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Les interprétations diverses dont mon silence a été l’objet nécessitent
quelques explications sur la position électorale que mes amis m’ont faite.
Ce qu’on a dit ou écrit à ce sujet se réduit aux trois questions sui
vantes :
Si votre candidature est sérieuse , pourquoi 11e pas la soutenir vousmême ?
Si vous acceptez une mission politique, pourquoi ne pas déclarer vos
principes ?
Si vous ambitionnez la faveur du public, pourquoi ne pas renoncer à
celle du pouvoir?
Voici ma réponse :
l.° La députation est, à mes yeux , un témoignage d’estime et de con
tinuée qui doit être libre, calme, désintéressé; à celle condition seule, elle
honore l’électeur et l’élu : il faut donc l’attendre et non pas la demander.
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C’est pourquoi je n’ai rien fait pour attirer vers moi, rien fait pour dé
tourner de moi les suffrages.
Je remercie les électeurs qui ont bien voulu me juger digne de leur
choix. Si leur nombre suffit, je serai fier d’une distinction à laquelle je
n’aspirais pas ; dans le cas contraire, j’aurai pour me consoler la conscience
d’avoir gardé à l’égard de tous, et jusqu’à la fin, la plus complète indé
pendance.
2.° Sur mes principes politiques, je m’expliquerai sans peiue, parce
que je ne veux tromper personne, et que je ne me préoccupe pas du ré
sultat de ma déclaration.
Je dois distinguer entre les principes et leur application :
En principe, je veux la liberté, l’économie, la dignité nationale au
tant que l’opposition puisse raisonnablement les vouloir, et j’aime l’ordre
autant que les conservateurs puissent l’aimer.
Mais s’il s’agit de concilier, dans la pratique, sur une question donnée,
la liberté avec l’ordre, l’économie si désirable avec les besoins si impérieux
du service, la paix avec la dignité du pays, je laisse à d’autres, plus habiles
que moi, l’avantage d’affirmer sur l’honneur que leurs idées sont irrévoca
blement arrêtées, que leur contact avec des hommes éminens, que la dis
cussion , que la vue plus prochaine des faits et des documens ne modifie
ront pas leur conviction. En politique, comme ailleurs, ou ne devine point.
Chaque question est un problème difficile dont les élémens doivent être
possédés et long-temps mûris. Or, je ne veux pas me donner le mérite
d’une science que je n’ai pas.
Ainsi, par exemple, au sujet des listes électorales, l’intelligence est
une propriété dont je reconnais la noblesse et les droits : mais est-il oppor
tun, est-il sans danger d’admettre immédiatement les capacités? Je l’iguore.
Ainsi, au sujet des incompatibilités, il serait fâcheux qu’un trop grand
nombre de députés fussent fonctionnaires, il serait fâcheux que tous les
fonctionnaires fussent exclus : mais entre ces deux limites extrêmes, quel
est le point précis jusqu’auquel doit s’étendre, mais auquel doit s’arrêter
le cercle des fonctions incompatibles ; quel est ce point qui sépare le
bien du mal? Je l’ignore.
Homme nouveau, éloigné jusqu’ici des affaires publiques, ne voulant
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prendre pour guide que ma conscience et ma raison, je dois donc me
réserver sur toutes choses la liberté de ma pensée.
Voilà pourquoi, répondant sans détour à la question qui m’est faite, je
dis aux électeurs en général :
Si vous exigez que votre mandataire se charge de faire prévaloir des
opinions arrêtées d’avance sur les questions de droit public, de finances, de
diplomatie, qui divisent les esprits les plus élevés du monde politique, ne
me nommez point. — Je n’accepterais pas un mandat qui m’exposerait au
danger d’être parjure ou de manquer à une conviction ultérieure, formée
par la connaissance plus approfondie des faits et des hommes.
Voilà pourquoi je dis aux électeurs de l’opposition en particulier :
Si vous exigez que votre mandataire se charge de lutter toujours contre
le pouvoir et de blâmer tous ses actes sans choix et sans mesure, ne me
nommez point. — Je ne consentirais pas à devenir un instrument aveugle
de désordre et de renversement.
Voilà pourquoi je dis aux conservateurs :
Si vous exigez que votre mandataire se charge d’approuver sans exa
men tous les projets, et qu’il s’efface devant la volonté d’un ministère quel
qu’il soit, ne me nommez pas. — Je n’accepterais jamais ce rôle négatif.
Voilà pourquoi je puis dire hardiment à tous :
Si vous pensez qu’il existe en France un intérêt qui domine l’intérêt
de l’opposition et celui du ministère, je veux parler de l’intérêt général
du pays ;
Si vous pensez qu’un député a pour mission de travailler sérieusement,
consciencieusement, librement aux affaires publiques, et non de subir en
esclave les passions d’un parti ou les exigences d’un ministère aveuglé ;
Si vous pensez que c’est par le travail et l’étude , par l’assiduité et
l’attention, par l’impartialité, la fermeté et l’amour du bien qu’un député
s’élève à la hauteur de son mandat,
Je comprends alors que la mission de votre élu sera grande et noble, et
je sens que, dans les limites de mes facultés, je ne reculerais pas devant
elle.
3.° Prendrais-je l’engagement de n’accepter aucune fonction publique ?
— Non.
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' Ceux qui pensent que les fonctions publkjües sonif incompatibles avec
la probité et l'indépendance ne doivent pas nie nommer, puisque je suis
déjà fonctionnaire public.
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Que la députation soit un marchepied pour s’élever par un trafic bon- •
teux à un poste non méritéTT^sf ïïn mn\en que je flétris. — Que la dé
putation soit un obstacle à un avancement légitime, c’est un principe que
je ne puis admettre. — La confiance des électeurs ne doit pas être ex
clusive de la confiance du pouvoir. — Voilà pour les principes. — Car,
pour ce qui me concerne, j’espère que, député ou non, je trouverai
toujours dans un travail honorable des avantages que je chercherais vai
nement dans les fondions auxquelles je pourrais prétendre.
Telle est ma déclaration. Différente, elle serait un mensonge, et à ce
prix, j’aimerais mieux la défaite que le succès. Elle paraîtra peut-être
étrange ; mais on reconnaîtra du moins que celui qui l’a signée serait
toujours à l’aise pour rendre à ses coniniellans un compte public, loyal et
raisonné de l’accomplissement de son mandat.
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Agréez, messieurs, l’assurance de ma considération distinguée.
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Fait partie de A MM. les électeurs de l'arrondissement de Périgueux
