FRB243226101_MZ_3.pdf
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Ce fut un jour d’été ; le grand maître des maîtres
Quitta le paradis pour tout voir, tout connaître.
A ses pieds il voyait, du haut du firmament,
Tout l’univers entier et la terre tournant.
Pendant qu'il était là dans cette promenade,
11 vit dans un recoin la lune en embuscade.
Elle se reposait, tout en clignant de l’œil,
Et sa face fardée était pleine d’orgueil.
Malgré sa tête chauve et sa large figure,
Elle croyait surtout avoir beaucoup d’allure ;
Et le ciel s’éclaircit, du jour c'est le réveil.
L’éternel, devant lui, voit venir le soleil ;
Et s'adressant à Dieu, ce grand Dieu qu’il honore,
Il dit : « Mon doux Seigneur, je vous prie et j’implore
» De vouloir me donner une épouse aux yeux doux,
» Et je serai pour elle un bien fidèle époux.
» Oh ! de grâce, Seigneur, exaucez-moi mon rêve !
» Car il revient toujours et jamais ne s’achève !
» J'y pense tous les jours ; un astre comme moi
» Désire une compagne et je serai son roi. »
Le bon Dieu, souriant, accède à sa demande :
« Sois fidèle, surtout, je te le recommande.
» Soleil ! j’ai ton affaire, et tu seras content.
» Pour un tel mariage, il faut être constant ;
» Je vais te la nommer : cette fille est la lune.
» Malgré son teint blafard, elle n’est pas commune ;
» Et tu vas l’épouser sans argent ni trousseau,
» Et vous serez heureux comme des tourtereaux.
» Vous aurez
des jaloux de voir votre ménage
«
» Être si bien d'accord, sans jamais de nuage.
» Tu ne diras pas non V Mon conseil est compris ?
» Voilà, c’est ainsi fait, et vous êtes bénis. »
Mais, quelques jours après, le soleil dans l'espace
Rencontre l'étemel et dit ce qui se passe
{
Entre sa femme et lui : « Cè qui fait son malheur,
■» C’est qu’elle est une épouse excentrique et sans cœur ;
* Il faut, c’est mon devoir, et je dois tout vous dire :
» C’est un vrai cache-cache, et qui ne fait pas rire.
» C’est par monts et par vaux, enfin je ne sais où,
» Qu’elle s’en va la nuit courir le guilledou.
» Cette course nocturne est pour moi ridicule :
■» J’en augure un amour que son cœur dissimule
-» Et j'en reste pensif, taciturne et rêveur !
» Je ne sais pas comment maîtriser ma douleur f
» Je suis navré. Seigneur, de ma triste rencontre ;
» C’est un vrai cauchemar qui nuit et jour se montre.
» Pourtant, je suis aimable et l’éclaire toujours ;
» Pour elle, rien n'y fait, elle fuit mon amour 1
» Quand je vais me coucher, c’est elle qui se lève
» Et m’abandonne ainsi le reste de la nuit !
» Moi qui suis le soleil, alors que je me lève,
» C’est elle qui se couche et mon amour s'enfuit !
» Voilà, mon doux Seigneur, les exploits de ma femme.
» Je ne veux plus la voir, elle est nulle pour moi !
» Cette lune de miel ne séduit pas mon àme,
» Et j’en suis malheureux, je le dis sur ma foi ! »
« Que faut-il faire, alors ? répondit Dieu le père :
» Le divorce, vois-tu, l’Église le défend ;
» Mais moi, par mon pouvoir, je puis te satisfaire :
» Reprends ta liberté, le ciel sera content 1 »
« Merci, merci, Seigneur 1 Je n’ai plus cette femme,
» Cette femme sans cœur, au caractère altier !
» Je n’aurai plus ce frein, qui flétrissait mon âme,
» Et mes songes, du moins, seront plus printaniers ! »
Achille AUCHÉ,
Lauréat des Jeux de l'Eglantine, des Annales de Paris
et des Jeux Floraux du Languedoc.
(Tous droits réseroés)
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Un gendarme vit un chasseur
Qui se cachait dans la broussaille ;
11 le prit pour un maraudeur
Qui, sans permis, chassait la caille.
II ne le perdit pas de l’œil,
Et pour ne pas perdre sa trace,
Aussi preste qu’un écureuil
II eut bientôt franchi l’espace,
Et doucement, à p$s comptés,
Prés du délinquant il s’approche
Et lui dit d’un ton de fierté :
— Votre nom ? et pas d’anicroche !
— Mon nom ? Je m'appelle Renard,
Pour vous servir, foi d’honnête homme.
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Ayez pour moi le même égard,
Vous, que je prends pour gentilhomme ;
Car vous l'êtes ; votre regard,
Tout dit dans votre fière mine
Que vous êtes — ça se devine —
Le digne émule de Bayard !
Mon compliment est bien sincère ;
Il est en tout point mérite ;
Vous êtes dans la prévôté
Un soldat comme on n'en voit guère !
— Mais, qu'est-ce à dire, nonobstant ?
Dit Pandore d un œil farouche.
Voyons ce permis, à l’instant !
Votre embarras me parait louche !
— De permis ? Mais je n’en ai pas 1
Dit le chasseur ; je me repose
Ici ; ce n’est donc pas le cas
De me verbaliser sans cause 1
— Ah I vraiment, vous vous reposez 1
Et sans rire vous me le dites !
Mais, braconnier, vous me mentez !
Votre action est illicite !
Pourquoi ce fusil sous le bras ?
Pourquoi rester en embuscade ?
C’était pour qù'on ne vous vit pas,
Et pour dire : Passez muscade !
Vous ne comptiez pas sur mon flair,
Ni sur ma vue extra-perçante ;
Et j’arrive comme un éclair
Pour vous prendre dans cette attente.
Donc, je dresse procès-verbal
Pour ce délit judiciaire : ’
Article du code pénal,
Chapitre neuf pour ces affaires,
Et pour ce fait conjectural,
De mon autorité, je signe
Mon nom : Livarot, dit la Guigne,
Gendarme à pied, non à cheval.
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Mais, j'ajoute le nécessaire :
Voyons, votre signalement !
De par la loi, je vais le faire,
Surtout, qu'il soit très ressemblant :
La tête T.... une étrange citrouille
Couverte de cheveux tombant.
Les yeux, sont des yeux de grenouille
La bouche n’a plus que trois dents.
Le nez, un pied de marmite
Et retroussé légèrement.
La figure, une pomme cuite,
Ma foi, rouge comme un piment.
Et comme barbe, une barbiche
Pareille au bouc du colonel.
Voilà, mon ami, votre fiche,
Fiche correcte et sans appel.
D’après la loi, je dois tout mettre,
Vous dépeindre dans mon rapport;
Ensuite, vous faire paraître
Devant le juge Grognefort ;
C'est un homme des plus terribles,
Il ne parle que de prison ;
Tous ses jugements sont horribles :
C'est le cachot ou pendaison.
Mais moi, gendarme débonnaire,
Je saurai bien l’amadouer
Pour qu'il ne soit pas trop sévère
Envers vous pour vous accabler,
Et je pourrai, par ma clémence,
Adoucir votre infraction,
Je vous l'assure, sans jactance,
Vous sauver de la pendaison.
— Mais, dit Renard, quelle déveine
D’être pris bien innocemment
Dans ce bois où je me promène
Comme un simple délassement.
J'ai du guignon, la chose est sûre,
Quelqu’un m’en veut, c’est un rival ;
De la chasse, c’est la clôture,
Je n’ai vu qu’un procès-verbal.
— Je m’en fais gloire, dit Pandore,
De découvrir les braconniers
Dans le fond du bois que j'explore
Moi, tout seul, simple brigadier.
Pour moi, je vais trouver ma femme,
Ma pauvre femme, une Junon 1
Qui toujours de mes yeux s'enflamme
Quand je reviens à la maison..
Puisque vous m’écoutez, malgré votre déboire,
Ecoutez ce qu’on dit pour atteindre la gloire f
Ça ne sera pas long,
On ne dit que le nom.
Je rentrais vers le soir ; alors ma chère Estelle
Me dit sur un ton le plus doux :
Je vais t’apprendre une nouvelle
Et qui va t'étonner beaucoup.
Tu sais, le gendarme Pontable V
Est promu garde du harem !
C'est bien honteux ! C’est déplorable !
D’avoir fait choix d’un tel gardien !
C’est lui qui doit garder les femmes,
Même en l'absence du Sultan ;
• C’est étonnant, je le proclame,
Et je dois dire, sur mon âme,
Que Pontable est un fier ruffian !
Là-bas, la place est redoutable ;
On vous surveille tout le temps.
Si le Sultan vous croit coupable,
C’est le gibet, et l’on vous pend.
Toi, Livarot, reste tranquille,
Ne cherche pas d’emploi pareil ;
Toi seul ici, dans notre ville,
Tu es ma gloire et mon soleil 1
Achille AUCHÉ
Sur l'immense océan, dans ces grottes profondes,
Où plus d’un phénomène habite au fond de l'onde,
C'est sur cet océan, qui reflète les cieux,
Que de nombreux dauphins paraissent à nos yeux.
Leur corps est tout couvert d écailles jaunissantes,
Tout parsemé d'azur aux couleurs éclatantes.
C'est un vrai corselet cerclé de feuilles d'or,
Et des perles d'argent rehaussent le décor.
En plongeant tour à tour, c'était là leur coutume,
Ils soulèvent des flots avec beaucoup d’écume.
Et puis ce sont des jeux d'un genre curieux,
Où l'on voit les dauphins qui s’amusent entre eux.
Et tous environnaient le beau char d’Amphitrite,
Que des chevaux marins entraînaient à leur suite.
Et plus blancs que la neige ils couraient sur les eaux,
Fendant Fonde salée en soufflant des naseaux.
Et leurs yeux enflammés, et leurs bouches fumantes,
Lançaient d’épais brouillards sur la mer mugissante.
On voyait derrière eux, dans un vaste sillon,
Des remous clapotants, en nombreux tourbillons.
Le char de la Déesse était tout en ivoire
Et tout garni de pourpre et de soie et de moire.
Elle tenait toujours en main son sceptre d’or
Et guidait les coursiers sans peine et sans effort '.
Et d’une blanche main laissait flotter les rênes
Sur les chevaux marins qui menaient cetteReine.
Son air majestueux semblait un beau rayon
Qui donnait la splendeur à son auguste front.
Et ses beaux cheveux d'or, encadrant sa figure,
Etaient pour cette Reine une belle parure.
Et l’éclat de son teint, sous ce couronnement,
«
Nous produisait l’effet d’un bel enchantement.
Elle avait des yeux bleus, une bouche divine,
Un sourire enchanteur, qui charme et qui- fascine !
Comme une apothéose, en son char gracieux,
Elle avançait toujours sous un ciel lumineux.
Son front était orné d’un riche diadème
Donné par son époux, le Dieu des mers lui môme.
Oui, c’était son époux : Neptune et son trident,
Qui parcourait les mers, malgré l'onde et le vent.
Plus belle que Vénus ! Plus belle qu’une étoile !
C’était l’astre du jour qui brillait sous son voile.
Elle avait A ses pieds de tout petits amours,
Qui faisaient son orgueil en égayant sa cour.
Et son fils Pamélon, dans les bras de sa mère,
Regardait les amours, qui savaient le distraire.
Sa mère, en souriant, fascinait tous les cœurs ;
Sa grûce et sa beauté inspiraient le bonheur.
De l'empire des mers, elle était la plus belle ;
D’une beauté sans fard, c’était le vrai modèle.
Les vents séditieux se calmaient à sa voix ;
Le calme se faisait, partout, tout à la fois.
Et tout autour du char, des Nymphes assemblées,
De guirlandes de fleurs elles étaient parées.
Ayant l’épaule nue et le dos le plus blanc,
Leurs beaux cheveux pendaient, flottaient au gré du vent.
Et le char en glissant sur cette mer immense,
Sur le miroir des eaux lentement se balance.
Neptune et son trident conduisait les chevaux ;
Le char semblait voler sur la face des eaux,
Et non loin d’Amphitrite, on voyait des Sirènes
Qui répétaient en chœur de belles cantilènes ;
C’élait pour réjouir cette Reine et sa cour
Qu’ensemble elles chantaient des triolets d’amour 1
De ceS couplets charmants et tout pleins d’allégresse,
Qui ravissaient le cœur de la belle Déesse.
En soufflant dans leur conque, on voyait des tritons
Qui les accompagnaient même surlous les tons ;
Et les sons se mêlant à la voix des Sirènes
Charmaient l’ûme et l’esprit de cette souveraine.
Tout n’était que gaîté ; la trompette en sonnant
Réjouissait la cour de tous ces airs charmants.
Pour la Reine des mers, la divine harmonie
Se mêlait dans les airs : son fime était ravie.
Une voile de pourpre enveloppait le char,
Un chef-d’œuvre des Dieux, qui frappait le regard 1
Et les petits Zéphyrs, soufflant à perdre haleine,
Pour gonfler le vélum qui couvrait la carène.
Puis, Eole empressé dans le milieu des airs
Faisait taire les vents du fond de l’univers.
Et le fier aquilon, à la voix de son maître,
De ces lieux enchantés, bien loin va disparaître.
Et le char d’Amphitrite, éclairé du soleil,
Semblait un trône d’or d’un éclat sans pareil.
Dans le flux et reflux produit dans l’onde amère,
Soudain de gros bouillons surgissent d’un cratère.
Au milieu de l’écume, on voit flotter sur l'eau
Des êtres curieux sur la face des flots.
Et les monstres marins, les immenses baleines,
Sortent du fond des mers pour admirer la Reine.
Achille AUCHÉ.
(Tous droits réservés).
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Une puce disait un jour
A l'éléphant, gros mastodonte :
Quand vous marchez d'un pas si lourd,
Votre dégaine me fait honte ;
Dans un cirque, quand vous rentrez,
Votre corps a Pair d'une masse.
Cet embonpoint exagéré
Vous gêne pour changer de place 1
Avec vos pieds sur un tonneau,
Vous faites le tour de la piste ;
Vous vous croyez un grand artiste !
Mais ce jeu là n'est pas nouveau.
Tout ça, dit la puce maligne,
N’a rien qui puisse nous charmer :
D'un éléphant ce n’est pas digne ;
On a tort de vous acclamer !
Je suis loin d'avoir votre taille ;
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Je n'ai pas votre majesté ;
Mais s'il fallait livrer bataille,
Vous verriez mon agilité !
Sur vous, j’ai de grands avantages
Que chacun voudrait bien avoir :
Je m'introduis dans les corsages,
Cela, sans qu’on puisse me voir.
Sur le corps d'une jeune fille,
Serait-elle nonne au couvent,
C'est là que je vais, je sautille,
Pour moi, c’est un amusement !
Sur son épaule ou son sein rose,
Coussin que je trouve bien doux,
Quand la nuit vient, je m'y repose :
Je sais que je fais des jaloux !
Parfois, d'une main on me chasse :
Du sein, je vais sur le genou.
Encore là je me prélasse,
Me promenant un peu partout !
Soit de la brune ou de la blonde,
Je choisis toujours le teint frais :
Est-il quelqu'un qui soit au monde
Plus heureux que moi ? Non, jamais !
Presque tous les hommes m’envient
D’être au festin toute ma vie !
Ils sont jaloux de mon bonheur
De me voir sur un jeune cœur ;
Mais, surtout, ce qui les agace.
C'est ne pouvoir- être à ma place
Pour savourer Je suc divin
Depuis le soir jusqu'au matin ;
Mais pour y tâter, mes beaux sires,
Non, jamais vous n’aurez Pal mire !
Tandis que moi, vrai Lucullus,
Je pr ends mes repas chez Vénus !
Pour m’endormir, toujours je dîne
Sur- un beau corps que je lutine
Je suçote un sang incarnat :
C’est un mets des plus délicats.
Et du sang vermeil qui me grise,
Tout mon corps bientôt s’électrise,
Et je saute par-ci, par-là,
Comme danseuse à l'Opéra.
D’être si leste et si gentille,
C’est inné dans noire famille ;
Nous marchons toujours en avant
Et rien n'arrête notre élan.
L’éléphant, quoiqu'on puisse dire.
N’est qu’une masse qui fait rire !
/
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Moi la première, en te voyant,
Je lève la tête en riant.
De dépit, tu veux en ta trompe
Me saisir ; mais moi je te trompe :
Je lais un bond, saute à côté,
Et le voilà bien attrapé !
Tu me cherches pour me détruire,
Mais moi vite je me retire,
Et. sur ta tête avec élan
Je bondis là comme un tyran !
Oui, sur ta tête moi je trône ;
Je n'ai pas peur qu'on me détrône.
Tu voudrais bien, mais halte-là !
Pas mèche, mon gros, pour celà !
Oh ! je sais bien qu'avec ta botte
Tu me réduirais en compote;
Mais moi, fine comme un renard,
Je me tiens toujours à l'écart.
Donc, le vrai bonheur sur la terre
Est d'être puce comme moi :
Je vis dans le plus doux mystère
Et suis plus heureuse qu’un Roi !
Tout ça, lui répond le colosse,
Est un langage bien plaisant ;
A t’entendre, dans une noce
C’est toi qui sert d'amusement ?
Dois-je bien croire ta parole,
Petit insecte malfaisant ?
C'est la défaite d'une folle !
Ton discours est trop arrogant !
Tandis que moi, parfois, je porte
Sur mon dos, dans un palanquin.
Des femmes qui servent d'escorte
A quelque puissant souverain.
D’autres fois, c'est une Odalisque
Qui me caresse de sa main !
Par elle, jamais je ne risque
D'être frappé, c'est bien certain.
Jadis, quand on faisait la guerre,
On nous plaçait au premier rang;
Depuis, chacun nous considère
Tous comme de tiers conquérants ;
Mais toi, tu n’es qu'une pécore,
Qu'un insecte vil, un tyran !
Dès que l'on te voit on t'abhorre,
On te chasse, être malfaisant !
Tu viens la nuit troubler un songe.
En réveillant celui qui dort,
Et cela n’est pas un mensonge,
Pour agacer, voilà ton fort !
Tes manières sont détestables !
Tu tracasses même l’enfant !
Oh ! tu n’es qu'une misérable 1
Je te le dis, foi d'éléphant !
Tu mérites plus que la corde
Pour te punir de tes exploits :
Tu sais que sans miséricorde
On t’écrase entre les deux doigts !
Quand les puces, ces parasites,
Viennent vous faire une visite,
N'ayez ni pitié, ni remords :
Sans hésiter, votez leur mort !
Achille AUCHÉ,
Lauréat des Jeux de l'Eglantine, des Annales de Paris
et des Jeux Floraux du Languedoc.
(Tous droits rèscroés)
Non loin de ces coteaux que baigne la rivière,
Des hommes d’autrefois sont là, dans la poussière.
Je suis au milieu deux comme un témoin vivant ;
Pour moi, leur souvenir est toujours émouvant.
Dans la nuit du passé, je plane comme un songe ;
Du bonheur d’ici-bas, je ne vois que mensonge.
Où sont ces empereurs, ces puissants triumvirs ?
Il n'en reste plus rien, que vagues souvenirs !
En ai-je vu souvent, des hommes magnanimes,
De ces grands généraux, de ces hommes sublimes
Qu’on portait en triomphe ! Et plus tard, plein d'émoi,
Je voyais défiler leur superbe convoi.
Mais que reste t-il donc de cette vaine globe V
Même leur souvenir se perd dans la mémoire.
Et des siècles passés le temps efface tout ;
De ces blocs de granit, les débris sont partout.
Le voyageur frappé de ma masse imposante,
Cherche dans son esprit ce que je représente :
Serait-ce un mausolée ? Un tombeau décrépit ?
De ma tremblante voix, écoutez ce récit :
... De l'antique Vésone, au front couvert de gloire,
Je suis la vieille tour. Je connais votre histoire.
J’ai vu bien des revers et de brillants exploits
Où souvent le vainqueur n’avait pas tous les droits ;
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Dans l'ancienne cité, que d'assauts fratricides.
Que de combats sanglants et que d'hommes perfides,
Les gardes sur les tours et sur les parapets
Surveillaient chaque nuit, tous étaient aux aguets.
Soudain des bataillons, des hommes pleins d’audace.
Sont au pied des remparts pour en forcer la place ;
Baliste et catapulte et dards et javelots,
Tout est prêt pour l'attaque autour des charriots.
De tous ces fiers guerriers j’ai dominé la rage ;
Je résiste au bélier, je résiste ù forage.
Des travaux des Romains je porte le cachet;
La preuve en est partout, de la base au sommet.
Des injures du temps j'ai bravé les outrages,
Et des hommes aussi les impuissants ravages.
Je suis depuis longtemps le palais d'Osiris.
On en voit tous les jours de bien nobles débris.
Autour de moi, j'avais colonnes et portiques,
Les pavés et les murs ornés de mosaïques.
Le vandale a détruit et frise et chapiteau ;
Tout reste mutilé de ses coups de marteau.
Dans les grands jours de paix, j’avais comme parure
De riches boucliers en guise de ceinture ;
Je conserve toujours, de ce précieux décor,
De très longs clous de fer où pendait ce trésor.
Constantin a voulu renverser ma croyance,
Mais il n’a pu lutter contre ma résistance ;
Une très large brèche est faite dans mon flanc,
Dont les murs étaient tous garnis de marbre blanc.
Je date de César, conquérant de la Gaule;
Mon temple fut bâti comme le Capitole.
Sur l’esprit du païen, j’avais même pouvoir;
J’étais tout son idole et j'étais son espoir.
Dans son amour divin pour le dieu qu'il contemple,
De guirlandes de fleurs il pavoise mon temple.
Ce dieu est Osiris, le grand roi du soleil,
Isis en est l’épouse au rayon sans pareil.
L’encens brûle ù l’autel, emblème d'allégresse,
Pour le dieu qu'on adore ainsi que la déesse.
C’était dans mes beaux jours, j’avais bien deux cents
Alors que les Gaulois étaient tous mes croyants, [ans,
Les païens prosternés et tous pleins d'espérance
S'adressaient à Isis, imploraient sa clémence,
Venaient lui demander au pied de ses autels
D’exaucer tous leurs vœux en ces jours solennels.
De leur religion en qui chacun espère,
Réunis, tous en chœur, chantaient cette prière :
O Cybèle des Grecs, chère Anna Perenna (1),
Beau rayon de lumière, éclaire la Cel!a !
Nul mortel jusqu'ici n'a soulevé ton voile.
Plus belle que Vénus, plus belle qu'une étoile,
Fais-nous par ton pouvoir, nos armes à la main,
Triompher avec gloire en vrai soldat païen.
Par de très joyeux chants on célèbre la fête,
Jeunes gens et vieillards, tout le monde s'apprête ;
Nombre de curieux envahit les remparts
Pour la course aux chevaux et la course des chars.
Les chemins sont couverts d'une foule nombreuse
Venant de toutes parts à la fête joyeuse.
La trompette en ce jour sur les coteaux voisins
Vient l'apprendre à l'écho qui le chante aux ravins.
Et le chef, revêtu de l'armure de guerre,
Est acclamé partout d'un élan bien sincère,
(1, Sœur 4e Diilon et nymphe du fleuve Numicius. Le peuple romain
-éleva un temple à cette déesse et instituu une fête eu son honneur.
Marche très noblement, avance le premier,
Le casque sur la tête orné d'un beau cimier.
C'était pendant cinq jours grandes réjouissances,.
Partout jeux variés qui se mêlaient aux danses.
Le peuple, inassouvi de divertissements,
Court, vole à d'autres jeux pour ses amusements.
Le fier lutteur est prêt, le voilà dans l'arène :
Dans le grand pugilat, il lutte à perdre haleine,
L’adversaire tombé prévoyant son trépas
Se déclare vaincu par un signe du bras.
Les applaudissements dans l'arène athlétique,
Partent de tous côtés en transpor t frénétique ;
Une belle couronne, en feuilles d'olivier,
Est remise au vainqueur tout couvert de lauriers.
De ces temps reculés, je garde la mémoire ;
Exhumant le passé, j'y retrouve ma gloire.
Chaque siècle pour moi fut faible en son effort ;
Mais à l'homme toujours il apporta la mort.
Chacun de vous s'incline en voyant mon grand âge.
Oh ! que j’ai vu souvent s'amonceler l'orage
Qui frappait à mes pieds tous ces fiers conquérants,
Et tout autour de moi je voyais des mourants !
Ces hommes, en tombant dans l'horrible carnage,
Gardaient jusqu'à la fin un très noble courage,
Mais avant d'expirer, et d'un dernieiX-egard,
Vers moi portaient les yeux pour revoir l’étendard.
Dans un dernier soupir, d'une mourante flamme,
Demandaient à leurs dieux de recevoir leur àme.
Les Gaulois ne sont plus, leur poussière est partout.
Vous avez tous passé : moi, je reste debout !...
Achille AUCHÉ
OU DE LA GENTE FAMILLE DES GALLINACÉES
C’était par un beau jour, un beau jour de printemps !
La joie était partout, et le soleil levant
Venait, de ses rayons, dorer chaque lleurette,
Et les oiseaux chantaient : c’était un jour de fête.
Dans un sentier fleuri, bordé d'un clair ruisseau,
On voit venir de loin une grande affluence :
Ce sont les invités qui viennent pour la danse,
Qui déjà se prépare à l’ombre d'un ormeau.
Le premier qui parait est un dindon de race ;
Un jeune fanfaron, qui fait glou glou 1 glou glou !
Ses compagnes de près, toutes suivent sa trace,
Se dandinent et font leur singulier frou frou !
Les voilà, bavardant, sous un épais feuillage.
Chacune, avec envie, attend son beau danseur.
De son bec, avec art. elle unit son plumage
Pour paraître plus belle aux yeux de son valseur.
Le quadrille commence, et partout est la joie.
Le beau coq prend la poule et le dindon prend Poie.
Pour musique, ils avaient leurs cris qui, se mêlant,
Produisaient dans les airs un effet discordant. •
Et les petits poussins, autour de la pintade.
Tous, à la queue leu leu marchaient en enfilade.
Pour la première fois qu’ils allaient dans un bal,
Cela les amusait. C'était au carnaval.
Le paon faisait la roue, étalant son plumage
Comme un magnifique apanage.
Les dindonneaux et canetons
Sautillaient, marchaient tous en rond.
Dans l’enchevêtrement d’un galop frénétique,
Le désordre se fait, tout devient drolatique.
On entend quelques cris, des plaintes, des soupirs,
Et même une autre dit : vous me faites rougir !
Le bal battait son plein, et l’étrange assemblée
Par quelques coups de bec était déjà troublée.
La plume était partout, elle jonchait le sol,
Et le léger duvet dans l’air prenait son vol.
Un beau pigeon ramier s’enfuit à tire d'aile,
Suivi de ses amours la tendre tourterelle.
Après l'entraînement d’un fougueux tourbillon,
On commence aussitôt le truc du cotillon :
C'est la danse des œufs, de distance en distance
On doit valser autour pour une récompense.
Et les jeux sont variés ; chacun propose un tour,
Et dans ce peuple ailé tous se parlent d'amour.
Six dindes, dans un coin, faisaient tapisserie.
La plus vieille ronflait, elle était endormie.
Et sa voisine, alors, en grommelant disait :
Je crois que ces danseurs sont tous des paltoquets !
Je vois même mon fils, tout près d'une poulette,
Qui fait son orgueilleux en lui contant fleurette.
J'en suis abasourdie, et c’est bien curieux
De voir ce dindonneau faire ainsi l'amoureux.
Mais que peut-il lui dire en ce doux tête-à-tête ?
Lui qui ne connaît pas la couleur de sa crête.
Eh ! ma chère voisine, aujourd’hui les enfants
Connaissent les couleurs autant que leurs mamans.
La poulette est ma fille, et votre fils près d'elle
Apprendra mille tours et mille bagatelles.
La quatrième.commère, en entendant ces mots,
Dit : Tous ces pique-grains vont troubler mon repos !
Je ne supporte pas ces couples pêle-mêle
Qui ne sont pas d’accord et toujours se querellent.
I/un veut toujours valser, d’autres ne savent pas,
Et dans cette mêlée, ils ne s'entendent pas.
El ce groupe emplumé, qui cherche ù se distraire,
Leurs entrechats boiteux ne font que me déplaire.
J'en ai la tète lourde ; elle est comme du plomb,
Et je sens la sueur qui perle sur mon front.
Ah ! ce n’est plus le temps, quand nous ail ions sur l'herbe
Courir et folâtrer dans un élan superbe.
Et toujours, près de moi, j'avais mon amoureux,
Qui me disait je t'aime, en faisant les doux yeux.
Une dinde a du cœur ! Le poète nous chante !
Il suit qu’en fait d'amour nous sommes fort galantes.
11 dit, dans ses écrits, dépeignant notre cœur,
Que nous sommes sur terre un trésor de bonheur !
Aussi, les amoureux se battaient pour nous plaire.
Leur pugilat pour nous était des plus sincères.
Ils nous portaient des fleurs, toujours en souriant;
C’était ù qui mieux mieux ferait son compliment.
Puis, c’était des chansons d'une si belle gamme,
Qu'un seul de ces refrains faisait pâmer notre âme !
æt par couple de deux, nous allions dans les bois.
Ils nous parlaient d’amour, mais à bien douce voix.
Et de leur doux propos, notre Ame était ravie !
Adieu ! temps regretté de la galanterie !
Disait Tune d'entre elles en poussant un soupir !
Oh ! non, ce n'est pas gai, mes enfants, de vieillir !
Si je me trouve, ici, c'est pour garder ma lille !
Mais ce n'est pas pour voir un monde qui sautille.
Où sont donc les neiges d’antan ?
Oh ! que mon cœur était content !
Vous souvenez-vous bien, vous, ma chère voisine ?
Quand nous dansions sous l'églantine :
Une œillade à propos, lancée avec douceur,
Nous plongeait dans l'extase et nous touchait le cœur.
Pour moi, comment puis-je le dire :
•Ce n'était que bouquets, ce n’était que sourires,
Et tandis qu’aujourd'hui, cherchant à plaire encor,
On nous tourne le dos. Adieu, bel Age d'or !
morale
:
Toute déception,
Saigne et brise notre Ame
El n’est qu’allliction
Pour le cœur de la femme !
Achille AUCHÉ
( Tous droits réseroês).
-
-
., ■ . • «J
<
?
J’ai rêvé cette nuit à la blanche aubépine,
Aux pavots du sommeil mon esprit se dérobe
Au printemps tout en fleurs, à la rose divine.
Et me voilà debout en même temps que l'aube.
Dans le fond du vallon, le rossignol chantait;
L'horizon empourpré m'annonce un beau matin :
Tout dans le sombre bois respire la gaîté.
Tout invite au plaisir; je monte dans le train.
Un sentiment bien doux règne dans toüt mon être :
Nous étions presque seuls : une femme charmante
C’est l'idéal bonheur que'mon âme voit naître ;
Etait là près de moi, couverte d'une mante.
Un envoyé des cieux pour calmer tous les maux,
Elle tenait un livre ouvert sur ses genoux
Qui fait chanter l'amour, même aux petits oiseaux ;
Que son regard plongeait avec des yeux bien doux.
Et ce gazouillement, et ce tendre murmure
Je me sens fasciné d'un amour le plus tendre
Se répètent partout, partout dans la nature.
Et je ne sais pourquoi, je ne puis m'en défendre ;
Jusqu'au fond de nos cœurs le charme en est si pur
El d'un regard furtif mes yeux se sont portés
Qu’il est doux comme un ciel au riche bleu d’azur.
Sur ma belle inconnue et divine beauté.
Il me semble, du ciel, qu’on m'a jeté l’étoile
Ses yeux sont de velours, sa bouche une cerise,
Tous briguent son amour en voyant ses appâts.
Qui viendra rehausser l’éclat de cette Reine ;
Qui parait devant moi couverte d'un grand voile.
Et son éclat vermeil me charme et m'électrise.
Phaéton s’approcha, ruisselant de lumière,
Ménélas très touché de voir de si beaux yeux.
Cette étoile est la femme aux yeux si langoureux
Je suis comme un enfant qui voit le premier jour,
L'inonda de clarté d'un jet de sa paupière,
Il lui promet son cœur des plus affectueux ;
Que déjà tout mon cœur en était amoureux.
Timide et n'osant pas avouer mon amour.
Et ma compagne alors, brillante de splendeur,
Il veut tout oublier, même sa chère Hélène,
Du rayon de ses yeux mon àme était ravie ;
Que ne suis-je Adonis pour être aimé par elle
Avait dans son maintien une chaste candeur.
Il me semblait renaître en me donnant la vie.
Et pour vivre à côté d’une femme si belle !
Jupiter fasciné, longuement la contemple,
Dont il fut malheureux, autant qu’il s’en souvienne.
I
Mentor la conduira, la tenant par la main,
C'est un feu qui s’allume et qui ne s'éteint pas,
Tisser des jours heureux d'un éternel printemps,
pvgmalion lui-même imite son exemple.
Vers des plaisirs champêtres oû l'amour est certain.
Mais qui devient brûlant quand on voit ses appâts.
Voilà le vrai bonheur envié de tout temps.
Pan jouant de la flûte aux accords si parfaits,
-•
Dans ses airs langoureux chante tous ses attraits ;
Les autres soupirants pour l'amour de la belle,
Et mon àme bercée en cette douce ivresse
D'après ce qu'on a dit, ils vont tirer l’échelle.
Eprouve le plaisir d'une tendre caresse.
Mais, à la vérité, bientôt surgit un songe,
Narcisse en souriant d'un beau geste l'acclame ;
Pour moi, c’était le ciel et tout le firmament,
Et mon esprtt frappé dans un rêve se plonge.
En lui donnant son cœur, il lui dépeint sa flamme ;
Tous les dieux de l'Olympe, en ce galant tournoi,
Car tout me souriait dans cet heureux moment.
Elle est déjà bien loin ; je la crois près de moi
Icare lui promet un voyage aérien.
Voudraient n’être plus dieu pour en être le roi.
Itien qu'en la regardant, sa figure m'enchante :
Et nous allons partir pour un galant tournoi.
Loin des regards jaloux, dans un pays lointain ;
Même simples mortels, sans escorte et sans armes,
C'est un amour naissant sur machine roulante.
Nous montons dans les airs, bien haut, parmi les voiles}Léandre fait valoir tous grands ses avantages ;
Cet amour grandissant est plein d’émotion ;
C'est là que nous planons au milieu des étoiles.
Apollon sa beauté, Hercule ses ouvrages ;
Mais ce qu’ils n’auront pas, quel que soit le vainqueur.
Pour elle j'ai déjà comme une passion.
Enfin nous arrivons au céleste pourpris ;
ÏVulcain veut lui donner comme un rare trésor
C'est le doux souvenir qui reste dans mon cœur.
Mon cœur, dans ce combat, est percé d’une flèche
Nous tirons le cordon : le portier est surpris.
Des bijoux martelés d'un grand prix, tout en or ;
Et ce bon souvenir, croyez-le bien, madame,
Que lance cet amour de sa main rose et fraîche ;
Avant de nous ouvrir, vite il sonne la cloche,
Pour son auguste front, un riche diadème
Est l’idéal bonheur qui brûle dans mon àme 1
Et le voilà joyeux ; il rit d'être vainqueur ;
Et quand il a sonné, près de nous il s’approche.
Mais les yeux que je vois calmeront ma douleur.
Il est tout ahuri de nous voir en ces lieux ;
Ce mal est un plaisir, c’est mon cœur qui l’assure,
Mais qui puis-je annoncer dans ce palais des dieux V
Que ce baume divin guérira sa blessure;
K Tous droits réseroês)
Et j’éprouve une joie ineffable en mon cœur
Dites que c'est Vénus Aphrodite elle-même,
Quand je vois son beau front où siège la candeur.
Ou tout au moins sa sœur, digne d’un diadème.
C'est très bien, et je cours : attendez un moment,
Le train marche toujours; mon âme est en délire
Et je vais prévenir l'assemblée à l’instant.
Et jouit du plaisir que cette femme inspire.
Nous rentrons dans l’Eden, ce paradis terrestre,
Belle comme un beau jour, cet astre radieux
Dont les lambris dorés sont l’écho d'un orchestre.
Est comme un rayon d'or qui brille dans mes yeux.
Me voilà dans l'Olympe, heureux de faire voir
Ses longs cheveux crêpés encadrant sa figure
Cette nouvelle Muse à l'œil d'un si beau noir.
Sont pour cette beauté d'une riche parure.
Tous les dieux réunis, en voyant cette femme,
La couleur de son teint, sous ce couronnement,
Sont transportés de joie et chacun d'eux l’acclame ;
En fait tout le divin, produit l’enchantement.
Et pour la posséder, que ne feraient-ils pas !
r
Pour avoir son amour et vivre sous ses charmes;
Achille AUCHÉ.
Il me semble, du ciel, qu’on m’a jeté l'étoile
Ses yeux sont de velours, sa bouche une cerise,
l'ous briguent son amour en voyant ses appâts.
Qui viendra rehausser l'éclat de cette Reine ;
Qui parait devant moi couverte d'un grand voile.
Et son éclat vermeil me charme et m’électrise.
Phaéton s’approcha, ruisselant de lumière,
Ménélas très touché de voir de si beaux yeux.
Cette étoile est la femme aux yeux si langoureux
Je suis comme un enfant qui voit le premier jour,
L'inonda de clarté d'un jet de sa paupière,
Il lui promet son cœur des plus affectueux ;
Que déjà tout mon cœur en était amoureux.
Timide et n'osant pas avouer mon amour.
Et ma compagne alors, brillante de splendeur,
Il veut tout oublier, même sa chère Hélène,
Du rayon de ses yeux mon âme était ravie ;
Que ne suis-je Adonis pour être aimé par elle
Avait dans son maintien une chaste candeur.
Dont il fut malheureux, autant qu’il s’en souvienne.
Il me semblait renaître en me donnant la vie.
Et pour vivre à côté d’une femme si belle !
Jupiter fasciné, longuement la contemple.
Mentor la conduira, la tenant par la main,
C'est un feu qui s'allume el qui ne s'éteint pas,
Tisser des jours heureux d’un éternel printemps,
Fygmalion lui-même imite son exemple.
Vers des plaisirs champêtres où l'amour est certain.
Mais qui devient brûlant quand on voit ses appâts.
Voilà le vrai bonheur envié de tout temps.
Pan jouant de la flûte aux accords si parfaits,
Les autres soupirants pour l’amour de la belle,
Dans ses airs langoureux chante tous ses attraits ;
D'après ce qu'on a dit, ils vont tirer l’échelle.
1
El mon âme bercée en cette douce ivresse
Eprouve le plaisir d'une tendre caresse.
Mais, à la vérité, bientôt surgit un songe,
Narcisse en souriant d'un beau geste l'acclame ;
Pour moi, c'était le ciel et tout le firmament,
Et mon esprtt frappé dans un rêve se plonge.
En lui donnant son cœur, il lui dépeint sa flamme ;
Tous les dieux de l'Olympe, en ce galant tournoi,
Car tout me souriait dans cet heureux moment.
Elle est déjà bien loin ; je la crois près de moi
Icare lui promet un voyage aérien.
Voudraient n'étre plus dieu pour en être le roi.
Rien qu'en la regardant, sa figure m'enchante :
Et nous allons partir pour un galant tournoi.
Loin des regards jaloux, dans un pays lointain ;
Même simples mortels, sans escorte et sans armes,
C'est un amour naissant sur machine roulante.
Nous montons dans les airs, bien haut, parmi les v ilesjLéandre fait valoir tous grands ses avantages ;
Cet amour grandissant est plein d’émotion ;
C'est là que nous planons au milieu des étoiles.
Apollon sa beauté, Hercule ses ouvrages ;
Mais ce qu’ils n’auront pas, quel que soit le vainqueur.
Pour elle j'ai déjà comme une passion.
Enfin nous arrivons au céleste pourpris;
Vulcain veut lui donner comme un rare trésor
C'est le doux souvenir qui reste dans mon cœur.
Mon cœur, dans ce combat, est percé d'une flèche
Nous tirons le cordon : le portier est surpris.
Des bijoux martelés d'un grand prix, tout en or
Et ce bon souvenir, croyez-le bien, madame,
Que lance cet amour de sa main rose et fraîche ;
Avant de nous ouvrir, vite il sonne la cloche,
Pour son auguste front, un riche diadème
Est l’idéal bonheur qui brûle dans mon âme 1
Et le voilà joyeux ; il rit d'être vainqueur ;
Et quand il a sonné, près de nous il s’approche.
Mais les yeux que je vois calmeront ma douleur.
Il est tout ahuri de nous voir en ces lieux ;
Ce mal est un plaisir, c’est mon cœur qui l’assure,
Mais qui puis-je annoncer dans ce palais des diei
Pour avoir son amour et vivre sous ses charmes;
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Achille AUCHÉ.
Que ce baume divin guérira sa blessure;
(Tous droits réserrés)
Et j’éprouve une joie ineffable en mon cœur
Dites que c'est Vénus Aphrodite elle-même,
Quand je vois son beau front où siège la candeur.
Ou tout au moins sa sœur, digne d'un diadème.
C'est très bien, et je cours : attendez un moment,
Le train marche toujours; mon âme est en délire
Et je vais prévenir l’assemblée à l’instant.
Et jouit du plaisir que cette femme inspire.
Nous rentrons dans l’Eden, ce paradis terrestre,
Belle comme un beau jour, cet astre radieux
Dont les lambris dorés sont l’écho d'un orchestre.
Est comme un rayon d'or qui brille dans mes yeux.
Me voilà dans l'Olympe, heureux de faire voir
Ses longs cheveux crêpés encadrant sa figure
Cette nouvelle Muse à l’œil d'un si beau noir.
Sont pour cette beauté d'une riche parure.
Tous les dieux réunis, en voyant cette femme,
La couleur de son teint, sous ce couronnement,
Sont transportés de joie et chacun d'eux l’acclame ;
En fait tout le divin, produit l’enchantement.
Et pour la posséder, que ne feraient-ils pas !
Un jour Jéhovah voulut faire
Une visite en ses étals,
Pour bien s’assurer si la sphère
Etait partout en bon état.
Elle est taciturne, rêveuse !
Plus d'engoûment, plus de gaité !
Et sa bouche n'est plus rieuse !
J'en suis même tout hébété.
Il descendit parmi les voiles
Qui planent dans le firmament.
C'est là qu’au milieu des étoiles.
Dans ce dédale, il trouve Adam.
Je veux la voir, où donc est-elle ?
Dit le bon Dieu tout souriant,
Pour savoir si son cœur l'appelle
A quelque tableau séduisant.
Alors, le bon Dieu lui demande
S'il est bien content de son sort :
Non, Seigneur ! l'honneur me commande
De reconnaître que j'ai tort.
Eve s’approche rougissante ;
Son cœur est plein d’émotion :
Je suis, Seigneur, votre servante
Toujours en adoration.
C'est bien ; mais votre légitime
Que fait-elle en ce moment?
Celle dont \ous fûtes victime
Dans une pomme en la mordant.
Depuis longtemps bien des poètes
Ont chanté mon départ des cieux
Et le charme qui se reflète
Sur mon passé mystérieux.
Et près de vous, dans vos voyages.
Ses désirs sont-ils satisfaits ?
Et faites-vous un bon ménage ?
A-t-elle tout ce qui lui plaît ?
J'ai vu bien des pays sauvages
Et des hommes de grand renom,
Et partout dans mes longs voyages
Tous les descendants de mon nom.
Seigneur ! Je ne puis vous le dire ’
Elle cache quelque dessein
Que je ne saurais vous décrire ;
Mais le fait est des plus certains.
Et de cela j'en suis fiére,
— A part quelques petits travers, —
D'être enfin la première mère
Du monde peuplant l'univers !
Je la trouve surtout morose
Et même froide à mon égard ;
C est du chagrin qu'elle me cause.
Ce n'est pas très bien de sa part !
J'ai vu, Seigneur, votre royaume,
Et d’étoiles tout constellé ;
Mais pour vivre heureuse, en somme,
Je voudrais voir Achille Auché.
Mais, Adam, jaloux de sa femme.
Lui dit d'un Ion peu rassurant :
Qu'ai-je entendu Y dites, Madame,
Ce désir est pour moi troublant !
Vous devez être sur la terre
Un ange du ciel descendu.
Et d'une conduite exemplaire :
Le vrai flambeau de la vertu !
Pourquoi donc vouloir voir Achille Y
Ne suis-je donc pas votre époux Y
Moi qui suis toujours si docile
Depuis que je suis avec vous.
Voilà ce que je dois vous dire
Et faites-en votre prolit.
Et ne vous laissez pas séduire
Par un mirage qui reluit.
Aussi, je ne sais qu’en conclure...
Votre goût me surprend beaucoup.
Je suis jaloux, je vous le jure,
Car j’en ressens le contre-coup.
Eve répond : Que puis-je dire,
Seigneur, à votre bon conseil Y
J’en soutire, c’est un vrai délire,
Et qui vient troubler mon sommeil
Mais Dieu dans sa bonté divine,
Leur dit : mes enfants, calmez-vous :
Je sais qu’une femme domine,
Par ses grâces, son cher époux.
C’était dans une nuit profonde :
Je rêvais à mon idéal.
Des nymphes dansaient à la ronde
Et je le voyais dans le bal.
Adam..., poursuivez votre route...
Et sur Eve fermez les yeux !
Car son penchant, c’est qu'elle écoute
Trop souvent des propos joyeux.
Bébé chantait le nom d'Achille,
Ce valeureux, ce fier soldat
Que l'on voyait d'un pied agile
Courir/lans’ces nobles combats.
Vous devez être débonnaire
Pour votre bien chère moitié ;
C’est votre amour, laissez-la faire,
Conservez-lui votre amitié.
EL cette chanson si guerrière.
Dites par la Nymphe des bois,
Me transportait, j’en étais fiôre
D'entendre une si belle voix.
Eve 1... Entendez bien ma parole !
Soyez docile à votre Dieu.
Ne soyez donc pas si frivole ;
Ecoutez-moi, vous ferez mieux !
Et ce chant transportait mon âme
Vers celui qui fait mon bonheur.
Depuis, une subtile flamme
Brûle el berce mon pauvre cœur.
Pour vous, ce n’est pas téméraire
De voir Achille en son foyer ;
Ce serait bien sûr pour lui plaire
Et par vos charmes l'enjôler !
Mais le bon Dieu, de ces paroles
D’Eve, il en fut tout étonné.
Je crois, dit-il. qu'elle s’affole ;
J'en suis moi-même consterné !
De grâce I chassez cette idée
Qui n’a rien de bien honorant
Pour une femme aussi bien née :
Epouse de l'illustre Adam 1
Pardonnez-moi ma folle envie.
Seigneur, qui m'avez pardonné,
Et ce sera toute ma vie
Le bonheur le plus incarné.
Doux Seigneur, dans votre demeure
Oû tous absous de leur péché,
Près de vous, un jour, à toute heure.
Je pourrai voir Achille Auché.
Achille AUCHÉ
à ÈVE rêveuse !
Adam se trouvant tète à tête
Avec son aimable moitié,
11 lui dit : ma chère poulette,
Pourquoi m'avez-vous mystifié V
Non, non, je ne veux pas me taire
Je vous dirais mon chapelet,
Qui ne sera pas pour vous plaire;
Mais il sera des plus complets.
Je veux d'abord vous le redire :
Vous rougissez, je le vois bien :
Votre époux souffre le martyre
De quelque bizarre entretien.
Je veux d'abord parler de l'autre,
Que j'appelle godelureau.
Ce séducteur, ce bon apôtre,
Qui chez moi trouble mon repos.
Eve répond, pour son excuse,
Que ce qui fait son grand bonheur
C’est d'un petit rien qu'on l'accuse
D'une chimère dans son cœur.
Mais monchéri, répondit Eve,
N'accusez pas mes sentiments ;
Dans mon cœur, cela n'est qu'un
Qui me berce bien tendrement.
Adam se fâche après sa femme,
Lui disant : Tu perds la raison.
C'est ton pauvre cœur qui s'enflamme
Tout en allumant le brandon.
Ce rêve ne peut pas vous nuire ;
Je ne voudrais pas l’achever.
C'est un Eden que l'on admire :
De grâce, laissez-moi rêver 1
Eteint donc ce grand feu qui brûle,
Qui dans ton cœur ne s'éteint pas,
Car tu me rends bien ridicule
Aux yeux de tous les bons papas.
C'est un plaisir qui me dorlote,
Qui me transporte dans les cieux,
Et même qui me ravigote
En me rendant le cœur joyeux.
Oh ! la chose est des plus certaines ;
J'y vois très clair en tes désirs;
Mais je dois supporter ma peine,
.Ne rien te dire et puis gémir !
Cette vision, dans ce songe,
Est l’avant-goûl du paradis.
Je voudrais même qu'il s’allonge
Et qu'il ne soit jamais fini.
i
Adam lui dit : même sans rire,
Votre rêve est pour moi troublant.
Vous ne pourrez le contredire,
Puisqu’il est à mon détriment.
Il mérite toute ma haine,
D’être la cause de mon sort
Je voudrais même qu’on l’enchaîne,
Je n’en aurais pas de remords.
Vous riez de mon air bonasse.
D’un époux qui ne voit pas clair ;
Mais votre conduite m’agace.
Sachez que j’ai beaucoup de flair.
Mais le lx>n Dieu, inaitre du monde,
Voyant qu’ils ne sont pas d'accord,
Après qu'il eut bien fait sa ronde.
Il remonte au ciel sans effort.
Je me rappelle, dans un songe.
Vous balbutiiez un nom chéri ;
Cela n'est pas un mensonge :
C’est vrai comme je vous le dis.
Adam, voyant Dieu disparaître.
S'incline en pliant le genou.
Joint ses deux mains et dit mon inaitre
Pardonnez un mari jaloux !
Je vous croyais un peu bigote,
Ne rêvant qu’à votre mari ;
Mais vous avez votre marotte
Qui me cause de noirs soucis.
Ma femme a des goûts bien bizarres;
Son penchant m’étonne beaucoup.
Je vois bien que son cœur s’égare
Et même brave mon courroux.
Vous savez bien qui je veux dire ;
Vous l’avez trop souvent nommé
Celui qui fait votre délire
Dans votre cœur tout enflammé.
Moi, je sais’bien que d’autres femmes
Ont comme lu mienne leur tort ;
Qu’elles ne craignent pas de blâme
Et ni même avoir de remord.
Donc, je suis sûr qu’avec Achille
La lune de miel passera ;
Alors, je serai plus tranquille,
Je pourrai dire Alléluia 1
Ne leur demandez pas la cause
D'avoir des goûts si saugrenus;
Elles diront que tout est rose
Dans leur amour entretenu.
Je ne vous croyais pas si folle
D’avoir des goûts aussi pervers;
Mais surtout ce qui me console
C’est qu’Acliille aura son revers.
Mais unjbeau jour, dans une brouille,
Bientôt leur nœud sera rompu,
Et patatras, vite on se pouille,
Adieu le serment biscornu.
Je saurai le mettre à la porte
Ce quidam qui fait mon malheur,
Et que jusqu'ici je supporte
En cachant ma grande douleur.
Mais pour le mari, tout s’arrange.
Après que l'orage a passé,
11 voit venir vers lui son ange,
Le cœur ému, même froissé.
11 partira, la chose est sûre,
Ni sans trompette ni tambour,
Et je laverai celte injure
Qui fut faite à mon amour.
La lune de miel recommence;
Pour lui, c’est la seconde fois
Qu’un umour a sa récompense
Devant Cupidon sans carquois.
Achille AUCHÉ
(Tous droits réservés;
LES CANONS DE LA CATHEDRALE
«— — — -o<?o
Les voilà ces canons qui lançaient la mitraille :
En fauchant nos soldats sur le champs de bataille.
Et nos morts en tombant, donnant leur âme à Dieu,
Disaient: c’est pour la France, en un suprême adieu,
Mais, nos poilus sont là, pour venger les victimes ;
Sans craindre le danger, la fureur les anime.
Rien, n’arrête l’élan de nos fougueux soldats,
Qui sont de vrais lions, dans l’ardeur des combats.
Et malgré le canon, qui, de toute part gronde,
Ils avancent toujours, ils étonnent le monde !
Seuls, les cris des blessés, la plainte des mourants,
Augmente la fureur de tous les combattants.
Ils sont là belliqueux dans l’horrible carnage,
Une invincible ardeur anime leur courage.
Et le boche en déroute, en leur montrant le dos,
Disait: oui, ces Français, ce sont bien des héros.
Et ces canons sont là, dans notre Cathédrale,
Comme un trophée en bronze, ici, que rien n’égale.
Ce butin glorieux, pris sur nos ennemis,
Restera notre proie, en ce temple béni.
Et nos petits enfants, en voyant cette masse,
Diront: c’est un de ceux qui nous viennent d’Alsace.
Et ce sêra pour eux, comme un pieux souvenir,
S’il leur fallait encore, aller vaincre ou mourir.
Et Périgueux est fier, dans cette circonstance, .
D’avoir dans ses vieux murs ce vaincu par la France.
Et vous, qui n’êtes plus, vos mânes de héros,
Planeront nuit et jour, sur le champs du repos !
Et tous, parents, amis, ou le fils ou le frère,
Sont couchés côte à côte, et dorment sous la terre !
Victimes du devoir, en cueillant des lauriers,
Ce fut votre destin, de tomber les premiers.
Mais, vous n’êtes pas morts! tous dans notre demeure,
Nous vous voyons partout, et sans cesse à toute heure !
Non vous n’êtes pas morts! oh ! non, mes chers amis,
Nous nous retrouverons, un jour au Paradis.
Achille AUCHÉ.
Adam lui dit : même sans rire,
Votre rêve est pour moi troublant.
Vous ne pourrez le contredire,
Puisqu’il est ù mon détriment.
Il mérite toute ma haine,
D’être la cause de mon sort
Je voudrais même qu’on l’enchaîne,
Je n'en aurais pas de remords.
Vous riez de mon air bonasse,
D’un époux qui ne voit pas clair;
Mais votre conduite m'agace.
Sachez que j'ai beaucoup de flair.
Mais le bon Dieu, maître du monde,
Voyant qu'ils ne sont pas d'accord,
Après qu'il eut bien fuit sa ronde,
Il remonte au ciel sans effort.
Je me rappelle, dans un songe.
Vous balbutiiez un nom chéri ;
Cela n'est pas un mensonge :
C'est vrai comme je vous le dis.
Adam, voyant Dieu disparaître.
S'incline en pliant le genou.
Joint ses deux mains et dit mon mailre
Pardonnez un mari jaloux !
Je vous croyais un peu bigote,
Ne rêvant qu'à votre mari ;
Mais vous avez votre marotte
Qui me cause de noirs soucis.
Ma femme a des goûts bien bizarres ;
Son penchant m'étonne beaucoup.
Je vois bien que son cœur s’égare
Et même brave mon courroux.
Vous savez bien qui je veux dire ;
Vous l'avez trop souvent nommé
Celui qui fait votre délire
Dans votre cœur tout enflammé.
Moi, je sais’bien que d'autres femmes
Ont comme la mienne leur tort ;
Quelles ne craignent pas de blême
El ni même avoir de remord.
Donc, je suis sûr qu'avec Achille
La lune de miel passera ;
Alors, je serai plus tranquille,
Je pourrai dire Alléluia 1
Ne leur demandez pas la cause
D'avoir des goûts si saugrenus;
Elles diront que tout est rose
Dans leur amour entretenu.
Je ne vous croyais pas si folle
D'avoir des goûts aussi pervers ;
Mais surtout ce qui me console
C'est qu’Achille aura son revers.
Mais unjbeau jour, dans une brouille,
Bientôt leur nœud sera rompu,
Et patatras, vite on se pouille,
Adieu le serment biscornu.
Je saurai le mettre à 1a porte
Ce quidam qui fait mon malheur,
Et que jusqu'ici je supporte
En cachant ma grande douleur.
Mais pour le mari, tout s’arrange.
Après que l'orage a passé,
Il voit venir vers lui son ange, •
Le cœur ému, même froissé.
11 partira, la chose est sûre,
Ni sans trompette ni tambour.
Et je laverai celte injure
Qui fut faite ù mon amour.
La lune de miel recommence;
Pour lui, c'est 1a seconde fois
Qu'un amour a sa récompense
Devant Cupidon sans carquois.
Achille AUCHÉ
(Tous droits réservés)
Toujours le châtiment doit couronner le crim6.
A. A.
A LA MÉMOIRE
de
VICTOR HUGO"’
Immortali.
0 Muse, éveille-toi, c’est un grand jour de fête :
Prends tes plus beaux atours, au Parnasse on s’apprête,
Et pour y prendre part, va, cours dans les jardins,
Cueille partout des fleurs, même dans les ravins,
Entrelace avec art ces guirlandes de Flore,
Qu’un soleil bienfaisant enlumine et colore ;
Des trésors du printemps, mis en gerbes de fleurs,
Fais valoir tout l’éclat de leurs riches couleurs,
Et tu les porteras au temple de Mémoire,
Pour fêter ce grand homme et rappeler sa gloire.
Au génie immortel, qui charme l’univers,
Brille beaucoup d’encens,dis-lui tes plus beaux vers,
Pince ta harpe d’or, et la corde sonore
Nous redira son nom, que notre cœur honore.
Ma Musc en s’éveillant,sortant d’un long sommeil,
Voit l’âme du poète éclairer son réveil,
Et de Victor Hugo, de sa voix douce et tendre,
Voici ce qu'elle dit, ce qu’elle fait entendre :
A l’âge où l’on s’amuse encore sur les bancs,
Hugo devient penseur, quoiqu’il n’ait que seize ans :
Le feu s'est allumé, déjà la flamme brille
Et l’on entend partout son esprit qui pétille.
Sa parole est facile, et le jeune héros
Commence ses écrits par Inès de Castros,
Moïse sur le Nil, de rustiques ballades.
Et les nymphes des eaux, Venus et les Naïades.
Il dépeint une reine au cœur plein de soupirs,
Recevant Fabiani, l’objet de ses désirs,
Ce vil aventurier, ce criminel infâme.
Qui de Mary Tudor est le rêve et la flamme.
(11 Ce poème a obtenu un deuxième accessit au Concours
ouvert par les Annales poétiques et littéraires et dont le sujet
imposé était : L'Eloge de Victor Hugo.
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D’un opprobre éternel ton nom sera flétri 1
Un cauchemar affreux, que la fureur anime,
Viendra te rappeler le nombre de tes crimes.
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Lucrèce Borgia, qui verse le poison,
Est un nouveau décor noirci de trahison ;
Pleine de cruauté, la vengeance moissonne
Par le subtil venin que cette femme donne :
Mélangé de baisers, le breuvage mortel,
A l’amant est versé d’un geste naturel ;
Et le crime et l'amour, couverts d’un voile sombre,
Se tiennentparlamain,marchenttou8 deux dans l’ombre.
Mais un nouvel amour, sincère, plein d’attraits,
Vient changer le tableau des horribles forfaits :
C’est l'amour inconstant de 2far«0M Delorme.
Qui pour son cher Didier en passion se transforme.
Le chantre si parfait vient passer tour à tour
Du fleuve des enfers, au céleste séjour.
C’est ainsi que sa muse, en vérité profonde,
Fait jaillir un éclair, et le tonnerre,gronde.
Sa verve allume tout, et la torche à la main,
Il dompte l’arrogance en lui mettant un frein.
Ce nouveau Michel Ange, au pinceau plein de flamme.
Flétrit, par sa couleur, une injustice infâme.
Par quelques traits de plume, avec facilité,
Il abat l’orgueilleux dans toute sa fierté.
Homme pétri de feu, qui berce, élève, embrase,
Il caresse l’enfant et sa colère écrase.
Il fait rire ou pleurer par de bien doux accords,
C’est la noire tristesse ou de joyeux transports.
Du théâtre au salon, de son art poétique,
Il séduit par les chants d’un poème héroïque.
Chacun est étonné de tous ses grands travaux,
Sur le vieux roc à pic, il bâtit scs châteaux,
Et du haut des remparts, il domine la plaine,
Et brave tous les traits, comme un grand capitaine.
On ne l’a jamais vu ramper à deux genoux,
Avoir des tons flatteurs, et saper en dessous.
Si parfois le regard d’un puissant l’effarouche,
De sa plume acérée, il l’attaque et le touche.
Il marche au grand soleil, et non en tapinois,
Pour tirer le cordon au portique des rois.
Quand son âme est emue au sein de l’injustice,
Elle sait maîtriser le bizarre caprice.
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Toujours le châtiment doit couronner le crime.
A. A.
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11 soulève le monde, et son crayon d’acier
Vient détruire un rempart comme un puissant bélier,
Il nous fait voir, passant, des gens de toute sorte,
Un défilé nombreux, une immense cohorte,
Et le prisme à la main, de ses rayons divers.
Sous mille aspects changeants nous montre l’univers.
C’est idylles sous bois ou danses de bacchantes,
Et sujets variés de peintures savantes.
Sa Muse a su tracer les sites enchanteurs,
Et son charme puissant est plen d’admirateurs.
Heureux, qui, dans ses vers, comprend tout son génie,
Son âme se réchauffe à sa douce harmonie ;
■Son langage est si beau, si profond, si puissant,
Qu’il sait nous captiver par son art ravissant,
Et l’éloquente voix, qui frappe notre oreille,
Fait vibrer notre cœur d’une ardeur sans pareille.
La moisson des lauriers, fruit de scs beaux écrits,
Ornera le palais où siègent ses esprits,
Et ces rameaux, mêlés aux nombreuses couronnes,
Rappelleront son nom au sommet des colonnes.
En creusant le sillon, sa riche plume d’or
Découvre sous ses pas un superbe trésor.
Et du champ tout en fleurs, en récoltant la gloire,
Il laisse parmi nous sa vivante mémoire.
L’étoile lumineuse a brillé sur son front,
La trace en est restée. Et d’un savoir profond,
Bienfait reçu des cieux, la parole féconde
A fait mûrir le grain aux quatre coins du monde.
La fertile abondance est pour chaque mortel,
Pour le cœur et l’esprit, le bien le plus réel.
Tous ses écrits divins, que sa main poétise,
Sont une ample moisson où tout le monde puise.
C’est un phare qui brille, et ses rayons si clairs,
Guident le nautonnier, en éclairant les mers.
Il n’est dans mes discours, ô poète admirable,
Rien qui soit trop flatteur pour ta verve ineffable !
Phébus, inspire-moi, prête-moi tes accents,
Que ma lyre s’accorde à tes chants ravissants.
Peintre de la pensée, aux couleurs vigoureuses,
Tu captives l’esprit par des teintes heureuses.
Tes tableaux sont vivants, animés et parlants,
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D’un opprobre éternel ton nom sera flétri 1
Un cauchemar affreux, que la fureur anime,
Viendra te rappeler le nombre de tes crimes.
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Et quelquefois bien doux, mais d’autres fois sanglants.
Du fougueux Ribéra, tu prends toute l’allure,
La trace de tes dents reste dans la morsure.
Soudain, le décor change et déroule à nos yeux
Une perle d’amour, une perle des cieux :
C’est un enfant qui dort d’un sommeil bien paisible,
Sa bouche demi-close est d’un charme indicible.
Ses blonds cheveux bouclés tombent tous à longs flots
Sur ses grands yeux fermés par le dieu des pavots.
Virgile, en t’écoutant, vient d’accorder sa lyre,
Son flme, devant toi, te contemple et t’admire.
Prince de l’harmonie et dieu des plus beaux vers,
Tes chants mélodieux captivent l’univers.
Apollon sur son char t’inonda de lumière
Et sa clarté brillante a doré ta carrière,
Et. depuis ce grand jour, tous tes rameaux fleuris
Ornent notre pensée en divers coloris.
Pour que tout soit complet, à ta grandeur suprême.
Les muses sur ta tête ont mis le diadème,
Ce bandeau Rans égal est bien, en vérité.
L’emblème le plus beau de l’immortalité !
O colosse, grand roi, brillant comme une étoile.
Tu traverses les mers, sans boussole et sans voile ;
Ta lumière suffit à tracer ton chemin,
Evitant les écueils d’un voyage lointain.
Hugo, quand sur ta lyre, en imitant Homère,
Tu chantes comme lui, poète qu’on vénère,
Tu nous montres l’Olympe et son heureux séjour,
Les célestes pourpris où réside l'amour.
Lançant tes flèches d’or, rapides comme l’onde,
Tu nous parles du ciel, tu nous parles du monde.
L’étincelle a jailli de ton auguste front,
Où siège la valeur d’un esprit si profond,
Nos pensers sont fleuris de ta beauté céleste,
Le temps marche toujours, ton souvenir nous reste '.
A. AUCHÉ.
Toujours la châtiment doit couronner le crime.
A. A.
Guillaume, le Kaiser, que l’univers abhorre,
La rage est dans ton cœur, le remords te dévore ;
Et dans ton désespoir, tu vas ronger ton frein
Comme un grand scélérat, comme un vil assassin.
Ce remords te poursuit dans ta morne retraite ;
Tu gémiras sans cesse, et ton Ame inquiète,
Frappée avec terreur, te poursuivra toujours ;
La malédiction couronnera tes jours.
Tu comptais que ton front resterait sans orage ?
Si tu pleures, cruel, ce sont des pleurs de rage !
Tes pleurs, dans le sillon, feront germer partout
La haine dans les cœurs ! l’horreur et le dégoût !
Ton beau trône était d’or; là, tu vivais tranquille ;
Mais tous ses fondements n'étaient que de l'argile,
Et tout s'est écroulé ; mais toi, lâche et prudent,
Tu files sans trompette, en ton égarement.
Et loin de tes soudards, l'orgueil de ta couronne,
Tu fuis comme un poltron que la peur aiguillonne.
Un fantôme odieux vient te serrer le cœur,
Et la calamité se rit de tes douleurs !
L’enfer et ses démons sauront te faire fête ;
Ce sera pour narguer ta piteuse défaite,
Car tu n’es aujourd’hui, pour tout le genre humain,
Qu'un forban dont le cœur est des plus inhumains.
Et l’univers entier, écœuré dans son Ame,
Te maudira toujours comme un brigand infâme 1
Au ban des criminels, digne du pilori,
D’un opprobre éternel ton nom sera flétri !
Un cauchemar affreux, que la fureur anime,
Viendra te rappeler le nombre de tes crimes.
Ce sera devant toi. comme un ruisseau de sang,
De femmes, de vieillards, de tout petits enfants !
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Et leurs mânes viendront, en nombreux anathèmes,
Déposer sur ton front un sanglant diadème.
Et dans tes sombres nuits, d’un sommeil effrayant,
Tu te réveilleras dans un remords poignant 1
Aux élans redoublés de ta voix douloureuse,
Ta femme, près de toi, se traînera’nervcuçe
Et te dira : Kaiser I Quel démon te poursuit V
Pour troubler mon sommeil, de tes songes maudits
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Du soir jusqu’au matin je n’entends que des plaintes !
C’est bien le désespoir, dont ton âme est atteinte !
Tout le courroux du ciel vient troubler ton repos
Et cela te rend fou ! Je n'entends que sanglots 1
Guillaume répondit d’une voix gémissante :
•
« Oui ! la fatalité de son bras me tourmente !
Je n’ai plus de sommeil 1 La terreur me poursuit 1
Des fantômes affreux me harcèlent la nuit,
Et je vois à mes pieds l’hydre aux tôles immondes
Et la pieuvre me fait des piqûres profondes ! »
Et nous, les alliés, dans nos cris bien joyeux,
Nous dirons : Ilosanna ! pour nous victorieux 1
Et pour toi, criminel, le plus méchant du monde,
Que le sort te poursuive et l’enfer te confonde !
Achille AUCHÉ.
Périgueux, Novembre 1918.
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Fait partie de Un mariage dans les étoiles
