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Jules GLÉDAT
POÉSIES
CHANSONS & LÉGENDES
PATOISES
PRÉCÉDÉES D’UNE
NOTICE BIOGRAPHIQUE
Félibre Périgourdin
En visitant une exposition universelle, où se trouvent
accumulées des choses de tous les temps et de tous les
lieux, on éprouve, d’abord, un sentiment dé surprise, à
la vue de produits, dont l’origine, l’usage et la destination
sont si différents qu’ils semblent « se battre » entre eux.
L’esprit, guidé par des yeux étonnés, est dérouté et perdu.
Puis, cette variété, cette complexité deproduction cessent
d’être étourdissantes et contradictoires pour le visiteur,
et celui-ci comprend, peu à peu, l’ordre, l’harmonie et la
beauté de ce qu’ont créé l’intelligence et la volonté hu
maines, en travail.
Si l’on jette un coup d’œil d’ensemble sur le xixe siècle,
— universel lui aussi — on éprouve la même impression
d’étonnement : En même temps que le chiffre et la ma
tière triomphent avec les Laplace, les Arago, les Pasteur
et les Berthelot, les œuvres de Lamartine, de Musset et
de Hugo sont parmi les plus belles des fleurs qui se
puissent cueillir dans le jardin des poètes, Chateau
briand, Balzac et Zola enrichissent — génialement —
le trésor glorieux de la littérature française, Rude,
Carpeaux, Bodin, Delacroix, Meissonnier, Puvis de
Chavannes, Gounod, Massenet et Saint-Saëns sont des
magiciens d’art, magnifiquement inspirés.
Cependant, si, à première vue, on ne peut comprendre
que tant de poètes et d’artistes aient pu exprimer leurs
rêves d’or, à côté des cheminées d’usines et dans le
bourdonnement des métiers, si, tout de suite, on ne peut
établir de lien entre tout ce que contient cette cuve
bouillonnante, on ne tarde pas, après avoir réfléchi un
peu, à s’expliquer que cette richesse intellectuelle du
xixe siècle, si prodigieuse et si complexe, ne constitue
VI
pas, elle non plus, une contradiction, mais un résumé,
une « totalisation» de l’esprit humain. Elle est le résultat
naturel et logique de la longue épopée laborieuse de
l’humanité à travers les siècles : Le descendant actuel
de l’habitant des préhistoriques cavernes se passionne
également pour la télégraphie sans fil et pour un papyrus
égyptien, pour l’aviation aérienne et pour la chanson de
Roland.
Et c’est ainsi que dans ce xixe siècle, — la plus variée
des représentations cinématographiques! — les lin
guistes ont pu voir, d’une part, s’exercer les plus vastes
efforts pour la création d’une langue universelle, (Lan
gue Bleue de Léon Bollack, Volapück de l’Abbé Scheyler,
Espéranto du docteur Zamenhot) et d’autre part, se pro
duire le plus beau mouvement de renaissance de la
langue d’oc et de ses dialectes divers.
Cette restauration nous a valu Jasmin, qui a em
baumé, de sa fantaisie de gascon et de son émotion de
poète, la première moitié du xixc siècle. Elle nous a valu
Roumaniile, qui écrivit en provençal ses premiers
poèmes, pour que celle qui les lui avait inspirés, sa
paysanne de mère, pût les comprendre ; elle nous a valu
Mistral, le père de Miréio, que Lamartine confondit,
avec Jasmin, dans la même admiration ; elle nous a valu
Aubanel, Anselme Mathieu, Jean Brunet, Tavan et Paul
Giera, fondateurs du félibrige provençal; elle nous a valu
Roumieux et Fourès, dans le Midi, Joseph Roux, dans
le Limousin, Clédat, Chastanet, dans le Périgord.
Les partisans d’une centralisation à outrance et d’une
civilisation uniforme, qui n’aiment pas les vieux monu
ments, qui ne doivent pas aimer les vieilles forêts, ces
monuments de la nature, ont attaqué et attaquent en
core nos vieux parlers locaux et les bons parleurs de ces
parlers. D’après eux, nos patois sont autant de mau
vaises herbes, qui empêchent la bonne plante, la langue
française, de croître — et que la Révolution essaya,
d’ailleurs, d’extirper de notre pays. —
Ces enragés uniformistes exagèrent. Nos félibres ne
sont point, parce que félibres, des hommes de recul. Les
a-t-on entendus demander la suppression de l’enseigne
ment obligatoire, du service militaire et du chemin de
VII
fer, pour la raison que peu à peu ces derniers font dis
paraître la vie provinciale ?
Non, ils ne méritent point d’être condamnés à une
mort violente. A côtA des roses orgueilleuses, dans un
coin de parterre, ils cultivent l’églantine, à la fleur si
délicate, si fine et si odorante, par un matin de mai.
N’est-ce point, au surplus, les tiges vigoureuses d’églan
tier, qui donnent aux rosiers leur sève généreuse ? Il
faut, au contraire, leur souhaiter longue vie, à nos féli
bres. Ce sont des artistes qui, trouvant admirablement
sonore et imagée la vieille langue sortie de la bouche du
peuple et non point du cerveau des savants, ont pris cet
instrument merveilleux, que le xvne et le xvnr siècle
avaient laissé rouiller, et qui, nouveaux troubadours,
ont tiré de cet instrument des notes remplies d’origina
lité et de charme.
Languepatoise, qui n’es ni froide ni guindée, comme
cette personne de haute naissance qu’est la langue fran
çaise, qui es a bonne enfant », comme le peuple lui-mê
me, qui es remplie de vocables particuliers et d’expres
sions originales et intraduisibles, non, tu ne mourras
pas, car tu es la voix idéale pour chanter la terre et les
fils de la terre, et tout ce qui se rattache à elle et tout ce
qui se rattache à eux. Et vous, félibres, vous vivrez au
tant qu’elle, vous serez immortels, comme est immor
telle aussi l’œuvre de poésie et de beauté que vous avez
créée, et vous vivrez dans l’auréole de lumière que vous
avez faite, en rallumant nos vieux a calels » éteints !
Le félibre périgourdin Jean-Jules Clédat naquit, le 10
mars 1822, à Montignac, dans une maison de la place
d’Armes.
Il fréquenta l’école du régent Chillaud, puis le collège
de la ville, où il eut pour maître d’étude Lacbambeaudie.
L’écolier montrant d’excellentes dispositions, son
père, quoique humble marchand d’épicerie et de poterie,
l’envoya au petit séminaire de Brive.
Rhétoricien en herbe, Clédat était déjà un nourrisson
de la Muse. Trouvant que l’internat était un dur exil, (il
ne prévoyait pas que banni, pendant une grande partie
de sa vie, il en subirait de plus durs) il chantait la dou
ceur et la beauté du pays natal et disait, touchamment,
VIII
ses regrets de grandir, loin de lui. Ou bien, sa jeunesse,
rêvant à la brune aux yeux bleus de Musset, et à la
blonde aux yeux noirs de quelque autre aëde, il expri
mait ses rêves roses, en des mots aussi frais, aussi en
thousiastes que ses dix-sept ans.
En 1840, il termina ses études.
Et alors, pendant quatre ans, habitant tantôt Monti
gnac et tantôt Périgueux, Clédat écrivit des articles de
journaux, fit des poèmes et des chansons. En 1844, il
publia “ Vitrou-Vitrou ” que les anciens montignacois
n’ont certainement pas oublié. Cette même année, Jas
min étant venu à Montignac, Clédat se joignit à Lachambeaudie, pour offrir au poète triomphateur des gerbes et
des bouquets de vers, éclatants comme des coquelicots,
et odorants comme des violettes.
La lumière de Paris attire tout ce qui vole, insecte,
poète, oiseau. Dès 1844, Clédat partit, donc, pour la capi
tale. Pourquoi, ô jeune papillon, vêtu d’un manteau
d’azur, quitter les blanches marguerites de Biars, aux
quelles tu donnais de si doux baisers, pourquoi, ô jeune
abeille, vêtue d’une robe d’or, abandonner les muguets
de l’Arzème, qui te donnaient leur suc si pénétrant, pour
voltiger, pour butiner, sur la flore, déflorée de Paris?...
Mais Clédat, comme la plupart d’entre nous, allait, les
yeux fermés, vers sa destinee.....
Il est des oiseaux qui -chantent en cage. Dans la cage
parisienne, Clédat continua de chanter. Les lecteurs de
ce recueil liront une poésie, écrite, à Paris, en 1844, et
intitulée “ Moun Pais
Si, parmi ces lecteurs, il s’en
trouve quelqu’un qui, natif des bords de la Vézère, soit
à cinq cents kilomètres du pays natal, au moment de
cette lecture, je suis assuré qu’il ne lira pas ces vers,
sans être profondément ému, ou même sans qu’une lar
me vienne perler à sa paupière.....
Par l’intermédiaire de Lachambeaudie, avec lequel il
garda toujours les relations les plus affectueuses, Clédat
devenait l’ami de Victor Baudin, de Delescluze, de
Ledru-Rollin, de Blanqui et écrivait dans différents jour
naux d’opinions avancées, notamment dans la Révolu
tion démocratique et sociale, qui menait le bon combat
pour l’établissement de la République.
IX
De 1844 à 1849, Clédat, membre du comité Blanqui, et
ayant pris part aux évènements de février et de juin, fit
paraître de nombreuses poésies, écrites en français ou
en patois, que faisaient jaillir de son cœur encore plus
que de son cerveau, son amour pour la liberté et son
désir des réformes sociales. Moun fusil, Lou labourayre, Lou sufrage universel, sont de cette époque.
Si Paris l’attirait quand il était à Montignac, Monti
gnac. .. prenant sa revanche, attirait aussi Clédat, quand
il était à Paris ; et chaque fois que l’état de sa bourse le
lui permettait, Clédat venait en Périgord.
En 1849, on le trouve à Montignac, collaborant à La
7?uc/ie. dirigée par Marc Dufraisse, et imprimée, à Ribé
rac, par Auguste Roussel, et également au Républicain,
édité parDesolmes, à Périgueux. C’est pendant ce séjour
à Montignac que Clédat, Martin Delbonnel et Laborie
poussèrent ensemble le cri, qui débordait de leur poi
trine, le fameux cri : « Vive la République Démocratique
et Sociale ! » Certaines oreilles se crurent violées, et les
trois affreux malfaiteurs comparurent, le 30 octobre 1849,
devant la Cour d’assises de laDordogne, qui les acquitta.
Moins heureux, Clédat fut condamné, par défaut, le
5 décembre 1849, par la même Cour d’assises, à un an de
prison et à mille francs d’amende, pour avoir critiqué
Louis-Napoléon Bonaparte et les institutions du pays.
Revenu à Paris, après la première décision judiciaire,
Clédat, fut arrêté, après la seconde, et incarcéré, d’abord,
comme détenu politique, au Dépôt de la Préfecture de
Police. Amené de brigade en brigade, il fut, ensuite,
transféré à la prison de Périgueux. Par sa pensée et sa
gaieté, toujours en flamme, il dissipa les ténèbres de son
cachot, déridant par un bon mot, ou par une chanson le
geôlier lui-même.
Le corps était, chez lui, moins résistant que l’esprit.
Il quitta, malade, la prison et vint à Montignac, où il
aurait réparé ses forces, s’il avait pu y rester quelques
mois. Mais, prévenu qu’il allait être arrêté, à nouveau, à
cause d’une protestation violente publiée dans le Répu
blicain, contre la loi Baroclie, qui diminuait le suffrage
universel, Clédat repartit, tout de suite.
Conduit à Brive, au milieu de la nuit, dans une char
X
rette de sacs de blé, par le marchand de grains Mazillou,
Clédat, put, grâce à un déguisement original, s’enfuir et
séjourner à Melun, puis à Paris.
La capitale étant devenue, elle-même, trop petite
pour le cacher en toute sûreté, Clédat prit une nouvelle
lois ses jambes à son cou, et le cœur rempli d’une affreuse
douleur, par une nuit sombre, il s’arrachait à la France
et se réfugiait à Bruxelles.
Le refuge était mauvais. Le gouvernement belge, très
humble serviteur, en la circonstance, du gouvernement
français mettait Clédat en demeure de ne plus demeurer
en Belgique. Il ne restait plus à Clédat, qu’à se rendre
sur la terre classique de la liberté, où se réfugient les
libertaires de tous les pays, afin d’y goûter la saveur de
l’indépendance, soit qu’elle ne croisse jamais chez eux,
soit qu’elle y soit atteinte par un coup de tempête pas
sager.
Le 11 février 1851, Clédat débarqua en Angleterre.
Pendant tout le temps qu’il resta à Londres, il fut mem
bre du comité des Proscrits, et s’occupa ardemment,
avec ses collègues dudit comité, de la propagande des
idées démocratiques, dans toute l’Europe. Bien entendu,
il n’eut garde d’oublier Montignac. C’est ainsi qu’en août
1851, de ce pays de brouillards, qui, durant plusieurs
années, fut le foyer étincelant de la pensée libre, Clédat
avait envoyé des imprimés et des brochures, qui furent
jugés subversifs, à plusieurs montignacois, et, en parti
culier, à Martial Cbillaud, secrétaire de la mairie.
Traduit devant la Cour d’assises de la Dordogne,
Clédat fut condamné par défaut, le 17 janvier 1852, à
quatre ans de prison et à cinq mille francs d’amende.
Clédat resta en Angleterre jusqu’en 1854. L’humidité
et la froidure du climat ayant altéré sa santé, il fut dans
l’obligation de juif-erranter encore. Au mois de juillet
1854, il était, à Jersey, cordialement accueilli par les
exilés de l’Empire. La chaleur lui devenant de plus en
plus indispensable, il se mit bientôt en route pour l’Es
pagne, qui le garda jusqu’en 1858.
En Espagne, Clédat occupait ses journées à gagner sa
vie et consacrait ses veilles à la poésie et à la politique.
XI
En relations constantes avec le comité des proscrits de
Londres et avec Charles Ribeyrolles, il semait, autour
de lui, dans un terrain stérile et rocailleux, la précieuse
semence républicaine.
Le père et la mère de Clédat, privés de leur fils, depuis
de longues années, étayant été,l’un et l’autre, gravement
malades, voulaient le voir, avant de mourir; et, dans
leurs lettres, ils lui demandaient, fréquemment, de faire
des démarches, pour pouvoir rentrer en France.
La fierté de Clédat résista longtemps à leurs supplica
tions. Cependant, vaincu par son amour filial, il demanda
« une trêve de trois mois » (1).
Celte trêve lui fut refusée.
Plus tard, Clédat ayant fait entendre à M. Magne les
cris mélodieusement plaintifs de VAuzelou, M. Magne
obtint sa grâce. Avec les hirondelles, VAuzelou revint
à Montignac.
Clédat ne restait pas longtemps dans les bras de ses
père et mère. Il partait, bientôt, pour l’Algérie, dont
les médecins lui recommandaient le climat. Si, en Algérie,
il ne trouva pas un grand soulagement à son mal, il y
rencontra le bonheur de son foyer. Le 16 septembre 1858,
il épousait celle qui devait être sa compagne tendre,
fidèle et dévouée.
(1) Nous publions lu lettre de Clédat, adressée, à ce sujet, à M. Ca
banis, magistrat. Le lecteur pourra apprécier la dignité et la noblesse
d’esprit, dont était rempli Clédat.
Figueras, 27 mai 1857.
Monsieur Cabarrus,
C’est encore moi qui viens mettre votre bon vouloirà contribution.
Je voudrais aller en France.
Mon père, plus que septuagénaire, est affligé d’une maladie né
vralgique, laquelle ne lui permet point de venir à Figueras. C’est
pourquoi, en apprenant cette triste nouvelle, j’avais résolu de
vous écrire, pour vous prier de m’accorder, ou de nie faire obtenir
un permis de trois mois.
Hélas! vous le dirai-je! Plusieurs fois j’ai pris la plume, et tou
jours un je ne sais quoi l’a empêchée de courir!
Enfin, prenant mon courage à deux mains, je vais droit à vous,
qui n’êtes point l’ennemi, tant s’en faut, et vous adresse la question
suivante :
« Pensez-vous que le gouvernement que vous représentez soit
XII
A rester dans la même place, Clédat devait avoir des
fourmis dans les jambes. En effet, il quitta vite l’Algérie
et alla s’installer à Paris.
Que Paris est beau pour celui qui a vingt ans! Mais
Clédaten avait près de quarante. Montignac était redevenu
l’aimant puissant. Cledat ne put résister à la douce
attirance. En 1860, il arrivait à Montignac, comme dans
un rêve, et, dans un songe féerique, il y vivait jusqu’en 1872.
Ce furent les douze belles années de sa vie ! Il s’occu
pait, un tout petit peu, de son commerce d’épicerie
et beaucoup de son commerce avec dame Poésie. C’est
dans cette période de tranquillité qu’il écrivit : Le
Bouillon, Nos municipaux, La Vezero, Lou méis
de May, etc. etc...
En ce temps là, on pouvait voir, tous les matins, à
Montignac, sortir, de chez lui, un homme grand, large
d’épaules, avec un gros cou, une grosse ligure expressive,
une grosse tète frisée et remuante. L’homme avait tou
jours à la bouche une chanson, et à la main une gaule.
C’était Clédat, qui allait à la pêche... Dans celte vallée
de la Vézère, jolie comme une femme coquette, coquette
comme une femme jolie, il allait, soit en amont, soit en
aval de Montignac, trempant le (il de sa ligne dans l’eau
claire, retrempant son inspiration dans le spectacle, touassez magnanime pour accorder à" un vaincu une trêve de trois
mois? » Bien de plus, rien de moins.
Si vous me répondez affirmativement, je promets, sur mon hon
neur de républicain, de respecter les lois qui régissent actuellement
mon pays, de ne point chercher à tuer Louis Bonaparte, et de ne
point m’occuper de politique pendant la durée de la trêve accordée.
Vous voudrez bien, du reste, m’envoyer la formule à signer, et je
vous crois assez bon pour omettre, dans ce contrat, tout ce qui
serait de nature à humilier mon caractère d’homme libre.
.le vous demande ce service au nom de deux vieillards, qui tou
chent à la tombe, et voudraient m’embrasser avant de mourir. J’ose
aussi invoquer en ma faveur le nom de monsieur votre père, que vous
aimez, et qui est un des bous, m’avez vous dit.
Je m’adresse de préférence à vous, parce que vous êtes un magis
trat d’origine républicaine et de plus un homme d’impartialité peu
commune.
Je désire que vous ne soyez jamais, comme je l’ai été, victime des
révolutions. Mais si des événements, qu’on né peut prévoir, et qui
sont peut-être plus prochains qu’on ne pense, m’offraient l’occasion
de vous être utile, vous trouveriez, en moi, un cœur reconnaissant.
XIII
jours nouveau pour ceux qui savent voir, des admirables
paysages de notre Périgord. Et après avoir taquiné, à la
fois la Muse et le goujon, il revenait, plus riche qu’un
banquier et plus heureux qu’un roi!
Quand la République fut proclamée, se donnant ainsi
l’illusion de se rapprocher encore plus d’elle, — d’elle,
la tant aimée et la si longtemps « espérée », — Clédat
courut à Paris, où il demeura enfermé, pendant toute la
durée du siège.
En 1872, les dures nécessités de l’existence obligeaient
Clédat à quitter Montignac. Cruelle séparation ! Le pain
quotidien pour les siens et pour lui, il ne pouvait le
trouver qu’à Paris. Il partit... Il avait l’habitude des
départs douloureux... Mais cette fois, c’était le départ,
sans espoir de retour, c’était l’exil de la petite patrie,
pour toujours... Il partit, portant au cœur une blessure
qui ne devait guérir jamais.
Prote, ainsi que Roumieux, le félibre provençal, puis
gérant du journal Le Ralliement, Clédat collabora aux
journaux : Ni Dieu ni Mailre de Blanqui, le Mot d’ordre
de Duportal, le Rappel.
Mais, pour Clédat, vivre loin de Montignac, loin du
pays natal, n’était pas vivre. Sa santé s’altérait chaque
jour. Il mourut, le 8 février 1887, manquant, comme son
confrère Cyrano, même sa mort. Cyrano aurait voulu
mourir, sous un ciel rose, en disant un bon mot. Clédat
aurait dû mourir, en contemplant, avant de fermer les
yeux pour la dernière fois, celte terre, cette eau, ce ciel
Périgourdins qu'il avait tant chéris.
Outre ce qui est publié dans ce petit livre — et, ici, il
n’a été publié que ce qui peut se rattacher à l’œuvre du
félibre — Clédat a écrit, soit en français, soit en patois,
des pages innombrables et en tous les genres.
L’auteur de la Comtesse de Montignac a été un poète,
s’il est bien vrai que, pour être poète, une once de cœur
vaille mieux qu'un kilo de cerveau. Eli oui! cela est
vrai. Le premier critérium, en poésie, est le même que
celui qui s’applique à toutes les productions artistiques.
Un poème, une œuvre d’art, c’est, avant tout, la sensibi
lité, l’émotion qu’y ont mises le poète, l’artiste,que retrou
vent le lecteur, le spectateur, et qui troublent ces derniers,
■«
XIV
selon les facultés d’impression de chacun. Clédat, petit
cousin de Musset, eut un cœur de poète, et il fut, par cela
même, un poète.
Les personnnes, qui l’ont connu, m’ont dit qu’il avait
un caractère grognon, acariâtre, brutal. Ces manières
d’être ne sauraient rien changer à ce que je viens d’écrire.
Clédat, ayant beaucoup souffert, était devenu original,
maniaque et violent. Mais de même que certains arbres,
attaques par le temps, tout en ayant l’écorce abîmée et
vilaine, ont gardé l’intérieur sain et bon, dé même
Clédat, pitoyable victime du sort cruel, avait conservé,
malgré une écorce rude et déchiquetée, le tumos, le
cœur, généreux. Son cœur, qui était un vrai diamant,
était — tels tous les diamants — entouré d’une enveloppe
opaque et grise. Mais quand l’enveloppe était arrachée,
comme le diamant, comme le cœur brillaient!
La meilleure preuve du sentiment de Clédat ne se trouve
pas dans l’œuvre du poète, elle se trouve, dans les actes
de l'homme politique qui galopa, toute sa vie, après un
idéal de justice et de bonté, alors que les hommes
égoïstes emploient plutôt leurs jambes à courir après
l’argent et les honneurs !
Clédat eut le don de création. Il lui manqua, pour
réaliser extérieurement tout ce qui était en lui, l’effort et
le travail, d’abord, la réussite, Vêtoile, ensuite.
En tant que félibre, du moins, le lecteur de ce livre
pourra juger Clédat. Sa justice impartiale sera peut-être
plus admirative que mon admiration.
Tout compte fait, Clédat a été un homme; et, selon le
mot d’un autre poète, « il a vécu ». Comment, à Monti
gnac, a-t-on pu oublier, le poète, le félibre, au buste
duquel son amie, la Vézère, serait heureuse, si ce
buste se dressait, sur ses bords, de dire un bonjour
affectueux, en passant?
Jean DALBAVIE.
AVIS ESSENTIEL
A la rigueur, l’orthographe des troubadours pourrait
encore servir de règle aux écrivains de la langue d’oc.
Mais en employant exclusivement cette orthographe, on
risquerait d’être peu compris, car tous les lecteurs, même
ceux qui comprennent et parlent le patois, ne connaissent pas
la valeur phonique qu’avaient, au moyen âge, les lettres de
l’alphabet français.
En attendant l’imité orthographique, que cherchent les
philologues depuis quelques années, nous avons dû employer
la manière généralement usitée aujourd’hui dans la région de
Gascogne.
Les observations qui suivent rendront plus facile la
lecture du texte de l’ouvrage :
« Le patois est doté de 3 muettes : l’z, l’e, l’o.
« La voyelle u, après un a, se prononce ou. Exemple : auzel,
oiseau; fauve, forgeron; prononcez : aouzel, faonre.
« U, après un o accentué, se prononce également ou,
Exemple : ourage, orage; ôubludà, oublier; prononcez : oourage,
ooubludâ.
« Eou se prononce dans une seule émission de voixExemple : fèoure, lièvre; bèou, il boit. Ne prononcez pas fè-oure, bè-ou.
. « Le g, devant les voyelles i et c, se prononce toujours dz.
Exemple : gimù, pleurer, gémir; agililat, agilité; prononcez:
dzimà, adzilitut.
« General, général; prononcez : dzeneral.
u Le j, devant les voyelles a. o, u. se prononce également
dz. Exemple : jalous, journado, juziou; prononcez: dzalous,
dzourncido, dzuziou. Ch se prononce ts, comme dans le mot
espagnol mucho. Exemple : chaval, che (chien), ehiffro, choupz/zo ; prononcez : tsaval, tse, tsiffro, Isoupino.
Le z, devant une voyelle, se prononce à peu près comme
le j français. Exemple : rozz farag.\c le ferai. On prononcera :
jou faray. »
•»
t
k
A CHARLES R1REYROLLES.
A toi ce petit livre.
Je veux le déposer sur la couche de pierre où
tu t’es endormi là-bas, à l’ombre des grands
palmiers de Campos.
C’est une de ces fleurs que tu aimais tant, un •
de ces chants qui te consolaient un peu de la
patrie perdue, dans ces heures de nostalgie, où
tu ne manquais jamais de me faire chanter :
Huey, çou m’an dit lou peuple eycerbo
Lou champ de la sociétat;
Veyrem beléou, coumo aquelo herbo,
Veyrem flûrî la libertat, etc.
Tu pleurais et je pleurais, comme les monta
gnards du Yung-Frau pleurent, loin de leurs
chalets, en entendant chanter le Ranz des vaches.
Ce petit livre est un souvenir, comme la branche
de myosotis que tu envoyais à Charles, au plus
jeune, car vous étiez trois Charles, là-bas, dans
le premier exil.
Tu es parti avant les autres, laissant derrière
toi l’ombre et le crime, riemportant avec toi que
l’espérance, ce pain des pauvres et des bannis.
Charles et Charles, le jeune et le vieux, sont
allés partager ton exil éternel.
— 4
Ils t’auront dit l’invasion entrant par une porte
et la République par une autre. La révolution
paralysée, dès le premier jour, par un gouverne
ment, au sein duquel s’étaient faufilés trois doc
trinaires, que tu connais très bien.
Comme l’exil eut ses trois Charles, ce gouver
nement, que tu n’as jamais prévu, eut ses trois
Jules, peu Césars, il est vrai : l’un pleurait, l’autre
miaulait, et le dernier, qui règne encore, l’auteur
de la Religion naturelle, pratique sans rougir la
Simonie politique.
Mieux que moi, Charles le vieux peut te racon
ter l’histoire de l’année terrible, car il s’est hissé
bien haut pour mieux voir.
Lorsqu’il s’est vu si près de toi, poussé qu’il
était par le devoir, son compagnon ordinaire, il a
défié la foudre et... quelques instants après, vous
étiez réunis!
Maintenant, les Gentils de Versailles, qui ne
sont gentils que de nom, ne l’appellent plus que
le bandit.
Stultus et potator vini, disaient ceux de Galilée
en voyant passer le fils de Marie.
Montignac, 1872.
J. Clédat.
k
La Coumtesso de Mountignac <n
Pouèrne humouristique
I
— Que me fav de chaupi lou velour e la soyo :
« De veyre altour de yôu lou bounhur e la joyo,
« D’avey noubiageis d’or, qu’un coumte m’a dounats?
« Demey lou chivaliés couvidats à la noco,
« Vesi be Sauvabiôus, vesi Clarens e Losso,
« May d’autreis, mas Bertran, perque lou vesi pas ? »
Entai disio Maëns, la perlo de Turèno, (2)
Avisan per enlay lous nougiés de la pleno,
Que, aleydoun coumo huey, clucaven lous chamis.
Souleto sus la tour, que ey dins la cantounado
Del ehastel, demourèt lountemp acoudenado.
Si pechavo, moun Diou, sous pechats sien reymis!
Uno vouas drucho e vigourouso,
Partido del ped de la tour,
Credèt à la bèlo migrouso :
Adiou, Maëns, lou que t’espouso
Te valdro may qu’un troubadour!
e
De sa fenestro crenelado
La paubrisso avisèt plo prou
Dins lou chami de la Teillado,
Mas lou que, entai, l’avio appelado
Avio picat de l’esperou.
II
Pertan villo e chastel, nobleis, bourgeis e bouaillo,
Fasien auvi lous rums d’uno folio gaytat;
Lous flots de la Vezero, oun lou ciel se miraillo,
N’avien, en redoulan dins lour lièt de roucaillo,
Jamay vis tant de libertat.
Lou nobi n’èro pas d’uno raço paurudo ;
Ero d’aquéous jayans que erangien re que Diou ! (*)
Quante chas l’enemi fasien uno batudo,
Si toucavo un guerrié, lour grando espazo nudo,
Avio léou fach un mort d’un viou.
Taleyran-Mountignac èro home de paraulo,
May que nou zou fuguèt un famous rey gascou.
Lous manans avien tous del pa blan sus la taulo,
Del vi dins la barleto e la poulo dins l’aulo.
La poulo, canard d’En-Ricou. (3)
N’aurias pas pougut veyre un soûl oustal dins Tendre,
Que fuguès be maillat de verduro e de flours :
Del drapel naciounal, presteis à lou defendre,
La gen de Mountignac, del pu gros al pus mendre
Avien albourat las coulours.
Ah ! co’y que, dins quel ternp, n’aymavenpasàdéoure.
Eren recouneyssens lous fils del Périgord ;
Un pauc de Libertat lour dounavo la féouro,
Et venien leberous quand vesien TAnglès béoure
Lou vi de la costo de Jor.
(*) Devise des comtes du Périgord.
Lou viel sang aquiten, dins lotir venas, enquèro
N’èro pas tro fijat. Leris e léoupards
Venguèren may d’un cop guerrejâ sus lour terro ;
Mas, vengut de la Franco ou be de l’Angleterro,
Cap de tiran lous troubèt couards.
Taleyran, dins quel jour d’esplandour féoudalo,
Entourât de champious d’espazo e de sabey,
E de damas, doun cap en béoutat n’èro eygalo
A sa gento Maëns, la perleto noubialo,
Se creguèt pus hurous qu’un rey.
III
Quan lous rays sabourous de la luno melouso
Meynagèren lou lum al bienhurous parel,
Lou noble espous dicèt à sa très-noblo espouso :
« Ma mïo, fario tout per vous rendre amistouso,
Aymarias vous veyre un tournel ? (4)
— Segnour, li respoundèt la douço lemousino,
Ça que penso lou méou, vostre cœur zou devino,
Jaufre, duc de Bretagno, e lou rey d’Aragoun
Menaran lour seguen de galans tournejaïreis ;
Del païs prouvençal vendran lous gays troubayreis;
Aurern lous de Toulouso e lour coumte Reymoun.
— Perque, faguèt Maëns, manda quére tan loun
Gens de tan naut parage? Aymario que la festo
Estan fascho per ÿôu, sio coumo yôu modesto.
— A vous servi sey preste. Avem en Périgord
Pierre de Brageyrac... — « Avem Bertran de Born,
« Ajoutèt la coumtesso en calignan lou coumte ;
« N’aven be talamen que n’ey perdut lou coumpte;
« Mas ça que praysso may, co’y de fixa lou jour,
« Ounte peous couvidats, drubirem nostro cour.
« Chauzissam lou dilus que seg la Pandegousto ?
« La cireïzô, aleydoun, pendolio sus la brousto ;
« Las bornias, lous vergiès,jous de fulious broundeous,
« Se plasen d’estujâ las amours daus auzeous;
« Lou piti parpaillol, fil d’un verme que rampo,
« Sus lou gran tapis verd que la naturo escampo,
«S’en vay foulastrejan tan que duro lou jour;
« Las flours, que an dins lour âmo uno peno d’amour,
« Troben toujour end el un fidèle randolo;
« S’en vay dire al leri : de tu la roso ey folio,
« Blanc leri, de sa part te porti dous poutous ! »
Lou parpaillol entai n’a quatre alleuc de dous.
Coumo Maëns anavo espoufidâ de rire,
Lou coumte l’avisèt de garel, sans re dire ;
Mas eylo, li passan un Bras altour del col :
« Fasès, moun bel ami, coumo lou parpaillol ! »
Uno flambo, que entouro un toupi d’avgo frejo,
Ou b’un ray d’en amoun toumbat sus la nevejo,
Lou toupi vay bulî, la nevejo fuma.
Quante uno fenno ey bravo et volt se fas aymâ,
Employo un daus regards que li vènen de l’âmo.
Aco’y ça que faguèt aquelo noblo damo,
Qu’avio dounat sa ma sans soun counsentamen.
N’y a belcop aljourd’huey que fan pas autramen.
Mas chai que tôt ou tard la vitimo se venge :
Avey vis lou bounhur e poudey pas l’attenge, •
Co’y douleyrous, paray? L’herculo féoudal,
Oubludan la nivoul, que lou noum d’un rival
Venio de fâ pareysse à sa visto jalouso,
Veguèt pus de taco à la luno melouso :
Un poutou, dous poutous, n’en dounèt.may de vingt!
D’aillour, nero pas home à se mètre en chagrin;
Lou jus del boy toursud arranci dins sas cavas
I-aguès fach ôubludà las damas las pus bravas.
Tout en poutounejan se troubèt d’à janoul :
— « Mio, si vray que n’y a pas de ciel bleu sans nivoul,
De roso sans fîssou, de peyssou sans birousto,
Dounarem un tournel après la Pandegousto. »
IV
Las buffadas del méis de may
Caressillaven, dins lou play,
Las flours blanquetas de l’espino ;
Lous auzelous en sautillait
Fasien, daus rarns de gabillan,
Pléoure perlas de brado fino.
L’albo, qu’ey l’aynado del jour,
Sus las mountagnas d’alentour
Drubio soun grand œul que clignoto;
Daus roussignols, vers lou boun Diou,
La melodiousô ouraciou
S’envoulavo noto per noto.
Lous archiés, que durmien jantay,
Badaillaven, e yôu nou saï
Si durmien pas dins lour garito;
Mas, per entra dins lou ehastel,
Un home cubert d’un rnantel
Prenguèt la porto la pus pito.
L’home al mantel, sans fâ de brut,
S’en tournât courno èro vengut,
Passan pel la mémo surtido.
Co devio pas esse un layrou,
Car sul lindal caquetèt prou
End uno damo à mèd vestido.
Pauc per pauc l’horizoun devenguèt men oscur;
Se vesio pus amoun, dins la plèno d’azur,
Cap de celesto luchachambro,
Quan nostre chastelen se levèt per anâ
(Aco d’aqui n’a re que vous posche estounâ)
Troubâ sa fenno dins sa chambro.
La troubèt que durrnio d’uno prigoundo soum;
(Paubrissote ! beléou quero pas sans besoun!)
Aquel froun coulour de nevejo,
Aquéous piaus coulour d’or, redoulan jous lou col
Sus dous globeis bessous mèd cuberts pel linçol,
Co dounavo amourouso envejo !
Courno lou fer vay vel l’ayman,
Lou coumte anavo s’approuïman
Del durmidour de la durmayro :
-—■ Sus sa bouqueto tan cbarmayro
Aurio be tort de pas culi
Un poutounet, culissam l’y.
11
Eylo li respoundio : me mori,
Mori per tu del mal d’amour !
— Alleuc de mourî nous chai vioure.
Car de bounhur me randeis ioure,
Ajoutèt lou lier Taleyran ;
Mas la bèlo que soubechavo,
E que, parev be, s’espenchavo,
Murmurèt lou noum de Bertran.
— Raybo, se pensèt-el. Chai, lou boun Diou medanne,
La creyrio pas espalvo alpès del fil del rey ;
Mas aquel troubadour!... Samedi qu zou crey.
D’aillour, perque bouydâ lou fel dins l’ambrousïo?
Ma damo, que toujour aymèt la pouësio,
En raybe vey Bertran à la lucho de huey.
Coumo parlavo entai, lous soudards de la gardo,
Dayssan, quéous lour balesto e quéous lotir alebardo,
Faguèren brunginâ lou cor e lou tambour.
Aquel prumié signal de la festo del jour
Tirèt léou de sa soum la charmanto endurmido;
Druban sous béous perpils, alanguido e tirnido,
Maëns dicèt : Co’y vous qu’èras aqui, segnour?...
Avem dit que lou coumte èro home de paraulo,
E que, coumo à cheval, se tenio bien à taulo :
Après qu’aguèt auvit l’ofici matinal,
Soun pus preyssat fuguèt de tratâ coumo chai
Tous lous qu’èren venguts prène part à la festo.
D’un pauc may lou chastel n’èro pas gran de resto,
E la sallo vôutado avio peno à chabey
Tan d’estrangiés de reng; jusqu’ad un quiste rey,
Que l’envejo de veyre uno béoutat celèbro,
Avio faeh chaminâ dernpey lous bords de l’Ebro.
Dins quelo vasto sallo aurias vis, tout altour
D’uno taulo loungiolo, aquel mounde de cour
Engoulan lous taillous de pitanço chausido!
De truffas del Douïran une dindo farcido
End un virou de ma dispareyssio daus plats ;
Lous lôpis de vedel l’un sus l’autre empilats,
Lous tessillous roustis, d’ôudour appetissento,
Lous pouleits proumeyrols à la plumo nayssento,
Tout ça que la sazou permettio de culî,
E chai pas ôubludâ las truchas del Coly (6),
Las bruchetas d’auzéous, de churlus e de tridas,
Ni lous peyssous de mer, platussas e lampridas,
Peschats lou mati mémo aus peschayrous d’Aubas;
Tous lous mets sabourous e lous miel apprestats,
Soubraven, de segur, à la noblo taulado.
Pey pleguèt d’entremèts uno courentinado :
E las bottas d’asperjo e lous sezeis nouvéous,
E lous gros massapens feyssounats en chastéous !
Al deyssert, lous cacaus, la cireïzo e la frèzo.
E lous froumageis blancs que degun nou mesprèso,
D’aquéous qu’enquèro huey se fan à Morival ;
Tartras e maquerouns, e gaufreis, tout à tal
Fuguèt bien arrousat de bouns vis de iras l’a^e,
— Chai béoure de paü que lou gourjarel s’enraze !
Çou faguèt Taleyran, en sounlevan un got
Rampli de vi claret, que lampèt d’un soûl cop ; '
E tous lous paladins, qu’èren à meytat ioureis,
Cessèren à la fi de fâ la chasso aus vioureis,
Per béoure à la santat de l’aymable parel,
Que lous tratavo entai à perpaü d’un tournel.
Uno roso moulsouzo al mitan de leris.
La douço Tibors soun arnijo,
Coumo uno flour sur mémo tijo,
Jostr’eylo èro assitado, e parlèren tout bas.
Apey, troubayro e bouno drôlo,
Tibors, jous sa ma blanquignolo,
Fasan brunginâ la citolo,
Chantèt : Bel dou~ ami, quand vois me veseis pas! (7)
Pey de Comborn la vicoumtesso,
Lou froun capelat d’uno tresso,
Bel redourtou de piaus enguirlandât de flours,
En sa douço vouas, touto soulo,
Ad aquelo noumbrouso foulo
Sauguét troussa la char de poulo :
Chantèt lou gay printemp, sazou de las amours!
Sourire aus pots, gayo e countento,
La coumtessillo, presidento,
Se levan aleydoun de soun sièti daurat,
Dicèt : Béous segnours, de la jouto
Las damas an drubert la routo;
Lous que n’auran pas la vouas routo,
Si chantaven un pauc, lour n’en sauriam boun grat.
Aquel appel ensourcelayre
N’èro pas fach per lour desplayre
Ad aquéous troubadours per Maëns emblaujats;
Estabe, mantel sus la cotto,
E sul chapel plumo que flotto,
Chascun u’éous juguèt de la roto
En chantan, à soun tour, daus vers bien alizats.
Giblat de maillo pas trop richo,
Un darnié, qu’aviô mino ardicho,
Se presentèt, disan : « Escoutas m’un momen !
« Segnours, damas e doumeyzelas,
« Auvireis las rimas nouvelas
« D’un amourous qu’en fèt de bêlas,
« N’aymo qu’uno. » E fasan vibra soun estrumen :
•— « La damo qu’ay dins la pensado,
Ey plo fresclio, e scarabillado ;
Sous piaus an del soulel la luzento coulour.
Que fariô pas yôu per li playre?
Eylo aymo may paubre troubayre
Que coumte ni duc enjaulayre,
Que la faguès deyviâ del chami de l’hounour. (8)
« Tout per eylo e per ma patrïo!
Vau de l’amour à la furïo
Quan vesi l’estrangié trauliâ nostreis champs verds;
Coumo l’amour la guerro embrazo;
Fay boun escoudre end uno éspazo
Dende sur un chaval que escrazo
Tout un abracadi de casqueis e d’aubergs,
.« Surtout quante lou Nord davalo,
E que, en rundissan escambalo,
Las boynas e lous plays del païs aquiten,
Fay boun, après lounjo estoucado,
Veyre pel sol uno jouncado
De morts à peytreno traucado...
Me sembloqu’ aquéous cops, ma damo lous entend! »
Quelo cbansou fuguèt à douas mas applaudicho ;
D’uno escharpo d’azur en fino soyo urdicho,
Ounte aviô de fiai d’or fach broudà soun blasoun,
Maëns voulguèt floucâ lou troubayre en renoum.
Sus lou Code d’amour, jurèt à l’assemblado
Que degun se deviô bouta dins la pensado
D’avey soun gente cœur, perque, d’ôurenavan,
Bertran de Born seriô soun chivalit* servan.
Lou guat faguèt brungî sas troumpetas de couyre.
Mas lou coumte, à l’escart, qu’èro ôuillat coumo un
[ouyre],
Fasan sinne ad un page, en aparan soun got :
— Tè, piti, çou dicèt, sabi que vouldrias grô
Veyre mourî toun mestre en ajan la pepido;
Bouydo per m’abéourà la courgnolo esturido;
— i6 —
Vesi qu’à l’aveni me chaldro may que may
Béoure per ôubludâ las calendas de may;
Ça que a fenno vol, Diou zou vol ! Bouydo enquèro,
Lou raybe d’huev rnati n’ey pus uno chimèro :
Sey... sey bien décidât à n’en prène moun dol,
Dôno à béoure, piti : Diou zou vol ! Diou zou vol !...
APRES VENDEGNAS
Tu, que se gento coumo un saii
D’ana souléto, n’a pas paü
En per aqui, dins la bourgnolo?
— Que vouldrias qu’uno paubro drollo,
Uno paubrisso comme yôu
Aguès à crangé? Auro, m’en vaü
Qu’an vendégnat, à la Vignolo.
— - Me faray glanayre d’arlos :
Culirem lous pitis, lous gros,
Si vois que te segué, la bélo!
— Vèné, me play’ toun parauli :
Entre tous dous, pouyrem b’empli
Moun bourichou, treïsso à l’armélo !
A l’ouro oun lou soulel, légrémo per légrémo,
Gouspillo la rousado al got pur de las flours,
Jucat saus broudaschous que gayssen dins l’Arzémo,
Un argat empluma de genteis troubadours
Se boto à chanta sas amours!
Moussu lou roussignol, l’auzel à vesto griso,
Enrejo lou councert en soun riki-kioù-kioù;
La trido, que souven, de génébré, se griso,
E soun cousi lou merle, un auzel qu’a l’œul viou,
Per musieâ, deyssen lour nioù !
La tourtré fay rou-con; lou perdfijal anidouflo,
E l’auriol rampéléjo end’un jay badaurel;
Pas un soûl, qu’aje bé sa noto rufo ou mouflo,
Treïsso aus pus pischillous, reybénet, grimparel,,
Que chanten l’amour à parel.
Que de cops, sus l’espanlo un ram de canavero,
M’en sey nat passéjâ saus bords de la Vézèro!
Souven, me souloumbran demeis lous assaleis,
Néjà dins la verduro, à d’aquéous councerleis,
Ey, lou cœur eymougu et l’aureilho alandado
— i9 —
Passât, disi pas trop, uno mejo journado !
Avisavi l’Arzémo e sous grands roucanéous
Que fan plantoperié dins lous flots clarinéous :
Mirai remudivoul que mollamen redolo.....
M’y s’ey vî may d’un cop en lou quioul en jardolo !
Un jour — quel souveni me quittaro jamay —
Eran al bel mitan del joli meïs de may,
Meïs de jalinadis e de frayo e de sabo,
Chapelet de chansous que trop visté s’achabo;
Escoutâvi. — L’Arzémo éro en festo. Lous plays
Pinats de nious fasien un mazan daus pus gays.
Deïbendado de rums que l’auro gabourouso
Pourtavo péous chàzaus, sus soun alo amourouzo !
Tout d’un cop, pus ré. Lous auzéous
Jous lous rocs qu’èren mûs coumo éous,
Eren nats se cluclâ. Pas la mindro pïoulado;
Soûl, un roussignoulet, qu ero pus mort que viou,
Laschavo forço « noum d’un Dion »
Forço « crouâ-crouâ-kioù-kiotï »
Sans poudey prené la voulado !
Avio, de ségur, plo razou
De s’enfuntâ lou paubrissou,
Car, amoun, dins l’azur de la célesto vauto,
Planavo, de la mort, un férocé estrumen :
Un buzar, affrous garnimen,
20
Gaytavo noumâ lou momen
De l’espoutignâ jous sa pauto !
Trimoulavi coumo un rauzel
Quan vegueri, del paubre auzel,
Aquel grand galapian nou fâ qu’uno gourjado!
Yôu, que n’ey jamay gut de l’or à pleis deschous,
En l’y souschan, torni mourchous;
Mé damandi si, daus pichous,
La raço déout, paus grands, esse toujours minjado?
Sétembré 1877.
21
L’AUZELOU
Auzelou, qualo pradaysse
Ta vî naysse?
Semblo que nou sabeis pas
Ounte vas :
De ségur aco’y l’ouvrage
D’un ourage ;
Mas, sias mesenge ou cardil,
Toun eyzil
Faro qu’amoun, y’aura un ange
Per te plange.
Si t’entend, loun de toun nïou,
Fâ : pïou ! pïou !
Te boutaro jous soun alo
Virginalo,
E te randro, paubrissou,
Toun bouyssou!
<s>
Lous peds tous mouillas de brado
E lou cœur tout plé de dol,
Al mati, vay pel la prado,
Escoutâ lou roussignol ;
E lou bouyé que labouro,
Lou vejan tan de bouno ouro,
Li crédo : « Dijo-me couro
Te marideis, Py-lou-Fol? »
El, tout d’un cop, se reviro
E respound : « Aco’y douma,
De la que moun cœur desiro,
Qu’aurey lou cœur e la ma. »
Pey, vès lou qui que s’entorno,
La figuro toujours morno;
E si trobo calqu’un, torno
Crédà pus fort : « Co’y douma ! »
Ey plo fol, de segur; mas si sabias sa vito,
Nou ntespresarias pas la gourlo de levito
E lous soucs deyguinlats d’aquel neci d’amour;
L’apelen Py-lou-Fol; auro fay la riséïo
D’aquéous, per qu, chas el, blandavo la baudeïo,
Car, saschats qu’aleydoun, Py, éro un grand segnour.
La gen, grands e menus, auro, pod-un jou cravre,
De tous coustas venien pel la fi de lou veyre;
Chascun voulio toueâ lous pans de soun mantel :
Aurias dit Jesus-Christ quand éro dins la grescho,
Rajan, coumo un ligot, sus sa paillo pauc frescho;
..... Soulamen, el avio per estable un chastel.
Ounte ey nado la pïoucèlo,
Drollo al parla troumpivoul,
Que Py troubavo tan bélo
E que l’a deyssat.tout soûl?
Si fal creyre uno bergièro,
Que disen qu’ey fachillèro,
Souven traverso, léougièro,
Lous airs, dins uno nivoul :
Crédo : « Tan dit qu’éri morto,
Py, moun ami, co’y pas vray;
Del boun Diou, segui l’escorto,
Mas alen-bas, tournaray ! »
Pensas-be que n’y a de resto
Per eybalôuï la testo
D'el que dit, quan vous arresto :
« Douma, me maridarav ! »
La bergièro a menti, beléou; mas dayssa vioure
Lou dous raybe de Py; que d’el, lountemp s’enioure!
Calque cop d’esse fol, co n’ey pas un malhur :
Hurous, lous doun l’esprit, loun del mounde s’envolo!
De l’albre del bounhur la flour ey proumeyrolo,
Mas soun frueh se cussouno avan d’esse madur.
Ah ! quante lou veyreis courre pel la rebièro,
N’ensultas pus lou fol d’uno vouas moucandièro !
Quan lous gœls soun foundus, vèt la bèlo sazou ;
Risés pas, car beléou, Py n’ey qu’en penitenso ;
E Diou que, de segur, ey meillour qu’un nous penso,
Poûrio li rendre, un jour, sa nobio e sa razou !
Madrid, décembre 1857.
A Moussu L. J.
Sey pas digne, moussu, d’esse apelat counfrayre;
Moun couyre lusî pas à coustat de vostre or.
Coumo d’autreis, poûrio fâ lou francimantayre;
Mas avmi may, paubre troubayre,
M’en tené al dous parla de moun viel Périgord.
Raramen, aljourd’lieuy, m’approuïmi de la taulo,
Ounte l’un viou de chant, de prièro e d’amour.
Lou Diou de l’art volt pus m’accourdâ la paraulo,
Dempey qu’ey dit qu’un cygne ey pus blan qu’uno
Lgraulo].
Perque chanta la nœut, quante un aymo lou jour?
Ay légi vostreis vers. N’ay fach qu’uno goulado,
Talamen lou bouci m’a semblât sabourous.
Si ma muso, qu’ey pas de la nauto voulado,
De sa prigoundo soun, s’ey cop sé reveillado,
Co’v per vous applaudi, pouëto generous!
L’Abeillc-Mayre
A meus Cachcurlcus
L’abeillo-Mayre ey reyeillado;
Del lindalet de soun bournat,
Vey que l’herbo n’ey pus mouillado,
Que tras l’albo scarabillado,
Lou jour elarinel ey tournât!
Levo, per s’apiadà la testo,
Sas pautissotas de davan,
Alando lous pans de sa vesto,
Pren la voulado, e s’en vay, lesto,
En l’ay-loun, vel soulel levan.
Apey, tout l’eyssam vounvounayre,
Las abeillas, Jous abeillous,
Dins las plenas bleuias de l’ayre,
Seguen lou chami de la mayre,
Per se gara daus foursalous.
Quand, de quitta lou faudou que vous bresso
Tindaro l’ouro al grand cadran del temp,
Pitis éfants, que coumbli de tendresso,
Nou sabès grô lou sort que vous attend.
Aqui vesès coumo lou mal s’eyvito ;
Mous abeillous siran jamay fissats
Péous foursalous qu’un trobo dins la vito,
Si, de lour mayre, éous seguen lous pessats.
Souvent d'Espagne
cP
M’avien empreyjounat penden la réaceïou,
Per avey, roussignol eschapat de moun nïou,
Chantat la que la Franco ayrno tan, la tan bèlo,
Que pourtavo sul froun, may de rays qu’uno estèlo
La qu’éro nostre mayre e la fillo de Diou !
« La gabio ey pel l’auzel e la preyjou pel l’home »
An dit lous que n’an ré vel lou gueouché coustat,
Lous qu’uflen lou parpay, quan lous autreis an fonte
Pertan lou mouchidou, pas pus gros qu’un atome,
Coumo l’aiglo jayan, ayrno la Libertat!
Un ser, penden qu’entre las grillas,
Dayssavi burlantas grumillas
Redoulà jous lou fenestrou,
Uno vouas qu’éro encounegudo,
D’un que tabé l’avio perdudo,
Chantèt la Libertat. — Co’y prou!...
C’oy prou! crédéri. » Lou chantayre,
Que paray, m’escoutavo gayre,
Toujour anavo : « Co’y per vous
— 28 -
« Que fau brunjinâ ma guitaro;
« Sey nascut jous un ciel sans taro,
« E chanti la qu’ayman tous dous ! »
Entai, dicèt Yparaguire;
E, huey, me plasi plo d’escrire
Aquel noum que couneyssés pas;
Me doit d’esse pas un Horaço,
Se dirio del, de raço en raço,
Ço que disen de Mérinas..
Paray que lou jaulié, gros home, m’en souvèni,
Y’avio dit, peravan de poussa lou verroul :
Sireis aqui vési d’un auzel qu’ey tout soûl ;
Per l’appréne à chanta, dempey siès mays lou tèni;
(Co’y be lasche un jaulié; n’ay counegut may d’un;
E n’ay counegut cap que fuguès b’un degun ! »
Yparaguire e yôu fagueran couneyssenço ;
Del même âge tous dpus, apoundan nostreis ans,
N’aurian fach qu’un med siècle; el avio péous tyrans
L’hôrour qu’ey per éous de nayssenço,
E qu’ey troussât à mous efants.
Troubadour endoucile e d’humour toujour gayo,
El, qu’èro un jeuïne fil de l’antico Biscayo,
Ayrnavo à me chanta lous airs de soun pais.
Puravi, sans coumprène uno soulo syllabo,
Tant ey vray que, sans lengo, à s’entendre un achabo
Entre preyjouniés e prouscris.
Puravi de plaser sus ma boto de paillo,
Pensavi que malgré tan de mounde canaillo,
End’un ami, l’ifer pot esse paradis,
N’aguessi, de ségur, pas douna dous ardis
Per troubâ sul lindal de la porto alandado,
La grando clan dans chants qu’avio tan dësirado.
II
Un mati, lou sould de nivoul entourât
Nou voulio pas moustrâ soun grand-disque daurat.
Mé lévavi per nâ ver ma fenestro estrécho,
Quan, enquèro aljourd’huey, quel souvéni m’endécho,
Auviri calquoré toumbâ dins lou chambril.
J’amasséri, noun pas sans fruncî lou sourcil,
Car moun esprit, roumput a forço de végeillo,
Ero las de sa lucho en calquo cbanchovieillo :
Co’ro un trop de papié plejat e replejat,
Ad’uno peyrichoto end’el fiai estachat.
Aquel papié disio : « Mépu, parti sans te vayre;
« M’emmenen, say pas oun, mas me play de jou cravre,
« Calque jour nous veyren sul chami del dever;
« Anan vel mémo but, e n’auren de leser,
« Que del jour ounte, anfin, auren pougut l’attenge,
« Lous vents an bel buftâ, pel la fi de ùestenge
« La coulour del drapel que nous guido adrelay;
« Lou peuple que devèt rey qualité co li play,
« Lou plantaro tout nau sur calquo pounchirico,
« Que faro lou balan ad aquel d’Americo!
« Adiou, ma plumo, eyci, n’en pot pas may bouta,
« Car la ma que la tèt, la van ennnenoutâ. »
❖
* #
— 28 —
CA/WAZ
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« Que fau brunjinà ma guitaro;
« Sey nascut jous un ciel sans taro,
« E chanti la qu’avman tous dous ! »
Entai, dicèt Yparaguire;
E, huey, me plasi plo d’escrire
Aquel noum que couneyssés pas ;
Me doit d’esse pas un Horaço,
Se dirio del, de raço en raço,
Ço que disen de Mérinas..
Paray que lou jaulié, gros home, m’en souvèni,
Y’avio dit, peravan de poussa lou verroul :
Sireis aqui vési d’un auzel qu’ey tout soûl;
Per l’appréne à chanta, dempey siès mays lou tèni;
(Co’v be lasche un jaulié; n’ay counegut may d’un;
E n’ay counegut cap que fuguès b’un degun ! »
Yparaguire e yôu fagueran couneyssenço ;
Del même âge tous dous, apoundan nostreis ans,
N’aurian fach qu’un med siècle; el avio péoustyrans
L’hôrour qu’ey per éous de nayssenço,
E qu’ey troussât à mous efants.
Troubadour endoucile e d’humour toujour gayo,
El, qu ero un jeuïne fil de l’antico Biscayo,
Aymavo à me chanta lous airs de soun païs.
Puravi, sans coumprène uno soulo syllabo,
Tant ey vray que, sans lengo, à s’entendre un achabo
Entre preyjouniés e prouscris.
Puravi de plaser sus ma boto de paillo,
Pensavi que malgré tan de mounde canaillo,
End’un ami, l’ifer pot esse paradis,
N’aguessi, de ségur, pas douna dous ardis
Per troubâ sul lindal de la porto alandado,
La grando clau daus chams qu’avio tan désirado.
II
Un mati, lou soulel de nivoul entourât
Nou voulio pas moustrâ soun grand, disque daurat.
Mé lévavi per nâ ver ma fenestro estrécho,
Quan, enquèro. aljourd’huey, quel souvèni m’endécbo,
Auviri calquoré toumbâ dins lou ebambril.
J’amasséri, noun pas sans fruncî lou sourcil,
Car moun esprit, roumput a forço de végeillo,
Ero las de sa lucho en calquo cbanchovieilfo :
Co’ro un trop de papié plejat e replejat,
Ad’uno pevrichoto end’el fiai estachat.
Aquel papié disio : « Méou, parti sans te vayre;
« M’emmenen, say pas oun, mas me play de jou crayre,
« Calque jour nous veyren sul cliarni del dever;
« Anan vel mémo ;but, e n’auren de leser,
« Que del jour ounte, anfin, auren pougut l’attenge,
« Lous vents an bel buffâ, pel la fi de destenge
« La coulour del drapel que nous guido adrelay;
« Lou peuple que devèt rey quante co li play,
« Lou plantaro tout nau sur calquo pounchirico,
« Que faro lou balan ad aquel d’Americo!
« Adiou, ma plumo, eyci, n’en pot pas may bouta,
« Car la ma que la tèt, la van emmenoutâ. »
* *
- 3o —
Co’ro José que s’en anavo!
Fugueran separats trop léou;
En s’en anan, el empourtavo
Mour cœur enclavât dins lou séou !
Restâvi soûl!... pus de guitaro,
Pus de vouas chantan l’aveni !
Vesio qu’uno amistouso caro
Al bel foun de moun souveni !
III
Mas qu’éro vengut la toun espagnol en Franco?
Me dirait lous amis de l’ordre que sabés...
Tas de couards, qu’un gourlou de petassou garanço
Fay trimoulâ ciel cap aux peds !
(ou lour vau dire : Un jour, que sourtio de l’escolo,
Pel las ruas de Madrid, veguèt s’atroupelà
La gen ; chasque mantel clucavo uno espingolo ;
End’éous, José s’anèt rneylâ.
— As de la poudro, tu ? disio tal, à tal autre ;
— As del plournb ? disio aquel, tout bas, à soun vesi.
« Chai pus que 4a naciou dins la hoUnto se vautre,
« A bas la Reyno! ey temp de la chassa d’eyci! »
En auvin quéous perpaus, nouvéous per soun aureilho,
Lou drôle, tout mourchous, se boutèt à souschâ.
Mas léou, coumo un chabri tissât per une abeillo :
« N’ay ni poudro ni plournb! vau courre n’en
chercha ! »
E viste, cl, de courre, de courre,
Per nâ vel la Porto âcl Sol,
Oun déou, quante chai qu’un se bourre,
Se randre tout boun Espagnol.
Arribat alpès de la plaço,
Sous œls, de surpreso. alandats,
Vegueren lous roujaus souldats
Que charjaven la populaço.
Pertan, pavats, traus e cbabrous,
Que daus bras nervous remudaven,
De tous lous constats, rampardaven
Las ruas, amay lous chareyrous!
Tout d’un cop, un barricadayre :
« José, moun José, torno-t-en ! »
L’escouliè, sans perdre de temp,
Courreguèt poutounâ soun payre.
Calqueis momens apey, la mitraillo estuflavo,
E daus canous, pounchats per uno troupo esclavo,
Escupissien la mort à travers las meyjous.
Dins quel rude coumbat, que fini pas d’ab’ouro,
Lou peuple de Madrid despenset de bravouro
A là sous tyrans envejous !
Mas lou temp n’èro pas vengut ounte l’Espagno
Fario, countro lous reys, sa darnièro campagno;
Enquèro un cop, lou noumbre escrasèt la valour;
E lous paubreis vaincus, que tracavo l’armado,
Quittèren lou faudou de la patrio aymado,
Per anâ jous un ciel pus candé que lou lour...
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ç.
s
Lou Pout
Guilhen, lou jardinié, qu’ey tan sio pauc testu,
Vey pèrî sous melous, sous ignoûs, sa salado.
- Me chai un pout, cou-dit, e jous la souleillado,
Nostre home vey chavan, chavo, chavaras-tu.
— As be bel tenjignâ, fay sa fenno; déjous,
Troubaras de teral, forço pleis bourichous,
Mas d’eygo, nou!..... (Taléou coumo de dire garo,
Vey-qui l’aygo). E risan coumo un toumbo-cacal,
- Que diseis? li respound Guilhen, que dins la
| pousso,]
Pangousso,
Sabeis, Mïoun, tout vèt à forço de trabal;
Mous peds an deijà fach une grando gaùliado;
Vay, fenno, aura pouyren arousâ la salado!
-X XA-O XX
\/\A/VX/\r
- 35 —
Aux Candidats Bounapartistas
Que voulès dans paysans, millado de sansugeis,
Raço de suçaréous, déourias b’esse sadouls ;
Tournas doune dins la fagno, oun viven lous
| transfugeis; |
Tournas à l’estrangié damandâ daus refugeis,
Vous, que voulgueren pas bouta jous lous verouls.
Dayssas la Franco endoulourido,
En attenden que sio garido,
Crubî sas plajas d’escharpil;
Dayssas quelo paubro malaudo
Petassâ sa gourlo de biaudo,
Eylo, que puro may d’un fil !...
Beléou, viéous baratols, vouldrias après 1 ’ôurage,
Venî culî lous fruits, à la brousto, pendus;
De pana lous paysans, couneyssès prou l’usage,
Per creyre que poûrias obtène lou sufrage
Daus électours, qu’avès et trahis e vendus.
Aqueste cop la grando rodo
Viraro pus pel lous layrous;
Las mensounjas soun pus de modo :
Jous pel d’agnel un gros loup rodo,
N’avem prevengut lous moutons!...
MESTRE
JACQUE
A n’en enivre, ço que fan dire,
Lous bouréous de la Libertat,
Aùrian trabuscha à l’Empire
Per toumbà dins la Royoùtat.
Chaldro que Thiers dins lou sang baque;
N’a deijà treïsso à l’embounil :
Vay, mestre Jacque,
Pren toun fusil !
Yès-qui Chambord, la maravillo,
Que treize meis, sa mayre couèt;
Ae’oy l’avna de la famillo
Que, tan de temp, nous rousiquèt.
Si voleis que soun trône craque
Jous quel revenant de l’eyzil :
Vay, mestre Jacque
Pren toun fusil!!!
Lou Grel e la Chijalo
(J-ABLÜ)
« Sem chanteireïs tous dous, e, Diou merce, dégun
« Treïsso auro, n’a pougut dire que nostre rum,
« Aje trop, daus vesis, escourjat la cervèlo ;
« Quan la terre se bôto uno raubo nouvèlo,
« Tu, jucado saus marns, yôu sus lous tamoussous
« Devboujan lou gumel de poulidas chansous;
« Voli que frayrinan; l’estiou s’en vay, nia paubro
« Unas ferrais m’an dit qu’érey dins lou malhur;
« Yôu, ta gourlou que sio, dins un gître segur,
« Sey toujour al eialat de la pleijo e de l’auro,
« E fau pas coumo las ferrais,
« Ey toujour un bouci de pa pel lous amis. »
Entai, dicèt un grel, à d’aquelo chijalo
Doun parlen tan
Dempey qu’antan
Ad’un niou de ferrais anèt tustâ de l’alo;
Estabe la
Creguèt s’eivaneïzî de plaser, en auvin,
Soun counfrayre amistous, li parla de la sorto :
- « Oh ! niéou, çou li faguèt, m’an boutado à la porto
« Uno grosso bouzié,
Qu’a de tout dins soun fermigie',
« M’a dit : N’ay pas lou temp d’escoutâ tas aloïnas
« Vouldrias que manlevâ, damandey grô d’armoïnas
— 54 —
MESTRE
JACQUE
A n’en crayre, ço que fan dire,
Lous bouréous de la Libertat,
Aùrian trabuscha à l’Empire
Per toumbâ dins la Royoùtat.
Chaldro que 7hiers dins lou sang baque;
N’a deijà treïsso à l’embounil :
Vay, mestre Jacque,
Pren toun fusil !
Yès-qui Chambord, la maravïllo,
Que treize meis, sa mayre couèt;
Ac’oy l’ayna de la famillo
Que, tan de temp, nous rousiquèt.
Si voleis que soun trône craque
Jous quel revenant de l’eyzil :
Vay, mestre Jacque
Pren toun fusil!!!
Lou Grel e la Chijalo
(J-ABLO)
« Sem chanteireïs tous dous, e, Diou merce, dégun
« Treisso auro, n’a pougut dire que nostre rum,
« Aje trop, daus vesis, escourjat la cervèlo;
« Quan la terre se bôto uno raubo nouvèlo,
« Tu, jucadô saus marns, yôu sus lous tamoussous
« Deyboujan lou gumel de poulidas chansous;
« Voli que frayrinan ; l’estiou s’en vav, ma paubro
« Unas ferrais m’an dit qu’érev dins lou malliur;
« Yôu, ta gourlou que sio, dins un gître segur,
« Sev toujour al cialat de la pleijo e de l’auro,
« E fau pas coumo las ferrais,
« Ey toujour un bouci de pa pel lous amis. »
Entai, dicèt un grel, à d’aquelo chijalo
Doun parlen tan
Dempev qu’antan
Ad’un niou de ferrais anèt tustà de l’alo;
Estabe la
Creguèt s’eivaneïzî de plaser, en auvin,
Soun counfravre araistous, li parla de la sorto :
- « Oh ! méou, çou li faguèt, m’an houtado à la porto,
« Uno grosso bouzié,
Qu’a de tout dins soun fermigié;
« M’a dit : N’ay pas lou temp d'escoutà tas aloïnas:
« Youldrias que fnanlevâ, damandey grô d’armoïnas.
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— 56 —
« Vay doune, lou hé de Diou costo trop d’acquasî,
« Pel l’anâ sanienâ sul niourre daus vesis...
— « M’en s’ev nado; venio... mas la pouscho..., la
[pouscho...]
« Ay, dins lou gourjarel, calquoré que lou bouscho!
« Vois, si co te fay ré, qu’anan treïsso à .toun cros ?
« N’en podis pus, ay fred dins la méoulio daus os ;
« L’estouma m’avanejo; anen, ta pautissoto
« Per sustène, en chami, la paubro chijaloto !... »
Lou brave home de grel voulguèt bien, e, tous dous,
Pauto dessus, pauto dejous,
Devers l’oustalet s’aviageren;
Mas la pouscho, la pouscho e las quintas tournéren,
E, parei, qu’aribâdo al lindal del crousol,
La chanteiro faguèt lou darniè badailhol !
L’artisto, lou saben, lou merchan, la manobro,
Soun pas trop malhurous, quan lou trabal lour sobro;
Van, triman jous lou ciel, e, coumo de razou,
Chascun trabaillo à sa feycou.
Mas déourio pus se vayre, home, auzel ou chijalo,
Degun mouri de la fangalo;
Déourian tous, lou piti, lou gran, mey lou méjen,
Bouta, coumo lou grel, la mouralo en pratico :
Questo fablo, vestido en raubèto rustico,
Mailcio un pauc lous que 11’an d’autreis Dious que
[l’argen. |
L’avariço, que lous rousico,
Ey la vertu d’aquelo gen !
Setenibre 1877.
- 57 —
La Veto de Sem-Pey
Fasés bien lous afas, pareis, moussu lou mèro?
Après avey bégut de la licour arnèro,
Que dreubo l’appetit — fabricado à Bourdéous —
Loun de vostreis amis, vous souvenès pus d eous !
Parli d’aquéous d’antan (n’avès d’autreis, Diou merce).
En lous pus gros bouneis de l’art e del coumerce,
Vous anâ ataulâ, quante, paubre luzer,
N’aureis quistâlamen pas lus truns del deissert.
Mas, chai dayssà Paris ounte ey; tachan de veyre
Dend’eyci, calque pauc la voto de Sem-Peyre.
Parlan doune, co d’aqui co fuguès secret’stat,
Si lou darniè Reveil m’en aguès pas pourtat
Lou prougrame; parlan de la festo publico :
Poûrias pas vous passa d’uno messo en musico?
Dins lous pras, oun lou dal a toundu lou bouyriou,
A l’oumbro daus pibouls, lou loun del piti riou,
Jous la vauto def ciel, •— l’dèïo n’ey pas horro! —
Poûrias pas musicâ vostro messo deforo?
Lous droleis sien pla miel auvis d’aquel d’amoun
Si lour vouas entounâvo, alleuc d’un Te Deotin,
Lou Pater batéjat del noum de Marseillèso !
Avès, à Périgueux, un mèro que la prèso,
Un home que l’aymèt, que l’aymo e ï’eymario.
Perque nou farias-pas ço quel viste fario?
Ey vray qu’anas bouta, dins vosto grando sallo,
La sento qu’aljourd’huey n’a cap pus de rivalo.
Lou viel Pey, qu’ey pourtié de l’oustal d’amoun-nau
Ey capable, pel cop, de n’en perdre sa clau.
»
Lou mati, vel las sept, quan vendro la fanfaro,
Vostreis dous canouniès, sans mémo dire garo,
Faran brunjî la poudro; apeijà, ver mejour,
Sul mat ensabounat, al signal d’un tambour,
De jeuïneis goujatous, luchan à la grimpado,
Faran espoufidâ de rire l’assemblado.
Pus tard, lous Chignagueis, davan lours majistrats,
Lascharan un argat d’azeis deschabistrats,
Men reitious, de ségur, que d’autreis, vilo troupo,
Pennan quan lou Prougrès lour paupigno la croupo.
Fasès bien lous afas ! Sans aygo avès' troubat
Lou rnouyen d’alignâ daus batèous de coumbat.
Dins un gourlou de gourg, anas, co’y pas de creyre,
Ad’un coumbat naval fâ courre tout Sem-Peyre.
Lou ser — ah ! que de lums emblaujaran lous œls ! —
Si lou bourg se burlavo, anas quére daus sels!!!
Paris, Juliet 1879.
Pierre lou Piehillou
Certen trncataulié, que n’a ré dins la testo,
Trouban Pierre lou Piehillo,
End’un air sufisen l’arresto :
— Quan dourias, dijo-me, tu que sès ta gourlo,
E que, quistâlamen, toqueis pas à ma jarro,
D’aveis, coumo yôu, taillo raro ?
— Pas un rafe, respound l’autre, quèro eyberbit ;
Sès nau coumo un piboul, gros coumo une futaillo,
Mas, me dirias pas qu t’a dit
Qu’un pagèlo, aljourd’huey, lous homeis à lour taillo?
A moun ami M...oun
(engourgat dins Mountignac)
Vesi be, moun paubre M...oun,
Yôu vesi be qu’aurias besoun
Que te tiressi de la fagno;
Adren-lay-loun, sès enfangat,
Dins la coumbo de Mountignac;
Qu’ey pas lou païs de Cocagno !
Estabe, vas en Galminou,
Ounte ey nascut lou blan minou
Que hier al ser deschiquetâvi ;
Ni Jan, ni tu, ni lou Nenèt
N’auviras pas, de Beynaguèt,
Las santas que yôu vous pourtâvi.
Parey qu’en-lay, tout vay creban ;
Dempey B....... , lou sacripan,
Jusqu’à M..... , l’engraïsso-gendre ;
Diou vous azude, mous amis !
La misèro cour, péous chamis,
Auro que jalo à peyras fendre.
Resto en-lay jusquinzo al printemp ;
E, si t’eynogeis trop, vey-t-en
Loun daus badaus, que soun en vogo;
Sâbi que tras lou gros veyssel,
Jan, enquero, a de boun vi vieil :
Co’y pas mauvais end’uno gogo!
?
(Musico de Pérodin)
------ ----------------------Gouneyssen gayre la Vezero
Lous que s’en van courre bien loun :
Hurous ey lou que se lesero
A sègre coustal ou valloun,
Lou loun
De la Vezero!...
Sem pus al ternp ounte villo e village
Appartenien à calque gran segnour :
Oh ! gracio à Diou, sem arribats à l’âge
Oun tout Francey pod se dire majour!
Si, calque cop, fils de la Boëtie,
Nivoul d’hiver en amoun-nau s’estend,
Nostre païs n’ey pas la Sibério,
Lous roussignols tournaran al printemp!
Couneyssen gayre la Vezero, etc.
Si vous n’anas saus bords de la Vistulo,
La troubareis pus larjo de segur;
Mas dins quéous champs la libertat ey nullo,
E lou progrès ey loun d’esse madur :
46 -
\ /*v<\
L’aiglo blan vol estorche sa chadeno,
La gabio ey grando, e chai, per l’eybouliâ,
Per l’eybouliâ chai prène de la peno.....
Del bec, de l’alo, aiglo chai trabaillâ !
Couneyssen gayre la Vezero, etc.
Poûrias b’anas dins lou païs d’Horaço,
S’y troubario plo sendaréous battus :
Aqui la gen soun tous de nostro raço ;
Mas ounte soun lous pessats de Brutus?
Y’a, tout al may, l’oumbro d’un peuple libre,
Qu’aguèt lou tort d’esse un pauc trop tyran;
Nostro Vezero ey be coumo lou Tibre,
Mas si vèt roujo, aco n’ey pas de sang.....
Couneyssen gayre la Vezero, etc.
<
<
<
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<
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(
(
(
<
<
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<
b-
Uno légrémo à la jeuïno Americo :
Aqui lou Nord se bourro en lou Mejour.
En Allemagno, en Espagno, en Belgico,
Perque pourtâ nostre ped, vouyajour?
Que nous dourio la brumouso Anglaterro?
Lou viel Noë, quand distribuèt la vid,
De mauvès œul avisèt quelo terro.....
Reyno de l’aygo, eyci bevem del vi.'
Couneyssen gayre la Vezero, etc.
<
..U
— 47 —
y.' '
LA MARGOUTILLO
•3=
Air : Dons un grenier qu’on est bien <i vingt ans.
Te torni vayre, ô tu qu’ay tant aymado,
Nostras amours an finit y’a lountemp;
Yôu nou sey pus qu’uno àmo deyramado,
Sem dins l’hiver, adiou nostre printemp!
Me fay plaser de te veyre en famillo,
Quéous meynajous te fan may d’un poutou ;
Ah ! nou sès pus la bèlo Margoutillo, ) ?.
Auro la gen t’appelen Margoutou!
)
Tèneis deijà fàllo maridadouyro,
Semblo sa mayre à l’âge de quinze ans;
A mous regrets un souvent se bouyro,
Ta! que mous piaus negreis à mous piaus blans ;
Me semble auvî ta frescho bouquetillo,
Pel prumiei cop, dire : T’aymi Jantou !
Mas nou sès pus la bèlo Margoutillo ) / :
Auro la gen t’appelen Margoutou!
)
J’as be saùgut. Sans la Grando-Bretagno
Paubre auzelou, me troubàvi sans niou !
Pus tard m’an vi per daus chamis d’Espagno
Ounte jamay n’a passât lou boun Diou.
Mas que me fan Anglaterro e Castillo,
D’aquéous païs n’ay pourtat qu’un bastou !
Ali! nou sès pus la bèlo Margoutillo, )
Auro la gen t’appelen Margoutou !
)
D’esse tournât, de segur me trijavo;
L’un ey pla soûl al païs estrangié!
Eyci lou mal, qu’en-lay me rousicavo,
Vay pauc per pauc deveni pus léougié;
De temps en temps anan bouyda. rouquillo
En fretissan lou croustou d’un pastou ;
Ah ! nous sès pus la bèlo Margoutillo, ) .
Auro la gen t’appelen Margoutou !
j
Jantou nou vol purâ mas que de joyo,
Beléou la Mort se souvendro pus d’el !
Tous sous matis seran d’ore de soyo;
Mas si fasio lou gran cornabudel,
Jous un piboul, oun l’èdro s’entourtillo,
Boutas, amis, soun darnié banastou,
End’aquéous moûts : Aymèt la Margoutillo j
Qu’auro la gen appelen Margoutou !
)
— 49 —
JL<S>U
ÎFWyOTAWæ
Al trabal oun m’an estachat :
L’un me vey touto la journado,
A bouno gorro de soulel,
Toundre las herbas de la prado
Yôu que n’ay pas un soûl védel!
<
Si gayre may co duro
La vito sero duro :
N’ay que dets saus per jour, ma fé pensi que fal
Calque pauc miel (bis) me servi de moun dal !
<
<
s
jj
<
Al mati la Jano me boto
Dins moun bissac del pa pinsou ;
E lous jours ounte fau riboto
N’arrieben en cap de sazou.
Si jamay lou moussur me porto
— 50
Huey, çou m’an dit, lou Peuple eycerbo,
Lou champ de la Sociétat;
Veyrem beléou, courno aquelo herbo,
Veyrem flûri la libertat.
Lous blads seran per lous bladayre ;
Péous vigneyrous seran lous grus,
Car lou peuple ey tabé fauchayre
E daillaro tous lous abus!
Si gayre may co duro, etc.
En attenden prèni pacinço,
Trabaillan per moussu Vcnlrard'!
Mas dins moun cœur lou malhur sinço
Ço que jamay pensèt un couard.
Dounarey tout à ma patrio,
Moun dal, ma peyro amay moun sang,
La Republico aco’v la mïo
Qu’après nostro Jano aymi tant!!!
Si gayre may co duro,
La vito sero duro :
Nay’ que dets saus per jour, ma fé pensi que fal
Calque pauc miel (bis) me servi de moun dal !
— 5i —
MOUN
PAIS
Couro tournarey veyre
Mous pras, mous coustalous,
E lou riou de Sem-Peyre
Tout rampli de gouyous;
E quéous champs de faugièro
Oun la jeuïno bergièro
En chantan sa veï-lero,
Menavo sous moutous ?
Al printemp, quante l’albre
Coumenço à bissounâ,
Dins lous plays de vidalbre
Un enten chantouynâ :
Co’y lous roussignouleis,
Que s’eynoujan souleis,
Disen, en se douley,
Que volen s’abinâ.
Qu’eymâvi la Vezero
Del cousta del Bigord,
Ounte l’un se lesero
Plo counten de soun sort :
Lou soulel, dins soun oundo
Qu’ey per endreis prigoundo,
Jietavo, en fan sa roundo,
De las bardolas d’or!
La Seino ey plo superbo;
Mas, courno eylo, n'a pas
Tan de flours e ran d’herbo
Sus sous bords, nivelas ;
Daus pradéous de Sem-Peyre
Co’y p laser de la veyre,
Claro courno dèl veyre,
Adrellen redoulâ!
Ma mayre, quan partiri,
Me dicèt : « Moun efant
T’en vas doun ; mas espéri
Te veyrem dins un an ;
Sans tu, dins questo villo
Nou serio pus tranquillo,
La vito ey difficilo
Loun de tu qu’aymi tan. »
Deijà la paubro mayre
Veï l’annado fenî;
E yôu nou podi gayre
Dins sous bras revenî :
Co’y qu’eyci ma pensado,
Pus léou qu’en ma countrado,
End’uno. escambalado,
Pod toucâ l’avenî !
Paris! chai que me borne
A nou pus tan t’aymâ;
Quan chaldro que m’entorne
Me chaldro légrémâ;
— 53 —
Pertan moun œul se viro
Devers ma tiro-liro,
E veï ré qu’uno liro,
Aus timbreis deyramâs!
La Muso ey b’uno drollo
Que ser mal la besoun ;
Nou chai dins la courgnolo
Un pauc may que daus souns
Ah ! vito de pouëto !
N’avey ré' sus l’assièto,
E béoure la piquèto
Que tournbo de la loun !
N’importo ! chai que reste
Dins la gran do cita.
Quoique moun cœur s’areste
Al païs qu’ey quitta,
Eyci podi m’y playre,
Mas chaldro be m’en trayre,
Car nou me plâsi gayre
Qu’ountey la libertat!
Paris, aqueste meïs de brial 1844.
Lous Pans de Naz
Chansou de Jan daus Bos
Que de vendegno, aquesto annado!
Que de frucho ! Que de froumen !
A la festo de nostro aynado
Bouydarem del jus d’eyssermen.
La Libertat qu’ey ma patrouno
Béouro tabé, mey chantaro :
L’aygo del broc
N’ey pas ta bouno
Coumo lou vi del barricot!
Disien, pertan, lous de la clico
Que nous mestregèt trop lountemp,
Disien que jous la Republico
Jamay degun serio counten.
Si fan la boudo, Jan pintouno
Amay se pago un boun fricot :
L’aygo del broc
N’ey pas ta bouno
Coumo lou vi del barricot!
Lous Sarlagueis soun passats mestreis
En fèt de coupo. Damandas
A S........... , candidat daus prestreis,
Si lous électeurs soun bandats.
Vous li tailleren uno gouno
Qu’aqueste hiver l’escharlaro !
L’avgo
J ë? del broc
N’ey pas ta bouno
Coumo lou vi del barricot!
Dins lou mirai de la Vezero
Av vî, de mous œuls estounats,
Coumo daus rams de canavero,
Rëmudâ forço pans de naz.
A ta santat, bendo fripouno,
En lous amis, vau béoure un cop !
L’aygo del broc
N’ey pas ta bouno
Coumo lou vi del barricot!
14 Juliet 1880.
s6 —
AL. ROUSSIGNOULET
De flours pel la pradaysse
Y’a may d’un misquelet ;
Lou printemp vêt de naysse :
Torno roussignoulet.
Dempey que las feuillas toumoaven
Dins l’aygo lempido del riou,
E que tous frayreis s’en anaven
En-lay-loun quére un autre niou,
La bèlo que moun cœur aymavo
Nou se rand pus jous lou piboul ;
Co’ro ta vouas que l’appelavo,
Auro, yôu li vèni tout soûl !
De flours pel la pradaysse, etc.
Hela ! qu’ès aco que la vito :
Auro fay negre, apey soulel;
E, de l’alo que huey l’abrito,
Douma sero bien loun l’auzel !
Antan, dans pourtrès tapissaven
Moun âmo, alors calme séjour;
Hujan, que moun malhur s’agravo,
La mort lous a prey, per toüjour!
De flours pel la pradaysse, etc.
L’ange de douço pouësio
Me venio veyre, dins lou temp;
Quan revoulavo à sa patrio
Me deyssavo toujour counten ;
En yôu quante se souloumbravo
Jou l’arhal ounte erey jucat,
Me souveni que m’enseignavo
A jugâ l’air qu’aviâ jugat.
De flours pel la pradeysse, etc.
Vène pausâ toun niou de moulso
Sus la vimèno que verdi;
L’hiver, quel paubre viel que poulso
A quittât borgnas e jardis;
Vène, car lou zéphir dispenso
A ch'asco flour un dous parfum :
L’auzel que chanto l’espérenço
Jamay desplaguèt à degun!
De flours pel la pradaysse
Y’a may d’un misquelet;
Lou printemp vèt de naysse,
Torno, roussignoulet.
- 5«
LOU LABOURAYRE
Air : C’est ton mirliton, etc.
Yôu sey mas un labourayre,
Trabailli ser e mati :
Sey- paubre coumo n'y a gayre
Sey ped-nu, sey mal vesti.
Lou blad que ma ma sarneno,
Per d’autreis lou culirey.
Y’a plo deijà lountemp que treyni la chadeno)
Ço finira doun jamay ?
J
Vous moustrario may d’un raysse
Oun pousso lou trifoulet;
Moun trabal li fario naysse
De qu’empli moun oustalet;
Mas lous qu’an touto la terro
Soûls volen leva lou chay :
Y’a plo deijà lountemp que sey dins la misèro lis
Co finira doun jamay?
S’estounen de nostro grigno,
Lous que de tout soun sadouls;
Paysans, vendegnan la vigno,
Paysans, sejan lous rastouls;
Nous, qu’appelen la canaillo,
De vioure auren nostre fay!
Y’a plo deijà lountemp que couïjan sus la paillo
Co finira doun jamay?
j
Aymi nostro fenno Jano
Que m’a fay dous meynajous;
S’en van touto la semmano
Péous champs garda lous moutous;
Lous boutario b’o l’escolo,
Mas jamay nou jou pouyray;
Y’a plo deijà lountemp qu’aco qui me desolo )
Co finiro doun jamay?
j
Qu pago lou may de taillo ?
Co’v-t-el rentié et juzious?
Mous fils soun pel la bataillo
Mous biaus pel la prestacious ;
Resto mas uno parcèlo
Del revengut qu’aven tav;
Aus richeis y’a lountemp que fasan courbacèlo) .ç
Co finiro doun jamay?...
j
— 6o —
NA-NAY. SOUM-SOUM
Bereeuso
Musico de H. Malbec
Na-nay, soum-soum,
Sul sè moufle de ta mayre,
Fay na-nay, que n’as besoun;
Na-nay soum-soum
Vay-qui l’ouro de te jayre
Sul sè moufle de ta mayre;
Cap de drôle en per eyci
N’auro de meillour couyssi.
. Na-nay, soum-soum,
Fay na-nay que n’as besoun!
La ma, que de toun sort fay vira las deybogeis,
N’a mas engumelat lou fiai d’un parel d’ans:
Enquèro cap de roume a pioùnat tous peds blans,
N’as vî que flours dins l’or, ounte, flurèto, frogeis.
Na-nay, soum-soum, etc...
Si vois que de bounhur moun paubre cœur sabrounde,
Si vois randre la joyo à toun payre qu’ey viel,
Angelou qu’as dayssat tous alirous al ciel,
Sias lountemp sans gaùliâ dins la fagno del mounde.
Na-nay, soum-soum, etc.
— 6i —
Te moustrarey la vito à sas douas flechs, barado :
Aquel gran sendarel coumenço al banastou.
E quan la mort nous donno un horre e fred poutou,
Vesen, de tras-lusido, une peyro carrado!
Na-nay, soum-soum, etc.
D’aquel gran sendarel veyras pas la limito
Sans be fâ calque cop l’armoïno à l’embiciou ;
De n’en troubâ calqu’un, si avias l’occasiou,
Deyfio-te de la gen que fan la chato-mito,
Na-nay, soum-soum, etc.
Nou sias pas nèci prou, d’ajudâ de l’espanlo
Lou renard que vouldrio minjâ, soûl, lous muscats;
(Toun payre sey troubat souven dins aquel cas);
Per aco may que may, la voulounta chabranlo.
Na-nay, soum-soum, etc.
Mas vèsi tous perpils clucâ tous béous œuls d’ange;
Ma chansou porto soum, coumo lous lourds discours,
D’aquéous tambours crébats que soun lous ôuratours.
Eous n’en bisqüen ; per yôu sey pas lou pus à plange.
Na-nay, soum-soum, etc.
— 62
Al nuis de may
Quitto ço que te play.
Daysso un momen lou martel e l’estèvo,
Bôto à proufit aqueste mèis de may;
Y-a plo daus ans qu’as pas fach meyjou nèvo;
Viel rey ped-nu, quitto ço que le play !
Lous chambaliés, quan fach malo besougno,
Per t’enjaulâ furbissen daus discours;
Balajo me quelo fagno que bougno...
Jantou, Jantou, sès rey per quinze jours!
Farem tout siau, que la mayre ey malaudo ;
Sein lous éfants de la Révoluciou,
E voulem pùs que re de ça qu’embraudo
Taque sou froun toucat pel degt de Diou.
Lo sabo rivo entremèjo l’escorço
Daus arbreis verds emklanquejats de flours ;
La mayre vay beléou reprène forço !...
Jantou, Jantou, sès rey per quinze jours !
Lou mèis de may, lou mèis de l’espérenço,
Seissanto cops ey tournât desempey
Que trayéram lou bendel d’ignourenço,
Que, sur tous œuls, lous siecleis avien mey,
Lous parvenguts empeoutats sus lous nobleis.
A tous despens, faran pus de las lours,
Si, per voutâ, sabeis en qu t’accobleis...
Jantou, Jantou, sès rey per quinze jours!
Vey lou que passo adrenlen, dins lo coumbo,
Aquel argatde'gens attalentats ;
Tu, que l’y vas coiimo un a~c. quart. toumbo,
Dijo lour me lours quatre véritats :
Si voleis veyre uno chauzo prou raro,
Fay lour dansâ la bourèyo daus ours :
— Tu-tu-pan-pan! — Eous levaran la jarro...
Jantou, Jantou, sès rey per quinze jours!
Aquel d’aqui sap fâ la chambo-routo,
Lou saut de carpo e lou planto-perié;
Aquel d’alay nous parlo d’uno routo,
Route de fer — enquèro de papié.
Van prène tous l’air lou mens desavègrie;
Proudigaran proumessas e discours,
Jusqu’à la fi de toun gourlou de règne...
Jantou, Jantou, sès rey per quinze jours!
Lou méis de may nous alando la porto
D’un avéni pel bounbur vesitat;
Sus soun drapel lo Franco, grando e forto,
Veyro luzi lou moût de Libertat.
De Libertat, quan lou pays a tome,
Souldate del urech, vertadiés electours,
N’aubludam pas que Jantou, lou paubre home
Pourrio esse rey per may de quinze jours!
Mountigiiiic, pniiiiic iimy iS6ÿ.
AUX ÉLECTOURS
Air
del Paquetou
La Repubüco ey lou règne que breço
L’Humanita dempey may de milo ans;
Avisas-la! pensas-vous que sio v.....
A se dayssa tenta per daus tyrans.
Dempey siès mèis, may d’un traïte l’opproïmo,
Jusqu’aux curés vouldrien la caressa;
Républicains, co n’ey pas uno boïnoSarran lous rengs, lous dayssan pas passa !
Vous que toujour, dempey que sés sur terro,
Paubreis efants fasès daus patiraus,
Quel aveni que nostre cœur espèro,
L’aurey b’avan que sian en crante-nau.
Mas vous chai pas dirijà vers la routo
Oun daus guzards vouldrien tan vous poussa.
Si lous seguès farey mas de la fouto,
Sarran lous rengs, lous dayssan pas passa!
N’escoutas pas de vouas enteressado :
La Repubüco ey la mayre de tous;
N’y a calques uns qu’aurien dins la pensado
De nous mena ta plo que daus moutous;
Soun pas prou fis per nous toundre la lano,
Sem assez forts per tous lous esquissas,
Tampis per éous si nous cherchen chicano,
Sarran lous rengs, lous dayssan pas passa!
La coulour rouge ey la coulour aynrado
Que nostro mayre, à soun bounet boutèt,
Quan, autreis cops, per lou peuple apelado,
La Libertat en Franco paréguèt.
Ayman la dounc, sans nous occupa gayre,
Si daus moussurs, las favours van cessa.
Mas si voulien tua nostro paubro mayre,
Sarran lous rengs, lous dayssan pas passa;
Vous que mania lou martel e la piocho,
Devès sabeis que sem tous électours :
Sias pas amis de l’home que s’embaucho
Jous lou drapel daus aspirants segnours.
La libertat n’ey pas uno filloto
Que per degun se daysse estirgoussâ.
Chai l’imitâ, voutan coumo eylo voto,
Druban lous rengs, pel la dayssa passa !
Napoléon, aquel noum nous énïouro,
Ey retrou ba dins moussu soun nebou :
Franco, Franco, bienléou n’en sirias ïouro,
Alleuc d’uno aiglo, n’aurias mas un auchou !
Paubre animal, el reybo la courouno;
Dijâ-me dounc, àqu vey s’adressa?
Jous crèsis pas, pensi bé que couyouno,
Sarran lous rengs, lou dayssan pas passa!
Paris, may 1848.
L’HIVER
La feuillo d’albre e lou bri d’herbo
An perdu lous verdas couleurs;
Lou soulèl, de sa grando gerbo,
S’en vey secoudre l’or, aillours.
L’Hiver ey-qui, mey la misèro,
Printagneyrou repren toun vol :
Ver lou païs de la lumièro )
Torno-t-en viste roussignol. )
N’y a plo mey d’un de ta famillo
Que restaro en gabio boutât;
L’apasserou, l’auzel que pillo
Près d’éous vay vioure en libertat.
Torno-t-en viste lou ven buffo;
Chai be voulev ço que Diou vol!
Quitto lou païs de la trufto, ) .
Torno-t-en viste roussignol. j
En-lay-loun, la gen auzelièro
Nou cranz cedado ni fiala;
N’y a ni valet, ni chambalièro,
N’y a ni mounturou, ni vala.
L’auzel val l’auzel, l’home, l’home,
Pierre ey de la taillo de Paul;
L’home, l’auzel, degun y’a fouie,
Torno-t-en viste roussignol.
bis
Lous auzéous de mauvèso auguro,
Sio chouïtas, graulas ou vautours,
Seguen la leïs de la naturo,
S’aymen entre éous, s’aymen toujours
N’espoutissen pas jous lour pauto
Lou gamachou qu’ey dareyrol.
Lou ciel embouchardo sa vauto, 1 ,.
lorno-t-en viste roussignol.
'
O
— 68
Lou Sufrage Universel
Air : Drin, Drin.
Aurem del tourtel
En lou sufrage, en lou sufrage,
Aurem uel tourtel
En lou sufrage universel.
Quan de Paris nous venguèt un message,
Nous announçan que n’avian pus de Rey,
Crederan tous : Aven doun lou sufrage ?
Yo plo lountemp que nous voulian l’avey !
Aurem del tourtel, etc.
Dempey quel temp, lous que n’an pas d’empoulo
E tous lous quan la corno dins la ma,
De pau de perdre an tous la char de poulo :
Sem libreis, huey, jou seren-tel douma?
Aurem del tourtel, etc.
Sem tous unis, voulon garda nostro arrno :
Garo ad’aquéous que vouldrien l’empougnâ !
De cap de brut lou Peuple nou s’alarmo,
Mort aux tyrans que van l’enchadenâ!
Aurem del tourtel, etc.
Que nous fay doun, que valeits de Russio,
Nobleis e reis estalen lours furours?
Sem aqui tous per sauva la patrio,
Nostreis billeis valen quéous daus segnours.
Aurem del tourtel, etc.
Aurien voulgut dayssa dins l’ignourenço
Nostreis éfants qu’ayman, coumo éous, lous lours;
Un bulletin val be may qu’un nou penso :
Nous pod tourna nostreis cstitutours.
Aurem del tourtel, etc.
Aurien voulgut impausa notro vigno,
Voulen pagâ lous dreits que soun degus;
Mas si sabens segre la drècho ligno,
Veyren b’un jour impausa lous escus.
Aurem del tourtel, etc.
Auro, lous blans an bel fâ e bel dire,
Lou bulletin servira de fusil •
Lou mal el gran, poûrio deveni pire
Si sabian pas bien mania quel util.
Aurem del tourtel, etc.
Per t’adoubà,
Vau troubâ
Calque boun armurié de Tendre.
Moun fusil, fal defendre
La Libertat
Qu’a tant coustat !
Quante eyboulièren la Bastillo,
Quel tumbel de la libertat,
Un eitouyen de ma famillo
T’avio toujour à soun coustat ; (bis)
Veyras be may la guerro,
Veyras d’autreis assaus;
E petaras b’enque/o
Coumo en-quatre-vingt-naü !
Per t’adoubà, etc.
Quante venguèt quatre-vingt-douge,
Que pertout sounèt lou tocsen,
Souldat couïfat d’un bounet rouge,
Moun aïeul ero al prumié reng. (bis)
End’el à la frountièro
Frètereis l’ennemi ;
L’y tournaras b’enquero.,
N’en sabeis lou cliami.
Per t’adoubà, etc.
— 7i —
As segut l’ancien Bounaparto
Que, quante n’avian pus lou saii,
S’anàvo fà paya la carto
Aus reys que d’el avien tant paü. (bis)
Tu sès uno relico,
Tu qu’as vî, vieil canou,
Lou soulel en Africo,
La nevejo à Moscou!
Per t’adoubà, etc.
Durmias, quan das-a-liuét-cent-trento
Te tirèt de toun loun repau ;
Hujan tourserit ta destento
En tiran saus municipaus. (bis)
Per fà pausâ la cliico
Ad’aquel qu’ausario
Supà la Repubüco
Sès b’aqui per un cop!
Per t’adoubà, etc.
La Gleijo de Sem-Peyre
De la gleijo, qu’avio Sem-Peyre per patrou,
Resto mas un tuquet, oun ledro e l’aubérou
Serven de roupo verdo à las peyras tendudas,
Que touto uno tribu d’engraùzolas paurudas
A preïs per se chabi sans cap de permissiou.
Lou temp a respecta quel moudelou de quayreis
Oun venen s’amarà lous ’batéous daùs peschayreis
Que l’avisen toujour en grando dévouciôü.
Perqué?... Sabès-doun pas, higounaus, que Sem-Peyre
Quante, pel prumié cop, Jésus anèt lou veyre,
Ero al bord de la mer, à leva soun tramai.
Lous peschayreis, dempey, volen segre sa traço,
Car saben qu’estan de lour raço,
Sem-Peyre lour vol pas de mal.
Yôu, nou sey cap de bri, mensoungié de naturo.
Vau vous racountà l’aventuro
Arribado ad’un sacristen,
Quante la Gleijo, auro eybouliado,
Ero enquero bien capelado...
Y a plo del temp d’aco, plo del temp... plo del temp!
Escoutas :
Un mati jous la voûto embluyado,
Lous ligots argentas lusissien gayre pùs;
— 76 -—
L’albo, tras l’horizoun éro enquero clucado,
E l’un auvio tindà la cleucho deybranlado...
Pertan, qu’éro pas l’Angélus !
— Y-a pauso que lou jal a chantat dins la jouco,
Mïano, n’auveis pas caqueta nostro clouco ?
Me semblo que lou jour blanquejo al fenestrou;
Entendi campanà pel lo messo prumièro,
Ay bel me vestî sans lumière,
Ay plo bel me preyssà, me pressarey pas prou !
Entai, disio Ramoun, à sa fenno Mïano,
Ramoun, perlo daus sacristens;
(S’en troubèt de bous en tous temps
E jamay s’en perdre la grano.)
— Vay, neci, çou faguèt la fenno en badaillan,
Co n’ev pas lou bau-lin-bau-lan,
De la grando cleucho messèiro;
Sein mas à l’Angelus, Ramoun :
A janouls, e fay ta prière,
Si senteis... d’en avey besoun!
Nostre home nou voulguèt ré creyre,
E, sans fà lou mendre poutou
A la paubro Mïanetou,
Devers la gleijo de Sem-Peyre
Coureguèt aux grands quatre saus.
Quan fuguèt arribat, troubèt la gleijo soulo;
Couchan-n’en, çou dicèt, d’alandà lous pourtaus.
Mas pev.... (co li deguèt dounà la char de poulo
E lou fà trimoulà trevsso à la flêch daus piaus !
— 77 —
Ero en facio d’uno horro foulo
D’escaletas ajanouliats;
Un prestre éro à l’autar paupignan lou calici,
Que d’ordinari sert al divin sacrifici •
— Vène, çou li faguèt, d’esperenço sey las ;
Auro qu’ay l’ocasiou de tène ma proumesso,
Vouldrias grô me servi la messo?
■— Farey-be, de segur, sey home del Boun-Diou,
Respoundèt Ramounet, qu’éro pus mort que viou.
Aleydoun, un gran luminari
Plo fasch per emblaujâ lous ceuls del sacristen,
Li mounstrèt may d’un mort pléja dins soun suzari,
Viel linçol peillandrou, deyramat pel lou temp.
Lou prestre al tour del col, se boutèt uno estolo,
E, virât vel l’autar : « In nom inc patris....
Marmouneguèt b’ental forço autreis moûts latis
Que çoumprendrien la gen que soun nats à l’escolo,
Ou be lous cousiniés que soun nats à Paris.
,
Quan la messo fuguèt finido,
Quittèt sa raubo beneysido ;
E nostre paubre sacristen
Veguèt be que qu’éro un fantôme,
Uno vouas li disio : « Brave home,
« M’en vau nâ, Sem-Peyre m’atten ! »
« As paü de yôu, perque me crange?
« Me van bouta douas alas d’ange
« A yôu que hier éri dannat.
« Auro, à la fi de moun martyre,
« Avant de parti te vau dire
« Perque à la fi s’ey perdounnat :
« Tous lous prestreis menteurs lou diable lous escofio!
« Y-a be quatre cents ans que d’aquesto parofio
« Eri curé. Vey-qui qu’un malhurous pacan
« M’éro vengut prejâ de li dire, en pagan,
Uno gourlo de messo
« Per soun payre enterrât, me souvem pas quan ;
« Tengueri be l’argent, mas noun pas ma proumesso;
« Jamay cap de péchât resto sans puniciou.
« Lou curé mort deguèt pagâ pel curé viou.
« Quatre siécleis e may sey vengut per attendre
« Calque viven qu’aguès coumo tu, lou cœur tendre;
« E que m’aydesse à fâ la divino ôuraciou ;
« Sès vengut à perpau, me trijavo de veyre
« Au-deley de la porto ounte veillo Sem-Peyre. »
Aco dit, moun curé se changèt en nivoul.
E tout aquel argat d’espestreis à janoul,
Per si jayre dejous, sounleveren lour balmo....
E dins la gleijo bouydo e calmo
Lou sacristen se troubèt soûl!...
Lou Chastel de Çoumarco
—-------
M’èri perdu péous boys, fasio negre deijà,
E nou sabio pas trop ounte poùrio couïjâ :
En-lay, cap de fournel, en-lay, cap de fumado;
E, dins mous sendaréous, degun de la countrado
Que m’indique un oustal, ounte poudey loujâ !
A la fi, supenden, à travers las fouillargeis,
Veguèri, d’un chalel, blanquejâ la clartat :
M’en anèri d’aquel coustat.
Per daus termeis bien nauts, per daus vallouns bien
[largeis,]
Pangoussèri b’un pauc dins forço gaùliassous;
Me fissèri plo prou péous randaus, péous bouyssous,
Mas anfin arribat, troubèri minjâ, béouré,
E poudio, pel la nœut, tounâ, venta, may pléoure,
Dins un paubre oustalet èri bien al eialat ;
Eri chas un ancien souldat,
Vieillard houneste, autan que paubre,
Que parayssio counten de poudey me reçaubre;
Estabè, jaseran en fan forço chabrols,
Avan de nous n’anas jayre dins lous linçols ;
El, ni yôu, degun s’eynoujavo;
E la prôvo : Deï'jà lou jal cacaracavo,
Que la soum m’avias pas fach fâ de badailhols.
— 8o —
Après m’avey countat may d’uno vieillo historio,
Talo que lou léti que se chanjo en agnel
E que se fay pourtà pel bergié d’un troupel,
Ou bé quelo del Drach, qu’avès dins la memorio,
Si n’aguès pas fach nœut, quan sès vengut eyci,
D’un chastel appelât lou chastel de Coumarco.
Disen, qu’aus revenants, quel chastel sert d’abri.
La fillo d’un segnour, qu’autreis cops l’habitavo,
Aymavo un chivalié digne de soun amour;
De soun coustat tabe, lou chivalié l’aymavo ;
Quel galant, per malhur, plasio pas al segnour.
Aleydoun, courno fà pel la fi se veyre ?
Mas l’amour ey jinious may qu’un poûrio jou creyre,
E se sert de la nœut, quante n’a pas lou jour.
Quan soun payre durmio, la gento doumeyzèlo,
Piano-à-piano mountavo à la nauto tourèlo
Qu’ey pincada al mitan d’aquel gran bastimen ;
Allumavo un flambe!, qu’en-jay-loun alucâvo.
Soun amourous, que la gueytavo,
El, éro aqui, dins un momen
E lou poun dé fer se bayssavo.
Mas cal home, eyci-bas, pod fixa lou bounhur?...
Mas soun chaval lou mèno à l’estang de la Béouno,
E la Béouno. engloutis l’home, may lou chaval !
<
Belcop de bravo gen, dempey quel ser fatal,
An vis, quan rajo al ciel uno luno esparado,
Uno oumbro à la tour del chastel
Secoudre un funèbre flambel ;
Un fantôme, à chaval, traverso la vallado,
Vay toumbà dins la gourgo e jièto uno badado,
Qu’empli tout lou valloun ;
Uno vouas que se plan, tristamen li respoun.....
Vous que m’avès aûvit, si voulès pas jou creyre,
Al clar de luno, un ser, poudès bè j’anâ veyre !
LOU COUJOU DEL ROUMIOU
(ou LOU Chïvalié lou Diablh)
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Mourdu pel temp e pel la rouillo,
Jous lou? rocs de l’Eschaleyrou,
Oun van broustâ la chabro e l’ouillo,
Lou viel chastel de la Firouillo
Mostro soun negre pounchirou.
Mas, dins quel troz de niou que resto,
N’y-a pus cap de noble vautour :
— « Tu qu’as quinze ans e chambo lesto,
« Passo, sans deyvirâ la testo,
« Degun te gayto de la tour ! »
En lours froumageis blans, quan las Morivalésas,
Sus la testo, al mati, pourtan lour panieierou,
A la villo, s’en van, souletas, pel la gresas,
Eylas n’an pus pati d’esse ou segudas ou présas
Per calque féoùdal layrou!
Pèlerins e merchands, auro n’an pus à crange
Lou chivalié Lou Diable, en traversan lou val.
Diou que volt, qu’à la fi, lou mal en bé se change
En l’an quatre-vingt-nau moustrèt à soun archange
La Firouillo de Morival.
Coumo la veritat la mensounjo s’eybruto :
L’ifernal chivalié passo per esse mort;
Mas un diable mort pas coumo uno bestio bruto,
N’y-a que penden l’hiver auven jauliâ sa muto,
E î’auven, el, sounâ del cor.
N’y-a que cresen que c’oy lou ven fouillet que buffo,
Ou bé las gruas del Nord que van vers lou Méjour,
Ou la locomotivo, end’uno vouas plo ruffo,
Que, passait pel pais oun se culî la truffo,
Se play de li dire bounjour !
Que n’en pensas ? Per yôu, sey gayre loun de creyre
Que l’archange de Diou n’eyrenèt mas un pauc
Lou diable; aguès degut l’espoutî coumo un veyre;
Lous diableis, aljourd’heuy, se fan pus gayre veyre
Noumas à la gen que n’an paü.
Aquel de Morival, per nâ fâ sas tournadas,
Chauzis toujour las nœuts sans luno e sans ligots ;
Lou viel chabrié Girou, que porto un fay d’annadas,
Dit que, tout en touchait sas bestias tétinadas,
L’a troubat ntay de quatre cops.
Se change à voulountat. L’auvirias que besèlo
Coumo un paubre agnèlou que chas-si trobo pas.
Malltur à qu lou seg ! Bergièro ou doumeyzèlo
Trobo, de soun hounour, à dire uno parcèlo,
Quante s’entorno sus sous pas!
C’oy Girou que jou dit; e Girou s’eymagino
Que c’oy lou Chivalié que buffan saus vignaus,
Enlèvo à l’eyntayen sa grappo purpurino,
Quedonno al bla la rouillo, aus vedéous la mouyrino,
Arnay la gourmèlo aus chavaus.
Co pôurio b’esse vray! Vôli vous n’en dire uno,
Que creyreis si n’avès pas l’esprit de bingoy.
Escoutas m’un momen, e saureis ço que co’y :
Ey questioud’un roumiou qu’avio pas fasch fourtuno;
Vouyajavo en so fillo, alerto, joïno, bruno;
E vey-qui qu’uno nœut se perderen pel boy.
« Payre, lous sendaréous per eyci soun pauc largeis;
« Lou gran chalel de Diou, clucat tras las nivoul,
« Nous guido cap de bri, demey tan de fouillargeis;
« Si poudions nâ pus loun, troubarian calquas bargeis;
« Mas, qu sab paubre payre, ounté soun lous rastouls?
« Sès alacat, e yôu de fatiguo m’ajaci ;
« Boutan nous jous un roc, e fasan nous un jaci
« Prou mouflé per poudey, jusqu’al jour, nous pausâ. »
Lou viel li respoundèt : « Anan eyci passa
Questo bouchardo nœut; e si vois, ma droulicho,
Ensemble minjaren calqueis taillous de micho :
Co nous faro ôubludâ la fome, amay lou temp.
Courno parlavo entai, end’un vol incertem,
Forço auzéous tenebrous foulastraven dins l’oumbro :
Lous tays, qu’éren surtis de lour clusaillo soumbro,
Mesclaven lour raunado al ginglamen que fay
Entendre lou renard, aquel vesi del tay.
La drollo se tenio, près del viel, rancougnado ;
Un eyliausi, segut d’uno grando tounado,
A sous œuls espantis moustrèt, co fay frémi,
Qu’eylo e soun paubre payre éren sul bord d’un gouffre.
— Sent dins l’Eschaleyrou ! çou faguèt lou roumiou,
En sarran, dins sous bras, la drollo que tramblavo.
Si nous resto un péchât, quélo esprovo nous lavo ;
Co’y Diou que j’a voulgut, chai prejà lou boun Diou !
E, miel que jou farien ni mounjo, ni vicari,
Se boutèren, tous dous, à dire lour rousari.
Mas demenentre que lous grus
Del Pater à \’Ave passaven,
A travers lous jarris fourras,
De palas clartats se glissaven.
Bien léou la luno pareguèt,
E, sabès-vous ço que venguèt
Daus roumious, troubla la priéro?
Un gran chaval, dins l’esclarzièro,
Per un gran cavalié mountat,
S’aviajavo de lour cousta,
Fasan flissounâ sa crinièro !
Lou jayan, jucat sul chaval,
Badavo end’uno vouas, qu’auvit tout Morival :
« Senti car frescho e batejado,
Aï!
Quante serio miel estujado
La troubaray! »
;
Cresès-vous que la drollo e soun payre froujaven?
Lou chaval avançavo, avançavo toujour;
Mas,quan fuguèt jostroéous,faguèt dous ou treis tours :
Sentio qu’aquelo gen prejaven !....
Lou chivalié Lou Diable (aco’ro el, lou penlan !)
Per lous veyre éro bien à lan :
— Quès-aco? — Nous vesès pélérin, pélérino,
Per vous servi, segnour, venen de Foumpeyrino,
Respoundèt lou roumiou, que trimoulavo un pauc.
— Respoundès courno chai; semblorio qu’avès paü,
Se veïs bé, paubre viel, que me eouneysès gayre ;
D’uno fillo qu’ey bravo, un respéto lou payre.
Ounte anas, e qu’avès dedins vostre bissac ?
- Segnour, ma fillo e yôu tournavan à Mevssac,
E pourtan dous coujous pleïs d’aygo beneizido.
Nous n’anirens taléou que l’albo sera eyzido;
Filareis bé tout soûl, vostro fillo me play,
Çou faguèt lou demoun, en remudan lou chay ;
Apey, boutan sul viel, sa grando ma crouchudo,
L’agarrèt pel l’espanlo e lou lancèt bien loun....
Adrenlen, jous lous rocs, un auvit l>a-da-boim !
Toujour, de nostre sort, co’y Diou sôulque decido...
Quan veguèt, dins lous flots, aquel home nadâ,
Lou Diable, en vrai dannat, se boutèt à credâ :
Remercio toun coujou, plé d’aygo béneyzido !...
La filleto aleydoun, empougnan soun coujou,
S’en servit coumo d’esparsou;
E, sans li damandâ, ni quan val, ni quan costo,
Lou chivalié, may lou chaval,
Gagneren vistamen, en davalan la costo,
La Firouillo de Morival.
FAISANT SUITE A LA “ COMTESSE DE MONTIGNAC
PARUE EN 1872
Note 1. — Quelques écrivains donnent à notre héroïne le titre
de vicomtesse. Nous nous garderons bien de leur prouver que le
seigneur de Montignac, au xn» siècle, était bel et bien un comte, de la
vieille maison Talleyrand, connu sous le nom d’Archambaud. Ce
serait vouloir faire preuve d’une érudition qui nous manque.
Notre ville natale porte le nom de Montignac-le-Comte, proba
blement parce que le château, dont elle relevait jadis, appartenait à
un comte.
Cet argument, pour n’être pas concluant, n’en est pas moins
significatif. Cela nous suffit.
Nous avons essayé de peindre les mœurs du moyen âge dans un
dialecte qui descend en ligne directe du roman méridional, parlé
aux anciennes cours d’Aquitaine, et notre modeste travail n’a aucune
prétention historique.
Note 2. — Maëns, fille du vicomte de Turenne, naquit au
château de ce nom, dans le Bas-Limousin.
Note 3. — Allusion à la poule un pot promise et jamais donnée
par Henri IV.
Ce paillard, qu’on surnomma le père du peuple, apparemment à
cause des nombreux bâtards qu’il avait semés aux quatre coins de
son royaume, fit décapiter le maréchal Gontaut de Biron, notre
compatriote.
Le grand capitaine périgourdin fut pourtant moins coupable
que cet autre maréchal, à qui la République chaîn e ci rhumatisante
de 1872 fournit un splendide logement, dans l’avenue de Picardie.
La vaillante épée de Biron avait été l’instrument principal de la
gloire du Béarnais.
Aussi, loin de ratifier l’arrêt précipité du parlement, l’opinion se
montra-t-elle très-hostile; à ce point que les bourreaux jugèrent
prudent de perpétrer leur œuvre de sang dans une cour de la
Bastille. Une chanson patoise chantée dans nos contrées, et répandue
à profusion dans tout le Midi, faillit mettre en péril la puissance.de
l’ingrat et hypocrite Bourbon : preuve évidente que nos pères ne
méprisaient point la langue du berceau, comme affectent de le faire
nos modernes mirlitlores.
« l'n lournel ».
Note 4. — Ce mot n’est certes plus usité dans le patois des
bords de la Vézère. Pourtant nous n’avons point cru faire de néolo
gisme en l’employant.
La chose ayant disparu, le mot a dû, par conséquent, se perdre.
Mais personne, croyons-nous, ne nous blâmera de l avoir ressuscité :
Le mot français tournoi se traduit :
En Espagnol, par torneo, pluriel, torneos.
ïtoman, torney, pluriel, torneys.
Valencien et Mavorquin, tornel, pluriel, lorncls.
Patois Sarladais, tourne!, pluriel, tournéinis.
Comment un simple démoc-soc, comme ils disaient à la rue de
Poitiers, a-t-il pu connaître, sans l’étudier, l’idiome de Valence et
de Palma, qui a un air de parenté très accusé avec la langue romane?
Demandez aux affreux bandits de Décembre, qui nous ont fait faire
les voyages de désagrément, que les nouveaux confesseurs de la foi
républicaine sont en train d’opérer aujourd’hui.
Nous avons été très-surpris, en débarquant à Palma de Mavorque, d’entendre parler un langage que les paysans de notre pays
comprendraient assurément beaucoup mieux que le français.
La classe agricole et ouvrière de l’île connaît à peine le castillan.
Aussi nous sommes-nous régalé de patois; le périgourdin était com
pris du mavorquin, et réciproquement.
Nous aurions pu, à la rigueur, prendre ces braves insulaires pour
des compatriotes, n’eût été leur pantalon phénoménal, lequel ne
diffère guère de ceux portés par nos bretons bretonnants.
Note 5. — Le comte de Toulouse, le duc de Bretagne et le roi
d’Aragon, disputèrent longtemps au troubadour d’Hautefort l’amour
de la belle Maëns.
(Manuscrits de la bibliothèque nUtionale, il" 2701).
« Lus truchus del Coly ».
Note 6. — Le Coly, charmant petit ruisseau sillonnant les
riantes prairies de la vallée sud-est de Coudât, prend sa source au
hameau de La Doux, commune de St-Amand, canton de Montiguacle-Comte, arrondissement de Sarlat.
Aujourd’hui, les truites du Coly, très-estimées des gourmets
sarladais, sont accessibles au commun des martyrs; tandis que, au
moyen âge, truites et ruisseau étaient la propriété exclusive des
moines de l’abbaye de Saint-Amand.
Le clergé et la noblesse ne se sont jamais, que nous sachions,
jeté la pierre : on doit donc trouver très-simple et très-vraisemblable
(pie ces délicieux poissons (les truites) aient figuré au festin d’Archambaud.
Ce nom de La Doux, que le ruisseau conserve jusqu’au village de
Coly, où il prend ce dernier nom, nous remet en mémoire une
observation philologique, qui doit naturellement trouver ici sa
place :
— 9i —
Selon XL Dessalles, notre savant et laborieux compatriote, le mot
Dolz signifie source; on devrait écrire et prononcer La Doutz et non
La Doux, comme on le fait mal à propos.
La ville du Hague est baignée à sa base par un ruisseau limpide
el abondant, qu'on appelle La Doux (1). Le village de La Douze, dans
l'arrondissement de Périgueux, tire aussi son nom d'une source :
Dot:.
____________
Moun bel ami, quan voï me vcscis pas...
Note 7. — La dame Tibors de Xlontausier, jeune et jolie ba
ronne de la Saintonge, était une troubadouresse peu ordinaire. Ce
dernier vers 11'est que la traduction presque littérale d’une cansû,
qu’elle adressait à son bien-aimé.
Comme preuve, nous citerons les deux vers suivants :
Iiel doit- amies qu'eu soven no us vezes,
Ni une no fo sasos r/ne m'en penlis...
Beau doux ami, qui souvent 11e me voyez,
Jamais ne fut saison que (je) 11’en aie souffert.
Nous ignorons le nom de l'heureux mortel qui avait pu gagner
ses bonnes grâces ; mais nous 11e serions pas éloigné de croire que
ce fut Hugo de Labaehellerie. Ce troubadour dit qu’elle « était dame
de grand mérite, pleine de franchise et de courtoisie, trouvant bien
et savante ès-lois d'amour.
Aussi la prit-elle souvent pour juge de ses tensons, sortes de
dialogues rimes roulant sur des futilités, dont la galanterie de
l’époque faisait des matières fort sérieuses.
La jeune vicomtesse de Comborn n’était guère moins habile à
trouver des vers... et des amants.
Que me fugues degvii't del ehami de l'Iionnour,
Note S. — 11 est certain que le libre échange 11'est pas une
trouvaille moderne et démocratique, puisque les honnêtes gens, les
amis de la famille, le pratiquaient en grand au moyen âge.
Tel baron, qui s'enamourait de la femme du comte ou baron son
voisin, ne trouvait pas mauvais que ce dernier se donnât corps et
âme à la sienne.
Les nobles châtelaines se seraient cru déshonorées si elles
n’avaient pas eu au moins un bel ami à consoler. Ce n’était pas pour
rien du reste qu’on nommait ces êtres privilégiés îles chevaliers
serva nts.
Nous aurions pu inventer un tenson, dans lequel plusieurs
troubadours auraient donné tour à tour leur avis sur une question
frivole, comme c’était l'usage dans les tournois des xn 'et xnrsiècles.
Nous avons préféré, pour mieux garder la couleur du temps, et
reproduire plus fidèlement le caractère de Bertrand de Boni, lui
faire dire des vers qui, en quelque sorte, lui appartiennent.
(1) Histoire du Bugue, page 1.
I
— 92 —
Nous citons le texte roman par nous imité dans la première
-strophe. Les deux dernières strophes sont également un reflet des
sirventes du troubadour périgourdin :
« Una domna qu’es fresq’e fina,
« Cuenda e guaie e mesquina,
« Pel saur ab eolor de robina,
« Blanea pel cors com flor d’espina,
« Sai ieu al) un entendedor;
« I’er que me son lauzars sabor,
« E vol mais paubre vavassor
« Que comte ni duc gualiador
« Que la menés à dezonor. »
(Bertrand de Boni, manuscrits de l'Arsenal, M. D.)
En tâchant de remettre en lumière la figure un peu trop oubliée
du belliqueux troubadour périgourdin, nous avons cru accomplir un
devoir filial.
N’est-ce pas lui qui contribua le plus à secouer la suzeraineté
des rois anglais et assurer l’indépendance de nos pères ?
Ce patriote avait pour le roi de France le sentiment d’aversion
que les vrais patriotes français éprouvent aujourd’hui pour Guil
laume, Bismarck et tout ce qui sent le lifrelofre.
A ce titre, inclinons-nous et saluons sa mémoire.
Nous tenons à dire, en terminant, aux nombreux Babous qui
voudraient proscrire le néo-roman et ses mille dialectes parlés par
des millions d'hommes : Si les hommes du midi aiment à parler
patois, n’ont-ils pas toujours agi en français à l’heure des grandes
revanches ?
Nous sommes entièrement convaincu que la propagation du
français, l'unité nationale du langage, n’ont rien à perdre dans le
maintien des idiomes méridionaux. Caïn devrait donc laisser Abel
en paix.
Tandis que les pays qui nous avoisinent, le Limousin, le Poitou,
la Gascogne, le Languedoc et surtout la Provence, protestent par une
foule d’écrits en vers et en prose contre la funèbre prédiction des
Cassandres littéraires, nous voyons avec regret le Périgord rester
étranger à ce grand mouvement, qui a pour but, nous ne dirons pas
la résurrection, mais la conservation du patois (patriœ lingua).
N’en déplaise à nos amis, nous voilà passé consernaleur. Puisse
notre tentative réveiller la muse de notre vieil ami Magne, qui
n’habite pas Trélissac, mais les hauteurs démocratiques de Beau
mont.
Quant à M. Thévenard, on assure qu’il chante encore, mais qu’il
ne veut pour confidents que les âpres rochers de Domine. Aurait-il
vu l’ombre du sénéchal, ce fameux devancier des préfets à poigne,
qui défendait aux Dommois de chanter? Pour éloigner cette ombre
funeste il est un moyen bien simple, que nous indiquerons pour rien
à notre ami : il n’a qu’à évoquer Elias Cavrels, Aymeri et Bousset,
trois ombres lumineuses!... Aujourd’hui, eee i n a plus peur de cela;
les rayons font la nique aux ténèbres.
BIBLIOTHÈQUE
DE LA VILLE
DE PÉRIGUEUX
TABLE DES MATIERES
Jules CLÉDAT (Notice) .
Avis Essentiel.
La Coumtesso de Mountignac
Après Vendegnas . .
L’Arzémo...................................
L’Auzélou...................................
Py-lou-Fol.............................
A Moussu L. J. .
L’Abeillo-Mayre.......................
José Yparaguire.......................
Lou Pont...................................
Aux Candidats Bounapartistas
Mestre Jacque.......................
Lou Grel e la Chijalo .
La Voto de Sem-Pey .
Pierre lou Pichillou
A moun ami M...oun.
La Vezero...................................
La Margoutillo.......................
Lou Fanchayre .......................
Moun Païs.............................
Lous Pans de naz ....
Al Roussignoulet ....
Lou Labourayre ....
Na-nay-soum-soum.
Lou Méis de May ....
Aux Electours.......................
L’Hiver...................................
Lou Sufrage universel.
Moun Fusil.............................
La Gleijo de Sem-Peyre .
Lou Chastel de Couniarco .
Lou Coujou dcl Roumiou.
v
KOKATA
Lire page 84, à.la 26e ligne:
A sous œuls espantis moustrèt, co fay frémî,
Qu’eylo e soun paubre payre éren sul bord d'un goufre.
Un auvio, jous lous rocs, la Vezero jumî,
E l’air èro tout plé d’uno vapour de soufre....
Fait partie de Poésies, chansons & légendes patoises
