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DÉCLARATION POLITIQUE
DE L’ABBÉ
CLAVEL, CHANOINE,
Curé d’Escamps (en Bourgogne), diocèse de Sens, ancien Curé de Grun et de Paunat, au diocèse de Périgueux,
ancien Rédacteur du journal le Bien Social, etc., etc.,
SB FKÊ5B1TTA1TT OÀKDITAT POTJK L’ASSEMBLÉS ITATZOIT-L'B.
MX CITOÏBS (IBIBS
Des Assemblées Cantonales dans le département de la Dordogne.
TRÈS-HONORÉS CONCITOYENS,
Depuis les graves événements du mois de février dernier,
plusieurs de mes amis qui résident en Périgord, au milieu
de vous, connaissant mon dévouement à tous nos intérêts
nationaux, m'ont vivement engagé à me présenter aux assem
blées cantonales du département de la Dordogne comme can
didat à l’Assemblée nationale.
Je dois déjà être quelque peu connu de ceux d’entre vous
qui lisent les journaux, parles divers écrits que j’ai publiés
en faveur du peuple, tels que : le Médecin du corps et
de l’âme, l’Almanach populaire de la santé, la Botanique
des malades, les Petits sermons populaires d’un curé de vil
lage, livres qu’on a répandus en France à plusieurs centaines
de mille. Vous avez aussi entendu parler du journal le Bien
Social, qui s’est occupé du clergé des campagnes, dont les
modestes fonctions se trouvent constamment mêlées à tout ce
qui a rapport au soulagement des classes souffrantes. J’ai moimême rempli le ministère ecclésiastique parmi les populations
agricoles de vos contrées pendant les plus belles années de ma
vie, et simultanément, d’abord, dans les paroisses de Grun ou
deBourrou, et ensuite dans celles de Paunat ou dePezul; en ce
moment même, la confiance de Mgr l’archevêque de Sens vient
de me charger de la direction pastorale d’une importante loca
lité dans son archidiocèse. J’ai donc dû étudier, par devoir
d’état, avec une sollicitude de chaque jour, les besoins réels du
peuple livré aux travaux des champs.
Ces connaissances sociales pratiques, acquises en détail
dans l’expérience et le partage de toutes les angoisses de la so
ciété à notre époque, ont été complétées par dix années d’é
tudes sérieuses, au sein de nos plus grands centres de populations
industrielles; principalement à Taris, et par la fréquentation
habituelle des hommes instruits de toutes les conditions dans
chaque branche des connaissances humaines.
Des observations, presque mathématiques, c’est-à-dire de
la plus grande exactitude, m’ont permis d’apercevoir les symp
tômes de nos maux, d’en apprécier la cause, d’en pressentir la
durée, et enfin de discerner la valeur des remèdes proposés par
les différentes écoles de nos publicistes.
Il est incontestable que, dans l’intérêt de tout le monde en
France, il convient d’opérer immédiatement les plus larges ré
formes sociales parmi la classe si nombreuse et si intéressante
des travailleurs, soit dans les villes, soit dans les campagnes.
Toutes les formes anciennes de gouvernement, qui ont
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eu quelque durée, se sont justement préoccupées du sort des disait encore : « S’il y a des hommes méchants sur la terre,
prolétaires» C’est doDclà une des plus urgentes nécessitésde « cest parce que ceux qu’on croit communément bons ne sontnotre République nouvelle. Mais avant tout, il est juste aussi « pas tout à fait chrétiens dans la véritable acception du mot.»
de reconnaître ce qu’il y a de respectable dans les fortunes ac
Pie VII, réorganisateur du culte catholique en France, dans
quises, fruit de l’hérédité, du mérite industriel ou du talent et une lettre pastorale publiée à Imola en faveur de la Répu
des services réels, rendus en d’autres temps au pays. Pour cal blique, disait à ses diocésains : « Soyons chrétiens, mes bienmer toutes les frayeurs et rallier au gouvernement républicain
aimésfrères, et nous serons d'excellents républicains. En effet,
les forces les plus vives du pays, ou ne saurait trop proclamer suivant Montesquieu, l’un de nos plus célèbres publicistes fran
que le principe chrétien de la fraternité est souvent admira çais, la vertu est le principe et le mobile des véritables répu
blement exercé dans nos provinces, par les familles patriar
bliques; toute société qui aura cette base dans la forme de son
cales au sein desquelles se transmettent de génération, en géné gouvernement doit donc avoir aussi le suffrage de tous les hon
nêtes gens.
ration, les traditions de foi, d’honneur et de religion.
L’ancieùne république fit beaucoup de mal, à ces famillès.
Imbu de ces principesincontestables et appuyé sur les études
La nouvelle République ne devra en faire à personne ; elle d’application sociale, auxquelles je me suis livré pendant vingt
doit réclamer uniquement la coopération de tous au bien.
ans, je soumets en toute confiance l’exposé qui suit aux médi
Le clergé aussi ne devra pas souffrir de cette révolution, sur tations de tous mes concitoyens.
tout s’il est représenté à l’Assemblée nationale. Autrefois il était
opulent, on s’empara de ses richesses. Il résista, non par la
Sur la forme do gouvernement.
force, mais moralement. Le clergé de nos jours est pauvre; il
a tout au plus le nécessaire, le pain quotidien, loin de le crain
Mon opinion sur la forme de gouvernement qui convient à la
dre, le gouvernement du’peuple lui doit protection. Elle ne
France danslescirconstances actuelles, estque tout au treprincipe
lui manque pas. A Paris, le lendemain de la révolution du que le principe républicain est impraticable ; en proposer un
24 février, toutes les églises ont été ouvertes et remplies de autre,essayer de le soutenir directement ou indirectement, soit
flots de peuple, venant offrir à Dieu sa victoire, priant les au sein de l’Assemblée nationale, soit au dehors, serait exposer
curés avec respect de la bénir. Les curés l’ont bénie et pas un le pays à l'anarchie, à la guerre civile, à la spoliation, aux plus
prêtre n’a été insulté. Chaque jour les prêtres les plus instruits terribles malheurs. Les cinq cent mille enfants du peuple de
prennent part aux discussions populaires agitées pour l’intérêt tous les points de la France, ouvriers armés, qui résident à
public au sein des diverses sociétés préparatoires, et on ap Paris, ne laisseront pas plus mettre en discussion le principe
plaudit à leurs vues vraiment libérales, aux vœux qu’ils émet du gouvernement qu’ils ont proclamé, que les monarchies de
tent en faveur du peuple. Le clergé des provinces tient une tous les temps n’ont laissé proposer la forme républicaine.
conduite également digne et judicieuse, comme on peut en Tous les citoyens honnêtes et sensés doivent donc se rallier à ce
juger parles circulaires de nos vénérables évêques. Que chaque
principe pour en déterminer les conséquences les plus favo
prêtre devienne donc citoyen, selon le droit commun, sans rables à l’ordre, à la prospérité, à la stabilité de notre nation.
cesser de tenir strictement à l’orthodoxie des doctrines, et il
Si j’ai l’honneur d’être appelé à l’Assemblée nationale, je ré
en résultera le plus grand bien à la fois pour le peuple et pour clamerai par mes discours et par mes écrits, selon la mesure de
la religion qui le console au milieu de ses privations momen toutes mes facultés, qu’on introduise dans les termes de la con
tanées.
stitution à décréter, les principes des plus larges réformes.
Je déclare donc franchement qu’en politique j’adopte toute
la partie réalisable des divers systèmes socialistes chrétiens,
Droits préexistants.
qu’on peut concilier avec l’orthodoxie catholique. Réclamons
l’amélioration du sort des masses, mais par des moyens hon
Respect inviolable pour la propriété, pour la famille, pour
nêtes, justes, praticables : sans violentes commotions ni catas
trophes , et surtout avec le respect le plus inviolable pour la la conscience individuelle ou publique, dans la manifestation
des opinions et dans l’exercice des cultes établis.
propriété, la famille, là religion.
Etant l’un des premiers prêtres français qui aient eu le
bonheur de converser avec le pape Pie IX à Rome, peu de
Diminution de tons les impôts:
temps après son élection au pontificat suprême de l’Eglise, j’ai
Abolition de plusieurs.
entendu sortir de sa bouche ces belles paroles : « Point de di
Abolition immédiate et à perpétuité de tous les impôts et
te visions ni de catégories^; soyons unis et chrétiens; travaillons
entraves
qui pèsent sur les subsistances nécessaires à la vie,
« au bonheur de nos frères; retranchons-nous dans les prin« cipes de l’Evangile et des traditions apostoliques; bannissons telles que là viande, le poisson de mer, le vin et autres boissons,
« lamisère et l’affliction de ce monde comme elles sont bannies les grains et le sel. Plus d’octtois, ni d’impositions indirectes et
« du ciel.' » — Dans la même audience, le vénérable pontife me de patentes contraires au bon marché des vivres et à la liberté
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du commerce. PJus d’impôts fonciers établis sur les terres la
bourables, les prairies et les vignes, obstacles invincibles au dé
veloppement de l’agriculture, mère du peuple. Répartition des
terres communales aux ouvriers laboureurs de chaque com
mune, selon certaines conditions qui en assurent une culture
exacte etproductive.
On se démandera peut-être ce que deviendrait l’Etat après
l’exécution de cette partie de notre programme ; mais il ne
sera pas difficile à tout esprit sensé de répondre à l’objection.
Avec le système républicain nous avons :
D’abord, les dix-huit millions de moins accordés à la liste ci
vile ; de plus, tous les revenus fort considérables des domaines
de l’ex-royauté, devenus domaines nationaux;
Ensuite, le chiffre du budjet normal de la République, des
tiné à payer le service public des emplois de tout genre, devra
être immédiatement et d’urgence réduit au moins des deux tiers.
Ce budget sera déterminé d’une manière invariable pour tou
jours par la Constitution, de telle sorte que les ministres, ou
même les agents supérieurs du pouvoir exécutif de la nation, ne
puissent en aucun cas l’étendre ou l’augmenter arbitrairement
pour des intérêts privés. Ainsi, au lieu de quinze genis mil
lions, plus une dette flottante de six à sept milliards, dépensés
par le gouvernement déchu, la nation française, gouvernée
par les délégués de tous ses habitants, devra fonctionner, en
temps ordinaire, avec quatre cents millions, au plus.
Suppression de tous les emplois Inutiles.
Les dispositions précédentes supposent l’abolition de tous
les emplois inutiles ou leur transformation en charges hono
rifiques, pourvues par la voie de l’élection, exercées gratuite
ment daus chaque localité par des citoyens désintéressés. Plus
de préfets, plus de sous-préfets rétribués. Un maire central à
chaque chef-lieu d’arrondissement, recevant les instructions du
commissaire central de la République établi au chef-lieu du
département et citoyen de la ville même.
Simplification de la bureaucratie dans les divers ministères et
dans les administrations publiques.
Colonisation de l’Algérie.
Formation immédiate d’une armée de colons agriculteurs
pour l’Afrique française, divisée en départements, arrondisse
ments, cantons et commuues, comme la France elle-même. Con
cessions de terrains aux colons, selonjla mesure de leurs res
sources évaluées sous le triple rapport du talent, du capital et
du travail. Enfin, réforme radicale du régime hypothécaire,
qui apporte aux propriétés rurales une valeur de plus donnée
suivant la nature des terrains et au trésor public, une source
nouvelle de revenu par la participation à l’impôt. Que la rente
de toute nature soit imposée aussi par une retenue propor
tionnelle.
Exploitation des services publics par l’État.
Toutes les entreprises lucratives du monopole, exercé par
des compagnies industrielles, comme la fabrication du sel, les
voies de roulages et transports, par terre et par mer; les
messageries, les assurances de toute sorte; la confection et
l’exploitation des chemins de fer; l’organisation de la marine,
pour la pêche du poisson, sur les quatre cents lieues de côtes
dont le territoire de la France est environné, exploitées par
l’État, après indemnité accordée à leurs possesseurs au moyen
d’actions de rente sur la dette publique, mais remboursables à
temps déterminé sur la somme des bénéfices.
La Banque de France, aujourd’hui entreprise particulière,
qui donne des produits usuraires d’une grande importance à
des privilégiés, sera expropriée au profit de l’État, toujours en
conservant les droits acquis. A l’avenir, les avantages de. cet
établissement de crédit national devront être appliqués au
petit commerce par l’escompte comme aux grandes entreprises
de ses valeurs. Qu’il y ait des succursales en province, dans
chaque département, dirigées aussi par l’État et portant se
cours à toutes lçs industries de l’artisan honnête.
Armée de la pais appliquée aux travaux
publics.
Qu’on ajoute à tous les moyens de dégrèvement d’impôts
que nous venons d’exposer, la transformation de notre armée
de guerre, si dispendieuse à 1 Etat, en armée de paix, appliquée
alternativement aux exercices militaires et à des travaux pro
ductifs pour la nation. Alors on concevra facilement qu’on peut
abolir tous les impôts onéreux à la France et augmenter en
même temps ses revenus publics. L’armée de la République
française ne paradera pas sur nos places publiques sans néces
sité. Au lieu de vivre dans l’oisiveté, l’ennui et la consomption,
inutiles au pays, des plus belles facultés humaines que Dieu
donne à la jeunesse, elle sera transformée en garde nationale
mobile. Dressée et entretenue aux frais de l’État, elle aura des
occupations déterminées. Des régiments de tailleurs, de cor
donniers, de maçons, de couvreurs, de pionniers, de terras
siers, dirigés hiérarchiquement par des élèves de nos Écoles,
pourvoiront aux besoins mêmes de la garde nationale mobile,
à ceux des employés de la marine et autres travaux. Ils dessé
cheront successivement les marais de la France, fertiliseront
ses landes, reboiseront ses montagnes, établiront des irriga
tions favorables à l’agriculture, amélioreront ses voies de corn-:
munication, transformeront en bien le pays tout entier.
Ateliers nationaux de travail et asiles
de repos.
Les châteaux de la liste civile et les autres vastes bâti-
4 ments, en si grand nombre dans la plupart de nos grandes villes,
sont déserts ou occupés en ce moment par la tourbe des sinécuristes, sans autres droits que le favoritisme de l’ex-royauté.
Ils devront être transformés en ateliers de lingerie pour amé
liorer le sort déplorable des femmes du peuple. Ce sera un
premier soulagement aux maux de cette moitié du genre hu
main, que la Religion appelle à juste titre le sexe pieux. Cette
mesure aura pour conséquence immédiate de remédier à une
grande plaie sociale, en diminuant considérablement en France
le vice odieux de la prostitution.
Qu’il y ait dans chaque commune des maisons d’asile, de
repos et de soins pour la vieillesse des travailleurs sans fortune.
chacun plusieurs suppléants non rétribués. Ils tiendront au
dience tous les jours pairs de chaque mois pour les petites af
faires sur lesquelles ils prononceront seuls, en dernier ressort
et publiquement. Une fois par semaine ils seront assistés de
deux suppléants pour prononcer en matière d’intérêts civils et
de police correctionnelle, jusqu’à concurrence de la somme de
mille francs dans le premier cas, de deux cents francs d’amende
et un mois de prison dans le second cas. Les jugements de cette
sorte seront susceptibles d’appel aux tribunaux d’arrondisse
ment et cours supérieures maintenus.
Réforme des bagnes et prisons.
Organisation du corps médical de manière à ce que, sans
porter atteinte aux droits de ses membres, acquis par de
longues études et par des sacrifices considérables, les soins et
les conseils d’hygiène nécessaires à la santé des hommes de
travail leur soient procurés en temps opportun, comme à
l’opulence, au moyen d’une indemnité accordée à chaque mé
decin par l’Etat, et dont le minimum devra être déterminé
dans la loi:
Que les prisons, les bagnes et les maisons de détention ou de
correction, si hideuses et si dispendieuses à l’Etat par le ré
gime barbare qui les a dirigés jusqu’à ce jour, soient remplacés
par un lieu d’expiation temporaire, de pénitence et d’amende
ment, choisi dans l’une des îles de nos colonies. Pourquoi les
malfaiteurs, le vice et le crime, les coupables contre la société,
ne seraient-ils pas forcés de remplacer le travail des esclaves,
qu’il convient enfin d’affranchir, suivant tous les principes de
l’humanité et du christianisme.
Les doctrines évangéliques d’émancipation fraternelle at
tribuent autant de mérite moral au repentir sincère qu’à l’in
nocence. De part et d’autre c’est la vertu, base du gouverne
ment républicain^.
Emplois publies
La plupart des employés actuels du gouvernement qu’on
aura éloignés de leurs fonctions par les réformes accomplies,
pourront être utilement replacés dans le cadre des administra
tions préposées à l’organisation du travail. Alors, ils seront ré
tribués, non avec les impôts qui pèsent sur la subsistance du
peuple, mais sur les bénéfices réalisés par l’Etat à l’aide de leur
propre industrie.
Réorganisation de la magistrature
judiciaire.
La magistrature judiciaire, élue par les citoyens actifs dans
chaque localité, avec des garanties de capacité déterminées
par la Constitution, sera rétribuée par l’Etat et inamovible,
hors les cas de forfaiture. Les formalités et les frais de procé
dure diminués, simplifiés et fixés suivant le mode le plus
propre à rendre les procès injustes moins fréquents.
Les justices de paix augmentées jusqu’à concurrence d’une
par commune composée de mille âmes. Les juges de paix élus
par le peuple, rétribués par l’Etat et inamovibles. Ils auront
Réorganisation «in corps médical.
Organisation de l’instraction publique.
Que l’instruction, nourriture de l’âme et des esprits, base
de la probité et de la droiture des peuples libres, soit donnée
gratuitement par la nation à tout le monde. La misère et l'i
gnorance, plus que la méchanceté des hommes, sont la cause
principale de leurs vices et du crime. L’abondance des subsis
tances, leur bon marché, l’organisation du travail et la
modicité des impôts détruiront la misère. Les écoles gratuites,
bien dirigées, par des instituteurs pourvus par l’état d’une
rétribution convenable, et pénétrés de leurs importantes fonc
tions, rendront les prisons moins nécessaires sous le gouverne
ment républicain.
Qu’il y ait donc d’abord des crèches partout, lieux de réu
nion et de soins maternels pour les enfants du peuple dans le
plus bas âge. Que les salles d’asile pour l’enfance qui com
mence à comprendre et à parler soient aussi mulipliées, à la
ville, et à la campagne; quelles permettent à des parents pau
vres, obligés de travailler pour vivre, de compter sur la solli
citude de l’Etat pour leurs enfants.
Que dans chaque commune les écoles primaires s’occupent
des connaissances élémentaires de l’agriculture. Que celles des
chefs-lieux de canton soient professionnelles, et en quelque
sorte appliquées spécialement aux arts ou métiers.
Dans les chefs-lieux d’arrondissement, qu’il y ait des prytanées consacrés à l’étude du génie civil, des travaux publics,
du commerce, de l’industrie et de la marine.
Au chef-lieu du département, des écoles centrales pour les
sciences spéciales et les hautes études. Point de bourses pour
des privilégiés. Les instituteurs et professeurs de tous Ie6
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degrés fonctionnant, auprès de l’enfance ou de la jeunesse,
suivant des règlements établis, et, devant le public admis à des
places réservées dans les salles d’instruction, soit pour en pro
fiter lui-même, soit pour être témoin de la capacité, de la valeur
des méthodes et du zèle mis en usage. Quel stimulant pour les
fonctionnaires de l’instruction publique que la présence des
pères de famille à leurs leçons !
Organisation des journalistes.
La presse, les sciences et les beaux-arts, qui se tradui
sent par le journalisme, la librairie, les théâtres, la peinture, le
dessin et la musique, sont dans tous les pays civilisés une
branche des plus importantes de l’instruction publique.
Le principe républicain n’admet aucune restriction ni en
trave à la liberté de la presse, qui doit être, dans les temps
d’honnêteté, la manifestation de toutes les pensées utiles à la
morale, au pays, à l’humanitc. L’Etat doit donner une impul
sion nouvelle de protection aux hommes de science occupés à
recueillir les idées généreuses de tous, à instruire le peuple, à
satisfaire le besoin intellectuel de lecture quotidienne, de curio
sité sur la connaissance des lois et des événements. Grande et
utile nécessité, introduite dans les mœurs des temps modernes,
qu’il convient d’étendre encore, non pas à la manière du pou
voir déchu par la corruption ; mais en favorisant et même en
provoquant l’organisation des journalistes par eux-mêmes. Le
journalisme, pour conserver son influence, sur le peuple de nos
villes, analogue en quelque sorte à celle qu’exerçait le clergé
par la parole, au moyen âge, le journalisme devra devenir un
véritable sacerdoce politique et se prêter à une organisation
indispensable à ses intérêts.
Liberté des cultes, respect à la Religion et à
ses ministres.
Les cultes sont organisés d’eux-mêmes par la conscience
des hommes qui se rangent sous leurs professions de foi diverses.
Ce queVAssemblée nationale aura de mieux à faire sur ce point
sera de ne pas s’en mêler, autrement que pour protéger, selon
les lois de l’ordre et de la liberté, tous ceux qui sont établis.
Dieu seul est ici législateur et maître, puisque seul il a le droit
de commander aux consciences.
Quelques esprits éminents ont pensé, dans ces derniers temps,
que la nation, en laissant une entière liberté à tous les cultes
religieux, devrait aussi laisser aux fidèles de chacun le soin
de rétribuer leurs ministres comme ils l’entendraient. Certai
nement cette opinion n’est pas celle de la majorité des Français,
et if n’est pas à présumer qu’elle soit adoptée par l’Assemblée
nationale.
Celui qui sert l’autel doit vivre honorablement de l’autel,
sans être obligé de tendre la main à la commisération publique
pour avoir le pain quotidien que la nation doit désormais pro
curer à tous ses enfants. Le prêtre, de nos jours, sort générale
ment des classes populaires, il partage leurs sympathies, et vit
modestement au jour le jour, d’une existence pénible, écono
mique, divisant encore son morceau de pain avec le pauvre
qui se présente à la porte du presbytère; le plus souvent avec
de vieux parents infirmes, qui ont dépensé tout le fruit de leurs
pénibles labeurs pour lui faciliter son élévation au sacerdoce.
Priver le prêtre d’un aussi modeste tribut que celui qu’il reçoit,
ce serait porter atteinte à l’existence alimentaire de plusieurs
centaines de mille familles du peuple.
Quel esprit oserait contester qu’il a des droits à la ré
munération de l’Etat, l’homme pieux et résigné qui consacre
son temps avec assiduité à l’éducation morale du peuple ; qui
s’intéresse à ses enfants comme un père aux siens propres, aus
sitôt qu’ils viennent de naître ; qui les instruit dans la jeunesse,
les encourage aux fatigues de l’âge mûr, les soutient dans leur
vieillesse jusque sur les bords de la tombe, où il les conduit
après leur décès, pour prier encore sur leurs restes inanimés,
lorsque chacun s’éloigne et se relire, même parmi leurs pro
ches. Dans une paroisse, un bon curé est l’ange tutélaire de tous
les âges, de toutes les conditions.
Aux débuts d’une révolution immense, si pleine d’imprévu,
qui, malgré les meilleures intentions, peut renfermer dans
l’avenir tant d’orages et de déboires dont Dieu seul a le secret,
l’Assemblée nationale, inspirée par les vœux des électeurs, ne
touchera pas à la modeste existence des hommes de consolation.
La révolution de 1848 a rompu, il est vrai, tous les liens qui
unissaient le clergé au gouvernement précédent. Il ne faut pas
oublier cependant que la République d’une autre époque avait
jugé indispensable le traitement des curés et celui des évêques.
D’après la constitution de 1792, les curés devaient avoir au
moins douze cents francs à la campagne, et l’inamovibilité telle
que l’établissent les lois ecclésiastiques.
Le gouvernement républicain de 1848 ne saurait raisonna
blement faire moins sur ce point.
Dans les campagnes : qu’on abolisse le casuel, impôt oné
reux au peuple.
Dans les villes : que les pompes funèbres réclamées par les
personnes riches, et le soin de pourvoir aux chaises dans les
églises, soient transportés, si l’on veut, à la mairie, suivant
les décisions des conseils communaux; le clergé n’y verra
aucun inconvénient, car toutes ces choses ne sont pas sans
difficultés pénibles pour les curés; mais que leur modeste trai
tement leur soit conservé jusqu’à ce que la nation puisse le
mettre au niveau de celui qui est accordé aujourd’hui aux mi
nistres du culte protestant exerçant à la campagne.
Qu’à l’avenir les curés de chaque diocèse, suivant les consti
tutions apostoliques, soient seuls chargés de désigner au pape
les candidats à l’épiscopat, sur la convocation des vicaires gé
néraux capitulaires, immédiatement après le décès de chaque
évêque. Le peuple sait que ses pasteurs ne se tromperont paé
sur le choix à faire du plus digne et du plus capable d’entre eux
pour être leur chef dans l’ordre spirituel.
6 —
Que les évêques de chaque province ecclésiastique soient
chargés de designer les archevêques pris sur la liste des candi
dats choisis par le clergé diocésain de la métropole.
Que les archevêques et les évêques présentent également au
pape ceux de leurs collègues destinés au cardinalat pour la
France.
Tous ces points sont conformes aux constitutions aposto
liques de l’Eglise, d’après lesquelles le pape lui-même est élu
par l’assemblée des cardinaux.
Enfin, que l’influence du clergé dans ses propres affaires pu
rement ecclésiastiques, manifestée par le mode d’élection cano
nique, soit substituée à l’influence qu’ont exercée les gouver
nements précédents sur ce point.
Le gouvernement républicain ne commettra pas la faute de
la première Assemblée constituante au sujet du clergé catho
lique. 11 s’entendra, nous n’en doutons pas, pour ces arrange
ments avec le vénérable Pie IX, pape réformateur qui a été
lui-même élevé par la voie des élections ; et Pie IX ne refusera
pas son concours à la France régénérée. Le caractère du dignepontife, ses vues, ses idées ont protégé nos églises à Paris pen
dant les trois journées de Février, au milieu d’un peuple
immense en armes, soulevé pour reconquérir ses droits chré
tiens, politiques et sociaux.
Conclusion do cette déclaration polittque.
Bien d’autres détails pourraient être ajoutés à cette déclara
tion politique. Tout lecteur intelligent les présumera. Quant à
sa conduite personnelle, soit au sein de l’Assemblée nationale,
soit à l’égard des électeurs qui lui auraient accordé leur con
fiance, le soussigné prend l’engagement de faire tous ses efforts
pour répondre, dans la mesure de ses facultés, aux besoins
réels et actuels de la nation.
Il ne demandera au gouvernement aucune place pour lui ou
pour ses parents. Les modestes fonctions de curé de village,
dont il est pourvu, sont le terme de toute son ambition per
sonnelle-, et, s’il était élu à l’Assemblée nationale, la bienveil
lance de ses supérieurs ecclésiastiques permettrait d’aller par
ticiper aux fonctions législatives, en confiant sa paroisse à un
vicafre de leur choix, pendant tout le temps de son absence.
Après chaque session et dans l’intervalle des réunions de
YAssemblée nationale, il se transportera au milieu de ses com
mettants, sur le plus grand nombre possible des localités du
département de la Dordogne, pour rendre compte publique
ment de ses voles, et s’inspirer des voeux de ses concitoyens,
afin de les faire prévaloir. Pénétré des idées pacifiques conte
nues dans la politique des livres de Fénelon et de Montaigne,
célèbres publicistes originaires du Périgord. Le représentant
élu dans ce pays devra toujours se montrer empressé à s’en
tendre, pour le bien, avec les autres représentants, ses col
lègues, dont les noms auront été proclamés par les mêmes
Urnes électorales.
Occupé depuis plus de dix ans à écrire une Histoire natio
nale des Diocèses de France, qui va paraître sous les auspices
de plusieurs vénérables prélats de notre Eglise, le curé Clavel a
exploré d’une manière toute spéciale les annales du département
de la Dordogne ; il en connait à fond les intérêts inhérents au
territoire, au caractère si loyal de ses habitants, à leurs moeurs à
la fois douces et graves, à leur industrie, à leurs sentiments
politiques et religieux. Dans les temps les plus difficiles, nos
pères se sont prononcés pour la liberté de conscience. Pendant
les débordements de la Ligue, les citoyens de la ville même de
Périgueux proclamèrent dans leur cité cette franchise de pa
role et d’écrits qui ne fut réellement établie par toute la France
qu’à la fin du siècle dernier.
Il y aura des agitations tumultueuses au milieu des travaux
d’une Assemblée constituante dans les circonstances où se
trouve la France. Avant de se présenter aux suffrages de ses
concitoyens pour en faire partie, l’abbé Clavel a du consulter
son courage et s’inspirer des plus graves conseils. Des hommes
très-éminents parmi le clergé, comme parmi ceux que les der
niers événements ont placés à la tête des affaires publiques,
ont pensé qu’il pourrait y figurer utilement pour l’Eglise et
pour le pays.
Les sages principes de nos plus illustres .écrivains Périgour
dins soutiendront son esprit, son cœur et sa parole dans cette
voie invariable de bienveillance, de discernement et de fermete
qu’une antique devise propre au département de la Dordogne,
exprime ainsi :
« Petra eslo duris : cor amicis ; hoslibus ensis.
. « Hæctria si fuerîsypOTa'î cAfT'enjIs eris: »
Telle est la ligne politique que suivra' constamment le curé
Clavel, chanoine, si les électeurs du département de la Dor
dogne l’honorent de leurs suffrages à l’Assemblée nationale. Si,
au contraire, cette démarche et les vœux de ses nombreux amis
ne sont pas couronnés de succès, il ne sera aucunement hu
milié , et il applaudira cordialement au triomphe de ses
concurrents. Puissent-ils apporter à cette assemblée, non
des intentions meilleures ou plus désintéressées, ce serait
impossible; mais un système d’idées aussi réalisable, un
talent plus étendu, des ressources d’action politique plus
grandes, et une position de résidence récente à Paris depuis
longues années, la plus favorable pour apprécier les circon
stances actuelles. Ces circonstances sont graves, délicates, dif
ficiles : celui qui, après les avoir sondées dans le calme du bon
sens, se présente avec conviction pour contribuer à les régu
lariser dans l’intérêt de tous, aura déjà fait preuve de courage,
de dévouement. Mais, il ne faut pas oublier que le succès de
ses efforts dépendra beaucoup de l’ensemble des encourage
ments qu’il aura reçus par le dépouillement des urnes électo
rales. Il est donc à désirer que ces encouragements nationaux
se produisant en masses serrées, quelques puissent être les can
didats qui en seront l’objet.
Résumé de cette déclaration politique.
Abolition de tout impôt qui pèse sur l’agriculture ; sur les
subsistances nécessaires à la vie. — Simplification de tous les
rouages du gouvernement. — Transformation de l’armée de
guerre en armée de paix et de travail. — Le droit de vivre ;
c’est-à-dire, le droit au travail garanti par l’État aux hommes
valides, dans l’organisation de la marine et autres travaux.—
L’enfance, la vieillesse et les infirmités secourues et recueillies
dans des asiles convenables. — Toutes les entreprises produc
tives de revenu public, telles que banques, assurances, voies
de communications et de transport, à l’Etat. — Liberté des
cultes et des opinions. — Élection des évêques par les prêtres;
des magistrats par les citoyens ; des fonctionnaires par les con
cours. — Association libre des ouvriers, par les possesseurs de
capitaux, aux bénéfices des travaux qu’ils exe'cutenl. — Édu
cation donnée à tous gratuitement. — Enfin, toutes ces choses
accomplies hardiment par VAssemblée nationale, au moyen de
la plus active augmentation des subsistances et des revenus pu
blics, et de la diminution la plus stricte des charges ou dépenses
de la nation. — L’esprit humain, l’intelligence, la droiture, la
prévoyance, ne trouveront pas d’autres moyens d’éviter à la
patrie des malheurs et des catastrophes ordinaires dans les révo
lutions des peuples vieillis par la civilisation.
CLAVEL,
Curé d’Escamps,
Ancien rédacteur du journal le Bien Social.
Paris. — Typographie de E. et V. PENAUD frères, 10, rue du Faubourg-Montmartre.
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