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INSTITUT IMPÉRIAL DE FRANCE.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
Extrait des Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, tome LVIII,
séance du 29 février 1864.
Sur de nouvelles Observations de MM. Lartet et Ghristy, relatives
à l Existence de V Homme dans le centre de la France à une
époque où cette contrée était habitée par le Renne et d autres
animaux qui ny 'vivent pas de nos jours;
Par M.
MILNE EDWARDS
« L’intérêt qu’offrent tous les faits propres à nous éclairer sur les carac
tères de la Faune des Gaules à l’époque où l’homme commença à habiter
cette partie de l’Europe, m’a déterminé à placer sous les ^éux de l’Aca
démie quelques-unes des pièces découvertes récemment par MNI. Lartet
et Cliristy dans une des nombreuses cavernes ossifères du centre de la
France. Ces objets sont remarquables à plus d’un titre, et pour en faire res
sortir l’importance, je ne saurais mieux faire que de présenter ici une Lettre
qui vient de m’être adressée par le premier de ces explorateurs habiles et zélés.
« Monsieur,
» A l’appui des remarques que vous avez communiquées dans l’une des
•» dernières séances de l’Académie, au sujet des figures d’animaux gravées
» sur os et trouvées dans la caverne de Bruniquel, je viens en mon nom,
» et aussi au nom de M. IL Christy, membre de la Société Géologique de
» Londres, vous signaler plusieurs autres faits de même nature. Nous nous
» bornerons toutefois à mentionner, quant à présent, les découvertes
» faites par nous pendant les cinq derniers mois de l’année 1863, dans
» cette partie de l’ancien Périgord qui forme aujourd’hui l’arrondissement
» de Sarlat.
M.
( » )
» Une des grottes de cette région, celle des Eyzies, commune de Tayac.
» nous a montré, dans une brèche recouvrant le sol en plancher continu,
» un amalgame d’os fragmentés, de cendres, de débris de charbon, d’éclats
» et de lames de silex taillés sur des plans divers, mais toujours dans des
» formes définies et souvent répétées, avec une association d’autres outils
» et armes travaillés en os ou bois de Renne. Tout cela avait dû être saisi
» et consolidé en brèche dans l’état originel du dépôt, et avant tout rema» niement, puisque des séries de plusieurs vertèbres de Renne et des assem» blages d’articulations à pièces multiples se trouvent maintenus et con» serves exactement dans leurs connexions anatomiques; les os longs et
» à cavités médullaires sont seuls détachés et fendus ou cassés dans un
» plan uniforme, c’est-à-dire évidemment à l’intention d’en extraire la
» moelle. Ce que nous avançons peut d’ailleurs être constaté par tous
» les observateurs compétents, car nous avons pris soin de faire extraire
» cette brèche par grandes plaques, et, après avoir déposé les plus beaux
» spécimens au musée de Périgueux et dans les collections du Jardin des
» Plantes, à Paris, nous en avons adressé à divers musées de France et de
» l’étranger des blocs assez considérables pour que l’on y puisse vérifier
» l’exactitude des observations que nous consignons ici.
» Cette grotte des Eyzies, dont l’ouverture se trouve à 35 mètres au-dessus
w du niveau du cours d’eau le plus voisin, la Beune, renfermait aussi beau« coup de cailloux et de fragmeuts de roches étrangères au bassin de cette
» petite rivière, et qui ont dû y être introduits par l’homme. Quelques-uns
» de ces cailloux assez volumineux, principalement ceux de granité, sont
» aplatis dans un sens, arrondis dans leur contour et creusés en dessus
» d’une cavité plus ou moins profonde, laquelle porte des traces d’un frot» tement répété.
» 11 y avait aussi dans la grotte des Eyzies de nombreux fragments d’une
» roche schistoïde assez dure, et, sur deux plaques de cette roche, nous
» avons pu discerner des représentations partielles de formes animales
» gravées en profil. Ce sont, nous le supposons, les premiers exemples
» observés de la gravure sur pierre, dans cette phase ancienne de la pé» riode humaine où le Renne habitait encore les régions tempérées de
» notre Europe actuelle (i).
(i) Des figures d’animaux, datant de cette même époque, ont été reproduites par l’un
de nous, en 1861 [Annales des Sciences naturelles, 4e série, Zoologie, t. XV, pl. i3);
mais l’une de ces figures, très-reconnaissable comme tête d’Ours, est gravée sur bois de Cerf.
L’autre est également gravée sur un os de Ruminant; elle représente deux animaux entiers
( i )
» Sur l’une de ces plaques, qui nous est parvenue incomplète par suite
» d’une cassure ancienne, on peut distinguer l’avant-train d’un Quadru» pède, probablement herbivore et dont la tète aurait été armée de
u cornes, autant du moins qu’on en peut juger par des lignes de gravure
» indécises et peu pénétrantes dans cette roche relativement assez dure.
m Dans l’autre plaque, on reconnaît plus facilement une tête à naseaux
»> nettement accusés, à bouche entrouverte, mais dont les lignes de profil
» se trouvent interrompues dans la région frontale, par une sorte d’oblité« ration résultant d’un frottement en apparence artificiel et postérieur au
» travail de la gravure. A côté et un peu en avant, sur la même plaque, on
» distingue le dessin d’une grande palme qui, si elle se rattache en réalité
» à cette tète, nous conduirait, cpmme vous l’avez le premier suggéré, a
» la rapporter à l’Élan.
m Outre les dépôts ossifères de l’intérieur des cavernes, qui sont si nom» breux dans le Périgord, on peut aussi y étudier des accumulations ana» logues de débris organiques qui sont adossés aux grands escarpements
» des calcaires créjacés de cette région, et quelquefois simplement abrités
» par des saillies du rocher en surplomb plus ou moins avancé. Ces dépôts
w extérieurs abondent également en silex taillés et en ossements concassés
» d’animaux (Cheval, Bœuf, Bouquetin, Chamois, Renne, Oiseaux, Pois» sons, etc.) qui ont évidemment servi à l’alimentation des peuplades in» digènes dans cette période ancienne de l’âge de la pierre. Les restes du
» Cerf commun y sont très-rares, aussi bien que ceux du Sanglier et du
» Lièvre. Nous y avons trouvé quelques dents isolées du Cerf gigantesque
» d’Irlande (Megaceros hibernicus} et des lames détachées de molaires d’É» léphant (K. primigenius), absolument comme nous en avions observé
» dans le foyer des repas funéraires de la sépulture ancienne d’Aurignac,
» sans pouvoir non plus expliquer pour quelle destination usuelle étaient
»> réservées ces lames dentaires ainsi isolées (i).
que l’on a cru pouvoir rapprocher du Renne. Ce dernier morceau, qui provient de la grotte
deChaffaut, commune de Savigné (Vienne), a été déposé au Musée de Cluny, par M. Méri
mée, au nom de M. Joli Le Terme, architecte à Saumur. Il est accompagné de silex taillés
et d’os de Renne de la même provenance.
(t) Ceci nous rappelle que dans la grotte desEyzies, nous avons trouvé une portion d’en
veloppe corticale d’une défense d’Éléphant portant des traces de travail humain; nous y
avons aussi recueilli un métacarpien du petit doigt d’un jeune Félis de grande taille [Felis
spelœa (?)] où se voient de petites entailles et de nombreuses rayures produites par un outil
tranchant, absolument comme celles que l’on remarque sur les os de Renne ou de Cheval
mangés par l’homme.
( 4 )
» C'est aussi dans ces stations extérieures que nous avons recueilli les
» plus beaux silex taillés, particulièrement à celle de Laugerie-IIaute où
» semblait établie une fabrique de ces belles tètes de lances taillées à petits
» éclats sur deux faces, et à bords légèrement ondulés. Mais nous n’y
» avons probablement retrouvé que les rebuts de cette fabrication, car peu
» de pièces se sont montrées entières sur plus d’une centaine de fragments
» que nous en avons retirés.
» A Laugerie-Basse, un demi-kilomètre en aval, et toujours sur les bords
» de la Vézère, il y avait probablement une autre fabrique d’armes et ou» tils en bois de Renne, à en juger par l’énorme quantité de restes de cornes
» de cet animal qui s’y trouvaient accumulés et qui, presque toutes,
» portent des traces d’un sciage au moyen duquel on en détachait les
» pièces destinées à être mises en œuvre. C’est là surtout que nous avons
» pu nous procurer, outre des flèches et des harpons barbelés qui se re» trouvent dans presque toutes les stations de cet âge, cette grande variété
» d’ustensiles qui seront mis sous les yeux de l’Académie, et dont quel» ques-uns sont ornés de sculptures élégantes et d’un travail véritablement
» étonnant eu égard aux moyens d'exécution que pouvaient avoir ces peu» plades dépourvues de l’usage des métaux. On y remarquera ces aiguilles
» en bois de Renne, finement apointies par un bout et percées à l’autre
» extrémité d’un trou ou chas destiné à recevoir un fil de nature quel» conque.
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» Il y a aussi des outils relevés à leur extrémité de crans émoussés qui
» laisseraient soupçonner leur emploi pour la fabrication des filetsf ?)... Des
» dents de divers animaux (Loup, Bœuf), percées dans leur racine, ont dû
» servir d’ornement, ainsi que d’autres objets façonnés en pendeloques,
» quelquefois avec la partie éburnée des os de l’oreille du Cheval ou du
» Bœuf.
» Un autre objet, déjà trouvé par l’un de nous dans la sépulture d’Auri» gnac et sur lequel il avait cru devoir garder le silence, par défiance de la
» valeur d’une observation encore unique, s’est représenté aux deux sta» tions de Laugerie et à celle des Eyzies. C’est une première phalange creuse
» chez certains herbivores ruminants, et qui se trouve percée artificielle» ment en dessous, un peu en avant de son articulation métacarpienne
» ou métatarsienne ; en plaçant la lèvre inférieure dans la cavité articulaire
» postérieure et en soufflant ensuite dans le trou, on obtient un son aigu
» analogue à celui que produit une clef forée de moyen calibre. C’était, on
» n’en peut douter, un sifflet d’appel d’emploi usuel sans doute chez ces
# peuplades de chasseurs, car, jusqu'à présent, nous en avons observé
» quatre exemplaires dont trois sont faits avec des phalanges de Renne et
» le quatrième avec une phalange de Chamois.
» C’est encore à Laugerie-Rasse que, grâce à la surveillance intelligente et
» aux précautions minutieuses de M. A. Laganne, chargé de la direction
» de nos fouilles, nous avons obtenu plusieurs parties de bois de Renne
» qui, malgré leur altération de vétusté, conservent encore, en tout ou en
» partie, des représentations très-distinctes de formes animales. Quelques» unes sont simplement gravées au trait sur la palmature ou expansion ter» ininale des prolongements frontaux du Renne, d’autres sont véritable» ment sculptées, soit en bas-relief, soit même en ronde bosse ou plein
» relief, sur des tiges ou portions de inerrain du même animal préparées à
» cet effet.
» L’une de ces palmes, dont la troncature ancienne a fait disparaître une
» partie du dessin, nous donne encore les contours exacts et tracés d’une
» main sûre, de l’arrière-train d’un grand herbivore. La gracilité de la
» queue, le peu de flexion des jarrets, et surtout la position très-avancée de
» l’indication du sexe mâle ne permettent pas d’y reconnaître un Cheval,
» on y retrouverait mieux des formes bovines, et le brusque relèvement de
» la ligne du dos en approchant du garrot semblerait devoir nous con» duire à l’Aurochs(?)... Malheureusement l’interruption du dessin par la
» fracture du morceau, se rencontre juste au point où devrait commencer
» la villosité touffue ou crinière caractéristique des espèces du sous-genre
» Bison.
» Dans une seconde palme plus dilatée, nous retrouvons une autre
» forme évidemment bovine, à en juger par les jarrets et les ergots placés
» en arrière du sabot bisulqué. Ici, la queue plus grosse, la ligne du dos en
» prolongement plus horizontal et un fanon lisse et pendant entre les
» jambes antérieures accusent des tendances plus prochaines vers le Bœuf
» proprementdit [Bos primigenius(?)]; une fracture a fait encore disparaître
>v la région de la tète où s’attachaient les cornes, et l'artiste, pour utiliser
» les divisions de l’empaumure, a dû donner à l’animal une attitude tour» mentée qui nuit à l’effet général du dessin.
» Une troisième palme, où le dessin en gravure est conservé à peu près
» intégralement, nous montre un animal dont la tète est armée de deux
» cornes montant d’abord verticalement et se courbant ensuite en arrière
» vers leur pointe; derrière ces cornes, on aperçoit une indication peu
» accusée des oreilles, et sous le menton celle d’une touffe de poils ou
(6)
>» d’une barbe, particularités qui nous ramèneraient assez bien vers un
» Bouquetin femelle, si elles ne se trouvaient contrariées par un chanfrein
» sensiblement busqué et un renflement de f encolure derrière les oreilles
» qui sembleraient démentir ce rapprochement. Dans cette figure encore,
» le dessinateur a, sans nécessité apparente, replié les extrémités posté» rieuressous le ventre de l’animal, de façon à ce que ses sabots nettement
» bisulqués touchent à l’abdomen.
» Parmi les pièces sculptées provenant de cette même localité de Lau» gerie-Basse, nous citerons une tige ou hampe arrondie, faite du mer» rain d’un bois de Renne et terminée, par un bout, en pointe de lance
» avec un crochet latéral récurrent; était-ce un outil, une arme on un
» signe d’autorité? Nous ne saurions le dire. Immédiatement au-dessus
» du crochet on aperçoit sculptée en demi-relief, sur trois de ses faces,
w une tète de Cheval à oreilles couchées et un peu longues pour l’espèce,
» mais pas assez pour que l’on puisse faire l'attribution de cette figure à
» l’Ane. En avant, toujours sur la continuité de la hampe, on rencontre
» une seconde tète à museau effilé et armée de cornes à ramures. Les
». andouillers basilaires sont sculptés en avant sur le prolongement hori» zontal de la hampe, tandis que le inerrain et l'empaumure sont rejetés
»> en direction inverse, en arrière; la forme effilée de la tête, où l’on ne
» trouve pas l’indication d’un mufle, la dilatation apparente de l’un des
». andouiller basilaires et la physionomie d’ensemble de cette figure
» porteraient à l’attribuer au Renne plutôt qu’au Cerf élaphe. En avant du
» museau de cette tète, on trouve encore une autre figure simplement gra» vée au trait, et que l’on pourrait assez bien accepter comme une forme
» de Poisson.
» Il y a un autre morceau capital où le sentiment de l’art se révèle sur» tout par l’habileté qu'a mise l’artiste à plier des formes animales, sans
» trop les violenter, aux nécessités d’une destination usuelle. C’est un poi» gnard ou courte épée en bois de Renne et dont la poignée tout entière
» est formée par le corps d’un animal : les jambes de derrière sont couchées
» dans la direction de la lame; celles de devant sont repliées sans efforts
» sous le ventre; la tête, qui a son museau relevé en haut, forme avec le dos
»» et la croupe une concavité destinée à faciliter l’empoignement de cette
» arme par une main nécessairement beaucoup plus petite que celles de nos
» races européennes.... La tète est armée de cornes ramées qui se trouvent
» accolées aux côtés de l’encolure sans gêner nullement la préhension;
» mais les andouillers basilaires ont dû être supprimés. L’oreille est plus
*
( 7 )
» petite que celle du Cerf et, dans sa position, plus en rapport aussi avec
» celle du Renne; enfin l’artiste a laissé subsister, sous l’encolure, une
» saillie en lame mince et déchiquetée sur son bord, qui simule assez bien
» la touffe de poils que l'on retrouve souvent dans cet endroit chez le Renne
» mâle. Il est regrettable que ce morceau nous soit arrivé à l’état de simple
» ébauche, comme on peut en juger par le travail de la lame non terminée
» et par certains détails de sculpture à peine indiqués.
» Maintenant, s’il fallait ajouter de nouvelles évidences à celles déjà four» nies pour la preuve de la contemporanéité de l'homme et du Renne dans
» ces régions devenues notre France centrale et méridionale, nous pour» rions mentionner des bois assez nombreux de cet animal à la base des» quels on distingue des entailles faites en en détachant la peau. Nous appel» lerions aussi l’attention sur d’autres coupures ou entailles transverses que
» l’on remarque fréquemment au basdes canons de nos Rennesdes cavernes
» et qui ont été produites par la section des tendons opérée, comme le font
» encore de nos jours les Esquimaux, à l’intention de fendre ces tendons
» et de les diviser en fils qui servent à coudre les peaux d’animaux et aussi
» à tresser des cordes d’une grande solidité.
» Enfin nous pourrions encore montrer une vertèbre lombaire de Renne,
» percée de part en part par une arme en silex qui est restée engagée dans
•> l'os où elle est d’ailleurs retenue par une incrustation calcaire.
» Après cela, comme circonstances archéologiques propres à caractériser
m
la période du Renne en France, nous nous bornons à mentionner celle-ci :
>, c’est que sur dix-sept stations où nous avons relevé la présence de cet
» animal dans un état de sujétion à l’action humaine, il n’en est pas une ou
» nous ayons observé des traces de polissage sur les armes de pierre; et,
» cependant, c’est par plusieurs milliers que nous y avons recueilli des silex
» taillés dans toutes les variétés de types et passant par tous les degrés de
» perfectionnement du travail, depuis la forme grossièrement ébauchée des
» haches du diluvium, d’Abbeville et de Saint-Acheul, jusqu’aux tètes de
» lances à facettes multipliées et à bords élégamment festonnés des plus
» beaux temps de l’âge de la pierre en Danemark.
» Quant à l’époque où le Renne aurait cessé d'habiter notre Europe
» tempérée, nous n’aurions sur ce point aucune donnée historique ou de
„ chronologie positive. Le Renne n’a été vu ni clairement décrit par aucun
» auteur de l’antiquité. César en a parlé seulement par ouï-dire, et comme
» d’un animal existant encore quelque part, dans une forêt dont on n’avait
» pu atteindre les limites extrêmes, même après une marche de 60 jours.
( 8 )
» Nous ri avons point reconnu le Renne parmi les animaux figurés sur les
» anciennes monnaies de la Gaule. Nous n’avons pas trouvé ses ossements
» dans les dolmens et autres sépultures dites celtiques, où se trouvent fré» queinment associés des restes d'animaux sauvages et domestiques, et où
» nous avons même pu observer par deux fois, aux environs de Paris,
» des ossements de Castor. Le Renne n’a pas, que nous sachions, été en” core retrouvé dans les tourbières de la France. MM. Garrigou et H. Filhol
» ne l’ont pas non plus signalé dans certaines cavernes de l’Ariége, qu’ils
» ont justement assimilées, par leurs caractères zoologiques et aussi par
» la présence des instruments en pierre polie, aux plus anciennes habita» lions lacustres de la Suisse. On sait que le Renne manque aussi jusqu’à
» présent dans la faune de ces pilotis lacustres, et cependant nous avons pu
» étudier ses restes, provenant d’une caverne du voisinage, celle du Mont» Salève, où l’association des silex simplement taillés et des mammifères
» afférents à la même période, s’est montrée dans les mêmes conditions que
» dans nos grottes du Périgord.
» Ainsi, que la disparition du Renne de notre Europe tempérée soit le
» résultat de l’extinction régionale de cette espèce ou bien de son refoule*
» ment par le développement progressif des sociétés humaines, ou bien en» core, si l’on veut, de sa récession graduelle et spontanée par suite de
» changement dans les conditions climatériques, il n’en est pas moins pro» bable que cette disparition remonte à une phase des temps préhistoriques
» antérieur a l'introductioii des races domestiques et à l’emploi des métaux
» dans notre Europe occidentale. »
» L’Académie remarquera que, dans la Lettre de MM. Lartet et Christ) ,
ainsi que dans la communication que j’ai eu l’honneur de faire dernièrement
au sujet de la caverne de Bruniquel, il n’a pas été fait mention des ossements
humains trouvés tant dans cette dernière localité que dans la grotte des
Eyzies. Cette réserve tient à ce que l’époque de l’enfouissement de ces débris
nous semble pouvoir être moins ancienne que celle dont date l’amoncelle
ment des os de Renne et d’instruments en silex ou en os travaillés. »
Paris. — Imprimerie de GAUTHIER-VILLARS, successeur de MALLET-BACHELIER,
Rue de Seine-Saint-Germain, io, prés l’Institut.