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ESSAI
SUR UNE NOUVELLE
MÉTHODE
D’ADMINISTRER LE MERCURE
DANS LES MALADIES VÉNÉRIENNES;
DISSERTATION
Présentée et soutenue à la Faculté de Médecine
de Strasbourg, le Lundi 3 Septembre 1810, à midi,
PAR
ANT. RAYMOND TORREILLHE,
RE LANQUAIS, DEPART. DE LA DORDOGNE,
DOCTEUR EN MÉDECINE,
Ancien Élève de l’École pratique de Paris , chirurgien - major des
hôpitaux de la Grande - armée.
STRASBOURG,
De l’imprimerie de Levrault, impr. de la Faculté de médecine.
1810.
Ê-.p.
riz t?88
C• •
*
1 v ^7
A MONSIEUR
VERGNOL
FILS,
OFFICIER RETIRÉ
A ISSIGEAC, DÉPARTEMENT DE LA DORDOGNE.
Comme une marque d’estime et d’amitiê
inaltérable.
A. R. TORREILLHE,
AU MAURE
Qui m’a sauvé deux fois la vie sur les côtes
de la Barbarie, où j’ai fait naufrage, en l’an
1802.
' * . ■■ ■
Le temps et la distance des climats qui
nous séparent ne sauroient effacer de mon
cœur la reconnaissance sans bornes que j’ai
vouée cl cet homme généreux et sensible*
A. R. TORREILLHE.
3
I
Professeurs de la Faculté de médecine de Strasbourg.
MM. Cailliot, Président.
MasUyer,
Tinchant,
Tourdes ,
VILLARS,
Bérot,
Coze.
Flamant.
Gerboin.
Lauth.
Meunier.
R O CH A RD.
La Facuité a arrêté que les opinions émises dans les dissertations qui
lui sont présentées , doivent être considérées comme propres à leurs
auteurs 3 et quelle n’entend leur donner ni approbation ni impro
bation.
ESSAI
Sur une nouvelle méthode d'administrer le
mercure dans les maladies vénériennes.
La dissertation que j’ai l’honneur de présenter à la Faculté de
médecine de Strasbourg, a pour objet une nouvelle méthode d’ad
ministrer le mercure dans les maladies syphilitiques. Avant d’ex
poser le résultat des observations que j’ai recueillies à cet égard,
je crois devoir faire quelques remarques sur les vaisseaux absorbans, et principalement sur ceux de la partie que j’ai choisie pour
employer le mercure.
Les vaisseaux lymphatiques sont répandus dans toutes les par
ties du corps. Leur grandeur varie ; ils sont cylindriques ; quand
ils sont distendus par l’injection, ils paroissent noueux et comme
articulés en divers endroits, à cause des valvules qui se rencon
trent dans leur intérieur; leur direction est flexueuse.
Ils naissent, dit le professeur Boyer, par des radicules trèsdéliées : i.° de la surface extérieure du corps; 2.° de la surface
interne des fosses nasales, de la bouche, du canal digestif, de
la trachée-artère, de tous les conduits excréteurs en général; 3.°
de la surface des cavités internes du corps ; 4.0 des parois des
cellules du tissu cellulaire répandu dans toutes les parties.1 Ils
se réunissent tous en deux troncs principaux, dont l’un est le
canal thorachique, et l’autre le tronc commun des lymphatiques
du côté droit. 2
1. Traité complet d’anatomie, torn. 3, pag. a36.
2. Idem, pag. 238.
1
2
Les vaisseaux lymphatiques sont plus abondans dans certaines
parties que dans d’autres; ainsi, dans les intestins grêles, ils sont
plus nombreux que dans les gros intestins^
Les vaisseaux lymphatiques de la verge sont superficiels ou
profonds. Les premiers viennent des glandes inguinales superfi
cielles internes.1 « Ils marchent de dedans en dehors, croisent
« la direction du cordon des vaisseaux spermatiques, et s’avan« cent vers la racine de la verge. Arrivés dans cet endroit, ceux
« du côté droit s’anastomosent avec ceux du côté gauche ; en« suite ils marchent le long de la face supérieure de la verge,
« et se divisent en un grand nombre de rameaux qui se distri« buent aux tégumens de cette partie et au prépuce. »
Les lymphatiques profonds de la verge viennent des vaisseaux
qui accompagnent l’artère honteuse interne. Ils se distribuent à
cette partie, ainsi qu’aux muscles qui environnent l’anus, et au
muscle obturateur interne.2
Monsieur Sabatier dit, dans son Traité d’anatomie, que les
vaisseaux lymphatiques sont très-nombreux à la verge. 3 D’après
le témoignage de deux anatomistes aussi recommandables, on
voit que l’absorption doit être très - considérable à la verge; car
cette fonction est toujours en raison directe de la quantité des
vaisseaux lymphatiques. Elle l’est plus à la verge qu’à la partie
interne des cuisses et des jambes, où l’on a coutume d’adminis
trer les frictions mercurielles.
Les observations que j’ai rapportées à la suite de cet essai,
prouvent encore d’une manière évidente, que l’absorption est
très - considérable au gland et au prépuce, que j’ai choisis de
préférence à toutes les autres parties pour faire faire' les frictions.
Elles semblent démontrer que l’absorption y est plus prompte
1. Traité complet d'anatomie, torn. 3, pag. ag3.
2.
Idem , pag. 291.
3. Sabatier, pag. 181.
que partout ailleurs, puisqu’une plus petite quantité de mercure
que celle qu’on emploie ordinairement, suffit pour guérir les
maladies syphilitiques les plus invétérées.
L’absorption doit être moins énergique dans les autres parties,
en raison de l’épiderme qui recouvre les orifices absorbans des
vaisseaux lymphatiques. Cette couche insensible forme une espèce
de barrière qui empêche l’introduction facile des substances qui
sont en contact immédiat avec notre corps. Cependant l’absorp
tion se fait malgré cet obstacle, comme les belles expériences de
Mascagni et de plusieurs autres physiologistes l’ont démontré.
Le gland n’est recouvert que par un épiderme très-mince : il en
est de même du prépuce. La facilité avec laquelle on contracte
des atfections vénériennes, sert à expliquer pourquoi ces parties
sont les sièges d’une absorption plus facile qu’à la surface in
terne des cuisses et des jambes. M. Richerand dit que l’absorp
tion est plus grande à la surface du gland que dans les autres
parties du corps. 1 Toutes ces considérations m’ont déterminé à
faire choix du gland et du prépuce pour administrer le mercure.
Mais, avant d’exposer la méthode que j’ai suivie, ainsi que les
avantages quelle présente, je vais examiner, en peu de mots , les
différentes méthodes qui ont été proposées et employées successi
vement dans les affections syphilitiques.
On conseille, quand la maladie est locale, de cautériser surle-champ avec la pierre infernale ou tout autre cathérétique. M.
Richerand a guéri ainsi des ulcères syphilitiques, sans employer
le mercure.*3 *
On administre différemment le mercure. Il ne produit aucun
effet à l’état de métal; mais on s’en sert à l’état d’oxide, ou de
sel. On l’emploie à l’intérieur sous la forme de pilules, de liqueur;
ou, à l’extérieur, parla voie des frictions.
i. Nouveaux élémens de physiologie, tom. ier, pag. a63 ; 4-* édition.
3. Nosographie chirurgicale, tom. i.**, pag. i83.
4
Cette dernière méthode, qui est la plus ancienne, est aussi la
plus sûre; elle est la plus usitée de nos jours.
On croyoit autrefois que la salivation étoit nécessaire pour
guérir la syphilis, mais aujourd’hui on cherche à la prévenir.
Clare a pressenti que l’absorption seroit plus facile dans les
endroits où la peau n’a qu’un épiderme très-mince ; c’est pourquoi
il a conseillé de donner le mercure en frictions à l’intérieur des
joues, des lèvres, et aux gencives : mais cette méthode a le grand
inconvénient d'affecter promptement les glandes salivaires.
On applique l’onguent mercuriel sur des plumasseaux de charpie,
dont on recouvre les ulcères vénériens, parce que l’absorption
est très-prompte dans les surfaces qui sont ulcérées.
On se sert d’un traitement interne, tels que des purgatifs, du
régime , d’une réclusion sévère, de bains répétés.
On unit quelquefois le sublimé aux frictions, afin d’obtenir un
soulagement plus prompt.
On a employé les fumigations mercurielles. Alyon a voulu
substituer au mercure la graisse oxigénée par l’acide nitrique.
Une des préparations les plus violentes est l’oxymuriate de mer
cure , ou la liqueur de Van-Swieten. Elle est un moyen souvent
héroïque, mais très-dangereux, et dont on n’ose se servir qu’avec
les plus grandes précautions. L’avantage qu’elle présente est de
se prêter aux traitemens secrets.
Mais, malgré ces diverses méthodes, les maladies vénériennes
résistent quelquefois au traitement le mieux ordonné, et le mer
cure, administré à trop grande dose, produit des désordres infinis
dans l’économie animale.
La méthode que j’ai adoptée présente l’avantage de ne donner
qu’une petite quantité de mercure. Je la mets en usage aussitôt
qu’il se manifeste quelques signes de la maladie vénérienne. Le
malade n’a pas besoin d’être préparé au traitement par des purgatifs
et des boissons appropriées; néanmoins , s’il y avoit complication,
z
ï)
tel qu’un embarras gastrique , etc. , il faudroit la détruire en pre
mier lieu.
Les bains ne sont pas indispensables, comme dans la méthode
que l’on suit ordinairement. Ils ne sont utiles que pour la propreté,
et non pour favoriser l’absorption, qui est assez active pour n’avoir
pas besoin de leur secours. Mais il est nécessaire de laver exactement la verge avant de faire les frictions. Chacune d’elles se
compose, dans les premiers momens, d’un demi-gros d’onguent
mercuriel ; elles doivent être répétées deux fois par jour: trois ou
quatre jours après, j’augmente la dose et je la porte à un gros
pour chaque friction.
La friction se fait avec la main ; sa durée doit être de quinze
minutes environ.
Quand il y a des ulcères au gland, on doit les laver avec de
l’eau tiède, ou de l’eau de guimauve, y appliquer de l’onguent
mercuriel, et les recouvrir par le prépuce, sans y mettre de charpie,
qui y occasionneroit de l’irritation.
Lorsqu’il y a des bubons, des excroissances syphilitiques , etc.,
loin de faire les frictions dans les parties affectées, je les conseille
sur le gland et le prépuce, ayant toujours pour principe que les
organes qui ont propagé l’infection, doivent mieux que tous les
autres porter les remèdes qui sont nécessaires. Ces derniers suivent
la même route que le virus syphilitique, ils l’atteignent plus faci
lement et neutralisent plus tôt ses effets.
D’après la disposition anatomique des vaisseaux lymphatiques
de la verge, que nous avons donnée précédemment, il est facile
de voir combien la méthode ordinaire des frictions est insuffisante
dans un grand nombre de cas. En effet, les vaisseaux lymphati
ques des cuisses et des jambes ne communiquent pas directement
avec l’anus ; tandis que les lymphatiques profonds de la verge ont
une communication directe avec ceux du rectum, comme les
superficiels l’ont avec le scrotum et le périnée.
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Ce qui sert à prouver que cette méthode est très-favorable à
l’absorption du mercure, c’est qu’on voit ordinairement, au bout
des trois ou quatre premiers jours, des signes légers de salivation
survenir.
Un autre avantage que ma méthode me paroît présenter, c’est
qu’en faisant des frictions sur le gland, on y cause de l’irritation,
on attire le sang dans cette partie; il la gonfle, et la met dans le
même état où elle se trouvoit quand elle a reçu l’impression du
virus. Il en résulte quelquefois une sorte de titillation, comme
je l’ai remarqué chez un de mes malades. ( Voyez ma première
observation. )
Le traitement que je propose est bien moins long que celui qui
est adopté généralement : il est terminé au bout d’une douzaine
de jours, quand la maladie est récente ; mais, si elle est ancienne,
il est nécessaire d’employer un plus grand nombre de frictions.
On objectera peut-être que les frictions, répétées le matin et le
soir, doivent fatiguer les malades, et souvent faire naître plusieurs
accidens ; mais je répondrai que, dans le grand nombre d’indivi
dus que j’ai traités, je n’ai pas vu arriver des accidens graves
produits par le mercure, tels qu’une salivation mercurielle trop
forte. J’ai observé quelquefois la diarrhée ; mais elle étoit due à
des causes étrangères à la maladie (voyez ma i.,e observation):
d’autres fois j’ai vu se développer une éruption miliaire, ainsi que
j’en rapporte deux exemples. (Voyez mes 7/ et 8.e observations.)
La méthode ordinaire des frictions est incommode et nuit à la
propreté; elle salit les vêtemens, et exige une foule de précautions
pour cacher une maladie dont on n’ose avouer l’existence. La
pratique que j’emploie n’a aucun de ces désavantages : par son
secours il est plus facile de dérober aux autres la connoissance
de la syphilis.
Dans le traitement adopté maintenant, il est besoin d’intro
duire une assez grande quantité de mercure pour détruire le
t
virus. Dans celui que je propose, trois onces et quelques gros
suffisent dans les véroles anciennes ; il en faut beaucoup moins
dans celles qui sont récentes.
Dans les cas d’ulcères vénériens, on est dans l’usage de con
tinuer le traitement jusqu’à leur parfaite cicatrisation ; par ce
moyen on administre souvent une quantité de mercure bien
plus considérable qu’il n’e'toit nécessaire pour détruire le virus :
de là résultent souvent bien des accidens.
Mais j’ai remarqué que les ulcères syphilitiques n’avoient pas
besoin d’etre fermés pour cesser le traitement anti-vénérien. Il
suffit, en effet, qu’ils aient perdu leur caractère, que leurs bords
se soient affaissés, et qu’ils aient été enfin réduits à l’état de plaie
suppurante, pour assurer que la guérison est parfaite.
En faisant les frictions sur le gland et le prépuce, c’est aller
en quelque sorte au-devant du mal, et empêcher qu’il ne fasse
des progrès. Mais la santé est-elle aussi bien rétablie après le
traitement que j’indique, que lorsqu’on a appliqué le mercure
sur les cuisses et les jambes? Je crois pouvoir assurer l’affirma
tive; et j’ai vu plusieurs personnes qui après trois et quatre années
n’ont ressenti aucune espèce de symptôme qui indiquât l’existence
cachée de la maladie vénérienne. Les observations qui sont le
principal objet de cet essai, en offrent des preuves incontestables.
Attaché depuis bien des années au service militaire, j’ai eu l’occa
sion de traiter un grand nombre d’individus de tout âge et de tous
grades, atteints de diverses affections; mais j’ai toujours suivi la
même méthode, et j’en ai toujours obtenu du succès. Si la plupart
de ceux qui composent le brave 22.e régiment d’infanterie de ligne
me sont attachés par les liens de la reconnoissance, qu’ils sachent
à leur tour que je ne les oublierai jamais. S’il s'élevoit quelques
doutes sur l’authenticité des faits que j’avance, je pourrois invo
quer en ma faveur le témoignage de tous les chirurgiens du
régiment de ligne, ainsi que ceux qui ont fait le service sous
8
mes ordres depuis quatre ans. J’appellerois en témoignage mon
sieur Chappe, chirurgien principal, à qui j’ai donné tous les
détails de ma méthode ; la plupart des professeurs de la pépinière
médico-chirurgicale de Berlin, et monsieur le baron Heurteloup,
qui a été le témoin de plusieurs des observations que je vais
rapporter.
I.re
Observation.
Chancres et blennorrhagie syphilitiques.
Un officier d’une taille plus que moyenne, âgé d’environ
trente ans, d’un tempérament lymphatique et nerveux, fut atteint
de blennorrhagie et d’ulcères au gland ; il réclama mes soins :
comme depuis long-temps j’avois l’idée que les frictions mercu
rielles , faites sur les parties génératrices, pouvoient être utiles,
je me décidai à en faire l’essai. Dans le cours du traitement je
fus très-souvent obligé d’avoir recours aux anti-spasmodiques et
aux toniques. Ce fut au milieu de l’hiver que je lui fis subir son
traitement anti-vénérien, dans l’espace de douze jours; il partit
dans cet intervalle pour aller dans la Poméranie suédoise. Les
deux premières frictions furent d’un gros, les deux suivantes
d’un gros et demi, les quatre autres de deux gros; enfin les
quatre dernières furent portées à deux gros et demi : ce qui fit
en tout trois onces moins un gros d’onguent mercuriel. L’absorp
tion s’opéroit avec une telle facilité, qu’elle ne-daissoit que la
graisse de l’onguent sur le gland et le prépuce, avant que les
quinze minutes, pendant lesquelles doit se faire la friction, fussent
écoulées. Ce malade éprouva de légères titillations au scrotum,
ainsi qu’à toutes les autres parties voisines. Il y avoit érection du
pénis chaque fois qu’il se frictionnoit. Il éprouva de légers signes
de salivation. Un mois après, cet officier partit pour la Pologne; il
fut atteint d’une diarrhée violente, qui l’ohligeoit à aller à la selle
jusqu’à
9
jusqu’à quarante fois par jour, et qui le mit dans un état de
foiblesse qui fit craindre pour sa vie : cependant l’appétit se soutenoit ; malgré tous les soins qu’on lui prodigua, cette diarrhée
ne s’arrêta que sept mois après son apparition. Les ulcères syphi
litiques se cicatrisèrent deux mois après le traitement ; mais la
blennorrhagie ne cessa de couler qu’après la disparition de lâ
diarrhée.
Il paroît que cette dernière n’a duré si long-temps que par
suite des peines et des fatigues que le malade n’a cessé d’éprou
ver. Les rigueurs de la saison, le manque des objets de première
nécessité, le mauvais air des hôpitaux, les bivouacs, les intem
péries de l’atmosphère, etc., paroissent en avoir été les causes.
Ce qui sert à le prouver, c’est qu’elle n’a cessé que quand le
malade a joui du repos, et est allé respirer un air pur dans les
environs de Riesenbourg. Depuis ce temps, il n’a éprouvé aucun
symptôme d’affection vénérienne, et il a joui d’une bonne santé.
Si cet officier eût été tranquille et exempt de tout ce qu’il a
éprouvé dans ses voyages, douze jours auroient suffi pour sa
guérison.
II.e Observation.
Chancres et blennorrhagie syphilitiques.
Monsieur.......... inspecteur des ponts et chaussées, se trouvant
à Berlin, en 1806, m’envoya chercher pour lui donner les soins
que sa position exigeoit. Il étoit atteint de blennorrhagie et d’ul
cères au gland depuis une quinzaine de jours; c’étoit pour la
quatrième fois qu’il avoit cette maladie.
Les frictions sur le gland et le prépuce furent faites soir et
matin, et précédées d’un bain local pour entretenir la propreté de
la partie; elles ont suffi, au bout de quinze jours, pour détruire
entièrement le virus. A cette époque, les ulcères, sans être tout2
lo
à-fait cicatrisés, étoient réduits à fort peu de chose ; les callosités,
les inégalités de leur circonférence, n’existoient plus depuis quel
ques jours. Malgré que l’écoulement uréthral n’eût pas entièrement
cessé, et que la sécrétion blennorrhagique se trouvât en communi
cation avec les ulcères par le moyen du prépuce qui étoit fort long,
je crus devoir assurer que l’infection étoit détruite, et que M. . . .
n’avoit plus à craindre pour sa santé. Huit mois après, me trou
vant à Kœnigsberg, je reçus des nouvelles de ce Monsieur, qui
jouissoit d'une bonne santé, et chez qui rien n’indiquoit une
guérison imparfaite. L’écoulement dura encore plus d’un mois
après la terminaison du traitement ; les ulcères ne se cicatrisèrent
qu’au bout de trois semaines.
La quantité d’onguent mercuriel qui a suffi dans ce cas, a été
de deux onces, six gros et demi : les cinq premières frictions furent
faites avec un gros pour chacune d’elles; les cinq suivantes furent
d’un gros et demi, et les cinq autres de deux gros.
III.e
O B SERVATI O N.
Chancres et blennorrhagie syphilitiques.
Monsieur.......... , capitaine adjoint, attaché au grand quartier
général, avoit contracté, à Leipsick, une maladie vénérienne, carac
térisée par des chancres et une chaude-pisse. Il vint me con
sulter à ce sujet. Les frictions sur le gland et le prépuce furent
faites pendant quatorze jours , et procurèrent la guérison. Les
ulcères disparurent peu de temps après, ainsi que l’écoulement
blennorrhagique. Depuis cette époque j’ai vu plusieurs fois cet
officier pendant deux ans, et je me suis convaincu que sa guérison
étoit parfaite.
11
IV.C Observation.
Chancres et bubon syphilitiques.
Un officier de santé' qui faisoit le service sous mes ordres, eut
des chancres et un bubon qui vint en suppuration. J’employai le
même traitement que pour les personnes déjà citées, et j’en obtins
des résultats aussi heureux. Dix-septfrictions, faites matin et soir,
détruisirent la maladie ; mais le traitement fut un peu retardé par
un ptialisme, qui exigea, pour disparoître, l’usage des bains de
pied, des lavcmens, des purgatifs, et des applications de glace
autour de la mâchoire.
La quantité de mercure a été presque la même que dans les
observations précédentes ; mais ce remède a été administré à plus
petites doses dans ce traitement que dans les autres.
Ce Monsieur me donna de ses nouvelles de Breslau, où il fut
obligé de se rendre; étant parti pour l’Espagne, il continua pen
dant dix mois environ à entretenir une correspondance avec moi,
et il m’a toujours assuré qu’il n’avoit cessé de jouir d’une bonne
santé depuis son traitement.
V-e Observation.
Chancre et bubon syphilitiques.
Dans le mois d’Avril 1807, me trouvant cantonné sur les bords
de la Passarge, avec le 22/ Régiment de ligne, dont je faisois
partie, un adjudant-major vint me consulter pour un chancre et
un bubon dont il étoit atteint : il ne vouloit pas quitter son poste
pour aller se faire traiter à l’hôpital, parce que nous étions en
présence de l’ennemi* Quinze jours furent employés pour l’admi
nistration de trois onces d’onguent mercuriel sur le gland et le
ia
prépuce ; mais il fallut plus long-temps pour la cicatrisation du
chancre et la parfaite résolution du bubon. Cet adjudant-major,
que j’ai eu occasion de revoir plusieurs fois depuis trois ans et
demi, n’a, pendant cet espace de temps, jamais douté de sa par
faite guérison.
VIe Observation.
Bubons et chancres syphilitiques.
Un employé des hôpitaux, que j’avois connu lorsque nous
étions campés dans les environs de Boulogne, se présenta à l'hô
pital de Berlin , pour s’y faire traiter d’une maladie vénérienne ;
quoique fort jeune, il en avoit déjà été atteint plusieurs fois : elle
étoit caractérisée par deux bubons aux aines, et trois ulcères au
gland. Je le traitai suivant ma méthode; dix-huit jours suffirent
pour le guérir entièrement. J’employai trois onces de mercure
moins quelques gros.
Deux ans et demi après ce traitement, j’ai revu à Berlin le sujet
de cette observation. Il jouissoit d’une bonne santé, et n’éprouvoit
aucun ressentiment de la maladie syphilitique. A cette époque,
il se trouvoit plusieurs vénériens à l’hôpital auquel j’étois attaché :
ils furent soumis à ma méthode avec le plus grand succès.
VIU Observation.
Chancres suivis d’une éruption miliaire.
Monsieur ...., capitaine du génie, avec qui je me suis trouvé
pendant tout le temps qu’a duré la guerre d’Autriche, fut attaqué
d’une maladie syphilitique caractérisée par des ulcères au gland. Je
lui administrai le mercure suivant ma méthode; mais, à la qua
trième friction, il se manifesta une éruption miliaire sur la partie
inférieure de l’abdomen, à la partie supérieure des cuisses, et à
i3
toute la surface du scrotum. La cessation du traitement, et l'ap
plication immédiate d’une pommade faite avec le concombre et
l’extrait de saturne, ont suffi pour faire cesser des douleurs cui
santes et souvent intolérables qui étoient survenues. Après la
disparition de la phlegmasie, je recommençai le traitement anti
syphilitique, jusqu’à la destruction du virus. J’employai trois onces
de mercure, dans quinze frictions qui composèrent tout ce traite
ment. J’ai revu cet officier, il y a peu de temps; il jouissoit d’une
santé parfaite.
viii.c O bservation.
Chancres avec éruption miliaire.
A la même époque, je traitois un commissaire des guerres pour
une maladie semblable à celle du capitaine qui fait le sujet de
l’observation précédente ; la même complication survint : je mis
en usage le même procédé, et des résultats analogues s’observèrent.
Je donnai une moins grande quantité de mercure : la dose n’alla
qu’à deux onces trois gros.
IX.e Observation.
Chancres et phimosis.
Un soldat saxon entra à l’hôpital militaire de Stettin, pour s’y
faire traiter d’une maladie vénérienne. Elle étoit caractérisée par
des chancres et un phymosis. Le mercure, appliqué à l’extrémité
du gland, ne produisit aucun effet; mais, ayant pratiqué une
incision au prépuce, les frictions agirent avec efficacité : au bout
de quatre jours, l’inflammation avoit presque cesse', et il fallut
peu de temps pour terminer la maladie.
14
X.° Observation.
Chancres, bubons, blennorrhagie.
En Novembre 1806, Monsieur...., aide-de-camp d’un general,
me fit prier de passer chez lui. Il me fit l’aveu de sa position : il
avoit une vérole récente, caractérisée par des ulcères au gland et
au prépuce, un bubon et une blennorrhagie; il portoit de plus les
stigmates d’une ancienne syphilis.
Je lui fis prendre le mercure par la voie des frictions sur le
gland et le prépuce : à la onzième, les symptômes étoient presque
dissipés ; à la seizième, il fut parfaitement guéri. Quelques jours
après, les ulcères se cicatrisèrent, le bubon se termina par résolu
tion, et la blennorrhagie fut réduite à peu de chose : les restes des
affections précédentes, telles que les douleurs nocturnes, les pus-*
tules au scrotum et sur tout le corps, avoient entièrement disparu.
Mais, quoiqu’il n’éprouvât plus rien depuis son traitement, je
n’avois pu , malgré ce que je lui avois dit pour lui persuader sa
guérison, le rassurer entièrement sur sa santé. Il avoit déjà subi
plusieurs traitemens très-longs par la voie des frictions sur tous les
membres, le sublimé et le sirop de Cuisinier à l’intérieur. Un de
ses amis lui avoit dit que les remèdes que je lui avois fait prendre,
n’étoient que le début de ce qu’il devoit employer; que, d’ailleurs,
c’étoit une voie insolite que j’avois voulu lui faire suivre : il lui
conseilloit, s’il ne vouloit pas se priver de tout espoir de guérison,
de me quitter, et de se mettre entre les mains d’une autre per
sonne. Ces discours avoient diminué la confiance que Monsieur
.............. avoit en moi. Il reçut tout-à-coup l’ordre de se rendre
dans les environs de Varsovie : il ne put suivre les conseils qu’on
lui avoit donnés. Huit mois après, je vis cet officier à Kœnigsberg:
il vint me remercier, et se servit des expressions les plus tou-
i5
chantes pour me témoigner sa reconnoissance, en me disant qu’il
me devoit sa santé et son bonheur.
XI.’ Observation.
Chancres, pustules d Tanus.
J’ai traité, pendant la dernière campagne d’Autriche, un mili
taire qui avoit des ulcères à la verge et des pustules à l’anus. Dixhuit frictions sur le gland ont suffi pour opérer la guérison. Il lui
a fallu quelques jours de plus pour la cicatrisation des ulcères,
et la disparition des marques où les pustules s’étoient manifestées.
XII.e
O BS E RVATI O N.
Porreauxcommencement de vérole constitutionnelle.
Monsieur***, vélite dans la Garde impériale, eut, à la suite
d’un commerce illicite , des porreaux à la verge. La première
guerre avec l’Autriche l’ayant empêché de se faire traiter, il prit
quelques légers médicamens après la paix de Presbourg. Pendant
la campagne de Pologne, le mal, qui jusqu’à ce temps étoit resté
stationnaire, commença à faire quelques progrès. Monsieur***
passa dans le 22.° régiment de ligne, en qualité de sous-lieutenant,
après la paix de Tilsit. Il négligea sa position jusqu’en 1809 : les
porreaux s’accrurent ; il se déclara des pustules à la marge de
l’anus. II. s’adressa d’abord à un chirurgien - major, qui lui fit subir
un assez long traitement avec les frictions , la liqueur de VanSwieten et quelques bouteilles du sirop de Cuisinier. Il s’adressa
ensuite à moi, et me dit que sa maladie continuoit toujours, et.
qu’il avoit de plus des pustules au scrotum, à la tête, et une gêne
légère à la déglutition.
j.
I
16
Je lui prescrivis les frictions par la voie directe (la verge) : au
bout de vingt jours les symptômes avoient disparu ; il n’exista plus
qu’une légère rougeur aux endroits où les pustules s’ëtoient mon
trées. Enfin, trois mois après la cessation du traitement, époque
à laquelle je le quittai, il n’avoit rien qui fit douter de sa guérison.
Trois onces et quatre gros d’onguent mercuriel ont été employés
dans ce traitement.
XIII.C Observation.
Syphilis constitutionnelle.
Mathieu Nouvel, courrier attaché au quartier-général de l’armée
d’Allemagne, est entré à l’hôpital militaire de Ratisbonne le 20
Mars 1810, pour y être traité dune affection vénérienne qui
duroit depuis deux ans, et qui avoit été caractérisée dans le prin
cipe par des ulcères à la couronne du gland et un bubon. Elle offroit
alors les symptômes suivans : douleurs ostéocopes, périostoses au
tibia droit; la plus volumineuse correspondoit à la partie inférieure
de la rotule; ulcères au palais, aux amygdales et à l’arrière-bouche;
déglutitiondifficile ; éruption pustuleuse sur toute la surface du
corps; amaigrissement, anorexie, agripnie, manque de forces.
Vingt-quatre frictions d’onguent mercuriel sur le gland et le
prépuce ont suffi pour détruire la maladie et tous les accidens
qu’elle avoit occasione's. Elles ont été précédées d’un bain local
pour entretenir la propreté de la partie. Seize bains domestiques
ont été pris pendant et après le traitement ; les uns ont été pres
crits pour la propreté, et les autres pour contenter le malade.
Les frictions ont été d’un gros, d’un gros et demi et de deux
gros; savoir, douze d’un gros, six d’un gros et demi, et six de
deux gros : le total se monte à quatre onces et un gros.
Le vingt-six Avril j8jo, ce courrier est sorti de l’hôpital pour
reprendre
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reprendre les fonctions de son état. Je l’ai vu, le vingt-quatre Ma
suivant, à Stettin, où j’étois chargé du service de l’hôpital : il
jouissoit d’une bonne santé; il m’avoua qu’il n’avoit jamais été
aussi bien portant II avoit subi plusieurs traitemens avant de
venir à l’hôpital où j’étois.
XIVe Observation.
Syphilis ancienne, constitutionnelle.
Le nommé Toreil, domestique, est entré à l’hôpital de Ratisbonne, sur la fin du mois de Février 1810, pour se faire traiter
d’une fièvre adynamique. M. Fontaine, médecin ordinaire, qui
faisoit le service, lui prodigua tous les soins qu’exigeoit sa posi
tion. Rétabli de cette maladie, Toreil passa dans la section chi
rurgicale pour être guéri de la vérole.
Il étoit dans un état déplorable : il avoit un ozène; le voile
du palais étoit détruit, les amygdales engorgées et ulcérées; la
déglutition des alimens solides étoit devenue impossible ; il avoit
des taches sur presque tout le corps, des ulcères au visage; le
plus considérable occupoit toute l’extrémité du nez. Les tégumens,
les muscles, les cartilages, qui composent cette partie, étoient
presque entièrement détruits. Des douleurs nocturnes dans tous
les membres l’empêcboient de se livrer au repos et au sommeil ;
une exostose de la grosseur du poing au milieu de la jambe
droite sur le tibia, et des douleurs lancinantes et continuelles dans
les deux jambes, l’empêcboient de marcher. Depuis plusieurs
années, il étoit atteint de cette maladie; il avoit subi différens
traitemens, qui avoient été sans succès.
Les frictions mercurielles sur le gland et le prépuce ont été
administrées. A la dixième, la majeure partie des symptômes
n’existoient plus que foiblement ; à la vingtième , il a été parfai
tement guéri. Il est sorti de l’hôpital quelques jours après celui
qui fait le sujet de l’observation précédente.
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XV.e Observation.
Syphilis ancienne, constitutionnelle*, traitée par les fric
tions sur tous les membres, et le mercure à Tintérieur.
Le nomme' François est entré à l’hôpital de Ratisbonne par
billet d’e'vacuation de celui de Straubing. La vérole, dont il étoit
atteint depuis très-long-temps, se caractérisoit par les symptômes
suivans : éruption sur tout le corps de pustules plus ou moins
larges, surtout à la figure et à la paume des mains ; ces pustules
étoient larges, furfuracées, de couleur jaunâtre, d’un aspect dartreux ; douleurs ostéocopes générales, sùrtout à la tête, augmen
tant pendant la nuit. (M. Richard, chirurgien distingué, attaché
aux bureaux de M. le baron Heurteloup, a dessiné la figure de
ces pustules.)
Voulant comparer ma méthode avec celle qui est suivie généra
lement, et désirant savoir si elle gue'rissoit plus promptement que
l’autre, je me suis décidé à traiter ce malade par les bains, les fric
tions mercurielles sur tous les membres, et le mercure pris inté
rieurement: ces moyens, continués pendant deux mois, n’ont pro
duit aucun effet. Pendant ce temps je soignois les malades qui sont
les sujets des deux observations précédentes : ils ont été guéris avant
que celui-ci eût éprouvé des effets sensibles. J’ai administré alors les
frictions mercurielles sur le gland et le prépuce avec le plus grand
succès. Mais je fus obligé de céder mon service à M. Roaldez,
chirurgien-major, pour me rendre à Stettin. Le malade, qui étoit
à sa douzième friction, étoit si avancé dans son traitement, qu’on
pouvoit prévoir qu’il ne lui falloit plus qu’un court espace de temps
pour sa guérison : il auroit eu besoin d’avoir autant de temps qu’il
en avoit déjà mis depuis son traitement. J’ai regretté de n’avoir pu
suivre ce malade jusqu’à son rétablissement, qui, je pense, n’a pas
tardé à se montrer, vu l’état dans lequel je l’ai laissé.
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Je crois devoir terminer ici les observations que j’ai faites en
faveur de ma méthode. On voit que , par soh secours, j’ai combattu
avec avantage tous les degrés de la maladie vénérienne, et que
j’ai opéré la guérison plus promptement que par tout autre moyen.
Je ne dois pas laisser ignorer que, jusqu’à présent.^ je n’ai encore
traité de cette manière que des hommes ; mais je pense qu’on? peut
l’appliquer à l’autre sexe, en faisant faire les frictions à la partie
interne des grandes lèvres. Je me propose d’essayer cette méthode
sur les femmes dès que j’en aurai l’occasion. En attendant, je serois trop heureux si mes observations pouvoient être utiles à l’hu
manité, en accélérant la guérison d’une maladie honteuse et
cruelle, et en prévenant les funestes effets que produit souvent la
trop grande quantité du médicament qui en est le spécifique.
FIN.
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chirurgien-major, pour me rendre à Stettin. Le malade, qui étoit
à sa douzième friction, étoit si avancé dans son traitement, qu’on
pouvoit prévoir qu’il ne lui falloit plus qu’un court espace de temps
pour sa guérison : il auroit eu besoin d’avoir autant de temps qu’il
en avoit déjà rnis depuis son traitement. J’ai regrettéde n’avoir pu
suivre ce malade jusqu’à son rétablissement, qui, je pense, n’a pas
tardé à se montrer, vu l’état dans lequel je l’ai laissé.