais énumérer rapidement.
Le projet primitif utilisait la chute des eaux de l’abîme du Toulon au moyen
d’une roue Poncelet actionnant des pompes. Il est facile de se rendre compte de
l’effet utile qu’on devait en espérer. Le débit d’étiage de l’abîme est évalué à
20,000 mètres cubes par jour, soit 250 litres par seconde ; la chute motrice est de
2™00 ; la hauteur d’élévation de l’eau, en y comprenant les pertes de charge dans
le tuyau de refoulement, est approximativement de 36 mètres. Or il est impossible
de compter sur un rendement de plus de 50 0/0 du travail moteur lorsque ce tra
vail doit subir la double dépréciation due au moteur hydraulique et aux pompes. Si
on suppose, en effet, une roue d’un rendement de 0,70 actionnant une pompe de
même rendement, la fraction finalement utilisée du travail moteur sera 0,70 x 0,70
— 0,49. Je crois devoir insister particulièrement sur ce point qui servira de base
à mes évaluations ultérieures sur l’emploi de machines élévatoires ; j’ajouterai que
lorsqu’il s’agit d’une chûte hydraulique sur une rivière à régime variable, le rende
ment peut, dans certaines circonstances, être notablement réduit, et nous en trou
verons plus loin un exemple frappant dans les machines élévatoires qui alimentent
actuellement la ville. J’estime que, dans ce cas, le rendement de 0 50 est un
maximum au-dessous duquel il est prudent de se tenir pour une évaluation prati
que.
Ceci posé et revenant à l’usine primitive du Toulon, nous voyons que le volume x
d’eau élevée, en litres par seconde, devait être donné par la relation
Cette première installation paraît avoir entraîné une dépense d’environ 85,000 fr.
dans lesquels figurent les aqueducs en arcades pour 25,000 fr., et le réservoir du
Pouradier pour 10,000 fr. environ (décompte du sieur Goblet, 2 août 1837). Cette
machine hydraulique fut remaniée en 1843, en exécution d’un marché passé avec
les sieurs Brounye, Wilks et Tooke, ret il est à remarquer que le programme im
posé à ces entrepreneurs ne comportait qu’un volume à élever de 500 mètres cubes.
En 1858, M. Harlé, ingénieur en chef des mines, proposait à la ville d’augmenter
le débit de sa distribution d'eau en adjoignant, à la machine hydraulique, une ma
chine à vapeur qui devait élever environ 40 mètres cubes à l’heure. Cette améliora
tion fut réalisée moyennant une dépense d’environ 40,000 fr.
Tel fut, jusqu’en 1872, sauf de nombreuses améliorations partielles ou grosses
réparations dont le détail n’offre pas d’intérêt, l’outillage destiné à alimenter la ville
de Périgueux.
—9
Il résulte d’un inventaire dressé en 1869 que le volume élevé chaque jour était
d’environ 2,200 mètres cubes répartis ainsi qu’il suit :
Par la roue hydraulique du Toulon.................................
1,300mc
Par la machine à vapeur..................................................
864
Total.................................
2,164mc
J’ai lieu de croire qu’au moins en ce qui concerne la roue hydraulique, cette éva
luation était un peu optimiste.
Ce volume correspondait à peu près à 125 litres par habitant.
Usine de Moulin-Neuf.
En 1872, une addition considérable fut apportée à la distribution d’eau par l’ins
tallation, au Moulin-Neuf, d’une pompe actionnée par une turbine puisant sa force
motrice dans la rivière d’Isle. Ce projet, conçu et exécuté par M. l’Architecte La
grange, comportait une dépense de 44,400 fr., non compris l’achat du Moulin-Neuf
qui fut payé 90,000 fr. La turbine devait être d’une force de 25 chevaux et donner
un débit en eau montée de 35 à 37 litres par seconde. Ce programme était parfai
tement compatible avec la force motrice dont on disposait, et sa réalisation eût cons
titué une grande amélioration si des vices d’installation des machines, sur lesquels
nous reviendrons plus loin, n’en réduisaient sensiblement le rendement et si surtout
les variations de régime de la rivière ne paralysaient trop fréquemment la puissance
de la chute. En 1875, M. l’architecte Lagrange constatait qu’une crue de 0,70 sus
pendait la marche de la turbine.
Nous n’avons pas parlé, dans l’énumération qui précède, des travaux de canali
sation exécutés à diverses reprises pour la distribution des eaux dans l’intérieur de
la ville, ni de l’agrandissement du réservoir du Pouradier et de la création du ré
servoir complémentaire derrière le Séminaire (1870). Disons seulement qu’il ressort
des comptes de la ville, dont le détail m’a été remis par M. Lapouge, secrétaire
général de la Mairie, que les dépenses effectuées pour la distribution d’eau, de 1834
à 1882, s’élèvent à environ 400,000 fr. Les frais d’entretien annuel, cumulés pen
dant la même période, s’élèvent à 142,000 fr.
Le produit des concessions d’eau depuis 1840 atteint 200,000 fr.
Actuellement, la dépense annuelle est d’environ 12,000 fr., et les recettes pro
venant des concessions sont prévues au budget de 1882 pour un chiffre de 9,000
francs.
Fonctionnement actuel des machines élévatoires
Nous venons de voir que l’outillage d’alimentation de la ville se compose actuel
lement de trois machines distinctes, savoir :
1° L’usine hydraulique du Toulon ;
2
10 —
2° La machine à vapeur du Toulon ;
3° L’usine hydraulique du Moulin-Neuf.
D’après les données de leur établissement, cés machines devraient fournir res
pectivement, en 24 heures, . 6.30'nc, 900mc et 3,000mp.
Le volume total envoyé à Périgueux devait donc dépasser 4,430""’, ce qui cor
respondrait àenviron 200 litres par habitant. Je vais montrer que ce résultat est
loin d’être obtenu et indiquer les causes de l’insuffisance constatée.
•
Etat actuel des usines du Toulon.
1° Pompe du Moulin-Neuf.
Le moteur de l’usine du Moulin-Neuf est une turbine installée, ainsi que la pompe
qu’elle actionne, par MM. Brault et Béthouart, de Chartres. La transmission du
mouvement de la turbine aux pompes se fait à l’aide de deux engrenages d’angle
dont les diamètres sont dans le rapport de 3 à 4, de façon que le piston de la
pompe fasse trois doubles courses pour quatre tours de la turbine.
La pompe est unique, horizontale et à double effet ; elle devait, dans le pro
gramme primitif, donner 14 doubles courses à la minute ; le diamètre du piston étant
de 0in436 et la longueur de la course de 0,60, le volume engendré à chaque course
double est donc :
2’ POMPE HYDRAULIQUE DU TOULON.
L’usine hydraulique du Toulon est actionnée par une roue de côté à aubes pla
nes ; les pompes sont au nombre de deux, horizontales et à double effet. Le diamè
tre de chaque piston est de 0m2o; la longueur de course 0m55. Elles doivent, en
marche normale, fournir, pour chaque pompe, 10 courses doubles àla minute, cequi
correspond à un volume d’eau montée de
3° POMPE A VAPEUR DU TOULON.
Enfin la machine à vapeur de secours, installée au Toulon, est un appareil liori-
— 11 —
zontal, à grande vitesse, qui actionne deux pompes à simple effet à piston unique.
Sous une pression de quatre atmosphères à la chaudière, les pompes peuvent donner
25 coups à la minute et élever de 8 à 900 mètres cubes en 24 heures.
Voyons maintenant les résultats effectifs obtenus par cet outillage multiple.
Expérience du 27 septembre 1882.
Le 27 septembre dernier, la turbine du Moulin-Neuf était en marche normale ;
la hauteur de chute était de 0ra90 ; la turbine ne faisait que 14 tours environ à la
minute, ce qui correspond à 10 courses doubles du piston de la pompe. Le volume
d’eau élevé n’était donc que les 12 ou les J du débit normal soit 3000 x - = 2143
mètres cubes en 24 heures ou 25 litres 7 par seconde.
On peut en déduire facilement le rendement de cet engin, c’cst-à-dire le rapport
du travail utile produit à la puissance de l’eau motrice. La largeur des vannes mo
trices est de 3 mètres ; la levée de la vanne était, ce jour-là, de 1 mètre, correspon
dant à une charge de 0in80 sur le centre de gravité de l’orifice : de là une consom
mation d’eau motrice égale à
En premier lieu, les deux vannes motrices sont séparées par un pilier en maçon
nerie de 0'n80 de largeur, qui divise l’eau, augmente la contraction à la sortie, brise
et annule en partie la chute ; cette perte de charge se traduit par un abaissement
notable de l’épaisseur de la tranche d’eau qui pèse immédiatement sur la turbine ;
cet inconvénient grave a déjà été signalé par M. l’architecte Lagrange.
Une autre cause grave de la diminution du rendement se trouve dans la disposi
tion même de la pompe et de ses organes de rattachement à la turbine ; celle-ci
n’actionne qu’une seule pompe, placée latéralement à son axe et par l’intermédiaire
d’un arbre de transmission de près de 3”00 de longueur ; il en résulte une distribu
tion inégale des effets qui se traduit par une marche très-irrégulière de la turbine
qui éprouve une peine visible à franchir les points morts, et des dislocations dan
gereuses qui ont causé plus d’une fois la rupture de certains organes et particuliè
rement de la bielle ou du bouton de manivelle de la pompe.
— 12 —
Il résulte de ce qui précède que, le 27 septembre dernier, le volume total d’eau
élevé en ville était de 34 litres 9 à la seconde (dont 25 litres 7 par le Moulin-Neuf,
et 9 litres 2 par la roue du Toulon), soit un débit de 3,000 mètres cubes environ en
24 heures (130 litres par habitant.)
J’ai jaugé le même jour le débit total de la source du Cluzeau qui alimente la ville ;
je l’ai trouvé égal à 42 litres par seconde ; l’impuissance des machines faisait donc
perdre 7 litres 1 par seconde, c’est-à-dire près de 600 mètres cubes par jour.
Il importe de remarquer que toutes les pompes du Moulin-Neuf et du Toulon sont
en rapport direct avec une conduite unique de refoulement, et qu’il résulte encore de
sérieuses causes de perte de charge des différences de pression au branchement de
chacune d’elles, et de l’insuffisance du diamètre de cette conduite qui est de O’n25
entre le Moulin-Neuf et le Toulon, et de 0m22 seulement entre le Toulon et la cham
bre d’eau à l’origine de l’aqueduc d’amenée.
Expérience du 7 octobre.
Le 7 octobre, des expériences analogues m’ont donné les résultats suivants :
Débit total de la source : 34 litres par seconde.
Volume d’eau élevée :
Par la turbine du Moulin-Neuf....................................... 27‘ 50
Par la roue du Toulon.....................................................
6
Total.......................................
Soit 2.900 mètres cubes en 24 heures.
33’ 50
— 13 —
Expérience du 19 octobre.
Le 19 octobre, j’ai trouvé :
.Débit de la source : 48 litres à la seconde.
„ ,, , l par la turbine du Moulin-Neuf.......................
Eau e evee j par la roue (lu Toulon...................................
31 lit.
7
Total...........................................
38 lit.
Soit 3.300 mètres cubes en 24 heures.
Expérience du 17 novembre.
Le 17 novembre, l’isle subissait une crue de 0” 35; cette faible surélévation des
eaux suffisait à paralyser en grande partie la turbine du Moulin-Neuf ; la chute
était réduite à 0m 78 ; la turbine ne faisait plus que huit tours à la minute en su
bissant un arrêt presque complet au passage du point mort; on peut affirmer que,
dans ces conditions, le rendement de l’usine était inférieur à 10 %. Le volume
d’eau élevé par la turbine était tombé à 13 litres par seconde.
La roue du Toulon élevait un volume de 8 litres à la seconde ; soit un total de
21 litres, ou 1,800 mètres cubes en 24 heures.
Pour obvier à cette pénurie, on mit en marche la machine à vapeur de secours,
sur laquelle je fis les constatations suivantes :
Nombre de courses des pistons à la minute, 20 ;
Volume d’eau élevé, à la minute, 900 litres, soit 15 litres par seconde.
Cette machine auxiliaire portait donc le débit total à 21 -j- 15 == 36 litres à la
seconde, soit 3,100 mètres cubes en 24 heures.
Ce jour-là, je fis un jaugeage du débit de l’abîme du Toulon en faisant passer par
la vanne de décharge voisine de la roue le volume d’eau qui se perdait au déver
soir ; j’ai trouvé les résultats suivants :
— 14 —
d’eau de 12 litres à la seconde. En considérant que lors de ces constatations la ma
chine à vapeur n’était pas encore en marche, on voit que le débit total de la source
qui alimente la ville était alors de 69 litres, répartis ainsi qu’il suit :
Perdus à la source même...................... 36
Elevés par la roue du Toulon................
8
Elevés par le Moulin-Neuf.................... 13
Perdus à la bâche du Moulin-Neuf........ 12
I
------------Total pareil.............. 69 litres.
J’ajouterai que les débits ci-dessus constatés ont été très-sensiblement confirmés
par des expériences directes faites aux réservoirs de la ville par les soins de M. CrosPuymartin, directeur des travaux municipaux.
On voit donc que, loin d’atteindre le débit de 5,000 mètres cubes que semblait de
voir fournir l’ensemble des machines du Toulon, on doit considérer l’approvision
nement journalier de 3,000 mètres cubes comme un maximum difficile à dépasser.
On pourrait porter ce débit à 3,800 mètres cubes en maintenant en marche perma
nente la machine à vapeur de secours ; mais, outre qu’il en résulterait une dépense
hors de proportion avec le service rendu, j’estime que, dans les conditions où elle
est établie et où elle fonctionne, cette machine ne tarderait pas à être hors de service.
Les causes principales de l’insuffisance du service actuel, en dehors des imperfec
tions de détail des machines, sont, d’une part, l’irrégularité de la marche de l’engin
principal (Moulin-Neuf), par suite des variations du régime de la rivière d’Isle, et,
d’autre part, l’insuffisance même du débit d’étiage de la source alimentaire.
La chute du Moulin-Neuf est à l’étiage de 0m90 ; une crue de 0,25 la réduit de
plus d’un quart ; nous avons vu qu’une crue de 0m35 réduit de moitié son débit en
eau montée ; enfin la turbine est réduite à l’impuissance absolue par une crue de
0'n70. Or, j’ai constaté par les registres d’étiage du service de la navigation que,
pendant 78 jours en 1876, pendant 103 jours en 1877, l’Isle a subi des crues su
périeures à 0"’70. Il n’est pas probable que l’année pluvieuse que nous traversons
donne des résultats plus satisfaisants.
Si on ; joute à cela les chômages nécessaires pour les accidents et les réparations
usuelles, on voit que l’usine du Moulin-Neuf est réduite à l’impuissance pendant
un tiers du temps, et qu’en dehors de ces arrêts quasi-absolus, elle peut subir trèsfréquemment des diminutions de près de moitié dans son rendement normal.
Nous avons vu le débit de la source alimentaire tomber, au commencement d’oc
tobre, à 34 litres par seconde ; ce n’était pas alors une époque d’étiage minimum, et
il est probable que ce débit doit descendre, en été sec, à 30 litres et peut-être audessous, ce qui correspondrait à 2,600 mètres cubes par jour. Je me suis convaincu,
en effet, d’après les affirmations du chef-mécanicien du Toulon, que bien souvent
la source est insuffisante pour l’utilisation totale de la pompe du Moulin-Neuf. Ainsi
donc, quand les pluies d’hiver augmentent le débit de la source, elles paralysent, par
les crues de l’Isle, la puissance des machines et les met dans l’impossibilité d’utiliser
le volume d’eau disponible ; par contre, lorsque les séchéresses d’été rendent à la
— 15 —
chute du Moulin-Neuf sa hauteur et sa puissance normales, le débit de la source est
insuffisant pour l’utilisation de la force dont on dispose. Ce sont là des conditions
résultant de la force même des choses, et qui ne peuvent être améliorées, comme je
le montrerai plus loin, qu’au prix de grands sacrifices.
Conduite d’amenée. — Réservoir. — Canalisation de ville.
Je viens de montrer les imperfections de l’outillage élévatoire ; ce ne sont pas
les seules causes du service d’eau défectueux que l’on constate en ville.
La conduite d’amenée du Toulon aux réservoirs de ville nécessiterait une réfection
presque totale ; sa section est trop faible et son mode même de construction l’expose
à l’invasion des chevelus de racines qui, pénétrant par les moindres fissures de la
couverture, se développent au contact de l’eau, et forment des
de renard qui
obstruent rapidement la section sur plusieurs mètres de longueur.
J’ai constaté le même phénomène sur la conduite en ciment qui conduit les eaux
de la source alimentaire aux usines du Toulon et du Moulin-Neuf, ce qui indique des
fissures dans les joints de cette conduite qui a été exécutée par tronçons soudés
les uns aux autres.
Les aqueducs en arcades qui franchissent les vallées secondaires sont sujets à des
fuites fréquentes ; c’est un inconvénient qu’il est presque impossible d’éviter avec
des maçonneries de faible épaisseur exposées au soleil et soumises aux contractions
et dilatations successives dues aux variations de la température. Les réservoirs de
ville sont de dimensions insuffisantes ; leur capacité permet à peine de régler le
service journalier, et est absolument insuffisante pour parer à une interruption de
24 heures dans l’alimentation.
Ces réservoirs sont également trop peu élevés par rapport au niveau général de
la ville ; si les quartiers bas sont convenablement servis en temps normal, il en est
tout autrement des quartiers hauts dont l’importance s’accroît tous les jours ; la rue
de la Boétie n’est pas servie directement ; le cours Tourny et la rue d’Angoulême
ont une charge d’eau insuffisante pour le service des étages et souvent même pour
celui du rez-de-chaussée. Cette faible élévation, jointe au mauvais état de la cana
lisation, dont une grande partie remonte à plus de quarante ans et comporte des
diamètres insuffisants pour le volume d’eau actuel, rend très défectueux le service
des incendies, en diminuant outre mesure la charge disponible aux orifices de prise
d’eau. Cette circonstance est encore aggravée parla nécessité de fermer les orifices
pendant la nuit pour ménager la réserve d’eau accumulée pendant cette période.
Des sinistres déplorables ont malheureusement mis trop souvent en lumière cette
insuffisance du service d’eau, et cette grave considération suffirait à justifier l’amé
lioration que réclame l’ensemble de la distribution d’eau de Périgueux.
Discussion des divers modes d’amélioration applicables
à la situation actuelle,
La population entière semble d’accord sur la nécessité de porter remède à cette
— 16 —
situation : il ne peut y avoir divergence que sur le choix du mode à adopter ; je
vais examiner successivement toutes les solutions pratiques que la question me
paraît comporter ; mais il est nécessaire, avant d’aborder cet examen comparatif,
de bien établir les conditions du programme auquel toute solution proposée devra
satisfaire. Le problème se pose en ces termes : amener à un niveau convenable,
emmagasiner et distribuer une quantité déterminée d’eau présentant les qualités
requises pour tous les usages domestiques.
L’emmagasinement en réservoirs et la distribution dans la ville ne sauraient
donner lieu à longue discussion ; l’expérience et les lois de l’hydraulique ont fixé
d’une façon très-nette le rapport à établir entre la quantité d’eau à distribuer, la
capacité de 3 réservoirs et la puissance du débit des différentes artères distributrices,
et il est clair que pour une ville donnée, ces deux éléments, réservoirs et canalisa
tion intérieure, sont à peu près indépendants du lieu d’origine et du mode d’amenée
des eaux. Cette indépendance est d’autant plus vraie pour Périgueux, que, bâtie en
amphithéâtre sur un coteau unique descendant à la rivièred’Isle,cette ville ne com
porte qu’un sommet bien déterminé, et que le réservoir principal doit, par la nature
même des lieux, être placé sur la colline qui s’élève au nord de la ville au-dessus de
la rue d’Angoulême et du cours Tourny.
La direction et la répartition des diamètres des conduites de ville découle natu
rellement de l’emplacement quasi-obligatoire du réservoir.
Il reste donc à déterminer la quantité d’eau à approvisionner, son mode d’amenée,
son niveau et, s’il y a lieu, ses qualités intrinsèques.
QUANTITÉ d’eau NÉCESSAIRE.
Si on consulte un tableau des distributions d’eau des différentes villes de France, on
reconnaît que la quantité distribuée subit, de l’une à l’autre, des variations considéra
bles; mais on constate un accroissement sensible de cette quantité dans les distribu
tions récentes par rapport aux distributions anciennes. Un grand nombre de villes,
prenant pour base principale de leur approvisionnement la quantité d’eau individuellemment dépensée par chaque habitant, ont été amenées à considérer comme très
suffisante une ration de 50 litres par habitant ; plusieurs villes importantes, dotées
depuis plus de cinquante ans, n’atteignent même pas ce chiffre ; mais l’expérience
a montré que la consommation d’une ville s’accroît en raison même des facilités
données pour l’usage de l’eau, et ce fait a à peine besoin d’être expliqué : on res
treint sa consommation quand il faut apporter et monter l’eau à bras d’homme dans
ses appartements ; on en est plus prodigue lorsqu’un robinet la met à votre portée
et sans limite à tous les étages de la maison.
Le service de la propreté publique et privée entraîne également une consomma
tion d’eau rapidement croissante. Paris, qui semblait largement doté, il y a vingt
ans, a souffert de la pénurie d’eau pendant les deux étés derniers, malgré les gigan
tesques travaux d’amenée exécutés dans ces dernières années. La consommation
moyenne par habitant y est d’environ 200 litres : il en faudrait 300 ; mais si on
considère que la capitale fait pour son édilité et pour l’agrément public une consma-
— 17 —
mation d'eau exceptionnelle, on jugera qu’un approvisionnement de 250 litres par
habitant est une large dotation pour une ville de moyenne importance. C’est ce
chiffre que je propose d’adopter pour Périgueux ; il correspondrait actuellement,
pour une population agglomérée de 22,300 habitants, à un volume journalier de
5,600 mètres cubes. Mais il faut observer que la ville de Périgueux est en voie de
croissance manifeste, que sa population agglomérée s’est accrue de 1,600 habitants
pendant la période de cinq ans qui sépare les derniers recensements, et que, si
cette proportion se maintenait, la ville comporterait, dans un demi-siècle, près de
40,000 habitants. 11 importe donc que la distribution d’eau soit, dès maintenant,
assez abondante pour suffire aux besoins à venir, ou présente au moins une élasti
cité qui permette de faire face aux exigences futures, sans rendre inutiles les sa
crifices de la génération présente ou sans les augmenter dans une trop forte pro
portion .
Dans cet ordre d’idées il parait raisonnable de fixer, dès maintenant, l’approvi
sionnement de Périgueux à 100 litres par seconde correspondant à 8,640 mètres
cubes par jour, soit, pour la population actuelle,un volume de près de 400 litres par
habitant, étant bien entendu qu’on devrait donner la préférence à la solution qui
permettrait facilement de porter ce chiffre à 10 ou 12,000 mètres cubes.
NIVEAU DU RÉSERVOIR.
J’ai dit que les réservoirs actuels sont trop bas : je pense qu’il convient d’élever
la réserve d’eau de façon à servir tous les quartiers hauts, et pour ne pas exagérer
les difficultés de l’élévation de l’eau, j’ai pris pour limite inférieure le 1er étage des
maisons de la rue de la Boétie, soit la cote 120 mètres environ au-dessus du ni
veau de la mer (le point le plus élevé du sol de cette rue est à la cote 115 ; le réservoir
du Pourradier tient l’eau à la cote 113,90 au maximum). On verra plus loin que cette
surélévation assure un service de ville abondant et facile et permettra même, sur
un grand nombre de points, de combattre l’incendie par jet direct alimenté par les
bouches de ville.
QUALITÉ DE. l’eau.
En ce qui concerne la qualité de l’eau,la constitution géologique du sol, au moins
dans la région qui peut alimenter Périgueux, ne permet pas d’espérer une grande
variété ; les essais hydrométriques que j’ai faits sur les eaux d’un grand nombre de
sources m’ont montré qu’à une exception^près, sur laquelle j’aurai à revenir plus
loin, les eaux de source de cette région présentent une aptitude sensiblement égale
aux divers usages domestiques ; toutes les eaux marquent environ 22 degrés à
l’hydrotimètre (1) ce qui signifie qu’elles contiennent environ 22 centigrammes par
litre de sels terreux (principalement du carbonate de chaux.)
(1) J’avais trouvé 26 degrés pour l’eau des fontaines de Périgueux ; mais l’analyse complète, fade à
l’Ecole des Ponts et Chaussées, et dont on verra le détail plus loin, lui ayant assigné 22 degrés, j’ai dû en
conclure que la liqueur hydrotimétrique dont j’ai fait usage n’était peut-être pas exactement titrée ou
avait subi une alteration. J’ai, en conséquence, réduit proportionnellement les résultats de mes essais
personnels pour les mettre en concordance avec ceux obtenus au laboratoire de l’Ecole des Ponts et
Chaussées.
3
— 18 —
On peut donc sa borner, pour une première appréciation, àchoisir entre les deux
grandes catégories d’eau potable : eaux de source et eaux de rivière. Ces dernières
sont généralement plus douces ; les grands cours d’eau de cette région prennent, en
effet, leur source et ont une grande partie de leurs cours sur les terrains primitifs
du plateau central où elles ne peuvent se charger de sels calcaires, et j’ai constaté
que le degré hydrotimétrique des eaux de l’Isle variait de 3 à 4 degrés. Mais elles
rachètent cet avantage par des inconvénients multiples : leur température est trèsvariable : glacées pendant l’hiver, elles acquièrent pendant l’été une chaleur qui en
rend l’usage fort désagréable. Elles sont soumises à toutes les influences
atmosphériques et se chargent, pendant les crues même peu importantes, de quan
tités considérables de limon qui les rendent répugnantes à la vue et souvent même
au goût. Elles peuvent renfermer des proportions notables de matières organiques,
qui les rendent rapidement putrides et souvent impotables ; enfin elles reçoivent des
déjections de toutes sortes provenant des établissements riverains, et si ces matières
diluées dans un grand volume d’eau n’ont pas toujours un effet délétère, la possi
bilité seule de leur existence inspire une répugnance et un dégoût invincibles.
Les eaux de source, au contraire, lorsque leur composition chimique ne les rend
pas impropres à l’usage domestique, et c’est le cas des sources que nous énumérons
plus loin, offrent de précieux avantages : leur température varie entre des limites
plus resserrées ; relativement chaudes l’hiver, elles conservent l’été, dans certaines
conditions d’amenée et d’emmagasinement, une fraîcheur fort appréciée. Elles sont
soustraites à toutes influences délétères ; elles se troublent rarement et dans des
proportions si minimes qu’un repos de quelques heures dans les réservoirs suffit à
les clarifier ; ce léger trouble disparaît rapidement à la source même, et ne persiste
pas longtemps après les orages accidentels qui l’ont causé.
Quelques ingénieurs avaient pensé que les grandes rivières pouvaient seules ali
menter les grandes villes en quantité suffisante ; M. Belgrand, l’illustre hydrologue
du bassin de la Seine, a fait justice de cette appréciation et a fait prévaloir pour
l’alimentation de Paris le système des dérivations , souvent lointaines, d’eaux de
sources.
Il ne lui a pas paru que la filtration en grand fût un palliatif suffisant des incon
vénients de l’eau de rivière, et, en fait, cette opération ne semble pas résolue encore
d’une manière économique et entièrement satisfaisante. En Angleterre, où on en a
fait de nombreuses et importantes applications, le prix de revient du filtrage s’élève
souvent à 8 fr. pour 1,000 mètres cubes, y compris les intérêts du capital d’installa
tion (société des filtres de l’East London Company). En ne tenant pas compte des
intérêts du capital d’établissement, il est difficile de dépenser moins de 3 fr. pour la
filtration de 1,000 mètres cubes. A Chelsea (Angleterre), on dépense 75 fr. par
jour pour 22,000 mètres cubes d’eau filtrée, soit 3 fr. 75 par 1,000 mètres cubes. C’est
payer bien cher la clarification d’un volume d’eau dont les 95 centièmes au moins
seront employés en lavages publics ou privés !
« Aucun de ces appareils, dit M. Belgrand, ne donne une solution satisfaisante.
» Tous laissent passer l’urine et autres produits azotés de la nature la plus répu» gnante. »
19 —
En général, les filtres peuvent arriver à fournir une eau limpide, mais ils ne don
nent jamais une eau agréable à boire ; souvent même l’eau filtrée a perdu de sa salu
brité parce qu’elle s’est dépouillée des gaz qu’elle contenait. L’usage du filtre doit
donc être évité autant que possible. (Debauve. — Traité des distributions d’eau.)
En résumé, le programme de la distribution d’eau à établir à Périgueux peut se
définir ainsi qu’il suit :
Amener à la cote 120,n un volume d’eau d’environ 100 litres par seconde, em
prunté de préférence aux sources, si les conditions économiques le permettent.
Je vais examiner successivement les diverses solutions que comporte ce problème.
1° Amélioration de la prise d’eau du Toulon.
La première solution qui se présente à l’esprit consiste à améliorer la situation
actuelle sans en modifier le système général, et à faire aux usines du Toulon les
changements et additions suffisantes pour réaliser le nouveau programme.
Dans cette hypothèse, il faudrait tout d’abord chercher d’autres eaux que celles
qui sont fournies actuellement par la source du Cluzeau, dont le débit d’été peut
descendre, comme nous l’avons vu, à 30 litres par seconde, à peine le tiers de ce
qui est nécessaire. De ce côté, il n’y a pas de difficulté, l’abîme du Toulon pouvant
fournir un volume d’eau de sources bien supérieur aux besoins de la ville. Mais les
eaux de cet abîme, après avoir actionné la pompe hydraulique du Toulon, fournis
sent la force motrice nécessaire à la filature Murat, à l’embouchure du ruisseau du
Toulon, dans la rivière d’Isle. On ne saurait donc détourner, au profit de la ville, un
volume d’eau considérable sans porter préjudice à cette usine dans une proportion
telle qu’on serait conduit à en faire l’acquisition totale, ce qui entraînerait une dé
pense d’au moins 120,000 fr. Voyons quel serait le résultat utile de cette dépense
au point de vue de l’élévation de l’eau en ville.
Le débit minimum de l’abîme du Toulon est de 20,000 mètres cubes par jour, soit
250 litres à la seconde ; en y ajoutant le débit minimum de la source alimentaire
actuelle, on aurait un débit total de 280 litres, sur lequel il faudrait prélever 100
litres à élever en ville ; reste en eau motrice un volume de 180 litres à la seconde.
La chute de l’usine Murat étant de 2 mètres environ, le travail moteur serait :
180 x 2 = 360 kilogrammètres.
La hauteur d’élévation, pour atteindre la cote 120 en ville, serait d’environ
39 mètres.
En admettant le coefficient de rendement 0,50, le volume d’eau élevé par cette
usine serait donné par la relation
Ainsi, on achèterait au prix de 120,000 fr. (sans compter les frais d’installation des
pompes), une machine qui pourrait à peine élever en ville le vingtième de l’appro
visionnement nécessaire !
11 vaudrait mieux, à mon avis, utiliser l’achat nécessaire de l’usine Murat pour su
rélever dans la limite du possible, la retenue du barrage de l’Isle. On pourrait vrai-
— 20 —
semblablement en relever la crête d’environ O'u 20 à 0m 25, ce qui augmenterait de
20 % la puissance motrice de l’usine du Moulin-Neuf.
Voyons ce qu’on pourrait obtenir de cette dernière avec cette amélioration.
Le débit minimum de l’Isle est de 5,000 litres par seconde, la hauteur de chute
serait ainsi portée à lni 15.
Le travail moteur serait donc :
5,000 x 1,150 = 5,875 kilogrammètres.
et le volume d’eau qu’on pourrait élever par cette chute serait :
0,50 X 5,875
.,
j
----- 3l)——- = 7O1
73 litres
a- îla seconde.
Il resterait une insuffisance de 27 litres à laquelle il faudrait pourvoir par une
machine à vapeur.
Il ressort de ce calcul que la chute motrice de l’Isle, au Toulon, même surélevée le
plus possible, ne peut fournir que les 3/4 à peine de la force nécessaire pour l’ali
mentation de la ville et qu’on serait forcé de recourir à l’emploi permanent d’une
machine à vapeur auxiliaire.
Il ne faut pas perdre de vue, en outre, que, dans un service par machines, il
faut prévoir les interruptions causées par les accidents de toute nature, et
notamment par les crues qui paralyseraient l’usine principale, ce qui nécessiterait
l’établissement d’une machine de secours d’une puissance égale à celle de cette
usine. Enfin, en dehors des crues produisant un arrêt complet du moteur hydrauli
que, il faut compter avec les réductions du rendement résultant des faibles variations
du niveau de la rivière. Nous avons vu que les crues d’arrêt absolu occupent, sur
les registres d’étiage, près du quart de l’année moyenne. Il est donc prudent de
prévoir que le moteur hydraulique n’aura son plein effet que pendant la moitié du
temps au plus. La machine auxiliaire permanente devrait donc effectuer en moyenne
un travail à peu près double de celui que nous lui avons assigné plus haut, et elle
devrait être établie de façon à pouvoir élever d’une façon constante au moins 50 li
tres d’eau à la seconde.
Ceci posé, voyons quelles seraient les dépenses d’établissement et d’entretien de
l’outillage ainsi perfectionné :
Achat de l’usine Murat.......................................................................
Relèvement de la chute du barrage de l’Isle...................................
Substitution d’une roue Sagebien à la turbine actuelle et installa
tion de pompes d’un débit effectif de 75 litres à la seconde (soit un
travail utile de 39 chevaux-vapeur nécessitant des appareils d’une
puissance nominale de 80 chevaux) ; réfection des bâtiments, élévation
du niveau des pompes pour utiliser autant que possible la hauteur
actuelle de l’eau à élever.......................................................................
Machine auxiliaire permanente pouvant élever 50 litres d’eau à la
seconde (force utile 26 chevaux, force nominale 50 chevaux), avec
pompes et accessoires.. . ..................................................................... '.
Machine de secours pouvant élever au besoin 75 litres à la seconde
A reporter........
120,000 fr.
5,000
100,000
60,000
285,000 fr.
21 —
Report......................
pour remplacer éventuellement le moteur hydraulique, avec pompes
et accessoires.........................................................................................
Conduites forcées pour l’amenée de l’eau aux pompes (diamètre
n
f
v, n Kn.(500ra à 36 fr................
0,40) et pour le refoulement (diamètre 0,50))
„
■ ’
1
v
’ (600,nà50fr................
Relèvement et reconstruction de l’aqueduc d’amenée en ville........
285,000 fr.
Total de la dépense d’établissement..........
503,000 fr.
100,000
18,000
30,000
70,000
Evaluons maintenant les dépenses annuelles auxquelles donnerait lieu cet outil
lage.
J’ai trouvé, dans un rapport de MM. Lesguiller et Belgrand, sur les eaux de Ren
nes, que la dépense annuelle d’une machine à vapeur constamment employée est de
1,000 fr. par cheval de travail utile ; ce chiffre, qui naraît énorme au premier
abord, se justifie facilement par le calcul suivant :
2 kilogrammes de charbon par cheval et par heure, soit, avec les pertes, 20 tonnes
par an, à 30 fr. la tonne, ci........................................................................
600 fr.
Entretien, matières grasses, chiffons, etc., 1 fr. par jour..................
365
Menus frais..............................................................................................
35
1,000 fr.
Total.............................................
Les dépenses annuelles seraient donc :
10 Entretien de la machine auxiliaire permanente pour 27 chevaux.
2° Entretien de la machine de secours pendant deux mois chaque
année ; 39 chevaux, ' '
27,000
—-=.........................................................
6,500
3° Traitement d’un mécanicien et d’un aide-mécanicien..............
4° Amortissement du matériel machines : 2 O/o sur un capital réduit
de 200,000 fr. (réduction justifiée par l’inaction relative de la ma
chine de secours).................................................................................
3,000
Total des dépenses annuelles....................
40,500
Ce qui représente un capital de......................................................
Qui ajouté aux dépenses d’établissement, soit...............................
810,000
503,000
Porte la dépense totale capitalisée à...............................................
1,313,000 fr.
4,000
2° ÉLÉVATION DE L’EAU DE L’iSLE PAR LA CHUTE DE BARNABE.
On vient de voir que l’insuffisance de la force motrice du barrage du Toulon est la
cause principale de l’élévation de la dépense nécessaire fpour le bon fonctionnement
de l’usine du Toulon,
Cette considération a, sans doute, contribué à faire mettre en avant un projet qui
consisterait à utiliser la chute puissante du moulin de Barnabé pour élever en ville
le volume d’eau nécessaire que l’on .puiserait directement dans le bief supérieur de
cette usine.
— 22 —
Il faut reconnaître qu’au seul point de vue de l’élévation de l’eau, cette solution ne
manque pas d’être séduisante ; les eaux du bief de Barnabé sont à la cote 86, c’està-dire à 4 mètres au-dessus du niveau auquel on pourrait utilement puiser les eaux
de l’abîme du Toulon; la chute de ce moulin est de 2n’4O, deux fois et demie celle du
Toulon, et ces circonstances favorables simplifient singulièrement la question mé
canique. La puissance motrice de la chute de Barnabé est de 5000 x 2.40 = 12.000
kilogrammètres.
Sa puissance effective en travail utilisé serait donc :
12000 x 0.50 — 6000 kilogrammètres.
1 L’eau devant être élevée à une hauteur approximative de 35 mètres, la quantité
d’eau qu’on pourrait élever serait
6000
= 171 litres 1par seconde.
35
On pourrait donc élever facilement les cent litres nécessaires à l’alimentation de
la ville et il resterait encore une force disponible capable d’élever 70 litres par se
conde. Cela permettrait à la rigueur de se passer, quant à présent, d’une machine
à vapeur de secours : on établirait à l’usine un double moteur hydraulique pour
parer aux interruptions, et pour éviter toutes chances de chômage, on devrait don
ner à chaque groupe de pompes une conduite de refoulement spéciale.
Mais outre que la seule acquisition de l’usine de Barnabé entraînerait une dépense
considérable, il faudrait établir en ville des filtres en grand pour la clarification des
eaux puisées à la rivière,
Dans ces conditions, les dépenses d’établissement et d’entretien annuel pourraient
s’évaluer ainsi qu’il suit :
DEPENSES D ETABLISSEMENT.
Achat du moulin de Barnabé...............................,................................. 300,000f
Appropriation de l’usine et installation de deux roues Sagebien avec
pompes d’une puissance utile de 100 x 85 = 3500 kilogrammètres, soit
44 chevaux, correspondant à une puissance nominale de 90 chevaux... 140,000
Deux conduites de refoulement de 500 mètres chacune et d’un diamè
tre de 0,n50..................................................................................................
50,000
Conduite d’amenée, 1600 mètres à 25 fr................................................
40,000
Filtres........................................................................................................ 100,000
Total des dépenses d’établissement...............
630,000'
DÉPENSES d’entretien ANNUEL.
Entretien des machines..........................................................................
Traitement d’un mécanicien et d’un aide..............................................
Dépense de filtration (8,000 mètres cubes par jour, à 3 fr. les 1,000
mètres cubes) = 24 x 365........................................................................
5,000f
2,400
Total des dépenses d’entretien....................
16,160
8,760
23 —
Ce qui représente un capital de..............................................................
En y ajoutant les dépenses d’établissement, soit.................................
323,200
630,000
On obtient une dépense totale capitalisée de.......................................
953,200r
Mais on n’aura, à ce prix, qu’une eau présentant tous les désagréments que j’ai
déjà signalés et qui suffisent, à mon avis, à faire rejeter à, priori cette solution.
J’ajouterai qu’ayant écarté par mesure d’économie, l’installation de machines à
vapeur de secours, on serait exposé à des interruptions de service dans les crues
exceptionnelles de l’Isle qui paralyseraient la cliute de Barnabé, éventualité beau
coup moins fréquente assurément qu’au Toulon, mais qui n’en apporterait pas
moins, le cas échéant, un trouble fâcheux dans le service de ville.
3° DÉRIVATION DE
LA FONTAINE DE GLANE.
La fontaine de Glane est une des plus remarquables et des plus importantes du
Département ; elle jaillit au pied d’un coteau calcaire, à 400 mètres environ de la
rivière d’Isle, à l’embouchure d’une vallée sèche, que suit le chemin d’intérêt com
mun n° 64, et qui s’étend dans la direction de Négrondes jusqu’au village du Maine,
sur le faîte qui sépare la vallée de l’Isle de celle de la Beauronne.
La nappe d’eau prend jour sous un lit de roches horizontales sur une largeur de
25 mètres environ, et constitue ainsi, dès sa sortie, une véritable rivière qui va se
jeter à l’Isle à 60 mètres environ en amont du château de Glane.
Le débit de cette source est plus considérable que celui de toutes les fontaines
que j’ai visitées dans les diverses vallées en amont de Périgueux.
La première fois que je la vis, à la fin do mai 1882, elle n’était point grossie en
core par les pluies diluviennes qui ont marqué l’été et l’automne de cette année, et
elle donnait, à cette époque, un volume d’eau de 4 à 500 litres par seconde (40,000
mètres cubes par jon .
Les débits que j’ai observés depuis, par mesure exacte, en faisant passer les eaux
par un double déversoir en mince paroi établi dans un barrage étanche, sont les
suivants :
Le 6 octobre, 500 litres par seconde.
Le 11 —
400
—
Le 17 —
800
—
ne 25 —
1200
—
Le 8 novembre, 660
—
Le 13 —
1800
—
Enfin, à la suite des pluies de la dernière quinzaine, la fontaine de Glane donne
actuellément plus de 2,000 litres à la seconde.
Son bassin apparent, c’est-à-dire la surface de terrain limitée par les lignes de
faîte qui entourent immédiatement la vallée de Glane, est d’environ 16 kilomètres
carrés, mais en se reportant au tableau des pluies tombées dans cette région (1), on
(1) J’ai réuni pour cela les observations pluviométriques faites à l’École normale de Périgueux, dont
le Directeur a bien voulu me communiquer les résultats, et celles de la Ferme-école de Lavallade ; la
moyenne de ces observations m’a semblé répondre assez exactement aux conditions climatériques de la
égion où coule la fontaine de Glane.
24 —
peut constater que la source de Glane a débité, pendant le mois d’octobre, un vo
lume total égal à celui qui serait tombé sur un bassin quatre fois plus étendu, et
comme les fontaines de ce genre ne débitent en général qu’une fraction réduite du
volume d’eau tombée sur le bassin qui les alimente, on est en droit d’en conclure,
conformément à l’opinion des habitants de la contrée, que le bassin alimentant la
source de Glane s’étend bien au delà des limites indiquées par le relief du sol immé
diatement voisin, et empiète notablement sur les terrains primitifs de la partie nord
du Département aux confins du Limousin.
Cette circonstance expliquerait, non seulement l’abondance relative de cette
source, mais aussi la qualité exceptionnelle de ses eaux, sur laquelle je crois devoir
insister particulièrement.
Les sources du Département, alimentées par les infiltrations des eaux pluviales
dans les massifs calcaires perméables qui en constituent la presque totalité, sont
naturellement chargées d’une quantité notable de carbonate de chaux qui leur
donne une certaine crudité. On verra plus loin que les eaux de toutes les sources
que j’ai observées marquent à l’hydrotimètre un degré supérieur à 22°.
La source de Glane marque 17° seulement en débit normal, et sa supériorité est
attestée par le procès-verbal de l’analyse qui en a été faite au laboratoire de l’Ecole
des Ponts et Chaussées, comparativement à celle du Toulon, et dont voici la repro
duction :
ECOLE NATIONALE
EXTRAIT DU REGISTRE DES ESSAIS :
DES
PONTS ET CHAUSSÉES
LABORATOIRE.
Deux échantillons d’eau remis par M. THÉVENET, ingénieur eu chef
des Ponts et Chaussées, à Périgueux (Dordogne).
L’analyse de ces échantillons a donné les résultats suivants :
N° 1
N" 2
SOURCE
SOURCE
de
du
GLANE.
TOULON.
17,0
22,0
Acide sulfurique...................................................................................
Chlore...................................................................................................
Silice...................................................................................................
Peroxvde de fer et alumine................................................................
Chaux..................................................................................................
Magnésie.................................................................................................
Alcalis................................................................................................
Matières combustibles.......................................................................
Acide carbonique, produits non dosés et pertes................. .. .
OeOOl
0,006
0,006
0,001
0,112
0,003
0,007
0,004
0,094
traces.
0g,007
0 ,016
0 ,001
0 ,140
0 ,013
0 ,008
0 ,003
0 ,123
Résidu total............................
0e237
0«313
Degré hvdrométrique....................... ...................................................
Résidu de l’évaporation par litre :
— 25 —
Ces deux eaux peuvent être appliquées aux usages domestiques. La source de
Glane présente toutefois une supériorité marquée sur celle du Toulon et doit lui
être préférée, si les circonstances techniques et économiques le permettent.
Paris, le 30 novembre 1882
L’Ingénieur en chef, Directeur du Laboratoire,
Signé : Durand CLAYE.
Vu par l’Inspecteur de l’École :
Signé : E. Collignon.
Cette douceur relative des eaux est caractéristique, et elle me permet de réfuter
l’opinion d’après laquelle la source de Glane ne serait que l’exutoire inférieur des
eaux que l’on voit passer au fond de l’entonnoir deFontarneau, à quatre kilomètres
en amont de Glane, au village de l’Eymeronie, et qui, à la suite des grandes pluies,
débordent au-dessus de cet entonnoir et descendent directement à la rivière.
On affirme, en effet, que de la balle d’avoine entraînée dans l’entonnoir de Fontarneau serait venue sortir à la fontaine de Glane. Cette expérience que les hautes
eaux ne m’ont pas permis de renouveler, indiquerait une communication des eaux
de Fontarneau avec celles de Glane, mais elle n’implique nullement que ces eaux
soient identiques et appartiennent à la même nappe souterraine. Je vais donner la
preuve du contraire :
Les eaux de Glane marquent 17° à l’hydrotimètre, celles de Fontarneau marquent
22° 8 ; il y a donc entre elles une profonde différence de composition. Si les sources
étaient très éloignées l’une de l’autre, on pourrait croire que, cheminant dans de vé
ritables galeries souterraines où elles seraient en contact avec l’air, ellès pourraient
dégager une partie de leur acide carbonique et laisser déposer partiellement sur
leur parcours les sels calcaires qu’elles renferment.
Mais cette hypothèse tombe devant ce fait que le niveau de l’entonnoir de Fontar
neau est de 20 mètres plus élevé que celui de la source de Glane et que la dis
tance des deux fontaines étant de 4 kilomètres seulement, il y aurait entre elles
une pente si rapide que le séjour des eaux dans les canaux qui les séparent serait
trop court pour justifier la moindre différence hydrotimétriqus.
D’un autre côté, si Fontarneau et Glane faisaient partie d’une même nappe, l’en
tonnoir de Fontarneau constituerait pour ainsi dire un tube piezométrique mesurant
la pression effective en un point de cette nappe ; les variations de ce niveau seraient
en rapport avec les variations du débit de la source inférieure ; le débit de Glane se
rait sensiblement proportionnel à la racine carrée de la hauteur absolue de l’eau à
Fontarneau ; or, quand l’eau ne fait que couler au fond de l’entonnoir de Fontar
neau, la différence de niveau est d’environ 20 mètres, et la fontaine de Glane donne
au plus 500 litres à la seconde ; lorsque l'entonnoir de Fontarneau est plein, la charge
monterait alors à 28 mètres environ et le débit de Glane serait approximativement
tandis qu’il est alors en réalité de 1,200 et même 1,500 litres.
Il n’y a donc pas communication piezométrique proprement dite entre ces deux
4
— 26
sources ; la source de Fontarneau appartient à une nappe supérieure retenue sans
doute sur une couche marneuse ; la source de Glane appartient à une nappe infé
rieure beaucoup plus étendue ; une partie des eaux de Fontarneau peut se déverser
dans la nappe de Glane, mais elles sont loin d’en constituer l’alimentation totale.
Il est probable que l’exutoire principal des eaux de Fontarneau est la source do
Cherveix qui coule au pied du village de ce nom, à deux kilomètres en aval de l’antonnoir et à un niveau de trois mètres plus élevé que celui de la source de Glane.
Il est probable aussi que ces eaux se jettent en partie dans l’Isle par des fissures du
lit inférieur ; car la fontaine de Cherveix paraît donner un débit assez faible en été
alors que Fontarneau conserve toujours un débit assez important.
Les eaux de Glane coulent, au moins en aval de Corgnac, dans les terrains oolithiques et, si on observe que ces roches se relèvent au bord de l’Isle de façon à pré
senter une pente qui s’éloigne de la rivière, tandis qu’on les voit se relever en sens
inverse en remontant la vallée de Glane, on est conduit à penser qu’elles coulent
dans un repli concave des sédiments calcaires, parallèle au cours de la rivière. Ce
repli s’élargit en éventail vers le nord, de façon que son creux s’atténue progres
sivement en remontant sur les terrains schisteux du nord du département, et on
doit croire qu’une partie notable des eaux superficielles de ces terrains plus anciens
et moins perméables, s’infiltre à la ligne d’affleurement nord des terrains calcaires et
alimentent ainsi d eaux relativement douces, le bassin de la fontaine de Glane
J’avais été conduit aussi, par la qualité exceptionnelle des eaux de Glane, à me
demander si cette fontaine ne recevait pas quelques infiltrations de la rivière d’Isle
dont le niveau lui est supérieur à 5 kilomètres en amont. S’il en était ainsi, cette
infiltration variant d’intensité avec le niveau de l’Isle, il devait en résulter des varia
tions correspondantes dans le degré hydrotimétrique des eaux de Glane, qui pour
raient être considérées comme formées d’un mélange des eaux calcaires normales
du pays, à 22 degrés et des eaux douces de l’Isle dont le degré hydrotimétrique ne
dépasse pas 3 en cette région. J’ai constaté, en effet, que, pendant la grande crue
des derniers jours de novembre, le degré hydrotimétrique des eaux de Glane était
descendu à 16°.
Or, le débit de Glane, lorsque j’ai envoyé à l’école des ponts et chaussées l’eau
dont le degré hydrotimétrique a été trouvé 17° était de 600 litres environ. 11 était de
1,800 litres lorsque j’ai trouvé le degré 16.
En considérant ces eaux comme un mélange d’eau à 22° et d’eau de l’Isle à 3°,
on trouve que la proportion d’eau de rivière eut été :
Dans le 1er cas : x ~
= 26 %
Dans le second cas : œ =
= 32 °/o.
On pourrait, par un calcul simple, en déduire la profondeur, au-dessous du niveau
de la rivière, de la fissure qui donne lieu à l’infiltration et la surface même que pré
sente cette fissure. Mais il ne faut pas attacher trop d’importance à ces déductions,
car si l’adoucissement des eaux de Glane peut s’expliquer par un appoint des eaux
de l’Isle, elle peut être due aussi à l’introduction en quantité variable des eaux tom
bées sur les terrains schisteux de son bassin supérieur.
Cette discussion a seulement pour but de faire ressortir la puissance de la source
— 21 —
de Glane et l’étendue de son bassin, puisque sur un débit de 1,800 litres, elle en
emprunterait au maximun 600 litres à la rivière.
Cette puissance de débit est, du reste, attestée par les témoignages de tous ceux
qui connaissent cette source ; il est de notoriété publique qu’elle persiste dans les
plus grandes sécheresses et conserve encore un débit considérable.
11 m’est impossible de préciser ce débit d’étiage ; mais tout porte à penser qu’il
n’est pas inférieur à 150 ou 200 litres par seconde.
M. S..., propriétaire riverain de la source, affirme que, dans les plus grandes
sécheresses, la source de Glane donne encore un volume d’eau plus que suffisant
pour faire marcher un moulin.
Le 13 novembre dernier, je visitai le gouffre de Fontarneau en compagnie de
M. de M..., également propriétaire riverain de la source de Glane ; l’entonnoir était
plein et les eaux débordaient abondamment dans le chemin qui y conduit, transfor
mant ce chemin en un véritable ruisseau dont le débit m’a paru être d’environ 120
litres à la seconde. M. de M... répondit à une demande que je lui adressai que la
source de Glane, aux plus basses eaux, donnait encore un volume d’eau bien supérieur
à celui qui s’écoulait sous nos yeux.
M. le docteur V..., médecin à Coulaures, estime que le débit d’étiage de la
source de Glane est trois fois plus que suffisant pour l’alimentation de Péri
gueux.
On-trouve, du reste, une preuve de la puissance de la source de Glane
dans ce fait qu’elle a servi de moteur pendant de longues années à une forge ins
tallée très près de son orifice et qui n’a disparu que dans la première moitié de ce
siècle.
Enfin si l’on considère que la source de Glane pendant la période où je l’ai observée
a toujours donné un débit bien supérieur à celui de toutes les grandes sources per
manentes que j’ai jaugées (Tourtoirac, Grézin, Gourd de Chambier, source du Blâ
me, etc. ), et qu’alors que je trouvais à l’abîme du Toulon un débit de 1,100 litres, la
fontaine de Glane en donnait près de 2,000, on ne peut conserver aucun doute sur
l’abondance de ces eaux aux époques les plus défavorables.
J’ajouterai que les auteurs, fort bien renseignés, de certains articles de journaux
contraires à l’entreprise de la dérivation de Glane, n’eussent pas manqué, si leur
bonne foi le leur eut permis, de faire valoir l’argument péremptoire de la pénurie
d’eau.
Il m’a paru nécessaire d’insister sur ce côté important de la question, l’absence
d’observations méthodiques et de longue haleine ne pouvant être compensée que
par une notoriété parfaitement établie.
Mais la source de Glane n’est pas seule dans cette région ; on trouve à deux [ki
lomètres au nord la source de Cherveix, plus haut qu’elle de trois mètres, et à qua
tre kilomètres la fontaine de Fontarneau qui la domine de près de vingt mètres. Ces
deux sources, celle de Fontarneau surtout, sont permanentes et fort importantes.
Leur débit pourrait être, par des travaux très peu coûteux, réuni à celui de la
source de Glane et je propose, dans ce but, d’en faire immédiatement l’acquisition.
Enfin, si à l’encontre de ces garanties accumulées, le volume disponible venait à
être insuffisant à la suite de ces sécheresses exceptionnelles de plusieurs années
— 28
consécutives qui se produisent à peine deux ou trois fois par siècle, il serait facile
d’y parer par un emprunt temporaire à la rivière d’Isle qui passe à 400 mètres de
la source de Glane. Et, dans ces conditions, nous n’aurions plus les. inconvénients
qui m’ont fait repousser l’alimentation totale par les eaux de la rivière, car on ne
lui ferait cet emprunt qu’en saison sèche, alors que ses eaux sont limpides, et dès
que les pluies les auraient grossies et troublées, les sources naturelles reprendraient
leur puissance. La faible distance verticale qui sépare le niveau de l’Isle de celui de
la source de Glane (5 à 6 mètres), permettrait de puiser, à très peu de frais, dans 1a.
rivière, le volume d’eau complémentaire :
Une pompe centrifuge, établie à faux frais au moulin de Leymonie, suffirait à
parer immédiatement à une éventualité à laquelle personne ne croit et que je n’en ai
mentionnée que pour en démontrer l’innocuité.
Les eaux de la fontaine de Glane situées à la cote 129, c’est-à-dire à 21 mètres
au-dessus du point le plus élevé du cours Tourny peuvent être amenées à Périgueux
par une conduite en pente douce dont la dépense, comme on le verra plus loin,
n’excèdera pas 950,000 fr.
La réunion éventuelle des eaux de Fontarneau et de Cherveix à celles de Glane
ne coûterait pas, eu égard à la forte pente disponible, plus de 30,000 fr.
La température de l’eau de Glane reste, en été, inférieure à celle des fontaines de
Périgueux ; je l’ai trouvée, en août dernier, de 13°7 (centigrades), alors que l’eau de
ma concession à Périgueux, marquait 19°. Par contre, ces eaux conservent l’hiver
une température de 12° environ qui met tous les appareils à l’abri de la gelée.
Cette constance ralative de la température est un des grands avantages des eaux
de source dérivées et amenées souterrainement, de façon à ne voir le jour qu’à l’o
rifice de consommation. Les plus grandes variations de l’eau de la Dhuis (Paris),
qui parcourt un aqueduc de 130 kilomètres, sont de 2° en été et de 1° en hiver.
Enfin, le degré hydrotimétrique des eaux de Glane (qui est inférieur à celui des
eaux de la Vanne, à Paris), indique que les conduites seront à l’abri des incrusta
tions calcaires qui ne sont à redouter qu’à partir de 20 degrés hydrotimétriques.
Les eaux du Toulon, qui marquent 22°, sont légèrement incrustantes; j’ai cons
taté dans un ancien tuyau de la ville de 0ra07 de diamètre, en service depuis plus
de quarante ans, une couche incrustante de 0m007 d’épaisseur.
Les conditions économiques de l’amenée des eaux de Glane sont les suivantes :
Dépenses d'établissement.
Voir plus loin l’estimaticn détaillée.....................................................
950,000f
Dépenses d'entretien.
L’entretien d’une conduite de ce genre, entièrement souterraine, est
presque nul, et je crois être bien au-dessus de la vérité en l’évaluant
annuellement à............................................................................. .,........ .,
A quoi il faut ajouter le traitement d’un garde qui, habitant Sarliat
ou Savignac-les-Eglises, fera une fois par semaine le parcours total de
la conduite et la visite des appareils de prise d’eau et des regards, ci...
Total des dépenses d’entretien......................
5,000f
600r
5,600f
— 29 —
Représentant un capital de................................................................... 121,000'
Ce qui donne une dépense totale capitalisée de................................... l,062,000f
Et moyennant cette dépense inférieure de 300,000 fr. à celle qu’exigerait la réins
tallation des machines du Toulon, on aura une distribution d’eau d’excellente qua
lité, assez abondante pour faire face aux exigences du présent et d’un long avenir ;
on sera déchargé du soin et des frais onéreux de machines toujours sujettes à irrégu
larités et à accidents.
Après un siècle de fonctionnement, la ville aura économisé, comparativement au
système du Toulon, une somme totale de quatre millions ; on voit quelles amélio
rations pourront être effectuées à Périgueux sur cette économie, et combien il est
injuste de dire que ce « Travail de Romains » ruine la ville et paralyse les progrès
nécessaires de l’édilité !
4° REPRISE DES
AQUEDUCS ROMAINS ET RÉUNION DES
PÉRIGUEUX
SOURCES
VOISINES
DE
Il ne suffit pas d’indiquer une solution avantageuse; il faut montrer sa supério
rité sur toutes celles qui peuvent être proposées : c’est pourquoi je vais continuer
l’examen comparatif des divers systèmes qui ont été mis en avant.
On s’est demandé notamment si au lieu d’aller chercher l’eau à grande distance
il ne serait pas préférable de réunir les sources assez nombreuses qui émergent
au pied même de la ville, et comme on prévoyait que les sources les plus voisines
n’offriraient pas un débit suffisant, on proposait d’y adjoindre au besoin les eaux
jadis amenées à Vésone par les Romains.
Nous avons vu que les eaux de la vallée du Manoir (sources de Grand-Font, du
Chien, du Lieu-Dieu, de l’Amourat) pourraient fournir, à l’étiage, un volume d’environ
45 litres par seconde ; la fontaine du Cluzeau au Toulon (source alimentant actuel
lement la ville) donnant 30 litres, il resterait à trouver les 25 litres nécessaires pour
arriver au contingent de 100 litres par seconde ; or la source de l’Arsault, la source
des Malades, la font Saint-Georges, la source de Charniers et les sources de la vallée
de Campniac réunies ne fourniraient certainement pas cette quantité ; mais en ad
mettant même qu’on arrive ainsi à constituer le volume total nécessaire, quelles
seraient les conditions économiques de cette entreprise ?
L’aqueduc d’amené des eaux de Grand-Font et autres sources de la vallée du
Manoir aurait une longueur de 9,000 mètres ; il comporterait la traversée de l’Isle
en syphon et entraînerait, y compris l’achat et la captation des sources, une dépense
totale de...................................................................................................... 300,000f
La captation et la réunion des sources secondaires exigeraient une
dépense d’au moins.....................................................................................
60,000
Ce n’est pas tout : Les eaux de Grand-Font pourraient être amenées à la cote 100,
les sources secondaires ne pourraient, sauf celle de Campniac trop peu importante
pour justifier un établissement spécial, être amenées au-dessus de la cote actuelle
de l’usine du Moulin-Neuf. Il y aurait donc lieu d’établir une machine spéciale pour
élever de la cote 100 à.la cote 120 les 45 litres de la vallée du Manoir, et comme
— 30 —
cette machine devrait être double pour parer à toute interruption, la dépense de ce
chef serait, pour une puissance utile totale de 25 chevaux vapeur, et en y compre
nant l’installation des pompes et les conduites de refoulement, d’environ 100,000
francs.
Enfin, il faudrait installer au Toulon une machine à vapeur capable d’élever 55
litres par seconde de la cote 84 à la cote 120, laquelle coûterait au moins,y compris
la réfection de la conduite de refoulement...........................................
90,000f
La dépense totale d’établissement serait ainsi de.....................
550,000
Les dépenses annuelles seraient les suivantes :
Entretien permanent d’une force utile de 25 chevaux en machines à
vapeur......................................................................................................
Traitement de deuxmécaniciens et d’unaide..................................
25,000
3,500
Total.............................
Correspondantà un capital de.............................................................
28,500
570,000
La dépense totale capitalisée serait ainsi de.......................... . .......... l,120,000f
Les eaux seraient de qualité iniérfeure à celles de Glane, car elles marquent
toutes de 22 à 23 degrés hydrotimétriques.
Enfin, cette distribution aurait l’inconvénient d’être limitée absolument au maxi
mum de 100 litres par seconde, sans que ce débit puisse être augmenté à moins de
recherches nouvelles et de dépenses considérables. Et puis, n’est-il pas évident
que du moment où les sources dont on dispose ne sont pas plus élevées que celles
de l’abîme du Toulon, il y a avantage à recourir simplement à ces dernières, dont
le débit dépasse de beaucoup les besoins, plutôt que de disséminer les machines et
de multiplier les difficultés de la surveillance et les chances d’irrégularités dans le
service ?
5° Dérivation des sources du bassin de l’Auvézère.
La source de Glane n’est certainement pas la seule source abondante, qui, par
son altitude puisse être amenée utilement à Périgueux ; je n’en connais pas, qui
puisse lui être comparée dans le haut bassin de l’Isle ; mais en dehors même de celles
de la vallée du Manoir dont il vient d’être question, j’ai examiné les ressources que
pouvait présenter le bassin de l’Auvézère ; je vais examiner les conditions dans les
quelles se présentent, au point de vue de l’alimentation de Périgueux, les différentes
sources que j’y ai rencontrées.
Gourd du Chaubier.—Le Gourd du Ghaubier, d’un débit trèsconsidérable en
ce moment, quoique notablement inférieur à celui de la fontaine de Glane, donne à
l’étiage. d après les tableaux statistiques du service hydraulique,un volume de 70 litres
par seconde, degré hydrotimétrique 22. Son niveau est inférieur à la cote 100 •
cette source serait donc dans des conditions analogues à celles de Grandfont, en ce
sens quelle ne suffirait pas à fournir le volume total demandé, et que ses eaux ame
nées à Périgueux devraient aussi être surélevées par des machines spéciales.
— 31 —
L’aqueduc d’amenée aurait une' longueur d’environ 13 kilomètres et coûterait
450,000 fr. en raison de l’acquisition nécessaire de deux moulins mûs par les eaux
du Gourd ; mais comme son débit dispenserait de capter les petites sources de
Périgueux et n’exigerait que l’appoint de la source actuelle du Toulon, on peut
estimer que les conditions économiques de ce système seraient à peu près équiva
lentes à celles du projet que nous venons d’examiner ; ses inconvénients seraient
les mêmes.
Source du Blâme. — La source du Blâme est située vers l’extrémité de la bran
che sud de la vallée qui aboutit à la forge d’Ans, au pied du hameau dit le Maine
du Bontemps. Elle jaillit avec une pression considérable par un orifice vertical et
produit dans le bassin oh elle débouche, une gerbe remarquable affectant la forme
d’un ménisque de deux mètres de diamètre et de O'11 25 d’élévation au-dessus des
eaux environnantes. Le débit de cette belle source, était le 4 décembre dernier, de
1,500 litres à la seconde, inférieur d’un quart environ à celui de Glane. L’altitude
de cette source (136m) permettrait facilement son amenée au sommet de Périgueux,
et bien qu’on affirme qu’elle se réduit pendant l’année à un très faible débit, je ne
suis pas éloigné de croire qu’elle suffirait à l’alimentation immédiate de la ville ;
mais la conduite d’amenée aurait un kilomètre de plus que celle de Glane et
présenterait de sérieuses diffficultés à la traversée de la plaine de Boulazac et
de la rivière d’Isle à Périgueux. Elle se présente donc dans des conditions moins
favorables que la source de Glane ; ses eaux sont moins bonnes (22 degrés hydroti
métriques), et enfin, elle présenterait aussi l’inconvénient d’un débit limité à celui
de la source unique et n’offrirait pas les précieuses ressources éventuelles que l’on
trouve au voisinage de Glane.
Source de Crézin. — La source de Crézin est située à 3 kilomètres en amont de
la Forge-d’Ans, au bord de l’Auvézère dont elle n’est séparée que d’environ 50 mè
tres, et à 10 mètres environ au-dessus des eaux de la rivière ; son altitude qui est
d’environ 120 mètres au-dessus de la mer ne permettrait pas d’en amener les eaux
à un niveau suffisamment élevé à Périgueux. En outre, son débit qui n’était, le 4
novembre, que de 400 litres à la seconde, est notoirement insuffisant pour l’alimen
tation de la ville, et ses eaux qui marquent 23°7 à l’hydrotimètre sont les plus crues
que j’ai rencontrées dans la région.
Sources de Tourtoirac. — La fontaine de Tourtoirac donne à l’étiage un volume
d’eau de 60 litres à la seconde (degré hydrotimétrique 22°5) ; outre que son débit
est insuffisant, elle est à une telle distance de Périgueux qu’elle ne saurait soutenir
une comparaison économique avec la dérivation de Glane.
6° PUITS ARTÉSIEN.
Je ne connais pas d’entreprise plus aléatoire et pouvant donner lieu à plus de mé
comptes que le creusement d’un puits artésien. Sans rien inférer des tentatives in
complètes que j’ai rappelées au début de ce rapport, je crois que la situation géo
— 32 —
logique de Périgueux se prête moins que tout autre à justifier les espérances qu’on
pourrait fonder sur ce système, et je suis heureux de pouvoir appuyer mon opinion
sur celle de M. l’ingénieur Mouret, auteur de la carte géologique du Département,
dont la compétence en pareille matière est incontestable. Le massif calcaire qui
constitue la majeure partie du sous-sol de la Dordogne est essentiellement perméa
ble, fissuré et sillonné de cavités souterraines qui excluent toute possibilité de re
tenue d’une masse d’eau considérable sous une charge suffisante pour la faire re
monter au sommet de la ville par un forage artésien.
Les seules couches imperméables d’une certaine puissance que l’on rencontrerait
sont les argiles du lias qui doivent plonger à 5 ou 600 mètres au-dessous de la ville.
La présence d’une couche imperméable inférieure ne suffit pas, du reste, à jus
tifier le creusement d’un puits artésien ; il faut trouver des eaux retenues dans une
couche perméable d’une certaine puissance, emprisonnée elle-même entre deux
couches imperméables, et il faut, en outre, que les affleurements de ces couches sur
le sol soient situées à une hauteur notablement supérieure à celle du point
où on veut faire jaillir les eaux. Rien n’autorise à penser que ces conditions soient
réalisées à Périgueux ; et alors même qu’on les rencontrerait, la grande perméabi
lité des terrains qu’il faudrait traverser sur plusieurs centaines de mètres serait
une cause de déperdition de la colonne ascendante contre laquelle il serait difficile
de la protéger.
Un puits de 600 mètres de profondeur donnerait des eaux à une température
supérieure à 30°, et on ne saurait rien préjuger de leur composition chimique.
Comme exemple des tentatives faites dans ce sens, je citerai le puit artésien de
Rochefort, creusé en 1861. On comptait trouver une nappe jaillissante à 200 mètres ;
on dut pousser jusqu’à 857m78 ; on obtint une colonne jaillissante d’eau à 42°, pré
sentant une composition saline analogue à celle des eaux thermales de Wiesbadem,
et le débit n’est que de 150 litres par minute, 2 litre 1/2 par seconde !
Je ne connais pas de ville alimentée par ce système, et je ne conseillerai certes
pas à la ville de Périgueux d’en faire une nouvelle expérience à ses dépens.
7° RELÈVEMENT ARTIFICIEL DE LA SOURCE DU TOULON.
Si je ne pensais que dans une question de si haut intérêt, il importe d’examiner
toutes les propositions émises, je ne citerais que pour mémoire et sans m’y arrêter,
un projet qui m’a été signalé et qui consisterait à relever artificiellement la source
du Toulon, en la contraignant à s'élever par sa propre poussée dans une colonne
ascensionnelle étanche. La principale objection à faire à ce projet au moins original
et hardi, consiste dans l’abaissement proportionnel que subirait le débit de la source
au fur et à mesure qu’on relèverait son exutoire ; ce débit est en relation directe
avec la charge disponible, et il est probable que relevée seulement de 10 mètres, la
source du Toulon ne donnerait pas la moitié de son débit actuel. Sous l’influence de
la pression énorme qu’elles subiraient, les eaux se fraieraient des issues multiples
sur les flancs de la vallée perméable au-dessous de laquelle elle descendent, et on
serait fort exposé à voir se tarir,Jà mi-hauteur, la colonne ascensionnelle établie à la
source.
— 33 —
Conclusions.
De cette étude comparative résulte pour moi la conviction que le mode le plus
sûr et le plus économique d’assurer à la ville de Périgueux, une distribution abon
dante d’eaux limpides et salubres consiste dans la dérivation de la fontaine de Glane.
Si l’on doit compter sur le débit d’étiage considérable qui lui est notoirement attri
bué et qui se justifie par la supériorité de son débit actuel sur toutes les autres sour
ces examinées, on pourra y puiser l’eau nécessaire non-seulement pour la large sa
tisfaction des besoins actuels, mais encore pour faire face à toutes les exigences de
l’avenir. L’adjonction des eaux perennes de Fontarneau, delà source de Cherveix
et au besoin de l’Isle supérieure permettrait, du reste, de parer à très peu de frais à
la défaillance éventuelle et peu probable de la source principale.
C’est dans cette voie, où je ne suis entré définitivement, comme on le voit, qu’après les plus minutieuses recherches comparatives, que j’ai poussé plus à fond les
études préparatoires, et c’est sur cette base que j’ai rédigé l’avant-projet dont je
vais maintenant indiquer les dispositions essentielles.
JXvant-projet d’amenée et de distribution des eaux de la source de Glane
§ 1er Conduite d’amenée.
La conduite d’amenée dont le plan général a été tracé sur la carte minute de
l’Etat-major au
jointe au présent rapport, consiste, pour la majeure partie
du parcours, en un aqueduc souterrain où les eaux couleront librement par l’effet
de la pente qui leur est ménagée ; les vallées secondaires qui interrompent la ligne
des coteaux de la rive droite de l’Isle, et qui auraient nécessité des détours trop con
sidérables pour conserver la ligne de pente générale sont franchies à l’aide de siphons
souterrains, descendant au fond de la vallée et remontant sur la rive opposée.
L’aqueduc libre consiste en un tube de béton de ciment de O'”1O d’épaisseur à
section intérieure elliptique de 1 ”00 de hauteur et de 0m80 de largeur horizontale
au petit axe. Ces dimensions sont plus que suffisantes, comme on va le voir, pour
débiter le. volume d’eau nécessaire à la ville ; mais il m’a paru nécessaire d’assurer
le parcours et la visite intérieure d’un aqueduc de cette longueur.
Les siphons consistent en une conduite forcée de 0"’55 de diamètre intérieur, en
béton de ciment dans les vallées de moins de 12 mètres de profondeurs, en métal
(tôle ou fonte) sous les charges plus considérables.
La pente de l'aqueduc libre est de 0ra15 par kilomètre (l’aqueduc de la Vanne à
Paris qui a 155 kilomètres de longeur n’a qu’une pente de 0m10 par kilo
mètre.)
«J
I
Le débit normal de 100 litres par seconde sera donné par une hauteur d’eau de
O'"46 avec une vitesse de 0m345.
Il suffit que les eaux s’élèvent à 0,n61 dans l’aqueduc pour fournir un débit de
150 litres à la seconde (13,000 mètres par jour). Enfin l’aqueduc plein débiterait un
volume de 250 litres par seconde (20,000 mètres cubes par 24 heures).
Les siphons ont une chute de l'amont à l’aval calculée à raison de 0m0011 par
mètre de développement réel de façon à leur assurer un débit de 150 litres par se
conde. L’aqueduc et les siphons seront établis assez profondément dans le sol pour
garder une épaisseur de terre d’au moins 0m80 sur leur sommet.
La longeur totale de la conduite d’amenée est de 33,053 mètres de la source au
réservoir de ville, dont 29,565 mètres en conduite libre, et 3,488 mètres en
siphon.
La cote d’arrivée normale de l’eau au réservoir est 120,80. Des regards établis
aux têtes des siphons et échelonnés sur la conduite libre, avec un espacement
moyen de 250 mètres permettent de descendre dans l’aqueduc, d’en observer le
régime et d’en visiter au besoin les diverses sections.
Les travaux de canalisation en béton de ciment exécutés sur une grande échelle
par la ville de Paris, dans la plaine de G-enevillers ne laissent aucun doute sur la
résistance et la durée des conduites libres ou forcées, exécutées sans discontinuté
par moulage successif dans la tranchée :
Les siphons en béton seront exécutés par la même méthode ; leur épaisseur a été
calculée de façon à n'imposer au béton qu’un effort maximun de un kilogramme
par centimètre carré, qui donne une sécurité complète.
La dépense d’établissement de 11 conduite d’amenée s’établit ainsi qu’il suit, et je
dois faire observer que les prix élémentaires que j’ai adoptés résultent des évalua
tions mêmes d’entrepreneurs spécialistes de Périgueux et de la ville de Paris.
Prix du mètre linéaire de conduite libre en terrain normal :
Fouille et remblai : 2 mètres cubes à 2 fr. 25 l’un...............................
Plus-value pour dressement de la cuvette de fond suivant gabarit........
Aqueduc en ciment pour toutes fournitures et moulage..........................
Indemnités de passage et dommages divers............................................
Prix du mètre linéaire........................................
4 50
1 »
13 »
1 50
20
»
Prix du mètre linéaire de conduite métallique pour siphons, pour terrassements
fourniture et pose, 60 fr.
Ce prix résulte des conditions faites, à ma demande, par plusieurs maisons spé
ciales .
— 35 —
Prix linéaire des siphons en béton.
DÉSIGNATION
des
LONGUEUR
SIPHONS.
HORIZONTALE.
RÉELLE.
MAXIM A.
A ntissac.......................
Chardeuil....................
Ferrière (1).................
—
(21.................
Le Pommier...............
La Chalussie...............
La Morelie.................
La Dulgaric (n° 1;....
Le Mater.....................
145m
150“
87
82
82
77
103
98
230
130
3n’2O
4 50
5 50
4 50
5 00
10 00
8 00
10 00
I l 00
80
80
75
100
95
280
125
PRIX
CHARGE
ÉPAISSEUR
CUBE.
0m15
0 15
0 18
0 15
0 15
0 32
0 25
0 32
0 33
0mc35
0 35
0 44
0 35
0 35
0 94
0 66
0 94
1 00
1
1
DU METRE.
21r 50e
21 50
26 00
21 50
21 50 j
21 50 J
51 00 j
37 00 j
51 00
54 00 I
i
RÉCAPITULATION DES SIPHONS EN RÉTON.
Total...................................... 41,292
Récapitulation générale de la conduite d’amenée.
Aqueduc libre : 29,565m à 20 fr..............................................................
Siphons en béton (suivant état ci-dessus).............................................
Siphons métalliques, 2,500m à 60 fr........................... ...........................
Plus-value pour mouvements de terres et remblais partiels...............
Plus-value pour les terrassements exceptionnels de la falaise des Bancherauds, 500m à 25 fr............................................................................
Regards, 150, àl50fr.l’un....................................................................
Bâtiment de prise d’eau.........................................................................
591,300'
41,292
150,000
10,000
12,500
22,500
5,000
Total..........................
832,592
Somme à valoir pour achats de sources et de terrains, études définiiives, direction des travaux et dépenses imprévues................................. 117,408
Dépensetotale...........................
950,000
§ 2. — réservoir de ville.
Je propose d’établir le réservoir de ville dans les terrains libres situés au sud du
Castel-Pessard, dépendance de l’Évêché, sur la rive gauche de la rue de la Préfec
ture. Ce terrain se prête mieux que tout autre à une installation commode ; son
36 —
altitude moyenne est très convenable, et la déclivité du sol permet de réduire les
mouvements de terre au minimum, tout en assurant au réservoir le bénéfice d’une
enveloppe continue et d’une couverture en remblai qui augmente la résistance de
l'enceinte et assure le maintien de la fraîcheur de l’eau.
Le choix de cet emplacement dispense, en outre, de faire traverser par la conduite
d’amenée les terrains bâtis de haute valeur qui s’étendent de l’évêché à l’établisse
ment de Saint-Joseph, ainsi qu’on devrait le faire si on plaçait le réservoir dans
les terrains libres situés au nord-ouest de la rue de la Boëtie.
Le réservoir est projeté avec une capacité totale de 8,000 mètres cubes, corres
pondant à l’approvisionnement normal de 24 heures ; ce qui permettrait, par une
simple réduction du service d’arrosage, de supporter deux journées de chômage,
éventualité rare., avec une conduite d’amenée à pente libre.
Le radier du réservoir sera établi à la cote 118 ; le niveau normal de la retenue
d’eau sera à la cote 120,75.
Ce radier sera composé d’une couche inférieure en béton maigre de chaux hy
draulique, recouvert d’une couche plus mince en béton de gravier et ciment et fina
lement recouvert, ainsi que les murs d’enceinte, à l’intérieur, d’un enduit en mor
tier de ciment.
Le réservoir, de forme rectangulaire, sera divisé par un mur de refend en deux
compartiments égaux, de façon à assurer le service en cas de visite ou de répara
tions. Chaque compartiment sera, en conséquence, muni d’appareils indépendants
pour l’arrivée de l’eau, le départ en ville, le trop plein et la vidange.
Le réservoir sera couvert par des voûtes d’arête en béton de ciment de
0'" 15 d’épaisseur pour une ouverture de 3m 10 et une flèche de 0m50. Ces voûtes
seront supportées par des piliers en pierre de taille de 0,n40 d’équarissage et de2'"90
de hauteur au -dessus du radier.
Une plate-forme en remblai de 0“50 d’épaisseur au-dessus du sommet des voû
tes régnera sur toute la surface extérieure de ces voûtes et sera entourée dfun pa
rapet en maçonnerie reposant sur les murs d’enceinte. Ces derniers seront recou
verts extérieurement d’un glacis en remblai dans les parties ou ils font relief sur
le sol naturel.
Un bâtiment établi à cheval sur la croisée du mur de façade et du mur de refend
abritera toutes les manœuvres de robinetterie, et permettra l’accès aux deux com
partiments du réservoir en même temps qu’il assura la surveillance commode du
fonctionnement de tous ces appareils d’ean.
Le trop plein et la vidange seront mis en communication avec un égoût à cons
truire dans la rue de la Préfecture (voir le plan général du projet d’égouts). La con
duite maîtresse de distribution en ville descendra également par cette rue.
On a prévu, toutefois, un tuyau spécial partant du côté ouest du réservoir et al
lant directement, à travers le jardin de l’Évêché, vers la rue de la Boëiie dont il
assurera l’alimentation en évitant les pertes de charge qu’aurait entraînées le détour
par le cours Tourny et la rue de Paris. Cette disposition se justifie par l’élévation
relative de la rue de la Boëtie, dont le sol est situé à 5m75 seulement au-dessous
de la retenue du réservoir. Cette disposition assure le service au premier étage
37
de cette rue, au moins pendant la première moitié du jour, et le service permanent
du rez-de-chaussée.
Estimation du Réservoir.
i
■t"
Terrassements : 6,000inc à 2 fr.............................. .........................
Murs d’enceinte : 1,200mc à 20 fr.... ................................................
Murettes supérieures pour les parapets : 103mc 50 à 20 ir..............
Parapets : 72"1C à 50 fr........................................................................
Radier J touche inférieure : l,l72mc à 20 fr.....................................
(Couche supérieure : 205mr 10 à 45 fr...................................
Pilier des voûtes : 90mo à 80...............................................................
Voûtes : 600mc à 50 fr................ .........................................................
Enduits : 3,900mc à 3 fr. 50...............................................................
Bâtiment de la Robinetterie..............................................................
Aqueducs souterrains pour tuyaux divers : 150" à 40 fr................
Tuyautage : 130" de tuyaux de 0“ 50,à 50 fr...................................
60™ de tuyaux de 0'" 30, à 25 fr...................................
Robinetterie : 2 robinets de 0m 50, à 1,000 fr. l’un.........................
12,000 fr.
24,000
2,070
3,600
23,440
9,230
7,200
30,000
13,650
8,000
6,000
6,500
1,500
2,000
Total........................................................
Somme à valoir pour achat de terrain, direction des travaux et dé
penses imprévues....................................................................................
149,190
Dépense totale...........................
40,810
190,000 fr.
§ 3. — Canalisation intérieure.
La canalisation intérieure de la ville est indiquée par le plan général compris dans
le dossier de l’avant-projet sur lequel on a indiqué, par des signes distincts les
diamètres des diverses conduites de distribution.
Ces diamètres ont été calculés de façon à effectuer en dix heures la consommation
du cube total approvisionné en vingt-quatre heures et à assurer dans tous les quar
tiers, à partir du Cours Tourny, une charge utile d’environ dix mètres au dessus du
sol, au moment le plus défavorable, c’est-à-dire pendant l’ouverture de la moitié
des 300 bouches destinées à l’arrosage et au lavage des ruisseaux.
Une conduite maîtresse d’un diamètre variant de 0'”50 à 0"30, a été établie sur le
circuit formé par le Cours Tourny, la rue d’Angoulême, la rue Neuve-des-Jocohins,
la rue de Bordeaux, la rue Taillefer, la place de la Clautre et la rueLimogeanne, de
façon à porter immédiatement au centre de la ville, une quantité d’eau considérable
avec une très faible perte de charge ; cette conduite circulaire, a, en outre, l’avan
tage de permettre une large alimentation d’un côté de la ville lorsqu’une interrup
tion fortuite se produit sur l’autre côté.
De cette conduite maîtresse rayonnent des conduites secondaires d’un diamètre
variable de 0m20 à 0m10 suivant la distance, le relief du sol et l’importance des
quartiers à desservir. Le diamètre de 0"T0 eut pu être réduit sur plusieurs conduites
d’extrémités, mais il m’a semblé prudent de conserver au prix d’une faible augmen-
— 38 —
tation de dépense, le précieux avantage qu’offrent les larges tuyaux, principalement
au point de vue du service des incendies.
Quelques personnes, justement préoccupées d’éviter le retour des sinistres qui ont
fait ressortir trop souvent l’insuffisance de la distribution actuelle, ont pensé qu’il
serait utile d’établir en différents points de la ville, de petits réservoirs où l’on
pourrait puiser à la première alerte, en attendant l’organisation du service des pom
pes à incendie. Cette disposition me semble absolument superflue avec un réseau
distributeur constamment ouvert et comportant en tous points une charge de plu
sieurs mètres; la seule ouverture d’une bouche d’eau donnera immédiatement un
débit considérable, et, dans beaucoup de quartiers cette eau pourra être lancée
directement par sa propre pression sur le foyer de l’incendie, concurremment avec
le jeu des pompes. Ce qui importe surtout, c’est de répartir sur de nombreux points,
facilement accessibles, non pas des réserves d’eau, mais les clefs des bouches des
rues, de façon qu’en quelques minutes l’eau de la conduite soit disponible sur le
point menacé.
Il va sans dire qu’un réseau de distribution intérieure est indéfiniment extensible?
et n’a, pour limite que la longueur totale des rues de la ville ; il appartiendra à 1a,
municipalité de l’étendre au fur et à mesure des demandes justifiées et de l’accrois
sement des concessions, mais je pense que quant à présent, le réseau que j’ai proieté donne satisfaction à tous les besoins, et qu’il serait inopportun de charger da
vantage la dépense de premier établissement.
J’ai supposé également, qu’on conservait le nombre actuel des bornes-fontaines
qui est d’environ 150 et qu’on porterait à peu près au même chiffre le nombre des
bouches sous trottoirs.
Le plus grand nombre de ces appareils pourra être maintenu en service moyennant
quelques réparations et additions parmi lesquelles je passe au premier rang l’adap
tation d’une prise directe d’incendie à toutes les bornes-fontaines.
Quelques-uns des appareils actuellement en service devront en outre être déplacés
de façon à les faire concourir au lavage méthodique des ruisseaux, et à suivre autant
que possible la règle rationnelle qui consiste à placer pour chaque îlot de maisons
une bouche d’eau au sommet et une bouche d’égout au point bas.
ESTIMATION DE LA CANALISATION INTÉRIEURE.
Tuyaux de 0m 50 de diamètre :
520m à 50 fr. le mètre.................
—
0m 40
—
l,500mà36fr. —
0,n 30
—
775m à 25 fr. —
0™ 20
—
1,280™ à 15 fr. —
0ni 15 ’
—
2,800m à 11 fr. —
0,n 10
—
13,000m à 8 fr. — .
Total de la canalisation courante •
robinet
de 0ra 50 à 1,000 fr..........
1
l,000f
4,500
6
—
0” 40 à 750 fr. l’un.
6
—
0” 30 à 450 fr. l’un.
2,700
12
—
0™ 20 à 250 fr. l’un.
3,000
18
—
0m 15 à 190 fr. l’un.
3,420
130
—
0,n 10 à 110 fr. l’un. 14,300
Total pour les robinets..........
26,000 fr.
56,000
19,375
19,200
30,800
104,000
253,375 fr..
28,920
— 39
Restauration de 100 bornes-fontaines à 80 lr. l’une......................
Achat de 50 bornes neuves d 200 fr. l’une.....................................
Restauration de 50 bouches sous trottoir à 30 fr. l’une...............
Achat de 100 bouches neuves à 100 fr...........................................
8,000
10.000
1,500
10,000
Total.....................................................
Somme à valoir pour dépenses imprévues, direction des travaux,
fontaines monumentales, etc...............................................................
311,795
Dépense totale de la canalisation..............
355,000
43,205
Récapitulation générale des dépens 3 3
Captation et a m enée des eaux.........................................................
Réservoir..........................................................................................
Réseau de distributionintérieure................
Totalgénéral..........................................
950,000
190,000
355,000
1,495,000 fr.
II. ÉGOUTS.
La ville de Périgueux n’a pas de réseau d’égouts, car on ne saurait donner ce
nom à l’ensemble des aqueducs isolés qui servent à l’assèchement des quartiers bas
et des principaux carrefours. Ces aqueducs à section rectangulaire dont la hauteur
dépasse rarement 0m 60, et descend souvent beaucoup au-dessous, sont générale
ment constitués d’une cuvette en maçonnerie recouverte par des dalles en pierre
brute. Leur section est souvent insuffisante pour l’écoulement des pluies d’orage ;
les détritus de la voie publique encombrent rapidement ceux dont la pente est ré
duite, et ce qui est plus grave leur section restreinte en rend impossibles la visite et
le nettoyage sans procéder à des fouilles de découverte fort onéreuses, très gênantes
pour la circulation et dont l’emplacement ne peut être déterminé d’avance avec pré
cision
Sous ce rapport, l’antique Vésone, paraît avoir été mieux dotée que la cité mo
derne, et on retrouverait encore en divers points de la ville romaine les traces et les
restes des cloaques établis dans les premiers siècles de notre ère. M. de Taillefer a
donné, dans son ouvrage sur les antiquités de Vésone, une description détaillée du
carrefour souterrain découvert sous l’emplacement des Arènes, et quelques person
nes se souviennent encore d’avoir vu mettre à nu vers l’angle nord-est de la place
— 40
Francheville, l’ouverture d’un vaste souterrain qui pourrait bien n'être qu’un an
cien égout. L’existence, dans les caves de quelques maisons de la rue Taillefer, de
puisards qui absorbent parfois des quantités d’eau considérables tendrait à faire
croire qu’on n’avait pas compté sur la seule perméabilité du sol pour l’assainisse
ment de ces quartiers et que ces orifices apparents étaient en communication avec
des exutoires souterrains établis de main d’homme.
Quoi qu’il en soit, il importe à la ville actuelle dont le développement s’accentue
tous les jours de porter remède à une situation aussi imparfaite, et de compléter par
la création d’un réseau rationnel d’égouts, les bénéfices qu’elle doit retirer, au point
de vue de la propreté de ses rues et de la salubrité publique, de la large distribution
d’eau qu’elle projette.
Un réseau complet comporterait l’établissement, dans toutes les rues de la ville,
d’égouts secondaires présentant des sections proportionnelles à l'étendue de leurs
bassins respectifs, se soudant les uns aux autres pour constituer des exutoires d’or
dre plus élevé qui viendraient eux-mêmes se déverser dans un grand collecteur
portant les eaux à la rivière.
Un réseau aussi général aurait pour résultat de rendre immédiatement souterrai
nes les eaux tombées à la surface du sol en tous les points de la ville, et il permet
trait, moyennant un approvisionnement d’eau assez abondant, de déverser à l’égout
les eaux ménagères et les déjections de toutes les maisons.
« Les égouts, disent les anglais, doivent servir à évacuer tout ce qui est succeptible d’être entraîné parles eaux. » En France nous n’en sommes pas encore là, et
Paris même n’a pas encore réalisé cette évacuation totale si désirable pour les gran
des agglomérations.
Je ne crois pas que le moment soit venu de faire à Périgueux une installation
aussi parfaite et partant aussi coûteuse ; cependant je dois dire que peu de villes se
prêtent plus facilement à la réalisation de ce système ; la position de la ville en
amphithéâtre sur une colline qui présente une pente à peu près continue vers la ri
vière donne, à la plus grande partie des rues, une pente telle que l’entraînement des
détritus et déjections de toutes sortes serait assuré par un volume d’eau relative
ment faible, dans un égont de section restreinte ; la rivière d’Isle, exutoire naturel
des immondices de la ville occupe près delà moitié du périmètre de la ville et donne
une prompte issue aux collecteurs des divers quartiers. Je pense donc qu’il ne fau
dra pas une dépense bien considérable pour compléter plus tard dans le sens que je
viens d’indiquer, le réseau que, pour me renfermei- dans les limites des ressources
disponibles, j’ai dû resteindre aux artères principales. Si on se reporte au plan gé
néral du réseau que je propose, on reconnaîtra qu’il ne saurait y avoir, dans l’avenir
aucune hésitation pour le tracé du réseau complémentaire ; il suffira de brancher
chaque rue sur l’artère d’ordre supérieur immédiatement voisin, dans le périmètre
auquel elle appartient.
On peut voir que j’ai divisé la ville en trois périmètres ayant chacun un collec
teur spécial ; cette disposition m’était imposée par la difficulté de donner à un
collecteur unique qui aurait dû suivre la rivière, une pente suffisante sans être con
duit à des dépenses hors de proportion avec le but à atteindre.
41 —
Un de ces périmètres comprend, du reste, la presque totalité de la ville neuve et
s’étend dans l’ancienne ville jusqu’à la rue Limogeanne.
Le quartier de la Cité et du Lycée viendra jeter ses eaux à l’Isle, près de l’A
battoir.
Le versant Est de la vieille ville s’égouttera dans un collecteur bas suivant la rue
du Niveau et débouchant à la rivière sous les Quais, en aval de la rue du Lys.
Ces deux collecteurs de second ordre qui, correspondent à une faible fraction de
la surface totale de la ville ont seuls leur débouché final dans les limites de la ville ;
le grand collecteur de la ville neuve franchit ces limites pour aller porter ses eaux
au loin, dans le bief du Toulon.
Ce collecteur principal qui se branche près de la tour Mataguerre sur l’aqueduc
des boulevards (rive droite) traverse la place Francheville, suit la rue et la place
de la Cité, les rues de la Faïencerie et de la Croix-Blanche, pour aboutir à la place
de la Gare ; j’avais pensé d’abord de lui faire franchir la gare pour se jeter dans la
prairie où était l’ancien hypodrome : les dépenses nécessaires pour cette traversée
du chemin, en un point, où les voies sont nombreuses et les manœuvres incessan
tes m’a déterminé à pousser le collecteur jusqu’au Toulon, en franchissant par une
tranchée de 7 mètres de hauteur maxima, la butte qui sépare la place de la Gare,
de l’ancien Cimetière, et en suivant la rue de Puebla et la rue des Gravières pro
longée. Cette tranchée occasionnera un supplément de dépenses d’environ 15,000
rancs : la traversée de la gare eut coûté le double.
Par cette disposition, le Toulon recevra un assainissement qu’il réclame depuis
longtemps et qui sera complété par l’abaissement des eaux de l’abîme résultant na
turellement de l’abandon de l’ancienne usine hydraulique.
De grandes artères principales suivant la rue d’Angoulême, Saint-Martin et de
Bordeaux viendront jeter, dans ce collecteur, les eaux des quartiers enserrés par ces
voies.
Le débouché du grand collecteur se fera dans les terrains libres à l’aval de la
ligne de Limoge qu’il franchira à 700 mètres environ au-delà du carrefour de la
rue d’Angoulême et de la rue des Gravières. On sait que la compagnie d’Orléans
s’est engagée à exécuter, à ses frais, cette traversée. Enfin le réseau que je propose
se complète par quelques lignes établies aux deux carrefours principaux des quar
tiers de Saint-Georges et des Barris.
Les sections types adoptées pour ces diverses catégories d’égouts sont au nombre
de trois : Toutes ont des dimensions suffisantes pour être parcourues sans trop de
gêne ; c’est une condition essentielle de bon fonctionnement et de facile entretien et
je pense qu’il conviendra, dans les lignes secondaires que la ville sera appelée à
construire dans l’avenir, de ne pas adopter une section inférieure à celle du type
n° 1 du présent projet. Ces sections ont un radier circulaire à faible flèche, le
corps de l’égoût est légèrement ovoïde pour résister à la poussée latérale des ter
res, et il est recouvert d’une voûte à éléments circulaires à trois centres fai
sant corps avec lui et avec le radier. Tout cet ensemble sera établi en bé
ton de ciment et moulé d’une seule pièce dans la tranchée, sans solution de conti
nuité.
6
— 4> —
Les dimensions des trois types adoptés sont indiquées au tableau suivant :
LARGEUR
DÉSIGNATION
Maxima.
DES TYPES.
au radier.
HAUTEUR
sous
CLEF.
SECTION
au-dessous
de la
largr maxima
Totale.
Type N°1.
(Ligne simple.)
0ra69
O'”46
4m135
0mc41
0mc65
Type N°2.
(Artères principales. Collecteur de
second ordre.)
0m86
0.50
1.58
0.75
1.135
Type N“ 3.
(Grand Collecteur.)
1"’21
0.70
2.00
1.30
2.020
Ces égouts peuvent débiter respectivement, avec une pente de 0m 001 par mètre,
380, 840 et 1,740 litres par seconde, en supposant que les eaux ne dépassent pas la
hauteur correspondante à la largeur maxima, c’est-à-dire à la naissance de la voûte
supérieure. Ces débits seraient augmentés d’un tiers environ pour des eaux occupant
la section entière.
Les pentes étant partout supérieures à 0,001 par mètre, le débit effectif sera nota
blement supérieur à ces quantités.
Le grand collecteur pourra débiter à pleine section un volume d’environ 3 mètres
cubes par seconde ; la surface du périmètre qui lui correspond étant d’environ 100
hectares, on voit qu’une averse exceptionnelle de 0m 01 de hauteur d’eau, et don
nant sur cette surface un volume de 10,000 mètres cubes, serait écoulée en moins
d’une heure.
Des bouches d’égouts seront placées à 1ous les points bas et espacées sur les pen
tes continues, de façon à assurer le rapide écoulement des ruisseaux vers l’égout ;
elles communiqueront avec celui-ci par des branchements circulaires en béton de
ciment de 0m 50 de diamètre. Ces dimensions permettront par conséquent d’effectuer
la visite jusqu’au pied de la cheminée de chute de la bouche d’égouts.
Estimation du réseau d’égouts,
Egouts du type n° 1, 5,200 mètres, à 20 fr. l’un............................... ..
n° 2,4,800 —
40 — ......................................
n" 3, 1,100 —
70 — ......................................
Longueur totale 11,100 mètres.
Plus-value pour la tranchée de la rue de Puébla..............................
Branchements neufs etdéplacements de bouches................................
104,000
192,000
77,000
15,000
15,000
Total...............................................
403,000
Somme à valoir pour études définitives, direction des travaux et dé
penses imprévues.....................................................................................
42,000
Dépense totale deségouts...................................
445,000
— 43
Récapitulation des dépenses générales de l’avant-projet.
1° DISTRIBUTION D’EAU «
Captation et amenée des eaux.............................................................
Réservoir..............................................................................................
Canalisation intérieure.........................................................................
2° égouts.........................................
950,000
190,000
355,000
445,000
Dépeuse générale..............................................
1,940,000
11 est juste d’observer qu’ainsi que je l’ai fait remarquer au début de l’étude rela
tive aux égouts, le réseau que j’ai projeté, n’offre rien d’absolu ; il appartiendra à la
municipalité d’augmenter le réseau des artères secondaires, lorsque ses ressources
le lui permettront, et il lui serait, par contre, loisible d’opérer une réduction sensible
immédiate sur mon avant-projet ; un certain nombre des égoûts du type n° 1 y
figurent moins pour satisfaire à des besoins actuels que comme indication et amorce
des travaux ultérieurs.
Dans cet ordre d’idées, les égouts de la rue du Palais, de la rue du 4 septembre,
de la rue St-Etienne, pourraient être ajournés. On pourrait également faire débou
cher provisoirement dans l’Isle, au voisinage du Pont-Vieux, l’égout de la rue de la
Préfecture réuni à l’égout de la rue St-Front, et ajourner la construction du collec
teur des rues Ste-Marthe et du Niveau ainsi que l’égoût de la rue Neuve. La pente
considérable des rues de la vieille ville, vers l’est, assurent un écoulement rapide des
eaux superficielles et justifient cet ajournement. Il suffirait de remanier, pour en as
surer le fonctionnement régulier, les nombreux dalleaux souterrains qui évacuent
actuellement à la rivière les eaux de cette partie de la ville.
On pourrait enfin, sans plus d’inconvénients, ajourner la construction des égouts
-des faubourgs de la rive gauche.
On réaliserait ainsi une économie d’environ 40,000 fr. qui ramènerait la dépense
totale immédiate à 1,900,000 francs.
Il y a lieu de penser en outre qu’en raison de l’intérêt public qui s’attache à l’as
sainissement du Toulon et à l’amélioration que le grand collecteur apportera à la
traverse de la route nationale n° 139, l’Etat contribuerait, dans une certaine mesure,
aux dépenses effectuées dans ce faubourg. Le projet dressé dans ce but en 1873 par
les ingénieurs du service hydraulique, et qui n’assurait pas à beaucoup près un as
sainissement aussi complet, était évalué à 21,500 fr., et il me paraîtrait équitable
de demander à l’Etat une subvention égale à la moitié de ce chiffre.
Enfin, je ne mentionnerai que pour mémoire l’économie provenant de Indisponibi
lité des usines actuelles du Toulon et du Moulin-Neui ; si le moment ne paraît pas
favorable à l’aliénation avantageuse d’un moteur hydraulique, il ne faut pas perdre
de vue que le problème du transport à distance des forces gratuites, par le secours
de l’électricité, est à la veille de recevoir une solution pratique et que cette trans
— 44
formation radicale de la mécanique industrielle peut rendre, dans un avenir prochain,,
aux chutes d’eau actuellement dépréciées, une valeur que la ville de Périgueux uti
lisera peut être directement pour son éclairage par exemple r
Périgueux, le 8 décembre 1882.
r~Bi,..:JOTHEQLlE '
'
: a vsllE
PÉRIGUEUX
L Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées,
THEVENET.
Conduite libre
nuHiiHiftn
Siphons-
Fait partie de Études d'une nouvelle distribution d'eau et de l'établissement d'égouts. Avant-projet. Rapport de l'ingénieur en chef chargé des études
