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LE PRÉFET DE LÀ DORDOGNE
AVANT ET DEPUIS LE 2 DÉCEMBRE.
Lettre à Monsieur le Ministre de l’Intérieur.
Monsieur le Ministre,
Vous m’avez fait l’honneur de me dire qu’il résultait des rapports
qui vous avaient été adressés, que l’Echo de Vésone avait, au 2 dé
cembre 1851, fait défection à la cause napoléonienne et à celle de
l’ordre, et que c’était là le motif des mesures prises contre cette feuille
par le préfet de la Dordogne.
Permettez-moi, M. le Ministre, de venir protester contre ces ren
seignements mensongers non moins dans l'intérêt du Gouvernement,
qui ne doit pas être trompé, que pour l’honneur d’un journal,
dont je me regarde comme solidaire à partir du jour (20 août 1849)
où la balle homicide d’un montagnard m’a enlevé mon frère, Auguste
Dupont, fondateur et rédacteur de l’Éclio.
Si les pièces qui vont passer sous vos yeux pour le besoin de ma
défense devenaient contre ceux qui m’ont attaqué des pièces accusa
trices* ils ne pourraient s’en prendre qfi’à eux-mêmes et à l'imprudence
de leurs calomnies.
Avant de parler des faits qui se rattachent au 2 décembre, il est
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BIBLIOTHEQUE '
DE LA VILLE I
UE PÉRIGUEUX i
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utile d'exposer la situation de l'Echo de Vésone antérieurement à cette
époque.
L’Écho avait été pendant vingt ans un journal d'opposition modérée.
Une polémique sage et loyale lui avait attiré de nombreuses sympa
thies. Il avait prévu en quelque sorte les événements qu’il aurait voulu
détourner. Aussi, au moment de la chute de la famille d’Orléans,
avait-il acquis une immense influence dans le département, influence
qui s’était traduite par près de trois mille abonnés.
La Dordogne était alors travaillée par les plus mauvaises passions ;
mais, grâce à l’énergie et à la popularité du rédacteur en chef de
l'Écho, à l’influence de sa feuille, la tranquillité publique ne fut
pas un seul instant troublée.
Le rédacteur était, quelques jours plus tard, porté à l’Assemblée
constituante par une immense majorité.
Rentré en 1849 dans la vie privée par suite du triomphe momentané
des démocrates, qui avaient envoyé dix députés rouges à la Législative,
Auguste Dupont se voua tout entier à la défense de l’ordre, et, re
connaissant que dans Louis-Napoléon, seul, était la force nécessaire
pour assurer le salut de la France, il n’hésita pas, pour le soutenir, à
rompre les liens qui Punissaient au général Cavaignac. Depuis lors,
il a toujours combattu l’Assemblée législative et ses tendances.
C’est au milieu de ses luttes de chaque jour qu’il fut provoqué en
duel par un de ses ennemis politiques et frappé mortellement, laissant
inachevée l’œuvre de civilisation qu’il avait entreprise.
Forcé par cet affreux malheur de prendre la direction de l’Écho de
Vésone, seule fortune qu’Auguste Dupont laissait à ses quatre enfants,
voici en quels termes j’annonçais, le 16 septembre, la ferme volonté
de continuer à défendre les principes soutenus jusque-là par l’Écho,
qui était le seul organe de l’ordre dans la Dordogne.
(Pièce n" t.)
Aux Abonnés de l'Écho de Vésone.
Périgueux, 16 septembre 1850.
!
J
Nous recevons de divers points du département des lettres nombreuses qui, au milieu
des preuves d'une touchante sympathie, manifestent quelques appréhensions sur l'avenir
du journal l'Écho de Vésone.
Si ces craintes se bornaient à déplorer la grandeur de la perte que nous avons faite,
— 3 —
nous, si cruellement atteint dans nos sentiments les plus chers, nous les partagerions, et
nous reconnaîtrions que la mort a frappé le journal d’un coup funeste.
Les articles du fondateur de l'Écho de Vésone n'étaient pas seulement remarquables
par le talent incontesté de l’écrivain ; ils empruntaient encore une sorte de relief à ses
qualités personnelles : on les lisait avec avidité, moins pour l’éclat et l’élévation des idées
que parce qu’ils émanaient d’un cœur chaud, loyal, patriotique, d’un homme toujours prêt
à payer de sa personne. On apercevait, en quelque sorte, derrière chaque pensée, le ci
toyen courageux et populaire qui, au jour du danger, se trouvait seul, peut-être, en posi
tion de rallier les partis les plus opposés et d’organiser une résistance devenue nécessaire.
Sous tous ces rapports, Auguste Dupont ne saurait être remplacé, et c’est sans dou te
cette triste et générale conviction qui a fait de la mort de mon infortuné frère un évé
nement pour la France, un deuil public pour la Dordogne..........
Mais l’existence de l'Écho de Vésone, quelque rude que soit le coup qui vient de l’at
teindre, ne saurait un seul instant être mise en question : ce journal restera.
L'Écho de Vésone n’est point un journal qui débute : il n’a ni programme à formuler,
ni promesses à faire, ni souscripteurs à conquérir. Pour exister, il lui suffit de demeurer
ce qu’il est. Le besoin d’ordre, de modération, de bon sens auquel il répond dans le dé partement est tellement impérieux, qu’à son défaut un autre et semblable organe devrait
être immédiatement créé.
Il y a quinze ans, un malheur imprévu frappa le Courrier français, dont j’étais l’im
primeur : le rédacteur en chef Châtelain disparut subitement, enlevé par un anévrisme
au cœur; il était au journal de Paris ce qu Auguste Dupont était à l'Écho de Vésone; le
Courrier français n’en continua pas moins sa marche, alors progressive. Privé de l’il
lustre Carrel, le National poursuivit également sa tâche. Les hommes changent et passent ;
les principes survivent et restent immuables.
Il en sera 4e même pour l’Écho de Vésone.
Les articles publiés depuis la fatale journée du 20 août ont prouvé que rien n’était changé
dans l'esprit du journal, et que celui qui, pendant plusieurs années, avait partagé la col
laboration du rédacteur en chef, savait s’inspirer de la même pensée.
D’autres plumes viendront aider à l’accomplissement d’une tâche trop pénible pour une
seule main. Déjà nous sommes en rapport avec des hommes éprouvés, expérimentés dans
les luttes politiques. Nous ne serons arrêté par aucun sacrifice, et si nous tardons à con
clure, c’est afin d’arriver au choix le meilleur et le plus capable de maintenir l’Écho de
Vésone à la hauteur où il s’est élevé.
Que les amis de cette feuille se rassurent donc entièrement. Rien ne sera changé dans
la marche et aux principes du journal. Le sillon si profondément tracé par son fondateur
sera poursuivi sans déviation, nous en prenons l’engagement.
Après avoir beaucoup fait pour l’industrie comme pour la politique, au point de vue
général, Auguste Dupont a constamment oublié ses intérêts particuliers. Apportant, dans
toutes ses négociations des idées chevaleresques d’honneur et d’abnégation de soi-même,
il travaillait, depuis longues années, à liquider de ses propres deniers une société formée
sous ses auspices, dont la loi ni la plus stricte morale ne le rendaient responsable. Après
un nom honorable et respecté, il ne laisse en héritage à ses enfants que l’Écho de Vésone,
fruit de son intelligence et de son activité.
Obligé par la nature, et encore plus par mon affection, à conserver cet héritage aux
orphelins qui lui survivent, je le leur rendrai tel qu’ils l’auraient reçu plus tard de celui
qui en fut le créateur. Rien jusque-là ne sera changé, je le répète, dans la rédaction, dans
— 4
les tendances, dans la ligne politique du journal. J'ajouterai que, même au delà de ce
terme, ses principes subsisteront encore; car son jeune lils, mûri par le malheur, mar
chera dans la même voie et saura tenir un jour, d’une main ferme, un drapeau que le sang
a rendu plus sacré pour sa piété liliale.
L'œuvre démoralisation et de patriotisme, commencée par mon digne et malheureux
frère, sera donc continuée dans toute sa pureté. Cet engagement pris par un homme qui,
dans une carrière commerciale de vingt-cinq années, n'a jamais manqué à sa parole, suf
fira, je l'espère, pour dissiper des craintes bien naturelles, mais sans fondement, comme
l'avenir le démontrera.
Paul Dupont.
Ces mêmes principes, qui n’ont jamais cessé d'être ceux de l'Écho,
se retrouvent dans les lignes par lesquelles je prévenais les lecteurs
du choix que je venais de faire d’un rédacteur en chef.
(Pièce n° 2.)
Le choix du nouveau rédacteur de VEcho est fait. Il s'est arrêté sur M. Isidore Vien,
rédacteur en chef du Courrier de la Drôme et de l'Ardèche. M. Vien entrera en
fonctions le 1S janvier prochain.
A ne considérer dans un homme politique que sa valeur personnelle, M. Vien serait
déjà digne de la confiance que nous lui avons accordée; mais en présence de la respon
sabilité délicate qui va désormais peser sur lui, nous éprouvons le besoin de faire con-.
naître aux lecteurs de l'Echo, des antécédents qui doivent être une sorte de garantie de
ses opinions, de ses paroles, et de ses actes à venir.
M. Vien est un enfant du Midi; il est presque notre compatriote. Soldat de la presse
depuis quinze années, il travailla successivement à la rédaction des Débats, de La Patrie
et de La Presse jusqu’en 1848, époque où il fut appelé à fonder le Courrier de la Drômo
et de l'Ardèche, par les hommes les plus considérables de ces deux départements (1).
Sous l'habile et intelligente direction de M. Vien, le Courrier de la Drôme eut un
brillant succès, et prit bientôt place au premier rang parmi les feuilles si nombreuses de
la presse périodique départementale. M. Vien y défendit de la plume et de l’épée (triste
nécessité au temps où nous vivons, pour tous les organes du bon sens et de la vérité I)
les principes d'ordre et de sage liberté. Dans ces contrées peuplées d’esprits ardents, et
où vient tout récemment d'être ourdi un complot insensé, il sut allier le courage à
la prudence, la modération à la fermeté.
Voilà celui à qui nous avons confié, parce que nous étions assuré qu'il n’en répudierait
aucune partie, l'héritage d’Auguste Dupont, et le soin de maintenir l'Echo de Eésone
dans la voie que lui avait tracée son fondateur.
Si le journalisme a perdu quelquefois de sa considération, si on le regarde souvent
comme un danger, c’est alors qu'abusant de son influence, il accrédite sciemment l’erreur,
(1) Dans le nombre se trouvaient 38 membres du Conseil général du la DrOuie, sur les 86 qui le com
posent.
— à —
n'écoute que ses propres intérêts, et flatte ou violente tour à tour l'opinion au gré des
passions et du parti qu'il veut servir.
• Au contraire, le journalisme qui se respecte et comprend sa haute mission, est un
honneur et un bienfait pour le pays. Si ses antécédents sont purs; si, loin de se relâ
cher et de faiblir, ses principes ne font que se fortifier dans la lutte ; si, placé au-dessus
des partis et tout en respectant les convictions sincères qui lui sont opposées, il n'emploie
l'autorité de sa parole que pour rallier les esprits dans un amour commun de la patrie,
sentiment qui doit dominer tous les autres; si, aux dépens de ses propres intérêts, il
frappe les abus partout où ils se trouvent; enfin, si, sans ambition pour lui, ni pour ses amis,
il demeure, au milieu même des révolutions, un gage inaliénable d’ordre et de patrio
tisme , un appui pour les gens de bien, une sentinelle vigilante des intérêts de tous...,
sa tâche alors devient une mission sainte et sacrée qui lui assure les sympathies de tous
les hommes de cœur et d’indépendancp, c’est-à-dire la majorité du pays. Le journalisme
ainsi compris s'élève à la hauteur d'une véritable institution publique.
Tel a été VEcho de Vésone, sous la direction du publiciste honnête homme, qui en
était l'âme et la vie; tel il est demeuré depuis quatre mois dans les mains de M. Eugène
Massoubre, son collaborateur et son élève, qui a courageusement accepté et rempli la diffi
cile tâche que le sort lui avait léguée si prématurément !
Aussi, n’avons-nous pas songé un instant à nous séparer de cette feuille, même au
moment où notre immense douleur pouvait faire douter de l'énergie de nos résolutions.
La famille, unanime sur ce point, n’a pas même calculé ce que pouvait avoir d’avantageux
pour elle les propositions qui lui arrivaient de toutes parts; uniquement mue par des
pensées d'un ordre plus élevé ; considérant que l’abandon, sous un prétexte quelconque,
du principal organe de l’ordre dans la Dordogne, serait une injure à la mémoire d'Auguste
Dupont et une atteinte aux intérêts généraux du département, elle n'a pas même voulu,
par une sorte d’hésitation, donner lieu à une imputation qui eût été non moins offensante
pour son patriotisme que pour sa piété filiale.
L'Echo, en ne changeant ni de principes, ni de propriétaires, aura d’ailleurs un double
mérite : d'une part, il justifiera les sympathies qui l'ont accueilli et lui sont restées
fidèles au milieu du plus grand malheur qui pût le frapper, en ne lui faisant pas perdre
un seul abonné; de l’autre, il donnera un exemple de constance trop rarement suivi dans
notre France à laquelle il ne manque, pour être la première nation du monde, que plus
de persévérance et de stabilité.
Paul Du po xt.
Les regrets causés par la mort d'Auguste Dupont, l’importance de
l’Echo de Vésone et de la mission du rédacteur en chef qui allait en
prendre la direction étaient reconnus, constatés par les lettres una
nimes qui m’arrivaient de tous les points du département. Je citerai
seulement dans le nombre celles de M. de Calvimont, préfet, et de
M. Magne, alors député.
4 les tendances, dans la ligne politique du journal. J'ajouterai que, même au delà de ce
terme, ses principes subsisteront encore; car son jeune lils, mûri par le malheur, mar
chera dans la même voie et saura tenir un jour, d’une main ferme, un drapeau que le sang
a rendu plus sacré pour sa piété filiale.
L'œuvre démoralisation et de patriotisme, commencée par mon digne et malheureux
frère, sera donc continuée dans toute sa pureté. Cet engagement pris par un homme qui,
dans une carrière commerciale de vingt-cinq années, n'a jamais manqué à sa parole, suf
fira, je l'espère, pour dissiper des craintes bien naturelles, mais sans fondement, comme
l'avenir le démontrera.
Paul Dupont.
Ces mêmes principes, qui n’ont jamais cessé d'être ceux de L'Écho,
se retrouvent dans les lignes par lesquelles je prévenais les lecteurs
du choix que je venais de faire d’un rédacteur en chef.
(Pièce n° 2.)
Le choix du nouveau rédacteur de l'Echo est fait. Il s’est arrêté sur M. Isidore Vien,
rédacteur en chef du Courrier de la Drôme et de l'Ardèche. M. Vien entrera en
fonctions le 15 janvier prochain.
A ne considérer dans un homme politique que sa valeur personnelle, M. Vien serait
déjà digne de la confiance que nous lui avons accordée; mais en présence de la respon
sabilité délicate qui va désormais peser sur lui, nous éprouvons le besoin de faire con-,
naître aux lecteurs de l'Echo, des antécédents qui doivent être une sorte de garantie de
ses opinions, de ses paroles, et de ses actes à venir.
M. Vien est un enfant du Midi; il est presque notre compatriote. Soldat de la presse
depuis quinze années, il travailla successivement à la rédaction des Débat s, de La Patrie
et de La Presse jusqu’en 1818, époque où il fut appelé à fonder le Courrier de la Drômo
et de l’Ardèche, par les hommes les plus considérables de ces deux départements (1).
Sous l'habile et intelligente direction de M. Vien, le Courrier de la Drôme eut un
brillant succès, et prit bientôt place au premier rang parmi les feuilles si nombreuses de
la presse périodique départementale. M. Vien y défendit de la plume et de l'épée (triste
nécessité au temps où nous vivons, pour tous les organes du bon sens et de la vérité !)
les principes d'ordre et de sage liberté. Dans ces contrées peuplées d’esprits ardents, et
où vient tout récemment d'être ourdi un complot insensé, il sut allier le courage à
la prudence, la modération à la fermeté.
Voilà celui à qui nous avons confié, parce que nous étions assuré qu'il n'en répudierait
aucune partie, l'héritage d’Auguste Dupont, et le soin de maintenir l'Echo de Vésone
dans la voie que lui avait tracée son fondateur.
Si le journalisme a perdu quelquefois de sa considération, si on le regarde souvent
comme un danger, c'est alors qu'abusant de son influence, il accrédite sciemment l'erreur,
(l) Dans le nombre le trouvaient 38 membre» du Conseil général de la Drôme, sur les 86 qui le com
posent.
— 5 —
n'écoute que ses propres intérêts, et flatte ou violente tour à tour l'opinion au gré des
passions et du parti qu'il veut servir.
• Au contraire, le journalisme qui se respecte et comprend sa haute mission, est un
honneur et un bienfait pour le pays. Si ses antécédents sont purs; si, loin de se relâ
cher et de faiblir, ses principes ne font que se fortifier dans la lutte ; si, placé au-dessus
des partis et tout en respectant les convictions sincères qui lui sont opposées, il n’emploie
l'autorité de sa parole que pour rallier les esprits dans un amour commun de la patrie,
sentiment qui doit dominer tous les autres; si, aux dépens de ses propres intérêts, il
frappe les abus partout où ils se trouvent; enfin, si, sans ambition pour lui, ni pour ses amis,
il demeure, au milieu même des révolutions, un gage inaliénable d’ordre et de patrio
tisme, un appui pour les gens de bien, une sentinelle vigilante des intérêts de tous...,
sa tâche alors devient une mission sainte et sacrée qui lui assure les sympathies de tous
les hommes de cœur et d'indépendance, c’est-à-dire la majorité du pays. Le journalisme
ainsi compris s'élève à la hauteur d’une véritable institution publique.
Tel a été VEcho de Vésone, sous la direction du publiciste honnête homme, qui en
était l'âme et la vie; tel il est demeuré depuis quatre mois dans les mains de M. Eugène
Massoubre, son collaborateur et son élève, qui a courageusement accepté et rempli la diffi
cile tâche que le sort lui avait léguée si prématurément!
Aussi, n'avons-nous pas songé un instant à nous séparer de cette feuille, même au
moment où notre immense douleur pouvait faire douter de l'énergie de nos résolutions.
La famille, unanime sur ce point, n'a pas même calculé ce que pouvait avoir d'avantageux
pour elle les propositions qui lui arrivaient de toutes parts; uniquement mue par des
pensées d’un ordre plus élevé ; considérant que l’abandon, sous un prétexte quelconque,
du principal organe de l'ordre dans la Dordogne, serait une injure à la mémoire d'Auguste
Dupont et une atteinte aux intérêts généraux du département, elle n'a pas même voulu,
par une sorte d'hésitation, donner lieu à une imputation qui eût été non moins offensante
pour son patriotisme que pour sa piété filiale.
L'Echo, en ne changeant ni de principes, ni de propriétaires, aura d’ailleurs un double
mérite : d’une part, il justifiera les sympathies qui l'ont accueilli et lui sont restées
fidèles au milieu du plus grand malheur qui pût le frapper, en ne lui faisant pas perdre
un seul abonné; de l’autre, il donnera un exemple de constance trop rarement suivi dans
notre France à laquelle il ne manque, pour être la première nation du monde, que plus
de persévérance et de stabilité.
Paul Dupont.
Les regrets causés par la mort (l'Auguste Dupont, l'importance de
l’Echo de Vésone et de la mission du rédacteur en chef qui allait en
prendre la direction étaient reconnus, constatés par les lettres una
nimes qui m’arrivaienl de tous les points du département. Je citerai
seulement dans le nombre celles de M. de Calviinont, préfet, et de
M. Magne, alors député.
— 6
(Pièce n" 3.)
A M. Paul Pupont.
29 août ÎS'.O.
.......... Je suis heureux de vous savoir à Périgueux pour la réorganisation du journal.
L'influence qu'il exerce n’est pas une chose qui puisse s’acquérir en un jour; tout le
parti de l'ordre a intérêt à ne pas le laisser perdre. Le choix d’un rédacteur en chef est,
comme vous le dites, une œuvre délicate et difficile; vous aurez raison d'agir avec ré-
flexion avant de vous prononcer, je vous aiderai de mon mieux.
Magne.
(Pièce n° 4.)
A M. Paul Pupont.
9 septembre 1830.
Votre douleur, mon cher ami, est et sera toujours la mienne. Le souvenir d’Auguste
me restera tant que je vivrai, et je ne chercherai pas à l'écarter comme une triste pen
sée; je le garderai parce qu’il me fait du bien.
L’Echo, comme vous le dites, n’est pas seulement une œuvre utile au département:
c’est une fortune pour ces pauvres enfants sans père. Je vous jure que si je n'étais
pas rentré dans l’administration et que vous m’eussiez cru bon pour de si chers intérêts,
je me serais mis sans réserves à cette besogne.
Vous n'avez point besoin de mes conseils, assurément. Votre intelligence si nette et si
claire est la meilleure lumière qui puisse éclairer cette situation. C’est mon affection
seule qui intervient, et, à ce titre, je suis sûr d’être bien accueilli.
De Calvimont.
(Pièce n* 5.)
24 septembre 1830.
...........Tout ce que vous avez dit dans l’Echo est parfait, et a produit ici le meilleur
résultat. On s’intéresse vivement à cette œuvre, tous les hommes d’ordre se regardent
comme solidaires de sa prospérité.
De Calvimont.
Le nouveau rédacteur ne s’écarta point un instant de la voie tracée
si honorablement par son infortuné prédécesseur. Il suffit, pour
s'en convaincre, de jeter les yeux sur les numéros de l’Echo parus
en 1851.
Dans le cours de cette année, quatre grandes questions ont surgi
pour le journal :
1° La dotation ;
2° La révision de la Contitution ;
3° La nomination de M. Magne, ministre de Louis-Napoléon , qui
avait échoué aux précédentes élections;
4° Le droit de réquisition.
Sur toutes les questions politiques, l’Echo n'hésite pas à se pronon
cer pour le Président, et contre l’Assemblée.
C’est ce qui résulte de chaque page, de chaque ligne des numéros
du journal.
La dotation défendue énergiquement succombe; VEcho propose de
la remplacer par une souscription nationale. Et après le refus du Prési
dent, il en demande la continuation pour le produit en être appliqué
à l’achat de la Malmaison comme protestation contre le refus de
l’Assemblée.
La Révision est précitée avec dévouement depuis le 21 février
jusqu’au 2 décembre 1851. C’est VEcho qui donne à tous les départe
ments du midi le signal des pétitions révisionnistes; il les reçoit, les
expédie à ses frais. Près de 500 communes dans le seul département
de la Dordogne répondent à son appel.
L'élection de M. Magne est soutenue avec non moins de succès.
Tous les elforts des diverses oppositions s’étaient réunis pour l’em
pêcher. Les difficultés étaient telles que le Préfet lui même, perdant
tout espoir, avait écrit au Ministre de l’intérieur qu’il fallait re
tirer cette candidature. L’Echo seul persévère; il s'adresse à l’un des
plus redoutables concurrents (1), invoque les relations qui l'unissent
avec l’Echo, et obtient le désistement d’une candidature qui allait pro
bablement, en divisant les voix, faire manquer l’élection. M. Magne
est nommé par 44,000 suffrages.
Le droit de réquisition est attaqué avec une véhémence extrême,
comme le premier pas qui devait mener à une Convention. L'Echo
reproche aux 30t) conservateurs, dans les termes les plus énergiques,
d’avoir voté pour le désordre et la guerre civile. Il applaudit à la dé
faite des parlementaires, dont il n’a cessé d’altaquer les manœuvres
déloyales et dont il engageait le Président a se bébarrasser, dès le
28 janvier 1851.
Seul peut-être, entre toutes les feuilles politiques, VEcho avait en
(!•) SI. Dnsioller, ancien député, ancien constituant.
— 8
quelque sorte prévu et préparé l'acte du 2 décembre. On en jugera
par les passages suivants :
(Pièce n» 6.)
Echo du 28 janvier 1831.
Si un troisième vote renverse encore une fois son ministère, ce sera pour le Président une
magnifique occasion de s’afïranchik solennellement d'une souveraineté parle
mentaire, que la responsabilité personnelle et constitutionnelle du chef de l’État rend
complètement absurde. Mais, comme lors du message du 31 octobre, il faut saisir la
balle au bond, agir vivement et avec résolution, sans hésiter ni tergiverser une demiseconde.
(Pièce n° 7.)
Echo du 1er février 1831.
Le pouvoir exécutif ne doit pas être le très-humble valet, non du peuple souverain,
mais d’une poignée de hâbleurs plus ou moins habiles et retors, qui s'intitulent la sou
veraineté parlementaire.
Lorsqu’arrive la proposition des questeurs, l’Echo s'empresse de la
combattre et adjure l’Assemblée de la rejeter.
(Pièce n° 8).
Echo du 27 novembre 183t.
................ Non, l’Assemblée n’adoptera pas une proposition imprudente et dangereuse,
qui, sous prétexte de prémunir le pouvoir législatif contre des fantômes de coups d'Etat,
ne tend réellement qu’à détruire l’autorité du Président, et à organiser une nouvelle
Convention, en dépouillant le neveu de l'Empereur des droits que six millions d’électeurs
lui ont conférés au nom de la France.
Quelques jours après, il ne se montre pas moins ferme, moins éner
gique contre ce droit de réquisition qui menace de désorganiser le
pouvoir exécutif.
(Pièce n° 9 )
Echo du 20 novembre 1851.
Aussi, le grand danger du moment, c’est moins les passions populaires qui menacent
l’ordre social que les dangereuses excitations, les funestes exemples de division et d'a
narchie que donne chaque jour l’Assemblée. Les esprits routiniers des anciens partis se
vantent d’être les seuls amis de l’ordre, lorsqu’en réalité ils rendent l’ordre à peu près
impossible.
Au lieu de reconstituer la force sympathique et morale qui, du sommet de l’Etat, doit
être l'àme et la vitalité de tout gouvernement libre, ils travaillent constamment à dé
pouiller la force sociale de ses derniers attributs, de sa dernière influence, pour trans
porter, en les éparpillant, tous les éléments du pouvoir entre les mains de quelques pro-
— 9 —
consuls, n’ayant aucune pensée commune, et flottant sans cesse entre les imitations et les
mauvaises passions de l'ignorance. C’est ce que ces insensés appellent sauvegarder les
droits de la représentation nationale.
La proposition des questeurs est rejetée, l’Echo applaudit de toutes
ses forces à ce vote, mais il blâme vertement les prétendus 300 conser
vateurs qui ont voté pour le désordre et la guerre civile.
(Pièce n° 10.)
Echo du 21 novembre 18“>1.
Le gouvernement de Louis-Napoléon a été abandonné, train par trois cents membres
de l’ancienne majorité.
Dans le fait, de ces trois cents conservateurs, qui, au lieu de voter pour l’ordre et la
paix publique, ont voté pour le désordre et la guerre civile, nous voyons le plus effrayant
symptôme, le plus sinistre avant-coureur des terribles épreuves que nous promet 1832.
Lorsque le projet de loi sur la responsabilité du chef de l’Etat s’est
présenté, projet qu’il considère comme un prétexte pour revenir sur
le vote du 17 novembre, relatif à la réquisition directe, il le combat
vigoureusement.
(Pièce n° lt.)
Echo, 2» novembre 1831.
Nous l’avons dit hier, et notre correspondance particulière d’aujourd’hui ne fait que le
confirmer : la loi sur la responsabilité du pouvoir exécutif n’est qu’un prétexte pour
faire revenir l’Assemblée sur le vole du 17 novembre, relatif à la réquisition directe.
Or l’Assemblée, comme pour révéler d’avance à la France sa pensée intime et réelle
sur le projet en question, a nommé une commission entièrement composée de membres
notoirement connus comme hostiles au Président.
Le pays, dont 1,700,000 pétitionnaires et les votes de l’immense majorité des conseils
du pays ont, depuis longtemps, révélé les préférences, jugera sévèrement cette nouvelle
provocation de l’Assemblée nationale au Président Louis-Napoléon.
Nous disions tout à l’heure que la composition de la commission chargée d’examiner le
projet de loi sur la responsabilité des agents du pouvoir exécutif était une nouvelle pro
vocation à l’adresse du premier magistrat de la République. Mais ce n’est pas seulement
une provocation, c’est une émeute, c’est une véritable déclaration de guerre contre le
Président de la République.
Trois jours avant le 2 décembre, comme par une sorte d’in
tuition, il reproche à l’Assemblée ses actes d’hostilité contre le Prési
dent, l’engageant fortement à cesser cette guerre de scrutins et de
votes, de motions et de propositions contre l’élu du pays.
— 8 —
quelque sorte prévu et préparé l'acte du 2 décembre. On en jugera
par les passages suivants :
(Pièce n“ 6.)
Echo du 28 janvier 1831.
Si un troisième vote renverse encore une fois son ministère, ce sera pour le Président une
magnifique occasion de s’affbanchik solennellement d’une souveraineté parle
mentaire, que la responsabilité personnelle et constitutionnelle du chef de l'État rend
complètement absurde. Mais, comme lors du message du 31 octobre, il faut saisir la
balle au bond, agir vivement et avec résolution, sans hésiter ni tergiverser une demiseconde.
(Pièce n“ 7.)
Echo du 1er février 1831.
Le pouvoir exécutif ne doit pas être le très-humble valet, non du peuple souverain,
mais d'une poignée de hâbleurs plus ou moins habiles et retors, qui s’intitulent la sou
veraineté parlementaire.
Lorsqu’arrive la proposition des questeurs, Y Echo s'empresse de la
combattre et adjure l’Assemblée de la rejeter.
(Pièce n° 8).
Echo du 27 novembre 1831.
................ Non, l’Assemblée n’adoptera pas une proposition imprudente et dangereuse,
qui, sous prétexte de prémunir le pouvoir législatif contre des fantômes de coups d’Etat,
ne tend réellement qu’à détruire l’autorité du Président, et à organiser une nouvelle
Convention, en dépouillant le neveu de l'Empereur des droits que six millions d’électeurs
lui ont conférés au nom de la France.
Quelques jours après, il ne se montre pas moins ferme, moins éner
gique contre ce droit de réquisition qui menace de désorganiser le
pouvoir exécutif.
(Pièce n® 9 )
Echo du 20 novembre 1851.
Aussi, le grand danger du moment, c'est moins les passions populaires qui menacent
l’ordre social que les dangereuses excitations, les funestes exemples de division et d’a
narchie que donne chaque jour l’Assemblée. Les esprits routiniers des anciens partis se
vantent d’être les seuls amis de l’ordre, lorsqu’en réalité ils rendent l’ordre à peu près
impossible.
Au lieu de reconstituer la force sympathique et morale qui, du sommet de l’Etat, doit
être l'àme et la vitalité de tout gouvernement libre, ils travaillent constamment à dé
pouiller la force sociale de ses derniers attributs, de sa dernière influence, pour trans
porter, en les éparpillant, tous les éléments du pouvoir entre les mains de quelques pro-
— 9 —
consuls, n’ayant aucune pensée commune, et flottant sans cesse entre les imitations et les
mauvaises passions de l'ignorance. C’est ce que ces insensés appellent sauvegarder les
droits de la représentation nationale.
La proposition des questeurs est rejetée, VEcho applaudit de toutes
ses forces à ce vote, niais il blâme vertement les prétendus 300 conser
vateurs qui ont voté pour le désordre et la guerre civile.
(Pièce n° 10.)
Echo du 21 novembre 1831.
Le gouvernement de Louis-Napoléon a été abandonné, trahi par trois cents membres
de l’ancienne majorité.
Dans le fait, de ces trois cents conservateurs, qui, au lieu de voter pour l’ordre et la
paix publique, ont voté pour le désordre et la guerre civile, nous voyons le plus effrayant
symptôme, le plus sinistre avant-coureur des terribles épreuves que nous promet 1832.
Lorsque le projet de loi sur la responsabilité du chef de l’Etat s’est
présenté, projet qu’il considère comme un prétexte pour revenir sur
le vote du 17 novembre, relatif à la réquisition directe, il le combat
vigoureusement.
(Pièce n° 11.)
Echo, 23 novembre 1831.
Nous l'avons dit hier, et notre correspondance particulière d’aujourd'hui ne fait que le
confirmer : la loi sur la responsabilité du pouvoir exécutif n’est qu’un prétexte pour
faire revenir l’Assemblée sur le vole du 17 novembre, relatif à la réquisition directe.
Or l’Assemblée, comme pour révéler d’avance à la France sa pensée intime et réelle
sur le projet en question, a nommé une commission entièrement composée de membres
notoirement connus comme hostiles au Président.
Le pays, dont 1,700,000 pétitionnaires et les votes de l'immense majorité des conseils
du pays ont, depuis longtemps, révélé les préférences, jugera sévèrement cette nouvelle
provocation de l’Assemblée nationale au Président Louis-Napoléon.
Nous disions tout à l’heure que la composition de la commission chargée d’examiner le
projet de loi sur la responsabilité des agents du pouvoir exécutif était une nouvelle pro
vocation à l’adresse du premier magistrat de la République. Mais ce n’est pas seulement
une provocation, c’est une émeute, c'est une véritable déclaration de guerre contre le
Président de la République.
Trois jours avant le 2 décembre, comme par une sorte d’in
tuition, il reproche à l’Assemblée ses actes d’hostilité contre le Prési
dent, l’engageant fortement à cesser celte guerre de scrutins et de
votes, de motions et de propositions contre l’élu du pays.
— 8 —
quelque sorte prévu et préparé l'acte du 2 décembre. On en jugera
par les passages suivants :
(Pièce n° 6.)
Echo du 28 janvier 1831.
Si un troisième vote renverse encore une fois son ministère, ce sera pour le Président une
magnifique occasion de s’affranchir solennellement d’une souveraineté parle
mentaire, que la responsabilité personnelle et constitutionnelle du chef de l'État rend
complètement absurde. Mais, comme lors du message du 3t octobre, il faut saisir la
balle au bond, agir vivement et avec résolution, sans hésiter ni tergiverser une demiseconde.
(Pièce n» 7.)
Echo du 1er février 1831.
Le pouvoir exécutif ne doit pas être le très-humble valet, non du peuple souverain,
mais d’une poignée de hâbleurs plus ou moins habiles et retors, qui s'intitulent la sou
veraineté parlementaire.
Lorsqu’arrive la proposition des questeurs, l’Eclio s'empresse de la
combattre et adjure l’Assemblée de la rejeter.
(Pièce n° 8).
Echo du 27 novembre 1831.
................ Non, l'Assemblée n’adoptera pas une proposition imprudente et dangereuse,
qui, sous prétexte de prémunir le pouvoir législatif contre des fantômes de coups d’Etat,
ne tend réellement qu’à détruire l’autorité du Président, et à organiser une nouvelle
Convention, en dépouillant le neveu de l'Empereur des droits que six millions d’électeurs
lui ont conférés au nom de la France.
Quelques jours après, il ne se montre pas moins ferme, moins éner
gique contre ce droit de réquisition qui menace de désorganiser le
pouvoir exécutif.
(Pièce n° 9.)
Echo du 20 novembre 1851.
Aussi, le grand danger du moment, c'est moins les passions populaires qui menacent
l'ordre social que les dangereuses excitations, les funestes exemples de division et d'a
narchie que donne chaque jour l’Assemblée. Les esprits routiniers des anciens partis se
vantent d'être les seuls amis de l’ordre, lorsqu’en réalité ils rendent l’ordre à peu près
impossible.
Au lieu de reconstituer la force sympathique et morale qui, du sommet de l'Etat, doit
être l'àme et la vitalité de tout gouvernement libre, ils travaillent constamment à dé
pouiller la force sociale de ses derniers attributs, de sa dernière influence, pour trans
porter, en les éparpillant, tous les éléments du pouvoir entre les mains de quelques pro-
— 9 —
consuls, n’ayant aucune pensée commune, et flottant sans cesse entre les imitations et les
mauvaises passions de l'ignorance. C’est ce que ces insensés appellent sauvegarder les
droits de la représentation nationale.
La proposition des questeurs est rejetée, l’Echo applaudit de toutes
ses forces à ce vote, niais il blâme vertement les prétendus 300 conser
vateurs qui ont voté pour le désordre et la guerre civile.
(Pièce n° 10.)
Echo du 21 novembre 18X1.
Le gouvernement de Louis-Napoléon a été abandonné, trahi par trois cents membres
de l’ancienne majorité.
Dans le fait, de ces trois cents conservateurs, qui, au lieu de voter pour l’ordre et la
paix publique, ont voté pour le désordre et la guerre civile, nous voyons le plus effrayant
symptôme, le plus sinistre avant-coureur des terribles épreuves que nous promet 1832.
Lorsque le projet de loi sur la responsabilité du chef de l’Etat s’est
présenté, projet qu’il considère comme un prétexte pour revenir sur
le vote du 17 novembre, relatif à la réquisition directe, il le combat
vigoureusement.
(Pièce n° 11.)
Echo, 23 novembre 1831.
Nous l'avons dit hier, et notre correspondance particulière d’aujourd'hui ne fait que le
confirmer : la loi sur la responsabilité du pouvoir exécutif n’est qu'un prétexte pour
faire revenir l’Assemblée sur le vote du 17 novembre, relatif à la réquisition directe.
Or l’Assemblée, comme pour révéler d'avance à la France sa pensée intime et réelle
sur le projet en question, a nommé une commission entièrement composée de membres
notoirement connus comme hostiles au Président.
Le pays, dont 1,700,000 pétitionnaires et les votes de l'immense majorité des conseils
du pays ont, depuis longtemps, révélé les préférences, jugera sévèrement cette nouvelle
provocation de l’Assemblée nationale au Président Louis-Napoléon.
Nous disions tout à l'heure que la composition de la commission chargée d’examiner le
projet de loi sur la responsabilité des agents du pouvoir exécutif était une nouvelle pro
vocation à l’adresse du premier magistrat de la République. Mais ce n'est pas seulement
une provocation, c’est une émeute, c'est une véritable déclaration de guerre contre le
Président de la République.
Trois jours avant le 2 décembre, comme par une sorte d’in
tuition, il reproche à l’Assemblée ses actes d’hostilité contre le Prési
dent, l’engageant fortement à cesser celte guerre de scrutins et de
votes, de motions et de propositions contre l’élu du pays.
— 8 —
quelque sorte prévu et préparé l'acte du 2 décembre. On en jugera
par les passages suivants :
(Pièce n° 6.)
Echo du 28 janvier 1831.
Si un troisième vote renverse encore une fois son ministère, ce sera pour le Président une
magnifique occasion de s’affranchir solennellement d'une souveraineté parle
mentaire, que la responsabilité personnelle et constitutionnelle du chef de l’État rend
complètement absurde. Mais, comme lors du message du 3t octobre, il faut saisir la
balle au bond, agir vivement et avec résolution, sans hésiter ni tergiverser une demiseconde.
(Pièce n° 7.)
Echo du 1er février 1871.
Le pouvoir exécutif ne doit pas être le très-humble valet, non du peuple souverain,
mais d’une poignée de hâbleurs plus ou moins habiles et retors, qui s'intitulent la sou
veraineté parlementaire.
Lorsqu’arrive la proposition des questeurs, VEcho s'empresse de la
combattre et adjure l’Assemblée de la rejeter.
(Pièce n° 8).
Echo du 27 novembre 183t.
................ Non, l’Assemblée n’adoptera pas une proposition imprudente et dangereuse,
qui, sous prétexte de prémunir le pouvoir législatif contre des fantômes de coups d’Etat,
ne tend réellement qu’à détruire l’autorité du Président, et à organiser une nouvelle
Convention, en dépouillant le neveu de l’Empereur des droits que six millions d’électeurs
lui ont conférés au nom de la France.
Quelques jours après, il ne se montre pas moins ferme, moins éner
gique contre ce droit de réquisition qui menace de désorganiser le
pouvoir exécutif.
(Pièce n° 9.)
Echo du 20 novembre 1851.
Aussi, le grand danger du moment, c’est moins les passions populaires qui menacent
l’ordre social que les dangereuses excitations, les funestes exemples de division et d'a
narchie que donne chaque jour l’Assemblée. Les esprits routiniers des anciens partis se
vantent d'être les seuls amis de l’ordre, lorsqu'en réalité ils rendent l’ordre à peu près
impossible.
Au lieu de reconstituer la force sympathique et morale qui, du sommet de l’Etat, doit
être l'àme et la vitalité de tout gouvernement libre, ils travaillent constamment à dé
pouiller la force sociale de ses derniers attributs, de sa dernière influence, pour trans
porter, en les éparpillant, tous les éléments du pouvoir entre les mains de quelques pro-
— 9 —
consuls, n’ayant aucune pensée commune, et flottant sans cesse entre les imitations et les
mauvaises passions de l'ignorance. C’est ce que ces insensés appellent sauvegarder les
droits de la représentation nationale.
La proposition des questeurs est rejetée, l’Ee/io applaudit de toutes
ses forces à ce vote, mais il blâme vertement les prétendus 300 conser
vateurs qui ont voté pour le désordre et la guerre civile.
(Pièce n° 10.)
Echo du 21 novembre 1831.
Le gouvernement de Louis-Napoléon a été abandonné, trahi par trois cents membres
de l’ancienne majorité.
Dans le fait, de ces trois cents conservateurs, qui, au lieu de voter pour l’ordre et la
paix publique, ont voté pour le désordre et la guerre civile, nous voyons le plus effrayant
symptôme, le plus sinistre avant-coureur des terribles épreuves que nous promet 1832.
Lorsque le projet de loi sur la responsabilité du chef de l’Etat s’est
présenté, projet qu’il considère comme un prétexte pour revenir sur
le vote du 17 novembre, relatif à la réquisition directe, il le combat
vigoureusement.
(Pièce n° 11.)
Echo, 23 novembre 1831.
Nous l'avons dit hier, et notre correspondance particulière d’aujourd'hui ne fait que le
confirmer: la loi sur la responsabilité du pouvoir exécutif n’est qu’un prétexte pour
faire revenir l’Assemblée sur le vole du 17 novembre, relatif à la réquisition directe.
Or l’Assemblée, comme pour révéler d'avance à la France sa pensée intime et réelle
sur le projet en question, a nommé une commission entièrement composée de membres
notoirement connus comme hostiles au Président.
Le pays, dont 1,700,000 pétitionnaires et les votes de l'immense majorité des conseils
du pays ont, depuis longtemps, révélé les préférences, jugera sévèrement cette nouvelle
provocation de l’Assemblée nationale au Président Louis-Napoléon.
Nous disions tout à l'heure que la composition de la commission chargée d’examiner le
projet de loi sur la responsabilité des agents du pouvoir exécutif était une nouvelle pro
vocation à l’adresse du premier magistrat de la République. Mais ce n’est pas seulement
une provocation, c’est une émeute, c'est une véritable déclaration de guerre contre le
Président de la République.
Trois jours avant le 2 décembre, comme par une sorte d’in
tuition, il reproche à l’Assemblée ses actes d’hostilité contre le Prési
dent, l’engageant fortement à cesser celte guerre de scrutins et de
voles, de motions et de propositions contre l’élu du pays.
— 10 —
(Pièce n° 12.)
Echo, l*r novembre 1851.
C'est pourquoi je crois foire une bonne action en m’élevant avec hardiesse contre les
incompréhensibles actes d’hostilité de l’Assemblée conlre le Président, et envers les at
taques que des feuilles, bien intentionnées sans doute, mais mal inspirées, dirigent
chaque jour contre la dernière autorité restée debout, contre le pouvoir sorti des en
trailles du peuple par l’acclamation solennelle de six millions de citoyens.
Cessez donc votre guerre de scrutins , de votes, de motions et de propositions contre
l’élu du pays. Pour le moment, détournez vos yeux de ce qu'il fait, et ne perdez pas de
vue la joie que votre étrange conduite cause à vos nouveaux alliés, les Marc Dufraisse,
les Miol, les Malardier, et à tous les ennemis de la société.
Loin d’entraver le pouvoir par de coupables hostilités, nous ne saurions trop, vous et
nous, nous grouper autour de lui.
Enfin, la veille du jour où la nouvelle du coup d'Elat ar rivait à Péri
gueux, il continuait à demander avec ardeur la révision de la Consti
tution, et il adressait à l’Assemblée ce dernier avertissement.
(Pièce n° 13.)
Echo, 2 novembre 1851.
Que l'Assemblée législative y songe : elle ne meurt de marasme et d'épuisement que
pour n'avoir pas compris cette question capitale de la révision de la Constitution, qui
porte dans ses flancs la vie ou la mort de la France. Elle n’est tombée dans le discrédit
et dans le mépris que parce qu’elle a méconnu la grande voix du pays, la voix de Paris
et des départements, formulée parles pétitions de dix-sept cent mille citoyens et de quatrevingts conseils généraux.
La minorité osera-t-elle résister encore à ce cri d'angoisse poussé par la nation en
tière? Osera-t-elle, en vue d'intérêts secondaires et de parti, exposer la France à de
nouveaux orages et aux horreurs delà guerre civile? Faut-il que de nouvelles victimes
viennent payer de leur sang et de leur vie la révision du pacte fondamental sur lequel
chancelle l'édifice social de la France ?
Telle a été l’énergique conduite de l’Echo avant le 2 décembre.
Entre un journal aussi dévoué et un Préfet qui n’avait eu avec ses
rédacteurs et ses propriétaires que de bonnes relations, pourquoi y
a-t-il eu désaccord et rupture? Pourquoi cette faute si grave, au point
de vue d’un habile administrateur, de persécuter, et, par suite, d’alié
ner au gouvernement des hommes qui lui avaient rendu de tels ser
vices ?
Faut-il en chercher la cause dans la position exceptionnelle du
Préfet?
11
Légitimiste de naissance et il paraît aussi par conviction (1), con
damné à la prison pour injure contre Louis-Philippe, puis sous-prélet
rallié à ce môme monarque, enfin préfet de la République dans le
département même où il est né, et où il avait été tour à tour rédac
teur de journaux de diverses couleurs, sa position était-elle trop dif
ficile pour être franche et nette?
L’influence de VEcho, qui n’avait aucun passé à se faire pardonner,
semblait-elle au contraire trop redoutable, et voulait-on annuler cette
influence?.... Que ce soient là les véritables motifs, ou qu’il y en ait
eu d’autres moins honorables encore, toujours est-il qu’à partir de ce
jour la haine et les persécutions du Préfet contre VEcho et ses pro
priétaires vont se manifester dans tous ses actes.
11 débute en attaquant le rédacteur en chef, qu’il ne peut souffrir,
et conlre lequel, dès le mois d’octobre 1851, une guerre occulte est
déclarée, et continuée, jusqu’au jour où il sera parvenu à le faire
éloigner.
On jugera par les extraits suivants de sa correspondance de l’achar
nement qu’il met à le poursuivre.
(Pièce n° 14.)
A M. Paul Dupont.
5 octobre 1851.
Comme toujours, M. Vien m’assassine de visites depuis ce matin : j’ai toujours fait
dire que je n'y étais pas.
(Pièce n° 15.)
8 octobre 1851.
J'ai beaucoup causé avec M. Magne de l'Echo et de M. Vien. Un sentiment de grati
tude très-vif et très-honorable alarmait le ministre sur cette rupture. Je lui ai parlé en
de tels termes qu'il est aujourd'hui tout habitué à cette idée.
(Pièce n° 16.)
23 octobre 1851.
M. Vien vint me voir après votre départ et me conter qu’il était décidé à s'en aller,
mais que vous l'aviez prié de rester et qu'il resterait en effet jusqu'après les élections.
Je n'ai pas cru un mot de son histoire, le connaissant aussi bien que vous.
Il importe cependant que vous preniez un parti. Les créanciers s’apaisent. Vous n'en
finirez jamais à l'amiable.
— 12 —
L’Échu est en pane dans ce moment-ci; mais il faudra bien qu'il sorte de l'expectative.
Les élections vont arriver. Que voulez-vous que je fasse, si le journal ne fait pas en
même temps que moi, et je ne puis agir avec VÉcho, tel qu'il est? Je ri'ai pas de con
fiance.
Je suis sûr que nous aurons les élections avant janvier. Je dois m'en occuper avant le
terme, car la démagogie bouleverse mon département pour ses candidats, et cependant
j'ai les bras liés tant que je ne suis pas sûr de mou auxiliaire naturel.
Croyez-moi, finissez-en à dater du Ier novembre; vous ne pourrez jamais vous dépéln r
autrement d’un étal intolérable pour tous.
(Pièce n* 17.)
8 novembre 1851.
Notre homme fait toujours des sottises ici.— Hier il m'a écrit la lettre que je joins ici
— Je lui ai fait répondre par mon secrétaire. — Une autre fois, je ne répondrai pas du
tout........ Üélivrez-nous de ce Pasquin le plus tôt possible.
(Pièce n® 18.)
13 novembre 1851.
Je ne puis m'entendre avec YEchu tant que M. Vien sera là. — Si vous ne lui couptz
pas les vivres, il ne s'en ira jamais.
Pour hâter ma détermination, M. de Calvimont n’hésita pas à me
mellre moi-même en cause, en cherchant à me persuader que j’étais
personnellement l’objet des calomnies de M. Vien.
(Pièce n° 19.)
21 novembre 18.31.
La déconsidération de M. Vien rejaillira tôt ou tard sur nous tous.
Vous savez l'algarade qu'il a faite à M. Magne qui en a été naturellement et très
légitimement mécontent. C'est une tête à l'envers à qui il ne faut pas confier d'armes a
feu. Il tire sur ses camarades de chasse comme sur la bête fauve.
Je ne sais si vous avez été informé de l'opposition que rencontrait à Nontron le Journ il
du Dimanche. On prétendait que vous aviez donné pour consigne à M. Vien d'être pl .s
calme désormais, afin de vous laisser la possibilité de passer aux rouges s'ils venaient
jamais à triompher. On citait une lettre de vous, écrite dans ce sens.
Je répondis au sous-préfet en termes rassurants, comme vous pouvez penser, repoussant
l'histoire, véritable diffamation. Mais j'ai voulu avoir le cœur net de cette affaire, et
m’en suis expliqué avec M. M........ , l'un des hommes les plus marquants de la ville.
Celui-ci m'a répondu qu’en effet cette opinion s’était répandue, et qu’elle venait de ren
seignements puisés à Montignac par son beau-frère, qui les tenait de M. 1)........ . le
quel les tenait lui-même de qui ? de M. Vien !
Enfin, pour faire cesser mes hésitations, M. de Calvimont poussa
son opposition jusqu’à fermer la porte de ses bureaux à M. Vien !
à ce rédacteur qui ne pouvait à coup sûr être coupable que d’un excès
de zèle.
il fallut céder : je me décidai à renvoyer mon rédacteur.
I ue seconde contestation s’éleva entre nous à la suite de celle-là.
Il s’agissait de remplacer le rédacteur en chef, et M. de Calvimont
me proposait un de ses amis. Les choses ne purent s’arranger.
II me paraissait grave de confier à un homme trop avant dans l'inti
mité du préfet, un journal dont l'indépendance avait toujours été com
plète, et qui, par cette indépendance même, avait été appelé à exercer
une plus haute influence, et, par suite, à rendre de plus grands ser
vices.
Ce refus fut le signal des persécutions dont l’Echo va être frappé
à son tour.
Mais je dois auparavant, Monsieur le Ministre, vous faire connaître
la conduite de celle feuille et celle du Préfet après le 2 décembre.
Le 3, arrive à Périgueux la dépêche télégraphique qui annonçait les
événements de la veille.
M. de Calvimont publie la proclamation suivante :
(Pièce n» 20.)
Périgueux, hôtel de la préfecture, le 3 décembre 1851.
Habitants de la Dordogne!
La nouvelle qui précède ne doit inspirer aucune inquiétude.
Ce n'est pas une révolution, c'est un appel à la France.
La nation tout entière, invitée à faire connaître sa volonté, décidera elle-même de
ses destinées.
Plein de confiance dans la sagesse du pays, le Président de la République, en pre
nant cette mesure énergique, a mis fin à l'anxiété qui préoccupait si douloureusement
tous les esprits ; il nous a préservés d'une révolution imminente.
Les départements, comme Paris, accueilleront avec une pleine sécurité ce grand fait
politique qui, en maintenant la République, annule d'un mot toutes les divisions des
partis.
Que tous les bons citoyens se rassurent donc, l'autorité veille; elle agirait au besoin,
avec énergie, contre les perturbateurs, s'il pouvait y en avoir. Elle fera respecter partout
l'ordre et la loi; elle est investie pour cela de tous les pouvoirs nécessaires.
Le Préfet de la Dordogne,
Signé A. de Calvimont.
Celte froide et terne proclamation parait à une heure avancée de
la journée, et alors que les habitants de la campagne (c’était un jour
de marché) avaient déjà manifesté leur enthousiasme pour Napoléon.
Le Préfet pousse la prudence jusqu’à ne pas dire un mot de l'Assem
blée qui vient d’être frappée, et qui pouvait, en effet, se reconstituer
et se défendre. Il se borne à exprimer Iespoir que les départements
accueilleront avec séccrité ce grand fait politique, pour lequel il ne
trouve d’autre qualification que celle de mesure énergique.
L'Echo, de son côté, lui qui n’a rien à ménager, prépare la procla
mation suivante, dont les épreuves sont envoyées à la préfecture.
Périgueux, le 3 décembre 1851.
(Pièce n° 21.)
Concitoyen* de la Dordogne.
Louis-Napoléon Bonaparte, le neveu de votre glorieux Empereur, fait un appel à votre
sincère amour de l'ordre et des libertés nationales.
Cet appel, je n’en doute pas, sera entendu. Les cent mille suffrages que vous avez
donnés au Président de la République, il y a trois ans, me sont une garantie certaine
de l'unanimité qu'il obtiendra dans quelques jours.
La Constitution était vicieuse ; elle tuait la France. Elle ne nous a donné que des in
quiétudes et des misères. Pour réparer les unes et prévenir les autres, le pays tout en
tier, répondant à un cri parti de VEcho de Vésone, avait demandé la révision légale et
pacifique de cette charte informe. Mais l'Assemblée divisée, morcelée en infimes et mi
sérables coteries, avait obstinément et systématiquement refusé d’entendre ce vœu una
nime de la nation souveraine.
Concitoyens de la Dordogne!
C'est le 2 décembre, le jour anniversaire de la glorieuse victoire d'Austerlitz, que le
neveu de l'Empereur fait un appel à la France. C'est un heureux augure de la victoire
que vous allez remporter ensemble sur les ennemis de l'ordre et les partisans de l'anar
chie, sous quelque drapeau qu'ils se cachent
Vive la France !
Vive la République !
Vive Louis-Napoléon!
Isidore Vie».
•
Celte vigoureuse proclamation formait sans (Joute un trop grand
contraste avec la proclamation du Préfet. Aussi, celui-ci refuse-t-il
d’en autoriser l’insertion et va jusqu’à menacer de faire mettre le ré
dacteur en prison s’il persistait à la publier. Le rédacteur forcé de
céder la remplace par quelques lignes, qui n’étaient qu’un reflet de sa
pensée première, et qu’on imprime sans les soumettre au préfet, dans
la crainte qu’il ne les défendit encore.
— 13 —
(Pièce n° 22.)
Echo, 3 décembre 1852.
Dans les circonstances difficiles où se trouvait le pays devant une Assemblée notoi
rement impuissante ou hostile, le Président de la République n'a pris conseil que de
son patriotisme. Sa lu s populi , suprema lex.
Cetle simple phrase, j’en appelle à tout homme impartial, n’en ditelle pas plus, à elle seule, que toute la proclamation embarrassée du
Préfet?
Et c’est le journal qu’on osera bientôt accuser de tiédeur!
Du 1 au 6, l'Écho continue de publier des articles de fond. Mais ils
paraissent encore trop forts à M. de Calvimont, car il signifie à CÉcho
l’ordre officiel de ne plus rien imprimer qui n'eût été soumis à son
approbation.
Lettre du préfet soumettant l'Echo d la censure.
(Pièce n° 23.)
Périgueux, le 6 décembre.
En vertu des instructions du Gouvernement, aucun journal ne paraîtra jusqu’à nouvel
ordre dans le département sans mon autorisation, et les épreuves des journaux dont la
publication sera permise devront toujours être soumises à mon visa.
Je m'empresse de vous informer de ces dispositions, afin que vous puissiez vous y con
former en ce qui vous concerne.
Pour le Préfet,
Le conseiller de préfecture,
Aumassip.
Cet ordre me fut signalé par le nouveau rédacteur en chef de l’Écho,
dans la lettre suivante :
(Pièce n° 24.)
Lettre du rédacteur de l'Echo.
Périgueux, 7 décembre 1851.
M. de Calvimont nous a fait écrire par M. Aumassip que, désormais, les épreuves du
journal devront lui être communiquées avant l'impression. Je vous envoie copie de la
lettre que nous avons reçue dans la soirée d'hier. J'aurais voulu la publier dans l'Echo,
mais M. Aumassip m'a prié d'attendre l'arrivée de M. de Calvimont, qui n'est pas encore
rentré de Bergerac, et qui arrivera probablement ce soir. Depuis l'Empire, on n'avait pas
vu d'exemple d'une semblable persécution contre la presse.
Les abonnements vont aussi bien qu'on puisse le désirer:hier 50; aujourd'hui 40; de-
- 16 —
main et après-demain probablement autant. Je crois qu'avant peu nous atteindrons le
chiflre de 2,000.
Le Prétot me toit dire à l'instant (sept heures et demie) qu’il est arrivé. Je vais aller
à la Préfecture pour avoir avec lui une explication au sujet de la lettre de M. Aumassip
Si j’ai le temps de vous rendre compte de mon entrevue avec le Préfet, je le ferai par un
mot jeté à la poste.
Qu’une semblable mesure eût été appliquée à une publication
hostile, on le concevrait aisément ; mais traiter avec celle rigueur une
feuille amie, la plus dévouée entre toutes les feuilles du département,
c’était, il faut en convenir, une injure purement gratuite. C’était aussi
le premier acte d’une odieuse intrigue, dont on va voir se dévoiler
successivement tous les ressorts.
Le Préfet ne se borne point à cet acte de persécution ; il va plus
loin encore : pour donner un tort apparent à l'Echo, il l’engage ami
calement à ne publier aucun article politique pendant le temps que
durera la censure :
(Pièce n° 25.)
Lettre du rédacteur.
Périgueux, le 10 décembre 18’>l.
J’ai vu M. de Calvimont, et j'ai cru comprendre que, sous sa protestation de dévoue
ment à l’Echo, il pourrait bien y avoir quelque arrière-pensée. Les blancs sont tou
jours blancs. M. de Calvimont m’a parfaitement reçu; il m’a dit combien il regrettait
la mesure que le Gouvernement l’avait forcé de prendre; mais il a refusé de laisser
insérer la lettre qu’il avait toit écrire par M. Aumassip, et que j’avais toit suivre de quel
ques lignes que je crois très-modérées. Timide comme il l'est, voulant ménager la chèvre
et le chou, il n'a pas voulu qu'on sût que lui, ancien journaliste, rétablissait la censure
dans le département. Il m’avait cependant permis d'écrire un article pour annoncer la
situation exceptionnelle de la presse dans toute la France. Cet article, je l’ai fait. Il
me l’a supprimé, en m’en envoyant lui-méme un tout préparé que je conserve pour
vous le montrer. L'inlérél et l'avenir politique du journal, ma propre dignité de journa
liste ne m’out pas permis de l'accepter. Enfin, nous sommes tombés d’accord sur celui
que vous avez vu en tète de l’Echo d’hier. Les divers pourpailers qui ont eu lieu entre
M. de Calvimont et moi au sujet de celle affaire n'ont en rien modifié nos rapports; mais,
je vous le répète, je n'ai pu éloigner de moi l’idée que M. de Calvimont n'a pas pour
l'Echo tout le dévouement qu’il affecte.
Quant à la situation qui nous est faite par M. de Calvimont, il tout la subir. J'oubliais
de vous dire que M. de Calvimont m'a prié de re publier aucun article de fond pen
dant le temps que durera la mesure II m’a fait appeler cependant ce malin pour me
dire ceci : J’espère que vous pourrez reprendre votre plume avunt peu, car je crois
que l'ordre du Ministre ne tardera pas à être levé.
Ainsi, pour colorer sa conduite, le préfet prétend qu’il n’a agi que
17 par ordre du Gouvernement, lequel ['aurait forcé à censurer VEcho,
rejetant ainsi sur le ministère la rigueur d’une telle mesure. Il refuse
même de laisser insérer la lettre qu’il a écrite pour signifier cette cen
sure... Enfin, il PRIE le rédacteur de ne publier provisoirement aucun
article, et dans son empressement il va jusqu’à rédiger un avis explica
tif du silence que le journal gardera par son ordre, et dans lequel il
dit que VEclio se bornera à faire de l'histoire, à enregistrer les événe
ments de chaque jour.
Voici cet écrit étrange et fort important, tout entier de la main
de M. de Calvimont, et destiné à annoncer les motifs qui obligeaient
VEcho à garder le silence.
(Pièce n° 26.)
La situation de la presse, en province et à Paris, est exceptionnelle, comme b
temps où nous sommes. Cette situation sera, nous l’espérons, de courte durée.
L’ordre et la sécurité générale étant consolidés, la vie publique reprendra son
cours normal ; le Gouvernement rentrera dans sa force régulière, la presse re
trouvera toute sa liberté.
Jusqu’à ce moment, que nous appelons de nos vœux, dans l’intérêt du Pou
voir qui veut assurer sans entraves le salut de la société, comme dans l’intérêt
du journalisme loyal qui n’a jamais fait qu’avertir sans détruire, nous nous bor
nerons à faire de l'histoire, à enregistrer les événements (le chaque jour.
Nous sommes en mesure d’être promptement et sûrement informés.
Encore une fois, nous avons l’assurance que cette situation ne sera que mo
mentanée.
Cet article qui, nous le répétons, est écrit tout entier de la main de
M. Calvimont, porte en marge ces mots : Permis d'imprimer.
On le voit, non-seulement le préfet impose à VEcho le silence,
mais il va jusqu’à prescrire lui-méme les termes dans lesquels ce
silence devra être annoncé aux lecteurs.
Le rédacteur en chef ne voulut point accepter cette humiliation.
Il refusa l’insertion de ci lle note dans l'inlérél de sa dignité et de celle
du journal.
Du 0 au 11 il ne publie donc, pour se conformer à l'ordre qu’il a
reçu, ipie les faits extraits des autres journaux et sans réflexions.
Enfin, ne pouvant subir plus longtemps celte oppression, sans pro
tester, il se rend chez M. de Calvimont et obtient de lui la levée de
l’ordre de ne plus écrire ni publier des articles de fond.
Voici copie des deux lelties par lesquelles il m'a été rendu compte
de la nouvelle conférence qui avait eu lieu entre inon neveu, le Préfet
et le rédacteur de l'Echo.
(Pièce n° 27.)
Lettre du Rédacteur.
Périgueux, le 11 décembre 18”1.
La situation que voulait nous faire M. de Calvimont, en nous obligeant de lui communi
quer les épreuves du journal et en nous invitant à ne plus écrire d'articles de fond
n'était pas tenable. J'ai voulu avoir avec lui, aujourd'hui, une explication franche. M. Dameron et moi, nous sommes rendus à la préfecture. Après avoir dit à M. de Calvimont que
la conversation que nous allions avoir serait écrite par moi à ma sortie de la préfecture, je
lui ai demandé si les ordres qu'il avait reçus du ministère étaient tellement sévères, qu’ils
dussent s’étendre jusqu aux journaux défendant le Gouvernement, comme l'Écho do
Vésone. Il m’a répondu avec embarras que cela s’était fait en son absence, qu'il le regret
tait; qu'à la place de M. Aumassip, il m'aurait fait appeler confidentiellement, etc., etc.
{J’ai la certitude que la lettre signée par M. Aumassip a été écrite par M. de Calvimont
pendant son séjour à Bergerac, puis envoyée à Périgueux, et que c’est par l'ordre de
M. de Calvimont que M. Aumassip a agi.)
Dans sa réponse, M. de Calvimont, sortant un peu de sa réserve, a eu l'imprudence de
m'apprendre qu'il était disposé à provoquer la création d'un nouveau journal, et à souscrire
pour 1,000 francs. Et j’ai eu cette triste conviction que M. de Calvimont, ordonnant à
l’Écho de garder le silence, s’autorisait de ce silence pour dire que l'Écho était hos
tile et à lui et au Gouvernement. Je commence à m'expliquer la guerre par trop vive
qu'il a faite à M. Vien, et les fréquentes conférences de M. de Calvimont avec G., qui ne
quitte pas la préfecture.
Enfin, et pour vous faire connattre le résultat de notre conversation, 11. de Calvimont,
mis en demeure d'accepter la responsabilité de la lettre de M. Aumassip, a retiré les
injonctions contenues dans cette lettre, a permis à VEcho de publier des articles, et l'a
dispensé de la formalité consistant à soumettre les épreuves à son visa.
Conclu»ion: Si M. de Calvimont a pu, de lui-méme, et sans en référer au ministère,
revenir sur l’ordre qu’il nous avait fait donner par M. Aumassip, les instructions ministé
rielles n'étaient donc pas si formelles qu'il nous l’avait dit d’abord.
Voilà quant à ce qui regarde M. de Calvimont.
Pour ce qui est de VEcho, il aura chaque jour un article de fond. Rap portez-vous-en
à ma prudence au sujet de l'esprit des articles. Vous connaissez ma manière de voir.
Il faut défendre le Président ; il faut consolider son autorité, parce que lui seul
peut sauver la France, et que, sans lui, nous tomberions dans le socialisme.
Nous nous sommes séparés, M. de Calvimont et moi, dans les meilleurs termes ; j’ai
reçu de lui force poignées de main ; mais il en était ainsi hier et ces jours derniers ; les
blancs sont toujours blancs, yous disais-je hier; je le répète aujourd'hui, après ma con
versation avec M. de Calvimont, qui m'a paru se trouver dans la situation de ces fonc
tionnaires suspectés, forcés de faire du zèle pour faire croire à un dévouement
absent.
M. Dameron, présent à notre entretien, doit vous écrire quelques mots à ce sujet, m'at-il dit. J'attends sa lettre pour fermer la mienne.
— 19
Voire père se porte bien........
J'oubliais de tous dire que le procureur de la République s'est trouvé présent au mo
ment où M. de Calvimont a fait la concession, ce qui a visiblement contrarié ce dernier.
M. de Calvimont m'a bien recommandé de ne pas imprimer dans l'Echo qu'il était revenu
sur la mesure.
Lettre du neveu de M. Paul Dupont.
(Pièce n° 28.)
Même jour.
Massoubre et moi sommes allés devers le préfet. Il est arrêté que Massoubre fera des
articles dans F intérêt de Louis-Napoléon. Calvimont consent à ne pas voir les épreuves
il s'en rapporte à la loyauté de Massoubre. Ce dernier a été roide avec le préfet. Celuici m'a dit vous avoir écrit. Ne soyez pas ému de sa lettre.
Si M. Vien revient pour écrire dans l'Echo, Calvimont rétablira la censure. Il n'a au
cune confiance en lui.
Dameron.
Ainsi, M. de Calvimont n’a pas môme eu le courage de soutenir la
mesure dont VEcho avait été victime et dont son rédacteur se plai
gnait avec raison. Il rejette la faute sur un conseiller de préfecture,
et affirme qu’il n’aurait pas agi ainsi, tandis que les renseignements
du rédacteur le portent à croire que c’est sur l’ordre du préfet, que
la lettre d'interdiction a été écrite et signée.
Enfin, ce n’est point de son propre mouvement que M. de Calvi
mont lève l'interdiction qui pesait sur VEcho ; mais sur la réclamation
énergique du rédacteur, et la menace d’en appeler à l’opinion publique.
S’il se décide à permettre au journal de publier des articles de fond
c’est que la concession lui est arrachée.
C’est donc le 11 que l’interdiction est levée.
Eli bien! croirait-on que, ce MÊME JOUR, le Préfet s’empresse
de m’écrire, pour se plaindre du silence et du peu d’appui que ce
journal lui prête et faire parade de son zèle!!!
Voici cetle étrange lettre :
Lettre de M. de Calvimont à M. Paul Dupont, a Paris.
(Pièce n° 29.)
Périgueux, 11 décembre 1852.
Mon cher ami,
Ma position est singulière, en ce moment, vis-à-vis de l'Echo de Vésone. J'ai été
obligé de supprimer une protestation faite contre les mesures exceptionnelles prises par
le Gouvernement contre la presse.
I
— 20 — ■
L’Echo n paru hier en placard ; aujourd'hui il parait en feuille double, nuis rien que
des nouvelles. C'est tout simplement ce que ferait le National dans la même situation.
Voyez si cela doit durer, parce qu'il me faut un organe qui soutienne le mouvement
de salut et non pas un auxiliaire qui se déclare hostile, parce qu'il y a du danger.
Dans les situations comme celle-ci, il faut avoir le courage d'étre honnête homme et
de dire que les bandits de Béziers, Clamecy et de tous les pays sont des monstres, et
ne pas se borner à raconter les faits en laissant douter si on les approuve ou si on le
condamne.
Je veux bien risquer ma tête, et, Dieu merci ! je l’ai prouvé, pour sauver le départe
ment que j'administre ; mais je n’admets pas qu’on se mette’ derrière un mur pour
voir, à couvert, si les balles m'atteignent ou me respectent.
Qui n'est pas avec moi, quand il s’agit de faire respecter l'ordre, est contre moi. Il
n'y a pas de milieu.
Les amis de VEcho sont indignés de celte attitude nouvelle. Mon salon, hier, n'a
entendu que des reproches et le blâme le plus sévère pour cette façon d’agir.
Je ne vous demande pas d'encenser le Gouvernement; je vous demande d’être juste;
je demande à vos délégués d'étre bons citoyens; je demande enfin que VEcho soutienne
l’élection du 20 décembre. Vous n'espérez pas sans doute devenir le journal officiel de
la république de M. Barbés, représentée à Périgueux par Carcassonne et Vcrgniars ?
Je suis convaincu que l'allure fausse, sans dignité et surtout sans courage de VEcho de
Vésone ne vient pas de votre inspiration.
J'attends un mot de vous pour prendre un parti sérieux.
Tout à vous.
De Calvimont.
Le Préfet écrivait en même temps et à peu près dans les mômes
termes à M. Magne. Afin de faire croire à son protecteur qu'il était
plus dévoué que le journal napoléonien, il pousse la duplicité jusqu’à
accuser VEclio d’un silence qu’il avait lui-même commandé.
Telle est l'étrange comédie jouée par M. de Calvimont! C’est là
sans doute une grande habileté, mais est-elle digne du premier fonc
tionnaire du département?
Celle lettre m’arriva avant celle du rédacteur en chef. Elle avait une
telle apparence de bonne foi et de zèle éploré, que j’y fus trompé
moi-même. Jamais il ne serait entré dans ma pensée qu’on put inven
ter de telles machinations. Je m’empressai donc, par le même cour
rier, de répondre en protestant contre le silence de VEcho.
(I) I.a date est surchargée par le chiffre 1! mais le chiffre II subsiste, et, comme elle est arrivée a
Paris le 13, elle ne pouvait avoir élo écrite que ce jour-là. C’est-à-dire, à l'Issue de l'entrellen avec
IIM. Massoutire et Ditneron
21
(Pièce ii° 50.)
Paris, le 15 décembre 1851.
Mon cher Préfet,
L'Echo a tant fait pour Napoléon depuis un an que j'aurais considéré comme une chose
de mauvais goût de mettre aujourd'hui de l'exagération dans les éloges. Je ne pense pas
non plus qu'il soit convenable à un journal, appelé chaque jour à prêcher à tous l'exé
cution des lois, de louer l’acte du 2 décembre, qui, en définitive, est une violation des lois.
Quant aux conséquences heureuses de cet acte pour les destinées de la France, il a tou
jours été dans ma pensée d'en démontrer au fur et à mesure, mais dans une sage pro
portion, et avec une réserve qui seule me paraissait et me parait encore pouvoir conserver
la grande influence dont jouit VEcho. Ce n'est pas à vous que j'ai besoin de dire que
j'aime le Prince, et que je le veux servir; mais, pour le faire utilement, il est essentiel
que dans le département ce journal jouisse d'une certaine indépendance, sans laquelle ses
conseils n'auraient aucun poids.
Maintenant que vous avez retiré la censure, sous laquelle, je le répète, nous ne pou
vions être utile, je suis persuadé que tout va bien marcher. L'élection du 20 décembre
est assurée; il n'y a rien à craindre pour le présent. L'avenir est moins rassurant. Alors
qu’une réaction en sens contraire se sera opérée, et que les oppositions surgiront de
toutes parts, pour entraver la marche du Gouvernement, VEcho, par cela même qu’il
n'aura point aliéné son indépendance, rendra à cette époque les mêmes services qu'en
1848.
Nous poursuivons le même but, mon cher ami ; nos idées sont les mêmes. Seulement,
votre position de préfet, dans un département en état de siège, doit nécessairement nous
faire différer sur les détails; mais qu'importe la forme lorsqu'on est d'accord sur le
fond. Il y a, d’ailleurs, un sujet sur lequel il ne peut exister aucune dissidence, c'est un
blâme énergique contre les actes atroces de brigandage commis dans quelques dépar
tements.
Paul Dupont.
Ainsi, la perfidie de M. de Calvimont obtenait le succès le plus
complet, puisque j’étais moi-même abusé,
Cette lettre du 11 a été, il n’en faut point douter, un épisode préparé
d’avance, et en vue d’en faire plus tard une arme défensive. C’était
une occasion de produire avec éclat les protestations d’un dévoue
ment qu’on n’avait que sur les lèvres.
Le Préfet a voulu tromper, en même temps que moi, ses amis euxmêmes ; il a voulu surtout laisser dans leurs mains un document qui
pourrait être montré à un moment de danger, et qui les mit à même,
non-seulement de le sauver, mais encore de lui faire donner un brevet
de dévouement et de courage.
C’est le 11 que l’interdiction des articles est levée, grâce à la pro
testation du nouveau rédacteur. Dès le lendemain, VÉcho commence
une suite d’articles en faveur de la future élection du Président, et pas
un seul jour pendant tout ce mois, et dans cette grave circonstance,
il ne fait défaut au Gouvernement et à la société.
(Pièce n° 30.)
(
Echo, 12 décembre 1831.
Il est impossible de ne pas reconnaître qu'un seul homme est en ce moment capable
de sauver la société française : c’est le Président de la République......
Le nom de Napoléon devient une seconde fois le boulevard de la société. Profitons-en,
nous tous qui voulons le rétablissement de l’ordre, le respect des propriétés, le salut du
pays ! Suivons cet instinct des masses qui les conduira le 20 décembre prochain à l’urne
électorale, et qui est peut-être une révélation de Dieu.
Il ne peut y avoir maintemenl qu’un seul parti en France : celui des honnêtes gens.
Nous l’adjurons, au nom de la société, d’oublier les divisions qui ont pu exister dans
son sein. Ce n'est pas le moment de récriminer, avons-nous déjà dit; il faut songer à
l’avenir, chercher à le garantir conjtre de nouveaux malheurs. Nous ne voyons d’autre
moyen, pour y parvenir, que d’accorder au Président de la République la prolongation
de pouvoirs qu’il demande.
Que chacun prenne donc la résolution de se rendre au scrutin avec un bulletin affir
matif. Pas d’abstention ! Toute abstention serait coupable et ne se justifierait par aucun
motif sérieux. Il faut que la majorité qui réélira le Président soit une majorité formi
dable. Plus elle sera grande, plus le pouvoir sera fort. C’est le résultat que nous voulons
tous atteindre.
Le lendemain, VEcho de Vésone revenait encore à la charge pour
combattre les abstentions.
(Pièce n’32.)
Echo, 13 décembre 1831.
.......... Dans ce duel suprême, où se décidera une question de vie ou de mort, nous
»
n’admettons aucune place pour l’irrésolution. Il faut qu’on se prononce sans faiblesse, qu’on
choisisse sans hésitation. Pourrait on hésiter lorsqu’il s'agit de son avenir, de celui de sa
famille, de l'avenir de la France?
Nous comprendrions, de la part de personnes aveuglées par la passion politique ou in
téressées au renversement de l'ordre des choses actuel, un vote négatif. Ce que nous ne
nous expliquerions pas, ce serait un vote d’abstention.
.............Nous espérons que la majorité qu’obtiendra le président de la République sera
plus imposante encore que celle du 10 décembre 1818. Mais il faut qu'aucun citoyen ne
manque à l'appel qui lui est fait. Tous, tant que nons sommes, nous contribuerons à
grossir le chiffre de cette majorité. Nous aurons ainsi la satisfaction d'avoir rempli un
devoir, et, comme l’a dit Louis-Napoléon, dans un de ses admirables discours, Dieu se
chargera du reste.
Le lendemain, même insistance et même espoir de la part du ré
dacteur.
F*
— 23 —
(Pièce n° 33.)
Écho, 13 décembre 1831.
............ Le gouvernement fort que nous désirons, il sortira de l'urne des 20 et 21 dé
cembre. La nation, fatiguée de révolutions et avide de repos, le témoignera dans ces deux
jours en répondant unanimement oui au plébiciste que lui soumet le président de la Ré
publique. et cette manifestation solennelle ouvrira pour la France, nous en sommes con
vaincu, une ère de prospérité, de grandeur et de gloire.
L’élection du 20 décembre a lieu. Le prince Louis-Napoléon obtient
dans le seul département de la Dordogne 112,781 voix. L'Éc/to de Vé
sone se félicite du résultat auquel il a contribué, et il l’annonce dans
les termes suivants :
(Pièce n° 34. )
Écho, 91 décembre 1851.
Qui avait osé dire que le département de la Dordogne était infecté de socialisme, qu'il
était un foyer de mauvaises passions, et que les trois quarts de ses habitants étaient
autant de soldats abrutis de l'armée démagogique? On l'avait affirmé pendant deux ans.
Depuis les tristes élections de 1849, on nous avait mis, en quelque sorte, au ban de la
société ; on nous avait classés au nombre de ces séides de la hideuse terreur, toujours
armés, toujours menaçants, et dont les sauvages exploits viennent de glacer d'épouvante
plnseurs contrées de notre belle patrie I
Non, non ! le département de la Dordogne n’est pas infecté de socialisme ! — Non, non!
il n'est pas un foyer de mauvaises passions ! — Non, non ! sqp pacifiques et intelligents ha
bitants ne sont pas autant de soldats abrutis de l'armée démagogique!
Cent douze mille sept cent quatre-vingt-quatre citoyens se sont levés pour protester
contre celte calomnie. A partir d’aujourd'hui, nous reprenons la place qui nous revient
parmi les populations les plus saines et les mieux intentionnées de la France. Réjouissonsnous : le département de la Dordogne vient de recevoir un baptême dont il conservera
longtemps la salutaire empreinte.
Réjouissons-nous donc d'avoir traversé sans encombre et sans malheurs la crise que
vient de subir la patrie. Félicitons-nous de l’issue bienfaisante qui l’a terminée dans toute
la France, et notamment dans le département de la Dordogne. On peut dire aujourd'hui
avec assurance et bonheur : « Le pays est sauvé, sanvé de l'anarchie, sauvé par la seule
expression de sa volonté. » 11 est vrai que jamais manifestation plus éclatante de la pensée
d'un grand peuple ne s'était produite avec autant d'ensemble et de spontanéité. Celle-ci
assure pour longtemps à la France la paix et le repos ; elle lui ouvre la voie du progrès
pacifique et des améliorations graduelles; elle la relève aux yeux de l’Europe ; elle accroît
sa force morale, et donne un nouveau prestige à sa dignité. Le département de la Dordo
gne a le droit de s’enorgueillir d'un pareil résultat, parce qu'il peut s’honorer d'y avoir
puissamment contribué.
Et voilà le journal que le Préfet de la Dordogne persécute, qu’il
accuse d’un refus de concours, et contre lequel il va susciter une
— 24
feuille rivale. Mais avant de fonder celle nouvelle feuille, il y avait un
dernier acte à jouer dans celle pitoyable comédie: c’était de se faire
donner des éloges par le journal même qu’il persécutait sourdement
depuis un mois et auquel il allait créer un concurrent. Voici comment
il s’y prit pour réaliser cette œuvre difficile :
Il écrit au rédacteur en chef le billet suivant :
(Pièce n° 35.)
26 décembre 185t.
Mon cher Monsieur,
Si vous avez un moment dans la journée, et que vous puissiez venir me voir, vous m’obli
gerez beaucoup.
Mille amitiés.
A.
de Calvimont.
Dans celte entrevue, il feint d’apprendre qu’on l’a dénoncé, et la
chose pouvait paraître assez probable, lorsqu'on songe que, pendant
tout ce mois, il n’a rien fait pour éclairer l’opinion publique, et que ses
deux proclamations les seuls actes de l’autorité préfectorale pendant
le mois de décembre ne sont remarquables que par leur grande
pâleur. Il vient donc, le cœur plein de crainte et de trouble, supplier
VEcho de le défendre.
Le moment de laver le passé est, du reste, fort heureusement
choisi. 11 n’y a plus rien à craindre. Le résultat des élections est
connu : Louis-Napoléon a obtenu cent douze mille suffrages; reste
seulement à faire oublier les hésitations, le silence coupable qu’on a
gardé. Quel bon tour, d’ailleurs, à jouer à l'Echo dont il a supprimé
la proclamation du 3 décembre que de se faire donner un brevet de
dévouement par le journal même dont il a été le dénonciateur, et,
qui mieux que personne, connaît et peut dévoiler ses hésitations!
Il parle également de sa situation à mon neveu, et voici en quels
termes deux lettres successives me signalaient les éloges mendiés par
le Préfet, sous prétexte qu’on allait lui ôter son pain.
(Pièce n° 36 )
Périgueux, 26 décembre 1851.
........... Le préfet a été dénoncé au ministre de l’intérieur : il a prié Massoubre de le
faire mousser dans VEcho.
Damebon.
Le lendemain, le rédacteur de VEcho, trompé complètement,
— 25 —
ni expliquait, de son côté, les motifs qui Pavaient engagé à faire l’é
loge du préfet.
(Pièce n° 37.)
Périgueux, 27 décembre 1831.
Je vous écris aujourd'hui pour vous apprendre que la position de M. deCalvimont esttrèscompromise. Je le tiens de lui-méme, qui me l'a annoncé hier malin, en mepriant défaire
quelque» lignes dans tEcho, pour conjurer l’orale qui le menace. Je l'ai fait. Il paraît qu’il
a été dénoncé au ministre de l'intérieur par quelqu'un de Périgueux dont il ignore le nom :
on lui reproche de ne pas avoir fait assez d'arrestations dans le parti socialiste, de ne pas
avoir suffisamment oublié ses relations de légitimiste, etc. M. de Morny lui a écrit une
lettre à cheval, à laquelle il a répondu, m'a-t-il dit, avec l'accent cTun honnête homme
outragé.
Je pense que M. Magne l'aidera beaucoup dans cette circonstance, qu’il considère comme
périlleuse pour sa position.
Signé Massoubre.
Effectivement, le numéro du 27 contient, un article d’éloges inspi
rés en quelque sorte par le préfet lui-même, dans lequel on lui
donne la place d'honneur et où ses services, son courage, sa vigueur
sont hautement proclamés.
Sans doute ces éloges sont un des arguments dont on a dû se ser
vir près de vous contre VEcho; mais qu’on n’oublie point qu’ils ont
été demandés par le Préfet, pour conjurer le soi-disant orage gui me
naçait sa position; et que, dans de telles circonstances, ils perdent
toute leur valeur.
Il y a d’ailleurs dans ce fait un véritable enseignement. Cette de
mande d’éloges est un démenti formel des attaques dirigées précé
demment contre VEcho.Ce journal n’est donc pas sans dignité et sans
courage puisqu’on vient quêter ses éloges! Il est donc honnête et in
fluent puisque son patronage et sa seule adhésion peuvent suffire à
soutenir la position ébranlée d'un Préfet!
La dernière scène de dissimulation est jouée. Le Préfet va pou
voir désormais lever le masque cl poursuivre sans crainte VEcho;
contre lequel toutes ses précautions sont prises. Ne l’a-t-il pas dénoncé
dans des lettres qui pourront se retrouver au besoin? N’a-t-il pas eu
le soin de se mettre à l’abri de ses attaques par les éloges mêmes
qu'il venait d’en obtenir?
11 commence par encourager la fondation d'un nouveau journal, au
quel il donne le titre de Journal île la Préfecture, et qu’il recommande
— 26 —
comme tel aux maires et aux fonctionnaires. C’est à ce journal seul
qu’il ouvre ses bureaux, qui seront à l’avenir fermés à l’Echo.
Le moment des élections arrive. Il y avait quatre noms désignés par
la voix générale ; VEcho, habitué à suivre l’opinion publique, n’hé
site pas à les proclamer. Mais celle marche nette et franche ne con
vient point à M. de Calvimont, qui n’a obtenu la création d’un nouveau
journal que par la promesse de faire nommer député un de ses fon
dateurs.
De là, une vive irritation qui se traduit par le rétablissement de la
censure pour les épreuves de VEcho, et par une sommation d’insérer
le désaveu ci-après :
(Pièce n° 38.)
Echo du 3 février 1851.
L'Administration n'a nullement autorisé VEcho à publier des noms de candidats au
corps législatif.
Rien n’est encore arrêté par elle à ce sujet.
Les électeurs connaîtront prochainement les hommes que le Gouvernement se propose
de recommander à leur attention et à leurs suffrages. Il a annoncé celte volonté loyale
assez hautement, assez publiquement, pour qu'il se réserve le droit de faire savoir lui;
même ses intentions, quand il croira le moment venu.
Les circonscriptions électorales données par VEcho sont sans exactitude et basées sur
des renseignements erronés.
Ce désaveu.est inséré dans le numéro du 5 février; mais les ca
ractères employés n’ayant point paru assez gros à M. le Préfet de la
Dordogne, il signifia, par huissier, l’ordre de réimprimer le lende
main ce même avis en caractères plus forts.
Or, deux ou trois jours s'étaient à peine écoulés, que le Préfet
proclamait lui-même ces quatre mêmes noms, dans les termes sui
vants ;
(Pièce n° 39.)
Samedi, 21 février 1852.
Le département connaît suffisamment ces quatre candidats. Il n’en est pas un seul dont
le nom ne rappelle un souvenir honorable dans les assemblées législatives et les conseils
du département. Nul n’a failli dans le rôle qu'il y tint, ou dérogé aux traditions qu'il re
présente. Personnellement, ou par leurs familles, ces candidats ont des droits indiscuta
bles à l'estime, à la reconnaissance publique.
Le choix du Gouvernement est donc ce qu'il devait être : digne du pays et de lui.
De semblables contradictions ne pouvaient assurément rien ajouter
— 27 —
à la force et à la considération de l'administration. Aussi VEcho con
serva-t-il dans celte circonstance, comme toujours, l’avantage sur la
préfecture.
Mais d’où venait cette singulière conduite? Uniquement du désir de
persécuter VEcho dans ma personne, et de faire échouer la candida
ture de celui qui seul, après la mort d’Auguste Dupont, pouvait sou
tenir cette feuille.
Il est vrai que j'avais toujours manifesté un grand éloignement pour
la vie politique. Placé à la tète d’un établissement considérable d’im
primerie, occupé depuis trente années à améliorer le sort de nom
breux ouvriers, en poursuivant la solution de ce grand problème
d’économie sociale, qui consiste à maintenir une parfaite entente
entre le maître et les travailleurs, j’avais repoussé toutes les offres
qui m’avaient été faites jusqu’alors.
Parmi les personnes qui m’avaient le plus incité, et de vive voix, et
par écrit, à accepter la candidature, était M. de Calvimont lui-môme,
que j’avais refusé comme les autres et qui néanmoins persistait en
m’écrivant vers la fin de 1851 :
8 octobre 1851.
(Pièce n° 40.)
• Vous savez mes idées et celles de nos amis sur l’avenir. Plus j’y pense, plus je reste
convaincu que le sacriticc vous est impossible à éviter. »
,
*
En dernier lieu, et quelques jours seulement avant l'élection au
corps législatif, m’étant décidé à accepter le mandat de député,
pour déférer aux vœux de mes amis, mon premier soin avait été de
prévenir le .Préfet de ma détermination :
ier février 1852.
(Pièce n” 4t.)
Mon cher Préfet,
Je vous annonce que. cédant aux raisons et aux pressantes sollicitations qui me sont
adressées, j’accepte la candidature à la députation de Périgueux.
Vous, qui aussi m'avez bien des fois sollicité, vous apprendrez, je n’en doute pas, avec
plaisir, cette grave résolution que j'ai prise, non sans regrets, tant j'ai peu de goût, vous
le savez, pour la vie politique.
Votre tout dévoué,
*
Paul Dupont. »
Il ne pouvait donc prétexter de son ignorance. Et cependant, il osait
— 28
écrire au ministère, tout en reconnaissant que ma candidature aurait
une grande chance de succès, que je rn’éiuis désisté. La preuve de
celle fausseté se trouve consignée dans la dépêche télégraphique ellemême qui donne au Préfet de la Dordogne un cruel démenti.
(Pièce n°42.)— Dépêche télégraphique.
Paris. 14 février 1852, à midi et demi.
Le Ministre de l’intérieur au Préfet de la Dordogne.
M. Paul Dupont, que vous m'annoncez devoir se désister, ne se désiste pas, et puisque
vous déclarez qu’il a le plus de chances, il est définitivement accepté comme candidat du
Gouvernement.
Vos quatre candidats sont donc :
MM
Paul Dupont ,
De Bellevme ,
Taillefer ,
Dusolier.
Annoncez-les officiellement, et faites appel à la sympathie des masses.
Mon nom sortit de l’urne avec une immense majorité ; mais, comme
pour s'eu venger, la guerre du Préfet continua plus acharnée que
jamais. A partir de ce jour, son Journal de la Préfecture contient des
attaques incessantes contre moi, contre mes nièces qui poursuivaient
le meurtrier de leur père, et qu’on accuse méchamment d'hésiter à
donner aux hospices les dommages-intérêts que la justice doit leur
allouer.
Bientôt on en vient jusqu’à attaquer la vie si pure et si honorable
d’Auguste Dupont, et on ose publier les lignes suivantes :
(Pièce n° 45.)
Juillet 1852.
Quand on a contribué, pendant vingt ans, à gangrener un des départements les plus
honnêtes, les plus féconds en grands exemples de vrai, de sincère patriotisme, où chaque
jour tant de nobles et d'antiques familles, une bourgeoisie opulente et éclairée, un clergé
modèle de toutes les vertus, ont été obligés de lutter contre les progrès de l’esprit de
désordre, attisé et fomenté par des excitations révolutionnaires et d’injurieuses
diatribes, et qu’on est enfin réduit à l'impuissance de faire le mal, nous nous expliquons
ce retour bruyant, sinon sincère, dans le giron gouvernemental. Malheureusement, on n’est
plus dupe de ces conversions subites qui ne sont, le plus souvent, que des palinodies.
Libre à l'Echo, etc.
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Saisi d'indignalion, je dus protester contre cet odieux article par
la lettre suivante :
(Pièce n» 41.)
Paris, 2* juillet 1852.
Monsieur le Rédacteur,
Personne n'aurait pu croire, alors que la tombe d'Auguste Dupont est à peine fermée,
qu'on oserait venir, sous les yeux de l'autorité, attaquer en ces termes, dans un obscur
journal, l'œuvre à laquelle il avait consacré ses belles facultés.
Grâce au ciel, Auguste Dupont et son œuvre sont encore présents à l'esprit et au cœur
de notre population, et, quels que soient les efforts des ennemis de sa mémoire, ils ne
parviendront point à donner le change sur son caractère, ni à ternir du plus léger souffle
sa réputation.
Auguste Dupont fut et restera un journaliste modèle; l'homme de conviction et d'énergie,
qui ne chercha jamais à faire triompher ses idées que par des voies pacifiques, par une
libre et loyale discussion ; qui, au milieu même des luttes les plus vives, apportait un tel
fond de bonne foi et de courtoisie chevaleresque, que ses adversaires, ceux-là mêmes qu'il
avait combattus avec le plus de vigueur, l'estimaient et demeuraient ses amis.
Comme les esprits supérieurs, il prévoyait de loin les crises sociales qui devaient nous
frapper; et, pour en conjurer les dangers, il demandait des concessions aux divers partis.
Le journalisme était pour lui comme une mission sainte qui suffisait à son ambition.
Aussi, peut on dire qu'il est né et mort journaliste. Quant à son désintéressement, il était
tel que, sans souci de ses intérêts et de sa fortune, il allait jusqu'à encourager les feuilles
politiques qui essayaient de s'établir en concurrence à côté de lui, et tendre une main pro
tectrice à ses jeunes confrères.
Voilà les belles et nobles qualités qui, se réflétant sur ses écrits, avaient fait, en quelque
sorte, de VEcho de Vésone, la première des feuilles de province ; celle que les journaux
de Paris citaient chaque jour ; qui était parvenue à réunir le chiffre presque incroyable
de 2,500 abonnés ; dont l’influence dans la Dordogne était si bien établie, si généralement
reconnue (1), que tout projet de concurrence sérieuse était, de l'aveu même de l'autorité,
condamné d'avance et d'une réalisation impossible (2).
Or, cette influence immense, incontestée, de VEcho de Vésone, Auguste Dupont ne s'en
servit, en 1848, que pour préserver des excès les plus graves Périgueux et le départe
ment! Loin (l'attiser, comme l'écrivent d'impuissants ennemis, l'esprit de désordre et
les excitations révolutionnaires, il empêcha, par son sang-froid et son courage, d'irré
parables malheurs; necessa pas un seul jour de combattre pour l'ordre et la société me
nacés, et mourait courageusement sur la brèche en les défendant.
Telle est la noble vie qu'on tente aujourd'hui de flétrir! En voyant d'où émanent de telles
attaques, en songeant qu'elles sont écrites sous les yeux, sous la dictée peut-être d'hommes
(1) • L'Echo est l'avenir du département. » (Lettre de U. de Calvimont, préfet, du 27 juillet
<181.
(2) «......... Si M. G*** voulait faire un journal comme vous me le dites, je demanderais aus
sitôt à m'en aller. Quant à l'EcAo, je sais bien qu'il n'a rien à craindre d'un journal avorté du
jour de sa naissance. • (Lettre de V. de Calrimont, préfet, 13 novembre IHîil.)
— 30 —
qui se sont dits pendant longtemps les amis d'Auguste Dupont, et qui lui doivent une partie
de leur fortune politique, on sc demande si l’on doit s'indigner, ou s'il faut seulement
plaindre des cœurs si complètement dépourvus de tous sentiments du juste et de l'honnéle.
Agréez, etc.
Paul Dlpost ,
Député de la Dordogne.
Il n’y avait, dans celte grave circonstance, qu’une seule conduite à
tenir par le Préfet : c’était de nier toute participation à l’article du
Périgord. Celui, en effet, qui écrivait, à la mort d’Auguste Dupont,
ces lignes si bien senties, pouvait-il, sans s’avilir, laisser outrager ainsi
la mémoire de son ancien ami :
(Pièce n° 45.)
21 août IS50.
Mon cher ami,
C'est à peine si j'ai la force de vous écrire. L'horrible malheur qui vous frappe, qui
frappe le département, tous les hommes de cœur et le malheureux père, m’a -atteint
pour ma part au plus profond de l'âme.
Auguste était mon ami, et quel ami! Depuis vingt-cinq ans! Le perdre ainsi, c'est le
perdre deux fois. Ma douleur ne peut être distraite que par la haine profonde et sans
trêve que je jure à son meurtrier. Je le retrouverai un jour, s'il plaît à Dieu..........
Mais, comme toujours, le sens moral avait manqué à M. de Calvimont.
Il ne lève qu’une chose, la perle de VEcho, la ruine de tous les intérêts
qui s’y rattachent ; et pour atteindre ce but il ne recule point devant
une mesure qui va porter un coup funeste a la seule propriété qui
reste a la famille de son ancien ami. 11 frappe I’Ec/iod’un avertisse
ment, sous prétexte qu’il y a dans ma lettre, à l’égard de l’adminis
tration, un oubli complet de luuie convenance, qu'il était du devoir de
l'aulorité d’atteindre et de blâmer.
Cet acte de brutalité du Préfet était sans excuse. N’était-ce point
déconsidérer le député signataire de la lettre, que de lui inlliger un
blâme au nom de l’autorité?
N’élail-ce point décourager les cœurs dévoués à la cause de l'ordre
et à Louis-Napoléon, que de persécuter une feuille qui avait donné
tant de preuves d'attachement à celte même cause, qui avait rendu et
rendait encore tous les jours tant et de si bons services?
N’élail-ce point aussi déconsidérer une loi, déjà bien assez sévère
par elle-même, que de la faire servir à ses passions personnelles, en
préparant ainsi la mort d’un journal utile, dont il s’élail fait l’ennemi
par des motifs tout autres que des motifs d’intérêt public?
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En France , où il existe si peu de frein , il faut, pour que les
lois soient respectées, en user avec sagesse et mesure. Celle du
17 février 1852 est une loi d’ordre public; plus elle est sévère, plus
elle demande a être appliquée avec prudence et modération. Son but
est de défendre la société contre les excès de la presse périodique, et
non de garantir la susceptibilité plus ou moins chatouilleuse des pré
fets.
Il y avait d'ailleurs, comme je l'ai déjà dit, dans les circonstances
qui m’avaient forcé à écrire cette protestation, une considération mo
rale qui n’aurait point échappé a un administrateur habile et de sangfroid. Le sentiment qui pousse un homme à défendre l’honneur de sa
famille a toujours un côté légitime qui doit être respecté, même
lorsqu'il n dépassé les bornes, a plus forte raison s’il ne s’est écarté
en rien des convenances.
On ne blesse pas impunément la morale publique. Aussi, la con
duite du Préfet souleva-t-elle dans la Dordogne un sentiment général
de réprobation.
Tel est. Monsieur le Ministre, l’exposé sincère et complet de ce
qui s’est passé entre le Préfet de la Dordogne et VEcho de Vésone.
J’espère qu’il ne laissera aucun doute dans votre esprit.
D’une part, vous voyez un journal puissant et considéré, usant de
toute son influence pour rétablir l’ordre et modifier l'opinion jusqu’a
lors détestable du département ; — pressentant et appelant l’acte néces
saire du 2 décembre;—préparant, ce jour-lâ même, une proclamation
énergique; — publiant chaque jour d’excellents articles, tant que le
Préfet n’y met pas d’empêchement; —enfin, avant comme après le
2 décembre, n’avant pas varié un seul instant dans cette tâche toute
de conviction et de dévouement.
De l'autre, vous trouvez un Préfet timoré, défendant, sous peine
de la prison, d’imprimer la proclamation du 2 décembre ;—poursui
vant, jusqu’à ce qu’il fût renvoyé, un rédacteur en chef, coupable tout
au plus de trop de zèle;—défendant à [ Echo d’écrire, et, pour cacher
ses fautes, l’accusant du silence même qu’il avait ordonné ;—sollicitant
des éloges pour se ménager une justification de sa conduite ; — levant
ensuite le masque et créant une concurrence au journal dévoué; —
lui refusant les communications officielles, les dépêches télégraphi
ques, les renseignements; — divisant bénévolement les hommes d’or
dre du département ; — poursuivant de ses calomnies VEcho, la fa-
/
— 32
,
mille el la personne même de l’ancien propriétaire, qui avait été son
ami ; — recourant jusqu’au mensonge pour empêcher le frère de
celui-ci d’arriver à la députation, après l’en avoir, peu de jours aupara
vant, sollicité; — Enfin, abusant d’une arme sévère, que la loi du
17 février 1852 mettait à sa disposition, pour préparer la perle de
l’Eclio qu’il frappe d’un avertissement.
Vous auriez peiné à croire. Monsieur le Ministre, ce que cette con
duite a soulevé de difficultés et d’embarras dans le département de la
Dordogne, et tout ce qui a été mis en œuvre pour empêcher la vérité
de venir jusqu’à vous.
Dans les élections du conseil municipal, comme dans celles du con
seil général, le Préfet n’a recherché qu’une chose : faire nommer des
gens qui pussent le défendre.
L’inscription extravagante du 15 août : Dieu fil Napoléon et se re
posa, a eu pour unique but de faire croire à un zèle outré.
L’épée d’honneur, ridicule comédie, qui a excité la pitié de tous les
hommes de sens, a été inventée.
La session du conseil général s’est passée, non à s’occuper des af
faires du département, ni de celles de l’Empire, mais à consolider la
position du Préfet, el il s’est trouvé un de ses membres assez com
plaisant pour le comparer à Napoléon lai-même (1)............
Mais je m’arrête. Monsieur le Ministre, car je ne veux point dé
passer le but que je me suis proposé.
Je n’ai point à apprécier ici la conduite de M. de Calvimont en
dehors de ses rapports avec Ï’Echo. C’est VEcho dont je suis solidaire
qui est accusé, c’est lui seul que j'avais à défendre ; et ma conscience
me dit que je l’ai complètement justifié.
15 janvier 1853.
Paul DUPONT.
Nota. Toutes les pièces justificatives citées dans la présente lettre
sont à votre disposition.
HÎ0LroTHfQÏÏr^
J 6C l A VILLE !
----------------------------------------------------------------------- i oc PEHiüuruxJ
(1) « Le J décembre de la France appartient à Napoléon.... Le 1 décembre de la Dordogne appar-
• tien) a M. de Cahlmont. * (Dlicoora de M. Telllefer au nom du comeil général.)
Paria, Imprimerie de Paul DUPONT,
rue de Grenelle-Salnt-Honoré, 4s.
9
Fait partie de Lettre à Monsieur le Ministre
