FRB243226101_GZ_254.pdf
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soir, et continue l’examen des faits qui auraient suivi le meurtre
de Mouton. 11 arrive à la circonstance de la corde trouvée au
tour du corps de Philippe.
A trois heures, l’audience est reprise. La salie est encombrée,
“Me Laurière déclare qu’il n’attaque pas la moralité de ChauComme, du reste, depuis deux jours, par une foule immense
druc et de sa famille; aucun fait ne l’y autorise. Seulement,
qui reflue jusque sur la place Michel-Montagne. On,'remarque
Chaudruc n’est pas l’homme du pays ; il doit une 'somme assez
dans l’enceinte une assez grande quantité de dames. Les places
considérable à un honnête négociant de notre ville', ne s’est pas
réservées sont toutes envahies. C’est avec la plus grande peine
libéré de sa dette, et se trouve dans une position de fortune
que les journalistes peuvent parvenir jusqu’à leur bureau.
très gênée. Le défenseur ne i’accuse pas d’avoir fait une fausse
ill' Laurière continue son plaidoyer, et parle encore des cir
déposition, quoique, peut-être, on pût lui appliquer le pro
constances antérieures au crime. Les meuniers étaient, dit-on,
verbe a beau mentir qui vient de loin.
débiteurs de Mouton et poursuivis comme falsificateurs de farine.
L’orateur prétend que les souvenirs de Chaudruc ont été aidés
Donc, en l’assassinant, ils s’enrichissaient et faisaient disparaî
par la prévention, et que la corde a dû être achetée le jour
tre une créance. Eh bien ! les meuniers ne connaissaient pas
même du crime, afin que le corps de Mouton ne remontât pas à
Mouton (Marque générale d’étonnement.), et ils ont eu raison de
la surface de l’eau. On ne peut admettre qu’un instrument sem
dire qu’ils n’avaient eu aucun rapport avec lui. Cela surprend,
blable ait été employé seulement quatre jours après le crime.
mais ce n’en est pas moins certain. Ici AI. le défenseur dit que
L’accusation déclare qu’il y a ici un mystère impénétrable; Hé
le témoignage de Labrousse n’est pas admissible, parce qu’il est
bien ! comment le ministère public se charge-t-il de signaler le
invraisemblable en tous points, et n’est même pas positif. Les
coupable, puisqu’il ne sait rien? Qu’il attende donc la lumière
autres déclarations, celle de Jean Lapierre, par exemple, n’ont
avant de vouloir nous éclairer ! (Mouvement.)
pas plus de portée, il n'est nullement certain que Mouton ait dit
Mouton ne peut pas avoir été étouffé, car l’autopsie a montré
à Lapierre qu’il connaissait les Maigre. Puisque Mouton préten
qu’il n’y avait pas de congestion cérébrale, et les poumons n’é
dait avoir pris une tasse de café avec Henri, il n’avait pas be
taient pas engorgés, deux symptômes qui auraient dû nécessai
soin de prendre des informations sur les meuniers. Ces deux
rement exister. Me Laurière trouve un nouvel argument dans la
faits se contredisent. Al“ Laurière discute d’autres dépositions,
position dn cadavre, qui n’était pas tombé dans l’eau de manière
trouve qu’elles ne militent nullement contre son système, et il
à ce que le sang pût descendre dans les parties inférieures du
signale différentes contradictions, très importantes suivant lui.
corps. Cela résulte des deux déclarations de AI. Lorenzo Theu
L’orateur fait une violente sortie contre le nommé Merle, -et il
lier et de son frère, M. le docteur Theulier. D’autres symptô
affirme qu’il a menti, d’après la déposition de M. Faure-Muret,
mes observés par ce dernier prouvent également que la défense
son propriétaire. Joseph se plaignait, en effet, selon le té
a raison.
moin, de ce que celui-ci n'avait pas fait son huile chez lui. Or,
Qu’est-ce que les meuniers auraient fait du cadavre avant de
il est prouvé que Merle n’a cessé de faire son huile au Cham
le jeter à l’eau? Où l’auraient-ils mis pendant quatre jours? Pas
bon que depuis l’incarcération des meuniers. (Mouvement.) Me
dans la maison ; la distribution de cet édifice ne Je permettait
Laurière profite de cette circonstance pour appeler Merle men
point. Au moulin? il y aurait eu imprudence; il n’v avait pas de
teur ; il se donne ce plaisir quatre ou cinq fois de suite. Des
cachette, et jour et nuit il y entrait du monde.
apostrophes véhémentes, à propos de tabatières plus ou moins
L’avocat déclare qu’il est impossible d’admettre que d’abord
jolies que possédait ou ne possédait pas Mouton, durent fort
Mouton ait été jeté à l’eau dans l’abîme du Chambon, pour que
long-temps. L’orateur affirme qu’elles sont très concluantes.
les meuniers l’aient repêché et porté ensuite son corps au gouf
Après cette sortie, Me Laurière retorque quelques argumens
fre, où ils l’auraient attaché avec la corde. Il n’est, en effet, pas
de l’accusation , et s’étonne grandement que si peu de témoins
admissible qu’ils aient jeté un homme vivant dans l’eau sans le
afoot vu Mouton et les Maigre ensemble, si Maigre et Alouton ou 15 l'r., de vendre la tète de leurs, frères!! (Murmures dans fixer par un poids. Un homme ainsi précipité dans la rivière peut
étaient si intimes amis. (Sensation.)
se sauver a la nage. Et qu’on ne dise pas qu’ils étaient sûrs que
l’auditoire.)
Aucun des membres de la famille Mouton ne connaissait les
M. le défenseur arrive aux circonstances postérieures. Mou Motiion ne savait pas nager; ils ne le connaissaient pas. Admet
meuniers, ce qui n’est pas possible, lorsqu’on admet que les ton pourrait avoir été assassiné par d’autres que par les meu tons même qu’ils sussent que Mouton ne nageait pas, comment
Maigre connaissaient Mouton. Non, les meuniers ne connaissaient niers. Pour le prouver, l’avocat nous raconte le voyage de Phi croire que l’on jette un homme à l’eau sans s’assurer qu’il ne
pas Mouton ; par conséquent, ils ne pouvaient pas connaître ses lippe Mouton. Il avait pris une route qui l’empêchait de passer peut pas s’échapper ? Est-ce qu’il n’y a pas d’exemple que l’on
habitudes. D’ailleurs rien ne prouve les habitudes prétendues de au moulin du Chambon lorsqu’il se rendit à Excideuil de chez se soit sauvé sans savoir nager? Et puis les eaux étaient débor
Mouton.
lui. Les meuniers ne pouvaient donc pas savoir d’avance que dées; elles pouvaient entraîner le corps jusqu’au moulin. Un au
Les meuniers étaient-ils débiteurs de Mouton ? Le défenseur Mouton passerait au Chambon en revenant, il est probable'qu’il tre argument de l’avocat, c’est l’incroyable tranquillité dont ont
combat d’abord quelques témoignages moins importuns, et après n’a pas ôté jusqu’à Excideuil, puisque son sac, qu’il allait rem lait preuve les meuniers pendant quatre jours; ce n’est qu’au
avoir répété que ces témoignages prouvent que Mouton était plir, était vide. Entraîné dans un cabaret, retenu loin de chez bout de ce laps de temps qu’ils ont acheté une corde de chan
inconnu aux Maigre, demander des renseignemens, dit-il, ne lui, il aura, peut-être, été précipité dans l’eau par ceux qui l’a vre chez Chaudruc, parce que, dit le ministère public, ils crai
prouve pas qu’on veuille prêter à quelqu’un. Par exemple, on vaient fait boire au moment où il passait sur le bord du gouffre gnaient d'employer une corde de fil. Une corde de fi1, dit-on,
pourrait demander ce qu’est M. le duc d’isly, sans avoir envie des Crozes. Le lieu favorisait une pareille tentative, qui n’a rien les aurait fail reconnaître, comme si l’on ne trouvait des cordes
de lui prêter de l’argent. (Hilarité.) Me Laurière présente quel d’invraisemblable, il y avait pleine sécurité pour les meurtriers. de fil que chez les meuniers du Chambon ! Maintenant il est en
ques autres considérations; et, passant avec art au témoignage Non, le lieu où Mouton a été trouvé ne prouve rien contre les outre tout-a-fait improbable que les meuniers aient songé à trans
de M. Theulier-Sainl-Germain, il rappelle que Meymy prêta inculpés qui, naturellement, auraient dû jeter leur victime dans férer Mouton a l’abîme des Crozes, au milieu de mille difficultés.
de l’argent à la Saint-Jean 1845; donc, il n’avait pas besoin l’abîme du Chambon. Ils pouvaient, ils devaient le faire; c’était
Ainsi, tout concourt à prouver que l’accusation ne repose sur
d’emprunter, et il ne l’avait pas fait à celte époque. Enfin, il facile et naturel. Aller au goulfre des Crozes, à travers les (obs rien. Elle parle de mystères : des mystères, il n’y en a pas ! La
aborde de front M. Theulier-Sainl-Germain. Il commence par tacles et au risque d’être vu, c’est inacceptable. Cette circons défense pourrait en invoquer, car Dieu est avec elle et avec l’in
s’incliner devant ce notaire, et paie un tribut d’éloges bien mérités tance est complètement exclusive de la culpabilité des meuniers. nocence ; mais Dieu n’est pas avec ceux qui, sans motif, vien
à sa loyauté et à sa probité bien reconnues. Il désire que ces
I,’orateur prend corps à corps les dépositions des témoins nent demander la tête de trois hommes, leurs frères, et ne ba
paroles soient recueillies comme l’expression sincère de ses Bost et Beauplan. Joseph pêchait, ce qui était fort naturel. Pour sent cette affreuse requête que sur des suppositions qui tombent
sentimens. 11 est fâché d’être obligé de dire que M. Theulier- voir si le cadavre surnageait ou non, il n’était pas nécessaire pièce à pièce devant le plus simple examen. (Sensation.) Oui,
Sainl-Germain a été bien imprudent, il ne faut pas se fier à sa de se rendre plusieurs fois sur les fieux. Mais il était nécessaire Chaudruc s’est évidemment trompé de jour, et il n’est pas besoin
mémoire. Sans aller plus loin, les débats de l’affaire Delcoudcrc de s’y rendre plusieurs fois pour surveiller ses filets, d’autant d’insister davantage pour l’établir.
l’ont prouvé. M° Laurière assure que M. Theulier-Saint-Germain plus que Beauplan lui en avait volé une fois. D’ailleurs, reste à
Me Laurière disserte sur les heures auxquelles Joseph a été vu,
a fait un travail de mémoire, et que d’abord il ne pouvait pas savoir jusqu’à quel point les Beauplan méritent d’être crus. soit au moulin, soit, prétend-on, à Excideuil, le 1" janvier. Il
affirmer le fait principal du prêt fait aux meuniers par Mouton. M° Laurière prétend que si Joseph a répondu qu’il n’avait pas été analyse et commente les divers témoignages entendus ; il en con
La mémoire qui ne s’illumine pas de suite sur le lait principal depuis plusieurs années dans le pré de Salinier, c’est qu’il se clut que l’on doit rester parfaitement convaincu que Joseph n’a
est trompeuse, et ne peut être admise comme certitude. (Ru méfiait du juge d’instruction et craignait d’être soupçonné d’as pas pu être à Excideuil jusqu’à une heure après midi.
meur.)
Que reste-t-il à dire de plus pour prouver, non pas que Chau
sassinat en disant la vérité.
M. le président. — Me Laurière, vous tronquez les faits, vous
En présence du cadavre, la première pensée du docteur druc a menti, mais qu’il s’est trompé? Rien de nécessaire sans
dénaturez la déposition de M. Theulier. Je le prie de répéter Theulier fut que Alouton s’était suicidé.(Maigre père a pensé doute, mais cependant beaucoup de choses. Les déclarations
ce qu’il nous a déjà dit.
précisément ce qu’a pensé un homme de l’art. Qu’y a-t-il là diverses de Chaudruc sont, en effet, contradictoires et invrai
AT Laurière. — Ah ! si]vous interrompez mon plaidoyer à d’étonnant ? Henri voulait qu’on ôtât la corde pour qu’on pût semblables.
chaque instant !...
Me Laurière reprend une à une les diverses déclarations de
plus facilement fouiller le cadavre, et non pas pour faire dispa
M. Theulier-Sainl-Germain. — Sur le fait principal, je n'ai raître celte corde, il était tout naturel que, quelques jours après, Chaudruc et de ses ouvriers. Le témoignage du gendarme Lau
jamais hésité. AI. Theulier affirme de nouveau qu’il n’a hésité ces hommes aient paru inquiets et abattus. C’était tout simple, rent prouve que Chaudruc n’était pas sûr de n’avoir pas vendu
dans aucune occasion sur ce point. (Mouvement.)
puisqu’on les accusait. Comment veut-on qu’ils eussent supporté plusieurs cordes de la meme nature, et qu’il avait besoin d’être
AT Laurière. — Alessieurs les jurés, j’aurai le courage , mal de sang-froid un pareil soupçon? Me Laurière rappelle les paro fixé. Le gendarme, dit : Ce doit être vers le 1" janvier.
gré toutes les interruptions...
Al. le procureur du roi. — C’est vous qui dites cela; le gen
les de M” Bac, disant que, quoi que fasse un accusé, toutes ses
M. le president. — Vous n’avez été interrompu qu’une fois, démarches sont invoquées contre lui : l’assurance comme l’in darme a dit du 27 au 28, 29 ou 30 décembre.
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AT Laurière. ■— Je dis la vérité.
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et vous auriez dû l’être plusieurs, car vous avez tronqué plu quiétude, la crainte comme la fermeté.
sieurs dépositions.
ni. le président. — Vous tronquez, et je vous engage à re
M. le défense®’ parle de l’anecdote rapportée par i’acte d’ac
AT Laurière. — Je voudrais bien qu'on me citât un exemple. cusation relativement à la tentative qui aurait été fuite d’enlever produire les dépositions telles qu’elles sont faites.
Al. le président. — Vous le voulez! Sans aller plus loin, vous le cadavre , et la réfute sans peine.
Chaudruc, s’adressant avec vivacité au défenseur. — Ce que
avez tronqué celle d’Aubin Conger.
Voilà tout ce qu’ont produit des enquêtes qui ont duré deux vous dites n’est nullement vrai ; vous parlez sans savoir pour
M" Lauriers relit la déposition de ce témoin et y rétablit un ans. L’instruction est restée dans les cartons pendant cinq mois quoi ; vous perdez la tète !
membre de phrase. Il continue ensuite sa plaidoirie, en déclarant entiers, et quand on s’est aperçu qu’il n’y avait rien de plus, il
AT Laurière. — Je demande qu’on fasse taire cet insolent!
qu’il n’a.parlé de la déposition de M. Theulier et dit que ce té a bien fallu, messieurs les jurés, vous soumetttre cette affaire,
Chaudruc continue à interpeller l’avocat avec colère.
moin n’avait eu d’abord qu’une intuition du fait principal, d’après sur laquelle vous aurez à prononcer, et dont nous attendons sans
M. le président. — Chaudruc, gardez le silence. Me Laurière,
ce qu’a déclaré M. de Calvimont. L’avocat fait l’historique du tra crainte le résultat.
lisez les dépositions telles qu’elles sont ; si j’avais entendu d’a
vail de mémoire de M. St-Germain, qui ne s’est éclairé que d’a
L’audience est levée et renvoyée à demain pour la suite du bord Chaudruc, je l’aurais empêché de s’égarer ainsi.
près la marche du procès. Il prétend que la mémoire de M. Theu- plaidoyer.
AT Laurière. — Je n’ai point attaqué votre moralité, Chaulier-St-Germain ne lui fournit pas une certitude complète. 11 cite
druc. M. le président, je m’incline devant la cour; mais je dis
Audience du 29.
un fait où M. Theulier-Saint-Germain s’est trompé. S’il s’est
que cet homme m’a manqué.
trompé une fois, il peut s’être trompé une seconde ; d’autant
Après cet incident, M* Laurière continue l’examen de la dé
A dix heures et demie l’audience est ouverte.
plus que l’honorable M. Theulier a varié plusieurs fois dans ses
position de Chaudruc ; il rappelle que ce témoin a dit au gen
La parole est à AV Laurière pour continuer sa plaidoirie.
dépositions. Me Laurière harcèle M. Theulier, et prétend qu’il
AT Laurière rappelle en peu de mots ce qu’il a dît hier au darme Laurent que le premier de l’an il vendit une corde toute
f’BÎBUÔTHEQ.UE’ i DE LA VS.i.L
Addition à l’audience du 28 janvier.
a confondu plusieurs faits ensemble. M. Theulier est évidemment
dans l’erreur, et sa mémoire a ôté dirigée par la prévention. Que
seraient venus faire chez le notaire Meymy et surtout Boyer,
qui ne savent écrire ni l’un ni l’autre, et dont le second serait
venu de huit lieues inutilement? M. Theulier s’est trompé loya
lement , sans doute , mais s’est positivement trompé.
Le défenseur combat la déposition de Passerieux par celle
d’un autre témoin, et prétend qu’à l’époque dont parle Passe
rieux , les Maigre, au dire de l’autre personne, n’avaient pas
emprunté. Mc Laurière raconte une foule de faits pour prouver
que Henri Maigre n’avait pas besoin d’emprunter à Mouton.
L’orateur croit pouvoir dire que Mouton a prouvé qu’il ne con
naissait pas Aîaigre, en disant qu'il prêtait aux Maigre sans las
connaître. Ces paroles doivent être prises dans leur sens na
turel.
Me Laurière parle du voyage qu’aurait fait Mouton à Excidcuil
et de son retour à Puyfeybert; rien n’établit le jour où cette ex
cursion a eu lieu. Mc Laurière se livre à ce sujet à une fort
longue digression, analyse, sonde, fouille chaque témoignage, et
finit par conclure ce qu’il a d’abord établi.
Passant ensuite à la prétendue poursuite qui aurait eu lieu
pour falsification de farine, l’avocat démontre que Mouton n’en
avait probablement pas connaissance et ne pouvait, par consé
quent, être pressant pour le paiement d’une dette imaginaire.
M' Laurière conclut, d’après ce qu’a dit M. le procureur du
roi que le crime aurait été commis le 28 décembre, que les meu
niers sont innocens. Personne n’a vu assassiner Mouton, per
sonne ne l’a vu jeter à l’eau, conséquemment pas de circonstan
ces concomitantes. A tout autre jour, il aurait pu y en avoir;
par exemple, le 1er janvier, mais non le 23 décembre. Ce jour-là
est le seul où l’on ne trouve rien. Un témoin entendu dans l’ins
truction avait déposé que le 1er janvier on avait entendu sortir
du moulin du Chambon cette exclamation : A/i! mon Dieu! je
suis mort ! Or, cela ôtait faux, comme deux personnes l’ont
prouvé depuis. Si ces deux personnes étaient mortes, on aurait
admis la vérité de cette exclamation, on aurait fondé sur ce pré
tendu fait un grave soupçon, on aurait indiqué le 1er janvier
comme le jour du crime, et cependant c’était faux! Ainsi, sans
motif, il existe dans celte contrée des hommes misérables, sans
ressources, capables, par l’appât d’une taxe de témoin, pour 10
’• !3£ PÉRIGUEUX
3
JG Sarlat, vivement. — Vous (l’avez dit! vous l’avez dit, et
l.es propos tenus par Cluzeau père n’ont aucune portée : c’est
semblable à une femme de St-Raphaël, pour attacher une chè
vre, chose bien remarquable. (Mouvement.) L’orateur cherche un homme haineux , mal famé. On ne doit ajouter aucune foi à vous le niez, aujourd’hui! C’est bien, car c’est une'preuve que
la leçon vous a profité. (Hilarité générale.)
à démontrer par la présence de Meymy Maigre, à Excideuil ce ce qui sort de sa bouche impute.
M.* Sarlat cherche à démolir tous les moyens que l’avocat veut
Boyer n’était pas aux Cathillaires le 28 décembre.
jour-là, et par diverses circonstances, que c’est à ce dernier que
L’audience est un moment suspendue. — A une heure un asseoir sur les différentes versions de Chaudruc, qui, dit-il, de
Chaudruc a eu affaire.
puis avant-hier, a bien grandi dans l’estime de la défense. (Nou
Faurel a déclaré aussi avoir vu Joseph ; mais il y a eu évi quart elle est reprise.
,Me Laurière reprend son plaidoyer. Les accusés ne peuvent veaux rires. 1l examine ensuite longuement si les frères Maigre
demment, les heures le prouvent, confusion dans ses idées,
puisque plusieurs témoins n’ont pas quitté Meymy que Faurel a pas avoir pris part au crime. Boyer n’était pas au Chambon ie se sont rendus à Excideuil le 1" janvier, et ne trouve rien que
prétendu avoir vu. Faurel a donc fait une de ces erreurs que 28 décembre. Plusieurs témoins ont positivement établi que pen de très naturel dans les différentes versions des témoins. Le mi
dant toute celte journée, il est resté , soit aux Cathillaires, soit nistère publie ne doute pas qu’il y ait preuve palpable de la pré
fait tout le monde : erreur de temps et de lieu.
L’oraienr revient sur la déclaration de Chaudruc, qui a donné aux environs. Or, ie moulin du Chambon est fort loin de celui sence de Joseph à Excideuil ce jqtir-là; il a fallu à la défense un
une description de l’habillement de Joseph ce jour-là. Chaudruc, des Cathillaires ; il y a cinq heures de pays. (Mouvemens.) Le bien grand talent, un grand prestge de paroles pour oser pré
se trompant dé bonne-foi, a prétendu que Joseph avait un cha crime ayant été commis le 28 décembre, Boyer en est innocent. senter des argumens semblables à Ceux qu’elle a fait valoir.
L’alibi n’est pas prouvé. Qu’importent les heures où Joseph
peau noir et Meymy un chapeau gris avec un crêpe. Un chapeau Boyer neiait même pas au moulin du Chambon ie 1" janvier;
noir? Joseph n’en a jamais eu, et Meymy n’a acheté le chapeau cela résulte de la déposition de la femme Rougier, qui n’a pas et Meymy ont pu être vus ailleurs dans la soirée du 28 décem
gris que le 18 janvier suivant, ce qui résulte de la déclaration été entendue, et qui déclare qu’à dix heures du matin, le pre bre? Quand Mouton a-t-ii été assassiné, à quel instant précis?
mier jour de Fan, Boyer lui fit passer l'eau dans sa barque aux L’accusation ne l’explique pas. On a prêté au ministère public
formelle du chapelier.
Me Laurière termine Fexamen de la déposition de Chaudruc Cathillaires. Le soir de ce même jour, personne ne l’a vu arri des idées auxquelles il n’a jamais songé. Mouton a dû arriver au
en rendant hommage à la bonne foi et à la moralité de Chaudruc, ver au Chambon, bien qu’il y ait eu toujours du monde. Il n’est Chambon sans y être attendu. M. Sarlat soutient que la victime
./
mais en affirmant qu’il se trompe évidemment sans le vouloir, et pas admissible qu’il en soit venu la nuit; personne ne vint ie est entrée au Chambon de dix heures et demie à onze heures.
?d. îe substitut s’occupe aussi des haricots, et déclare que
ici le défenseur résume et récapitule en peu de mots tous les chercher du Chambon. Il est évident qu’il n’a pas bougé de chez
lui. On ne Fa vu au Chambon que le 5 janvier; jusque là per rien ne prouve que les Maigre aient soupe de bonne heure le
argumens qu’il vient de présenter.
sonne ne l’y a aperçu. L’alibi de Boyer père est prouvé de la dimanche 28 décembre ; iis ont même dû prendre tard leur re
L’audience est suspendue à midi moins un quart.
manière ia pins positive.
pas, ayant été absens jusqu’à une heure avancée.
A midi elle est reprise au milieu d’une affluence immense,
Quant à F alibi de Joseph, il n’est pas moins certain. (Marques
L’orateur développe encore, quelques autres considérations
Laurière, après avoir dit que Chaudruc a pu. le jour du
premier de l'an, prendre un autre meunier pour Joseph , exa de surprise.) Cela paraît étonner l’accusation. Voyons si nous contre les inculpés, et finit en invoquant de nouveau sur eux.
miné quels sont les hommes qui ont été vus en dernier lieu avec ferons cesser cette surprise. L’orateur rappelle ici que plusieurs toute la rigueur d’un châtiment exemplaire.
L’audience est suspendue.
Mouton. Personne n’a vu les meuniers ce jour-là en compagnie témoins ont déclaré que Joseph Maigre fût à Çorgnac dans ia
A la reprise de l’audience , Me Laurière réplique et s’excuse
de la victime, dont ils ne pouvaient, par conséquent, n’ayant soirée du 28 et y resta jusqu’à onze heures du soir. Le défen
pas été avec lui ce jour-là, connaître les desseins. L’orateur ré seur revient encore sur le voyage de Mouton. Si Joseph eût su des paroles un peu acerbes qu’il a pu prononcées contre
pète ici plusieurs des argumens qu’il nous a présentés hier. le dessein de Philippe Mouton et eût voulu le tuer, il aurait été quelques témoins. Il établit que Mouton a pu se suicider même
D’autres ont-ils pu connaître les desseins de Mouton ? Oui. Quey au moulin pour le recevoir, le retenir et s’assurer tie su victime. rie sang-froid, et soutient que Chaudruc est en contradiction avec
roy, Sudreau et Chameau devaient les connaître, puisqu’ils 11 ne fit rien de semblable. C’est là une preuve péremptoire, une lui-même, et que c’est à une femme de Saint-Raphaël et non à
avaient passé long-temps avec lui peu avant sa disparition. On considération presque mathématique. Si vos consciences ne s’in Joseph que ce commerçant a vendu une cordre pour attacher
u’a pas fait rendre compte à Queyroy et à Sudreau de l’emploi clinent pas devant elle, messieurs les jurés , j'avoue que je ne une chèvre.
sais quels argumens pourraient vous convaincre.
,1e n’hésite pas, dit en terminant le défenseur, à vous confier
de leur temps. C’est bien regrettable.
Meymy Maigre (Jean Maigre) n’était pas davantage au Cham la destinée de ces quatre hommes, et vous jugerez avec justice;
L’avocat lit la déposition d’un témoin, qui déclare qu’un mois
avant la découverte du cadavre Queyroy père, homme mai famé, bon. Un témoin croit avoir passé la soirée du 28, jour de di car le ministère public, après deux ans de recherches, n’est par
liii aurait dit que Mouton se serait noyé en remplissant un sac manche, avec lui à ia Renaudie. Si ceia est vrai, ce que nous venu à rien établir.
de pierres. (Mouvement.) Plus tard, ce fait fut vérifié. N’est-ce venons de dire de Joseph, nous devons le dire de Meymy.
Soumettez-vous à cette inspiration divine que j’ai déjà invo
Dira-t-on qu’Henri aura retenu Philippe Mouton en le fai quée ; consultez-la bien, et elle vous dictera ùn'verdîct juste,
pas là un fait frappant? Qui avait pu si bien apprendre d’avance
à Queyroy père le fait principal, avec toutes ses circonstances, sant boire, en attendant ses enfans? Mais je vais vous arrêter, équitable, verdict dans lequel j’ai pleine et entière confiance.
un mois avant la découverte du cadavre? Je ne veux pas remplir vous arrêter avec vos haricots. (On rit.) Vous ne vous en dou (Emotion générale.)
ici le rôle d’accusateur, dit Me Laurière, mais je m’étonne que tez pas ? On fait son repas du soir de bien bonne heure chez les
11 est cinq heures moins un quart. MM. les jurés et les accu
ce fait si remarquable n’ait pas attiré l’attention de M. le juge paysans. Henri a l’habitude de ne se coucher que lorsqu'il a dîné. ses déclarent n’avoir plus aucune observation à faire.
d’instruction. M. le défenseur insiste sur ce qu’il a été établi (Nouvelle hilarité.) Or, Henri se couche toujours de bonne
<V. le président Bnn/wre.'(Profond silence.) — Messieurs les
qu’il n’y avait pas de baiilarge dans le sac, ce qui tendrait à dé heure, et les fils du meunier n’ont pu arriver que lorsque les ha jurés, je voudrais qu’i! me fût permis de vous laisser sous l’im
montrer que Mouton n'aurait pas été à Excideui!. Me Laurière re ricots auraient été digérés. (II. le procureur du roi souris.)
pression qu’ont produite sur vous et une défense large, habile,
M° Laurière apostrophe M. Sarlat et lui dit de ne pas rire , éloquente, incisive, ainsi que le réquisitoire de ce jeune magis
vient encore sur ses insinuations d’hier au soir relativement à la
manière dont Mouton aurait pu cire mis à mort en chemin, quoi parce que ce qu’il dit est sérieux, et que ce n’est pas avec des trat, à la parole calme, austère, impartiale et lucide, que je félicite
qu’il ne veuille pas, à Dieu ne plaise, accuser personne. Le sourires qu’on renverse ses argumens. (Mouvement.)
le barreau de Périgueux de voir ici assis sur ie siège du ministère
L’avocat prétend qu’Henri aurait dû envoyer chercher ses public.
conseil des accusés parle aussi, en quelques mots, du mendiant
qui s’esl suicidé, et s’efforce de démontrer que rien ne prouve enfans, et prétend qu’il est impossible que Mouton ait attendu
Mais la loi s’y oppose, elle me fait un devoir de vous présen
tranquillement sans boire ni manger pendant si long-temps. Ces ter quelques observations, afin que vous ne cédiez à d’autres
que ce malheureux ne puisse pas être soupçonné.
Les indices accusateurs sont beaucoup moindres contre les argumens sont décisifs. L’orateur attend avec impatience la ré exigences qu’à celles de la vérité, et que vous ne vous pronon
meuniers que contre les autres, et pourtant ce sont les meu plique de l’accusation, et lui présente la poitrine sans crainte. ciez qu’avec calme et sang-froid. (Vive adhésion.)
(Sensation.)
niers qu’on poursuit !
Après ce préambule, M. le président Bonhôre commence son
Me Laurière termine en faisant une violente apostrophe contre résumé, et rappelle aux jurés les argumens qui leur ont été pré
Joseph n’est pas allé à Excideuil le 1" janvier. On dit l’avoir
rencontré sur la route de cette ville; quatre témoins le décla Duverneuil père, qu’il regrette de ne pas pouvoir faire juger en sentés de l’un et de l’autre coté.
rent. (Un bruit effroyable règne dans la salle. M. le président cour d’assises. Il espère que nos législateurs s’occuperont enfin
A six heures, M. le président termine soit résumé,“et soumet
de réformer une législation vicieuse, et de nous donner des lois au jury les questions qu’il aura à (résoudre; elles sou* au nom
est obligé plusieurs fois de réclamer le silence.)
Si» Laurière trouve des contradictions dans les dépositions de qui permettent de punir des crimes tels que ceux d’un père su bre de vingt-deux.
IIIe illie, au nom des accusés, présente’des conclusions ten
ceux qui disent avoir vu Joseph allant à Excideuil. Les tins di borneur de sa fdle. L’orateur trace on eUrayant tableau dp l’im
moralité de Garet et des Bonnefon, puis il accuse ie ministère dant à éliminer le troisième chef des questions de complicité
sent que Joseph sent avait une mule ', les autres que Meymy seul
était monté, les autres que les deux frères l’étaient à la fois ; public de ne s’appuyer sur rien et de venir, sans expliquer un d’assassinat et de vol, par ia raison qu'il n’a pas été posé avant
quelques-uns que Joseph allait dans une direction, les autres mystère, sans rien prouver, demander le sang de trois hommes la clôture des débats.
innocens. L’accusation vein la tète des accusés !
qu’il allait dans une autre.
P'7’Après une courte délibération, la cour ordonne que les ques
Quelle tète voulez-vous? celle de ce vieillard; qu’a-t-il fait, tions resteront posées telles qu’elles le sont.
On dit l'avoir vu à Excideuil. Il n’y a pas eu de reconnais
sance affirmative. Un témoin prétend qu’il l'a aperçu par der mais rien; il n’a pas fait le voyage d’Excideuil ; il n’a pu com
A six heures un quart, MM. les jurés entrent dans la salle <te
rière, On comprend que ceci ne peut être d’aucun poids dans la mettre le crime ; tout au plus a-t-ii prononcé quelques paroles leurs délibérations.
balance. On les a vus sous la halle d’Exciileuil, soit; mais ce insignifiantes. C’est sur un pareil indice qu’on prononcerait une
A neuf heures un quart, MM. les jurés sortent de la salle de
n’est pas le 1er janvier, car ce jour-là d’autres l’auraient aperçu , condamnation !
leurs délibérations. Une foule immense remplit le palais. La cour
Celle de Joseph Maigre; mais rien n’est prouvé contre lui. Je est entourée de inonde, et les curieux s’étendent jusque bien
puisque ce jour-là était un jour de marché. D’ailleurs un témoin
a attesté qu’à l’heure indiquée par le nommé Duverneuil, Mai Fai démontré jusqu’à l’évidence.
au-delà de la statue de Michel-Montaigne, sur ia promenade
Celle de iMeymy ; mais il n’a rien fait ; mais il ne s’élève pas publique. La force armée, la‘gendarmerie et les hùissiers sont
gre était au café. Donc, il n’était pas sous la halle. (Adhésion.)
Personne n’a vu Joseph ni sa monture à Excideuil dans une au même un indice contre lui ; pas môme cette merveilleuse corde impuissans à arrêter le torrent tumultueux qui se répand à flots,
berge ; il n’a logé chez personne , mangé chez personne, bu dont on a tant parlé.
pressés dans les moindres recoins. Ce n’est qu’avec beaucoup
Celle de Boyer ; mais tout vous échappe à son égard, et je
chez personne, placé sa mule chez personne; donc, Joseph n’a
d’etlorts qu’on parvient à obtenir un demi-silence au milieu des
crois que vous-même avez abandonné l’accusation.
pas été à Excideuil.
rangs ies plus rapprochés de l’estrade.
Non. monsieur le procureur du roi, vous n’aurez pas la tête
L’orateur parle ensuite de la déclaration de Caret. Il éprouve,
tW. le président. —Messieurs'les jurés, quel' est i résultat
de
ces
hommes,
et
vous
n’aurez
pas
même
leur
liberté
;
vous
n’au
en l’abordant, un sentiment bien pénible. La vue de cet homme
de vos délibérations ?
ltd fait mal (Rumeur,), de cet homme infâme. (Nouvelle rumeur.) rez pas leur liberté, car justice entière leur sera rendue, et MM.
il. le chef du jury se lève et donne lecture du verdict ; Si
J’ai été durement impressionné en voyant ce visage hideux sur les jurés ne voudront pas imprimer une flétrissure sur le front
les marches du tribunal. Caret n’a plus rien à craindre ; il est de ces hommes innocens, de ces hommes dont le plus âgé, Henri, mon BOYER est déclaré non coiipablc’sur tous les points.
arrivé an comble de l’ignominie et de l’infamie. Comment se est le chef d’une famille d’une douzaine d’enfans, sur le front
Henri, Joseph et Jean MAIGRE sont déclarés coupables
l'ait-il que l’accusation ait pu le défendre? 11 est venu devant la desquels on ne voudra pas, sans motifs, imprimer l’infamie.
de
vol et d'assassinat. En leur faveur, le jury a admis'Jdes cir
Mc Laurière finit en s’adressant au jury, et en déclarant que
cour, pour une modique taxe de 20 ou 27 fr., mentir à la jus
tice, au risque de faire tomber trois tètes, et on l’a mis en pré l’innocence de ses cliens est trop clairement démontrée pour constances atténuantes.
sence d’un des hommes les plus honorables de la contrée , et on qu’il puisse avoir une minute d’hésitation sur leur sort. Ils vont
Aussitôt des conversations) bruyantes et animées s’engagent
nous a parlé de sa candeur. Je n’hésite pas à le dire ; si Caret dans peu être honorablement acquittés ; oui, iis vont l’èire, je
était accusé, il ne trouverait pas un défenseur dans le bareau le répète, car j’ai foi dans la Providence, j’espère en Dieu, et j’ai dans l’auditoire.
auquel j'ai l’honneur d’appartenir (Marques générales d’étonne la confiance qu’il éclairera votre décision. (Vive sensation.)
Simon Boyer est introduit; il est haletant; en entendant l’ar
La parole est à M. Sarlat, substitut, pour la réplique.
ment.) , car il a fait une fausse déposition. Après cet exorde, l’a
rêt
qui ie rend à la liberté, il fait une profonde inclination à la
M. Sarlat, après avoir rendu hommage au talent et aux in
vocat arrive enfin à la discussion du témoignage, et, après avoir
dit quelques mots du fait de faux témoignage précédemment re croyables ressources de M' Laurière, déclare qu’avec un peu cour, et s’élance aussitôt dans le corridor, où il disparaît.
proché à Garet, il s’étonne du long-temps qu’il a mis à révéler d’examen i! ne restera, devant le calme de la conscience des
Les Maigre sont ensuite appelés, et on leur fait connaître le
un fait aussi important que la prétendue conversation des meu jurés, rien, rien absolument que du vide et de fantasmagori
verdict
dit jury.
niers. L’orateur fait l’historique des dépositions qu’auraient fait ques sophismes. (Mouvement.) Oui, messieurs, quand on inter
Ses deux Caret, et assure que Jean Garet a bien réellement dit roge les faits, on se dit : Mouton a été assassiné, et voilà les
il. le procureur du roi requiert la peine des travaux forcés
d’abord qu’il était avec son frère le jour et à l’heure indiqués assassins! (Sensation.) Ils sont là, et ces hommes chargés de à perpétuité contre les irois’Maigre.
par Pierre Garet, et n’a ensuite donné d’autres explications que crimes, nous les attaquons, nous les poursuivons, parce qu’ils
Pendant que la cour délibère sur leur sort, Joseph paraît
quand il se vit pris dans une impasse. Cela est certain. Jean sont coupables. Sur leurs têtes le glaive de la loi retombera de
tout son poids. (Nouvelle et profonde sensation.)
Caret a été déjà condamné à un an de prison pour vol.
profondément abattu ; Jean cache sa tète entre ses mains ; le
M. Sarlat repousse avec vivacité et beaucoup de force les in
Me Laurière insiste sur le chemin qu’aurait suivi Pierre Garet
pour parvenir à la rencontre, chemin invraisemblable par des sinuations de la défense. Philippe Mouton n’a point été se jeter maintien du père dénote un'grand accablement.
Après avoir consulté MM. les juges et lu les divers articles du
prés humides, et eu traversant un ruisseau. L’avocat appelle volontairement à l’eau; il a été violemment mis à mort; tout le
Garet un paresseux, un homme sans ressources, et de ces deux prouve jusqu’à la dernière évidence.. Philippe n’a pu être égorgé Code pénal concernant la matière, M. le président prononce la
faits il conclut que le témoignage de Garet doit être suspecté. qu’au Chambon. M. le substitut le démontre à son point de vue,
L’acte d’accusation laissait justement prévoir qu’on ne croirait et déclare qu’il va suivre M” Laurière dans le cadre qu’il s’est sentence, qui condamne
Henri, Joseph et Jean MAIGRE aux TRAVAUX FORCÉS A
pas cet individu, et le défenseur espérait qu’il ne serait pas tracé. 11 le fait avec talent et bonheur. Il insiste sur les preuves
obligé de parler de ce misérable, dont le nom seul effraie l’ora qui établissent invinciblement, à son point de vue, que les Mai PERPÉTUITÉ et à l’exposition publique sur une des places de
gre connaissaient Mouton et Font mis à mort. En un mot, il suit
teur, qui a peine à le prononcer. (Chuchottemens.)
Les deux Bonnefon père et fils ont fait des déclarations qui i les argumens de l’avocat dans toute leur étendue, et les réfute Thiviers.
ne prouvent rien. Leur triple récit est invraisemblable; on n’est vigoureusement.
Les trois condamnés se livrent aux plus violens transports de
M. Sarlat insiste particulièrement sur le témoignage de colère, et menacent avec rage les témoins, qui, disent-ils, les
pas aussi indiscret qu’il aurait fallu l’être pour tenir des propos
semblables à ceux qui auraient été tenus dans la cuisine des Chaudruc; il affirme que la défense avait promis de prouver que ont fait punir en mentant.
Cathillaires. Quels sont d’ailleurs les Bonnefon ? Les débats l’ont Chaudruc a menti, et ne i’a pas fait.
Il est dix heures; l’audience est levée au milieu d’une vive
M° Laurière prétend qu’il n’a rien promis de pareil.
agitation.
appris.
I
Fait partie de Affaire des meuniers : audience des 27 et 28 janvier 1848
