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EMISE D’UNE MÉDAILLE
n i N LIVRE D’OR
' u’
Jr, îesseur S. POZZ1
REMISE D’UNE MÉDAILLE ET D'UN LIVRE D’OR
Au Professeur S. POZZI
Le dimandio H Juillet, à
10 heures «lu malin, dans une
cérémonie intime, uhe mé
daille, très artistiquement
gravée' par le maître* Chaplain, a été remise <ï M. le
professeur S. Pozzi nu nom de
ses amis, de ses collègues et
«le ses élèves, à l’occasion de
sa Présidence du XVII" Con
grès de chirurgie Paris. 1901 )
et de sa promotion au grade «le
Commandeur d<* la Légion
dlion neur.
En même temps et en sou
venir de vingt années d'eqseigueulent à l'hôpital Broca, M. le profi sseur S. Pozzi recevait un Livre «l'Or
luxueusement édité par la
maison Masson. Écrit par des
élèves, des collègues et des
amis du Maitre que l'on Tétait,
il est le premier de ce genre
paru en France et contient
24 mémoires originaux, illus
trés de 17 planches en couleur
ou en noir et de 61 dessins.
La cérémonie a eu lieu dans
l'amphithéâtre des cours ; le
professeur S. Pozzi, comme
pour ôter toute espèce (h* ca
ractère d’apparat à cette céré
monie amicale, avait revêtu
son costume ordinaire d’hô
pital, blouse et tablier; ses
chefs de clinique, ses internes et ses externes étaient également en tenue
de service.
»
I
2
li EMISE D’U\E UÊDAII.LE ET D’UN /./!'/</; D'OH
Parmi les nombreux élèves, amis et collègues du professeur Pozzi, nous
citerons MM. Dastre, de l'Institut, le prof. Albert Robin, lluchard, Hallopeau,
Charles Monod, Sevestre, Walt hcr. Gley, Widal, Flornnd, Pierre Delbet,
Lermoyez, Würlz, Gustave Le Bon, Georges Hervé, Lepage, J.-L. Faure,
Thiéry, RietFel, Retterer, Ilennequin, Adrien Pozzi (de Reims), Wallich,
Deniker, Despréaux, Foveau de Courmelles, Evans, Delaunay, WassiliefT,
Couvclôire, Barnsby (de Tours), Vallon (de Villejuif), Baréty (de Nice),
Schuster (de Prague), A. Brochin, Laiteux, Estrabaut, Desfosses, Berlhod,
Montagu, Matza. Cambours, Bender, Lœwy, Zimmern, Cazenave, etc., et un
grand nombre d’élèves du professeur S. Pozzi, français et étrangers.
Parmi les notabilités non médicales nous citerons M. Chaplain (de l’Ins
titut'; M. Ilébrard, directeur du Temps; Gustave de Coulouly, ministre pléni
potentiaire; Henri Monod, ancien directeur de l'Assistance publique au
ministère de l’Intérieur; Bonnier, directeur de l'asile de Charenlon; Du
rasse, juge d'instruction au tribunal de la Seine, Leroy-Dupré, Alex. Bisson,
Le Brasseur, Laroze, Pierre Masson, Bouchez, etc.
M. Clemenceau, ministre de l'Intérieur, avait tenu à assister à cette céré
monie.
Après avoir reçu une magnifique gerbe de fleurs que lui offrait une jeune
opérée au nom des malades de son service, M. le professeur S. Pozzi entra
dans la salle d’amphithéâtre, précédé du doyen de la Faculté, M. le profes
seur Debove, qui avait accepté la présidence de la cérémonie.
Au milieu des applaudissements M. le professeur Debove remit au profes
seurs. Pozzi la médaille, véritable œuvre d’art de Chaplain, et M. le l)r Jayle
le Livre d’Or. M. le professeur Joseph Renaul (de Lyon), au nom des cama
rades d'internat de M. Pozzi, M. le Dr Albert Martin, professeur à l'Ecole de
médecine de Rouen, au nom de ses élèves de province, M. le Dr Dartigues, au
nom des élèves actuels de son service. M. le Dr Le Double, professeur à l’Ecole
de médecine «le Tours, au nom de ses collègues de la Société d'anthropologie,
M. le I)r Delangre (de Tournay) au nom de ses élèves étrangers et en parti
culier de ses «deves belges, ont. prononcé des discours auxquels a répondu en
terminant M. le professeurs. Pozzi.
3
Discours de M le professeur DEBOVE
DOYEN DR LA EACCtTli DE MÉDECINE DK PARIS
L’usage d'offrir des médailles ù nos collègues se généralise. Il répond à un
besoin, besoin pour les élèves de témoigner leur reconnaissance, besoin pour les
amis de manifester leur affection.
Chex nous, maîtres et élèves sont étroitement unis, et ceci remonte à des temps
très anciens, comme l'atteste le serment d'Hippocrate par lequel on jurait d’es
timer ses maîtres à l'égal de ses parents et de considérer leurs enfants comme des
frères.
Nos sentiments pour nos élèves sont en effet paternels. Nous ne leur opprimons
pas seulement la médecine,-dans nos conversations familières; nous les entretenons
des problèmes qui passionnent l’Humanité; notre empreinte sur eux n'est pas
exclusivement médicale; ils Unissent par être formés à notre image et c’est, peutêtre lu raison de notre tendresse.
Ces rapports de maîtres à élèves sont un des caractères honorables de notre
profession, c’en est aussi un des plaisirs, car l'homme ne vil pas seulement de pain,
il vit de sentiment; ila d'impérieux besoins affectifs; il en tire ses plus grandes
joies et aussi, hélas! ses plus mandes peines.
Nombreux sont ici les amis de notre cher Pozzi, les uns liés par une dette de
reconnaissance, d'autres par une communauté d'idées, d'autres par des souvenirs de
jeunesse. Je suis de ces derniers. Aussi ai-je accepté avec empressement de présider
celte cérémonie.
Il y a quarante ans que je te connais, mon cher ami. Ceux qui ignorent ton Age
s'imagineront que je t'ai connu au berceau. Je t’ai suivi dans ta brillante carrière,
j'ai applaudi à tous tes succès. Les jeunes gens qui nous écoutent ne connaissent pas
le charme d'une vieille amitié. Ils ignorent qu'arrivé à un certain Age, on n’a plus
de nouveaux amis, le cœur est trop vieux; aussi, faut-il garder soigneusement les
anciens, et c'est pour cette raison que je tiens à la précieuse amitié de Pozzi, et que
je suis heureux de l'affirmer publiquement.
Il y a cependant quelque chose qui manque à notre réunion, ce sont les daim s.
Elles eussent été l'ornement de celte salle, et leur présence était d’autant plus indi
quée qu’elles connaissent mieux que nous la puissance des liens affectifs. Qu’il me
soit permis de dire aux absentes que nous avons pensé A elles et que celte pensée n
été la joie de cette fête.
Discours de M. le professeur J. RENAUT
MEMBRE
ASSOCIE DE I.’ACADKMIE UE MÉDEC.INE
Mon cher Samuel, il semblera peut-être à beaucoup de ceux qui sont réunis ici
pour te fêler, que j'y vienne, moi, nu peu comme cet épervier très prudent dont
parle, en sa tierce centurie, inaitre Joachim Cainerarius, médecin de Nuremberg et
REMISE D’UNE MÉDAILLE ET D'UN LUHE D'OIt
4
faiseur d'emblèmes. Car c’était là un oiseau qui ne se montrait. ni ne parlait, que
lorsqu’ad venait un beau jour*.
Et j'ai vraiment l’air d’avoir choisi, pour te faire mon compliment. ce jour et
cette heure, et venir m’y faire place, comme des coudes, parmi les compagnons les
plus assidus de ta vie : ceux-là qui, pour la plupart, ne me connaissent guère que
par ouï-dire. Comment donc se fait-il que moi, l'habituel absent, j'ose me lever poin
te parler au nom de tes amis, et que même je relève ceci comme un droit ?
Tu Je sais bien! Mais aux autres il faut que je dise pourquoi. — Messieurs, c’est
que ni le temps, ni l'espace, ne sépareront jamais ceux-là qui, forcément, doivent
se retrouver toujours. J’entends ceux qui, à l'aurore même de leur vie d’homme, se
sentirent d'un coup unis en esprit, en effort et en idéal tellement et de telle façon,
que leurs roules personnelles purent, il est vrai, diverger en apparence: mais ceci
sans que tout du long, la chanson de leurs âmes ait un instant pu cesser de marquer
chaque pas du chemin par l'accord parfait.
Et il faut bien le dire, entre nous deux un tel accord ne date pas d'hier. Cet
Aquitain, que voici, et ce Celle, que je suis, se rencontrèrent et se comprirent pour
la première fois à la conférence du maître l.aunelongm-. Notre amitié date d'avant
l'internat (1868 et de notre commun, et ferme, et synergique travail dans ce milieu
que je viens de dire. Avec nous, il y avait là beaucoup de jeunes hommes, et l'avenir
de quelques-uns fut plein de promesses, comme aussi leur vie fut trop courte!
(’.hers amis Bourdon, Terrillon, où êtes-vous?... « Mais où est le preux Charle
magne? » — Nous nous disons quelquefois cela un peu mélancoliquement, mon cher
Pozzi, quand nous nous serrons la main quelquefois — trop rarement, — par
exemple, à l'Académie, où nous nous retrouvons, Landouzy, loi. Sevestre et moi,
comme formant le dernier carré de la vieille garde de notre ancienne conférence!
Puis, nous fûmes île cette belle promotion d'internat, celle de 1869, à laquelle la
Faculté doit son actuel doyen, notre cher ami Debove, et qui elle aussi peut compter
ses illustres et ses morts. Mais surtout nous fumes en 1873, avec Albert Robin (iiniiii.r
dimidium pour nous deux), de cette inoubliable chambrée d'internes de la Charité,
où se lièrent surtout nos âmes. Il me faut dire, Messieurs, ce que fut celte réunion
de jeunes hommes alors. Sans quoi, vous ne comprendriez pas tout à fait Pozzi.
Jeunes, nous l’étions, oh! très, d’esprit comme de cœur. Et hommes tout à fait,
certes aussi virilement, mais non (du moins au début' sans quelque mélancolie.
A cette époque-là nous avions (nous semblait-il) certainement quelque chose à
revancher, et sans doute aussi quelque chose à refaire. Même, nous sentions assez
douloureusement — tous — sous notre septième côte gauche, comme la meurtris
sure d'un poing mal ganté. Aussi prétendions-nous reprendre beaucoup de choses,
et le faire au besoin du poing nous aussi, mais gaulés à la française, élégamment,
fortement et à la façon... de Grenoble si vous voulez! Mais nous ne savions pas très
bien comme, (.est alors, mon cher Samuel, que tu apparus, parmi nous, comme le
génie même et l’incarnation pour mieux dire de cette si désirée Renaissance...
De la Renaissance, oui, à tous les points de vue lu en étais l’homme! Messieurs,
je veux vous parler du moins un instant de cette heure jolie, telle qu’nprès un
hiver triste 1 est un renouveau dans la synergique ascension de ses sèves montantes.
Pour un tel travail de prélloraison, il fallait un rythme; ce fut Pozzi qui, b- trouvant
on lui. l'induisit en nous, marqua la mesure et fut le chorège.
1.
Nubila si fucrinl, sapirntcr comprime lingumn;
Tune loquere. illuxil si qua serena (lies.
Symbolorum et Emblematum centurie lerlia. Excudebat Paulus Kaufmann. 1598.
Al P II Oh'ESSE U H S. POZZI
5
Une puissante, une inexprimable force de vie et d'action débordait de lui, et
dont l'exubérance mt'me se fondait harmonieusement en cette héréditaire grâce, eu
cette souplesse florentine qui jamais ne lui tirent défaut, même en les plus graves
et sévères occasions de ses actes et de ses œuvres. Et cela lit de lui pour nous, ses
camarades, un modèle, comme fut pour nous une quotidienne joie cette caresse de
sa voix légère ou grave, donnant une suprême note artistique et si française à tout
ce qu'il lit, comme en se jouant, avec constamment des visées profondes. El nous
le voyions avec étonnement tout savoir, et tout si bien dire! Chirurgien, vous le
savez bien, il l'était déjà et de reste. Anatomiste, oh! combien : —Je me souviendrai
toujours, pour mon compte, de l'histoire des circonvolutions cérébrales. « Comment
(me dit-il un jour — à moi le morphologue de la bande), toi, qui vas concourir, lu ne
sais pas cela? •• — Ni personne non plus, répondis-je car à cette heure-là Charcot
n'avait pas encore tout dit). Alors, entre deux, trois ou mettons au plus quatre
cigarettes, il m'apprit définitivement cette chose ignorée alors de nous tous. Après
quoi, il conclut en m'éblouissant uu léger vol de flèches de ses triolets du matin.
Car si l'on parlait de rimer il était le maître. Et ainsi du reste! — C’est, de la sorte,
grâce beaucoup à lui qu'eu 1873, à la Charité, se révéla à nous tous celte chose
toute moderne : la notion du travail sans prétention, «lu savoir sans pose, de l'éru
dition sans grandiloquence, et d'une élégance scientifique étrangère à toute altitude
hiératique. A ce quadruple point «le vue, sans nomhrer les autres, nous avons tous
été, «b* quelque façon, les disciples «l<* Pozzi. A vous maintenant de nous dire,
Messieurs «pii nous allez succéder, si la science contemporaine y perdit davantage
que ne lit l’Art Grec avec ce sculpteur qui démaillotla les Dieux de l'Erechléion,
pour montrer qu’ils pouvaient se mouvoir comme des hommes et y garder quelque
noblesse en tendant à chacun la main...
Voyez d’ailleurs — sans davantage compter une telle influence sur l’attitude de
toute une génération, quelle fut au vrai l'œuvre personnelle de l’homme «pii l'avait
exercée? Je ne prétends pas juger ici le chirurgien, je ne saurais. Mais quand je
parlais tout à l'heure d'une « Renaissance », je puis pour le moins «lire que je
n'exagérais point. C'est même le contraire. — En chirurgie, mou cher ami, tu n'as
pas fait renaître, tu as fait naître ici quelque chose! Veuillez me dire, Messieurs,
ce qu’était en France la Gynécologie avant Pozzi? un nom. Et qu'est-ellc mainte
nant? une chose et son œuvre. Si bien, qu'il a fallu «pie, bon gré — peut-être
malgré, — l'on créât céans cette chaire pour cet homme; et «pie tout au rebours,
sans cet homme, cette « bain* n’eùt de longtemps sans doute existé, parce qu'elle eût
paru peut-être un peu haute pour quiconque y eût prétendu monter.
Dans l'immense révolution subie, en moins de trente ans, par la chirurgie abdo
minale féminine, qui d'ailleurs a joué, «pii eût pu jouer chez nous un tel rôle de
démiurge, sinon toi, mon cher ami? Tu pouvais sans doute, par d’éclatantes preuves
scientifiques, faire accepter par l'École telle des modernes hardiesses dont les meil
leurs de nos maîtres «l'antan eussent dit qu’elles étaient «les chimères — ceci, en
leurs heures d'indulgence, bien entendu! — Mais ce n’était pas assez pour prévaloir,
ni surtout pour imposer au liane meurtri d'Eve, ce
Trait sauveur, pénétrant et prompt comme l'éclair
qui devint celui de ta maîtrise propre et vraiment, celle-là, incomparable au point
«le faire accepter parfois à l'être le plus délicat, le plus frémissant «pii soit au
momie — la Femme — cette redoutable et salutaire blessure, comme elle l’eût fait
d'une caresse. Ah! tu avais su savamment ganter le poing qui tenait le fer!
Ainsi tu devins b* Maître «l«* la Gynécologie française, un Maître de ton époque
d'ailleurs et sans épithète; et lu peux maintenant voir ton œuvre debout et la
f.
n/;.VZS£ D’UNE MÉDAILLE ET D'UN LIVRE D’OR
contempler de haut. Tu vas la signer aujourd’hui fièrement de ce sceau précieux
à ton effigie. Ainsi, lien n'aura manqué à la vie de savant et de grand artiste, pas
même le brillant symbole «le celle-ci, modèle de main île maille dans le mêlai
incorruptible. Quand ou a vécu comme loi par son large esprit dans le monde, par
la science et pour la science dans l’Ecole, parle conseil pour sa Pallie dans le plus
haut des corps de l’État, qu’on s'esl fait — toujours comme toi — le missionnaire
parfois, le champion toujours du bel et clair esprit chirurgical français, au loin
toujours plus et jusque sous des cieux constellés « d’étoiles nouvelles », il était
pour ce moins juste que ton pays s’aperçut de cela à son tour, et que de son zénith se
détachât une de ses étoiles de première grandeur, pour venir se poser doucement,
puis fleurir comme d’elle-même sur la poitrine : digne de ce pays et digne de toi!
Et c’est cela aussi, qu’après beaucoup d’autres choses, le dit celte médaille que nous
t’offrons aujourd'hui.
Ce qu’elle ne te dit pas, à toi le grand travailleur «le toutes les heures de ta vie,
c’est de te reposer désormais, immobile sur la chaise d'ivoire dévolue par notre droit
latin à ceux qui exercèrent noblement les magistratures curules. Tu ne le voudrais
pas, tu ne le feras point, nous ne le voudrions pas non plus. Ne te repose qu’un
seul instant, mon cher et vieil ami; jouis seulement de celle heure que t’ont préparée
notre admiration et notre amitié!
Discours de M. le Docteur F. JAYLE.
Mon cher Maitre,
De toutes les Ileurs qu’on vous offre en ce jour, il m'est donné de vous présenter
la plus rare. Pour la première fois, elle éclôt sous le ciel de France; en naissant
pour vous, nul doute qu'elle ne soit venue sous d'heureux présages et qu’elle ne
fleurisse bientôt à nouveau, cultivée par d'autres mains non moins diligentes qu<‘
les miennes. J'en ai recueilli la semence, il y a de nombreuses années déjà, dans un
pays moins doux et moins riant que le nôtre où j'étais allé* m’enquérir d'autres cou
tumes et d'autres vues. Depuis, j'ai gardé! soigneusement, presque jalousement, la
précieuse graine, cherchant le sol, le temps, la culture favorables. Je lui voulais
une germination active, une venue plantureuse, une poussée hâtive et robuste
capable d'une floraison resplendissante.
Or, celte année qui se trouve pour tous vos élèves et vos amis une année «le fête,
j ai pris la petite graine dans la cachette où je la tenais soigneusement enfermée
depuis quinze ans et, non sans un battement de cœur, je l'ai semée. La terre qui la
reçut fut d une fertilité extrême, le ciel lui prodigua ses faveurs et la graine germa
vite et la plante poussa drue, comme il advient, à la belle saison, des grands blés
dont on suit la rapide montée dans la plaine. La lleur est venue éclatante de cou
leur, 1 éclosion est complète; permcllez-moi de lui donner un nom brillant comme
elle : Livre «l’Or.
Le Livre d Or que nous vous donnons, mon cher Maitre, en souvenir de vingt
années d enseignement à l'hôpital Broca, voudrait être pour la clinique gynécolo
gique de la faculté une nouvelle parure en même temps que vous rappeler le sou
venir de collègues et d’élèves qui avant tout vous aiment.
Le premier nom que j ai été très heureux d’écrire sur la première page est celui
du professeur Pinard. Nous avons ici pour ce maître le respect que nous témoignons
AU PROFESSEUR S. POZZI
1
à tous ceux qui ont la charge si difficile et si ardue de renseignement de notre ai l ;
mais ce sentiment n’est pas le premier. Voulez-vous me permettre de me reporter
à cinq ans en arrière? C’est déjà le passé, et c’est pourquoi je me permets d'en
parler. La chaire de gynécologie venait d’être créée, il fallait lui donner un titu
laire. Plusieurs compétiteurs surgissent, tous des maîtres, tous soutenus. L’instant
était décisif. Alors l’on vil, dans le Grand Conseil qui se tenait à la Sorbonne, le
professeur Pinard se lever, el avec l’ardeur et la conviction inébranlables que
donnent les causes justes, prendre en main votre candidature, el, par le poids de
sa haute autorité, la faire triompher. De ce jour naissait ici à son endroit le senti
ment qui prime le respect : l'affection.
Après M. Pinard, vous trouverez, mon cher .Maître, un nom très cher à la science
française, M. Eugène Bœckel, de Strasbourg. Je ne puis jamais sans émotion pro
noncer ce nom ; puisse-t-il durer longtemps encore ! c’est le seul reste vivant de
deux siècles et demi de l'enseignement médical français dans un pays que nous ne
pouvons ni ne devons oublier.
Vous trouverez ensuite un mémoire de M. le professeur Auguste Reverdin, île
Genève, qui, pour vous, a reprisses Souvenirs gynécologiques.
« Le culte des ancêtres, fort en honneur chez certains peuples, que nous trai
tons volontiers de sauvages, semble se perdre trop facilement chez nous. Sous pré
texte que la vie marche à grands pas, on oublie trop vite les choses et les gens
d’autrefois. » Ainsi dit Reverdin, et. abordant son sujet, « vers l’an de grâce 1860 »»
époque « où le bidet était un luxe et le bock un inconnu », il nous rappelle Courty
« un gros livre, bon enfant » et nous jette en pleine Académie, où Velpeau déclare
« exclure l’ovariotomie des opérations justiciables, quand même les guérisons
annoncées seraient réelles ». Avec une verve intarissable, Reverdin refait l'histoire
de cette opération qui fui comme le << Sésame ouvre-toi » de la gynécologie con
temporaine. Koeberlé, Simon, Cari Braun, Marion Sims, Péan défilent successi
vement, chacun si bien marqué au coin de la parfaite observation que, tels des
héros de drame antique, ils s'animent, se meuvent, el s’individualisent au point
de se faire reconnaître, à nous jeunes qui ne les avons jamais vus.
Avec M. le professeur Thiriar (de Bruxelles), du passé nous allons vers l'avenir
par un mémoire de haute importance sur la méthode oxygénée en chirurgie; à le
lire, on sent que la chirurgie vient de s'enrichir d'une donnée thérapeutique qu'il
est bien de circonstance de qualifier de vivifiante.
M. le professeur Treub et M. Mendès de Léon (d'Amsterdam) se sonl tous deux
attachés à l'élude de l'inversion utérine; par leurs noms se clôt la liste de ceux de
vos collègues et amis, et de pays de langue française, inscrits dans le Livre d’Or.
Et j'aborde les représentants de la province par un nom qui vous est très cher,
celui du professeur Poucet (de Lyon); aidé de son élève Delore, M. Poncet vous
donne un très intéressant mémoire sur « l’entrée de l'air dans les veines du bassin ».
M. le professeur Forgue (de Montpellier) vous a réservé un travail qui vous
plaira, d’abord parce qu’ïl est de lui, ensuite parce qu’il traite d’une méthode nou
velle : de l’opération transpéritonéale dans le traitement des fistules vésico-utéro-vaginales. J'ajoute que de fort beaux dessins en couleur rehaussent la valeur du texte.
M. le professeur Monprotit (d'Angers) se rangeant sous votre bannière conser
vatrice, en matière scientifique, s’entend, a voulu démontrer que bon nombre
d'utérus fibromateux ne méritent pas le supplice de la décollation, pour employer
un terme pittoresque dû à votre collègue M. J.-L. Faure, et qu’avec un peu de
bonne volonté, on peut les garder pour le plus grand bien de leurs propriétaires,
après les avoir débarrassés des excroissances qui les gênent.
8
REMISE D'UNE MEDAILLE ET D'UN LIVRE D'OR
Enfin, je citerai deux mémoires intéressants de vos élèves Martin (de Rouen)
et Barnsby (de Tours), qui prouvent tous deux, dans leurs provinces respectives,
qu’on peut être chirurgien émérite sans avoir jamais passé par celle Ecole dite,
pratique, que d'aucuns jugent encore indispensable aux maîtres du bistouri.
Et voici, maintenant, le bataillon des Parisiens. En tète M. Legueu, un de vos
plus brillants remplaçants, qui, saisissant l'occasion par les cheveux, comme il
sied, a décrit une complication de celte opération mourante qui a nom Hystérec
tomie vaginale; il était temps assurément mais pas trop lard, et en nous montrant
d'une manière saisissante, comme il sait toujours le faire, que des accidents
vésicaux et rénaux peuvent suivre l'hysté recto mie vaginale, il ne peut qu'encou
rager les laparotomisles dans le bon combat qu'ils soutiennent.
M. Tliiérv, en lin collectionneur, vous offre un lot d'observations d'erreurs
d’appendicite qui ferait les délices de M. le professeur Dieulafoy. Vous y verrez
entre autres l'histoire d'un vulgaire fœtus qui avait eu l'idée d'élire domicile dans
l’utérus d'une jeune tille, et si l’on eut tort de parler appendice, c'est parce qu'il
ne s’agissait pas d’un méfait de celui auquel on pense!
Mon cher maître, chacun sait'que pour un objet d'art vous êtes capable de
faire un long voyage. Dans votre livre, sans vous déranger, vous trouverez un
tableau île genre, d’une belle lumière, d'un coloris harmonieux et dont le fini
n'enlève rien à l'originalité; il est dû à M. J.-L. Faure et a pour légende: Une
Hystérectomie abdominale en 1900.
M. Laiteux vous offre un excellent mémoire illustré de trois rares et magni
fiques planches en couleurs sur les myomes et fibromyomes kystiques.
M. Cazenave a dépouillé avec toute la conscience que vous lui connaissez cent
quarante-quatre hystérectomies abdominales pour fibromes et en tire de très
intéressantes déductions cliniques et opératoires.
M. Wallich, encore un Irait d'union entre Baudelocque et Broca, met juste au
point, historique en mains, la fameuse question de la prétendue menstruation des
femmes enceintes.
Et je viens ensuite avec un morceau de résistance tel qu'on les aime dans les
Monts d'Auvergne : U planches en couleur ou en noir et 33 pages de texte. Le titre
n’est guère harmonieux, mais il vient des pays allemands : Kraurosis vulvæ.
Puisse le texte, bien français, venger le litre.
M. Proust, qui, à cette heure, détient l'honneur de représenter la chirurgie
française au Congrès de nos frères de race et de langue, les Canadiens, nous
«lonne, à propos d'un cas observé dans votre service, une élude très complète des
hématuries gravidiques d'origine vésicale.
Avec votre chef de clinique actuel, M. Dartigues, nous passons à l'inventaire de
tous les détails de technique opératoire bons à connaître pour la pratique de la
laparotomie; d'un style soutenu, à la phrase large et chaude, semé de pointes
d'esprit et parfois de traits mordants, son mémoire ne faillit pas durant ses 43pages
que rehaussent 37 bons dessins.
En homme qui lient à ses idées et sait leur donner du poids, M. Lœwy a repris
l'exposé de sa méthode des greffes péritonéales en l'étayant de nouveaux faits expé
rimentaux.
M. Bender a choisi un des sujets les moins connus de la pathologie gynécolo
gique : la tuberculose de la vulve. Vous mesurerez l'importance de l'effort à la lon
gueur du mémoire qui remplit plus de quarante pages toutes hérissées de biblio
graphie savante et de documents histologiques minutieusement exposés.
Avec M.Zimmern, nous abordons un sujet tout neuf : l’introduction des ions en
.1 V PROFESSEUR S. P0ZZ1
gynécologie. Nous voilà bien loin de la curette et du bistouri, mais en ce temps de
période triomphale de l'électricité, pourquoi ne pas espérer trouver dans une pile
linllux curateur des maladies inflammatoires et néoplasiques? Avec cette réserve et
cette prudence que vous lui connaissez bien, M.Zimmern aborde ce grand problème
sous vos auspices.
Il est des hasards curieux, comme symboliques : la première page de ce Livre
d'Or, consacré à la gloire de la Gynécologie, est écrite par le professeur Pinard, et
voilà que la dernière est signée d'un autre et tout jeune accoucheur, votre élève
M. Lequeux, qui vient nous parler de la grossesse angulaire et de ses rapports avec
les grossesses ectopiques.
El tous ces gynécologues, chirurgiens, médecins, anatomopathologistes, électri
ciens, ne sont-ils pas très heureusement, symboliquement, comme je le disais tout
à l'heure, encadrés par ces deux accoucheurs?
Oui, certes, notre lâche n’est pas de mutiler les pauvres infortunées qui viennent
à nous; notre plus noble but, notre idéal doit être de soigner, d’amender, de guérir
en conservant les organes qu’a créés la nature pour le perpéluement de la race.
Et cette gynécologie conservatrice, amie de l'obstétrique, n'a pas île partisan plus
convaincu que vous, mou cher Maître, dont les travaux sur la résection de l’ovaire
font date en France et à l'étranger. Voilà pourquoi je suis heureux de voir s’ouvrir
et se refermer sur une pensée obstétricale le Livre d’Or gynécologique que vous
offrent vos collègues et vos élèves.
Par la longue énumération que je viens de vous faire, mon cher Maître, vous pou
vez apprécier l’effort intellectuel qu’a été capable de faire naître l'affection que vous
avez su inspirer.
Mais pour mener bien et à temps ce Livre d'Or, il a fallu le concours dévoué et
sagace de votre si sympathique éditeur, M. Pierre Masson, que je suis heureux de
remercier publiquement : et, puisqu'il s'agit de souvenirs de vingt années, vous
m'approuverez d’évoquer en ce jour la pieuse mémoire de son père, M. Georges
Masson, dont l'image reste gravée dans le cœur de tous ceux qui l’ont connu.
•l’ai garde de ne pas oublier l’aimable M. Marelheux, qui a su faire gémir ses
presses avec art pour que le Livre d'Or soit digne de vous.
Voilà, mon cher Maître, l'hommage d’affection que je suis si heureux de vous
offrir au nom île vos collègues et de vos élèves. Vous eussiez pu le recevoir de mains
pltis autorisées; mais personne ne vous l'aurait remis avec plus de respect, avec plus
de cœur, avec plus de piété scientifique.
Discours de M. Albert MARTIN
AXC1EX INTERNE DE LOI RCINE-PASC.AL
professeur
\ l’école de médecine de
rocex
Mon cher Maître,
Vos collègues et vos amis viennent de vous rendre le plus légitime hommage
avec une élégance d’expressions qui me fait redouter l'honneur de parler après eux
au nom de mes camarades de province. Je ne saurais être, en effet, un aussi bril
lant interprète de leurs sentiments île gratitude et île respectueuse estime. Mais, si
je n'ai pas toute cette aisance et cette séduction que j’admirais tout à l’heure, je nen
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REMISE D'UNE MÉDAILLE ET D'UN LIVRE D'OR
ai pas moins de douce émotion et de sincérité à vous apporter le témoignage île
notre liliale affection.
Je laisserai donc simplement parler mon cœur et je revivrai pour quelques
minutes l'heureux temps où j'avais l'honneur d'être ici votre interne.
Celte époque inoubliable pour moi est déjà lointaine, bien qu'à vous voir je la
crois tinie d'hier.
Nous n'avions pas alors le somptueux service que tout le monde admire aujour
d’hui ; on en parlait seulement comme d’un rêve, réalisable sans doute, mais dans le
lointain de l'avenir.
Entre deux opérations, vous caressiez les projets de ce bel hôpital; nous en
conversions, vous avec la certitude que vous l'auriez un jour car vous êtes de ceux
qui obtiennent tout ce qu'ils désirent), nous avec le regret un peu amer d’être
venus trop tôt pour voir si belle organisation et pour en jouir. Et pourtant,
l’avouerai-je, cette vieille baraque en planches qu’était encore l.ourcine-Pascal,
voilà bientôt douze ans, cette pauvre masure si laide et si dépourvue d'hygiène, ne
m’a jamais déplu; tant il est vrai qu’on s’attache quand même aux choses les moins
séduisantes, lorsqu'elles sont le cadre de nos affections et de nos joies.
L’espace plus restreint y faisait si délicieusement, intimes, si familiales, puis-je
dire, les relations du maître et de ses élèves! Et puis, il y avait un tel contraste
entre la merveilleuse série des beaux résultats opératoires déjà obtenus et la pau
vreté de notre humble salle d’opérations!
Les étrangers s’y entassaient autour de vos internes, gardiens vigilants de
l’asepsie en ce milieu peu propice et jaloux de sauvegarder par les résultats la
bonne renommée du Maître.
On venait alors ici non pour admirer le luxe de l'installation chirurgicale; on
y venait seulement pour vous-même, attiré par vos qualités de clinicien et d’opéra
teur, et on s’en allait étonné de voir faire si bien avec si peu. La valeur du maître
et le dévouement qu'il inspirait suppléaient à la défectuosité du matériel et aux
dangers de l’ambiance.
D'autres raisons encore que celles de pur sentiment entretiennent chez moi le
bon souvenir du « vieil hôpital temporaire ». Nous y étions pauvres, c’est vrai; mais
la pauvreté est une bonne école, et c’est là que les plus anciens île vos élèves ont
appris à tirer avantageusement parti des vieux hôpitaux délabrés qu’ils ont retrouvés
en province.
Était-il importun de rappeler aujourd'hui, jour de la fêle du Maître, et en ce
milieu d'élégance chirurgicale, le souvenir du pauvre hôpital de jadis, témoin de
ses premiers succès; je ne le crois pas.
Pour mieux apprécier le progrès réalisé, l'énergie de la volonté, la valeur de
1 eflort, il fallait montrer le point de départ. Ainsi ai-je voulu faire. Qu’on ne m’ac
cuse donc pas de méconnaître la nécessité de cette merveilleuse métamorphose, et
qu’on ne me reproche pas de commettre un non-sens chirurgical en rappelant le
souvenir ému d un passé de lutte et de succès. Je sens bien, d'ailleurs, qu'à la
place de mes jeunes collègues d'aujourd'hui vos internes actuels, enfants gâtés et
Benjamins de la maison, j'oublierais vite la masure d’autrefois pour ne jouir que
du confort, de la sécurité opératoire, de la facilité d'études que leur offre l'instal
lation présente.
Tout cela, mon cher Maître, c’est vous plus que personne qui l'avez donné à nos
successeurs et à vos malades. Plusieurs générations d'étudiants et de nombreuses
opérées en ont déjà profité.
Longtemps encore, vous y dépenserez largement votre inlassable et féconde
activité, et, avec de nouveaux élèves disséminés un peu partout, vous sèmerez
AU PROFESSEUR S. POZZI
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encore en maints endroits les bons principes de la noble et saine gynécologie qu'on
vous voit pratiquer et enseigner ici.
Vous arriverez ainsi à un second jubilé, car les ans ont sur vous si peu de prise
qu’il n’est pas téméraire d’en parler déjà.
D’ici là, votre renom et votre œuvre déjà considérable auront encore grandi; il
nous faudra alors pour les mieux célébrer élargir encore le cercle de vos amis et de vos
obligés, comme il a fallu agrandir ici même le champ de votre activité chirurgicale.
A cette fêle, qui sera plus grandiose peut-être mais non plus intime et plus amicale,
je donne rendez-vous à tous vos amis, à tous vos élèves, à ceux dont vous gagnerez
encore l’affection et la reconnaissance, à vous même, mon cher Maître, toujours
jeune et infatigable.
Nous y applaudirons avec vos nouveaux succès le maître bienveillant, le père
incontesté de la gynécologie française, et, comme un écho cent fois répété, cesapplaudissements vous reviendront de tous les coins de France où votre enseignement s’est
propagé par des élèves dont je ne saurais traduire assez éloquemment toute la véné
ration et toute la gratitude.
Discours de M. DARTIGUES
Cher Maître,
En ce moment où nous marquons et consacrons une étape de votre brillante
existence devant des maîtres dont quelques-uns, que j’aperçois ici, MM. Pierre
Delbet et Jean-Louis Faure, me sont très particulièrement chers, qu’il soit permis
à l'un de vos plus anciens et je dirai presque de vos plus continus disciples, de vous
dire au nom des jeunes élèves ce qu’ils ressentent de belle joie à vous voir glorifier
dans le durable métal que grava de sa prestigieuse main un artiste incomparable
afin que fût assurée, au delà de l'éphémère vie, la pérennité de votre souvenir!
Je n'aime point à parler, bien que de Toulouse, et je ne serais pas de mon pays,
en effet, si je n'avais le geste bien plus prompt que la parole; ce geste, dans la
circonstance, serait d’expansion débordante pour vous donner l’accolade discipulaire, ce qui me dispenserait d'un discours. Mais, j’aime à me figurer, que depuis
les temps très anciens, chaque fois qu’une médaille était remise à celui dont elle
représentait l'effigie pour les peuples à venir, des paroles étaient dites, n’était-ce
que pour faire davantage ressortir le plus éloquent silence du bronze de mémoire.
Ce qui se faisait il y a des milliers d'années, il me sourit de le faire aujourd’hui. Et
puis... et puis il m’est doux davantage de faire un éloge sincère et vécu à la face d'un
vivant qu'une de ces oraisons thuriféraires habituelles que nous envoyons, par delà
la tombe sourde, aux trépassés illustres souvent inconnus de nous!
Cher Maître, il y a déjà plus d’un an, dans un banquet où nous fêtions l’écarlate
décoration d'un de vos élèves les plus justement chers, mon ami Jayle, je vous
nommai le potentat de la gynécologie! Par cette appellation humoristique, je
n’entendais pas considérer et montrer en vous une sorte «le despote «l'un clan scien
tifique, non : philosophe libertaire, je n’admets de potentats d’aucune sorte, je ne
reconnais que le rayonnement des grandes puissances intellectuelles d’élite, et c’est
ainsi que je vous nommai avec joie comme la personnalité scientifique la plus liante
et la plus marquante de la gynécologie.
Messieurs, la numismatique a trop longtemps perpétué le souvenir des glorieux
sanguinaires, conquérants des races par le sang versé et par la destruction dans
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12
REMISE D'UNE MÉDAILLE ET D'I V LIVRE D'OR
l'épouvante et dans les pleurs. Aujourd'hui, le règne inexorable de l'épée des égorgeurs toujours fumante de la pourpre vermeille voit sombrer le soleil de sa gloire
désormais périmée dans l'océan des Ages révolus, et les graveurs de médailles
doivent perpétuer le souvenir de conquérants nouveaux, ceux de la science dont
les cortèges s'avancent, puissamment pacifiques, et dont les victoires s'accomplissent
parle sang épargné et par la guérison des êtres dans la joie et les sourires! Il était
donc juste que l'on songeât, en ce moment de votre carrière où s'est faite autour de
votre nom une concentration universelle des admirations et des respects, que l'on
songeât, dis-je, à fêter une fois de plus et d'une nouvelle manière à laquelle l'art et
la substance employée semblent donner un caractère plus définitif, l'homme qui
a le plus fait pour l'avancement d'une des branches de la science française! Après
les distinctions honorifiques épuisées, le bronze numismatique vous attendait;
après la reconnaissance gouvernementale des services rendus, devait venir la
reconnaissance, plus intime dans son hommage, de vos élèves et de vos amis que
voici.
Ce que vous avez fait pour la gynécologie, on vient de le dire très éloquemment,
et votre livre surtout en témoigne. Il fut une des premières initiations, il marqua
une véritable Renaissance de la gynécologie française, qui possédait de riches
trésors de science trop oubliés (c'est vous-même qui l'avez dit). Si j'ose la compa
raison, je dirai que votre Traité est apparu comine une sorte de Bible gynécologique
à laquelle se pourront joindre ou se substituer même plus tard de Nouveaux Testa
ments de progrès scientifiques. Dans les temps lointains on ne le lira peut-être plus,
ce Traité, parce que l'édifice de science aura toujours monté, mais il n'en restera
pas moins la base du monument cachée en partie sous le sol et impérissable; il aura
le sort glorieux de ces temples célèbres dont les assises demeurent, malgré les
multiples destructions séculaires, et dont les larges dalles où résonnèrent les pas
des hiérophantes sacrés revoient le soleil à cause de la ruine elle-même!
Ce n’est pas l'instant d'énumérer vos autres travaux; cette enceinte a retenti de
votre enseignement et cela suffit pour qu'on y respire une atmosphère de pure
science gynécologique. Mais il est une chose que je veux mettre en évidence pour
les enthousiastes qu’une fougue trop juvénile semblerait entraîner vers la séduction
prématurée et le mirage de nouveautés trop hardies, belles toujours comme la
nouvelle maîtresse, c’est que dans votre vie déjà longue et qui permet l’expérience
et la maturité d’un bon sens équilibré*, vous n’êtes cependant jamais resté en arrière
et avez suivi tout au moins le progrès quand vous ne l'avez pas vous-même indiqué.
N'ai-je point vu, il y a déjà de longues années, sur ces quelques mètres de sol où
s'est élevé ce magnifique amphithéâtre où nous nous tenons respectueux devant
vous, n'ai-je point vu des chirurgiens jeunes, en quête de renommée, d'ailleurs
justifiée, recevoir de vous l'hospitalité et avoir l'occasion de montrer sur des malades,
dont la chair et la vie étaient cependant l’enjeu, la supériorité de certaines méthodes
originales et ingénieuses que vous avez à votre tour préconisées? Quelques-uns /'ont
peut-être oublié; moi qui l'ai vu et qui me le rappelle, je le dis hautement pour la
justice qui seule m'intéresse.
Le progrès est la vie qui se renouvelle sans cesse, cl c'est lui lu Jeunesse; c’est
en marchant pas a pas avec lui que vous avez su rester jeune. Depuis près de
quatorze ans que je vous ai librement choisi comme Maître, je vous ai vu le prota
goniste de toutes les nouveautés dignes d attention; non satisfait d'avoir le plus
contribué a la restauration de la gynécologie française délaissée, vous avez essayé
et favorisé tout ce qui pouvait apporter une perfection à notre art; c’est chez vous
que j’ai vu pratiquer pour la première fois, sous forme de position déclive extem
poranée, le plan incliné, ce merveilleux adjuvant des opérations abdominales aujour-
AI! PHOFESSEIR S. POXXl
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d'hui universellement adopté (n’est-ce pas? mon cher Barnsby, que je vois d'ici
m'approuver, ce qui me réjouit .
Protagoniste toujours îles nouveautés chirurgicales, rien «le ce qui touche à
l'asepsie, sauvegarde des malades, ne vous demeure étranger, cher Maître, et au loin
tain voyageur ébloui qu'attira par delà les continents et les mers, votre renommée
universelle, vous apparaissez, dans votre salle de laparotomie, comme un nouveau
chevalier du Cygne, tout bardé de blanc, sorte de Lohengrin casqué dont la visière
couvre-bouche est baissée pour tamiser ce qu'aurait de trop impérieusement âpre
la parole stimulante lancée aux aides.
Auprès de vous, beaucoup d'entre nous auront appris qu'il ne faut pas se laisseï
hypnotiser par la seule technique opératoire; vous montiez tous les jours que
l'action chirurgicale s'étend plus loin, que les soins consécutifs donnés aux opérés
ont une extrême importance, et celte attention scrupuleuse et méticuleuse je l'ai
vue. chez vous, portée au plus liant degré.
Imbus de votre enseignement, nous avons surtout appris à ne jamais désespérer
de la vie. si faible qu’en fût encore la manifestation. Auprès de malades agonisants,
nous savons qu'il faut lutter jusqu'au suprême souffle. Pour ma part, ici, appelé
pendant la nuit par mes fonctions de chef de clinique, il m’est arrivé parfois
auprès île moribondes, m'inspirant de votre pensée, de tenter l'impossible et d'avoir
par une intervention de désespoir eu le bonheur de sauver quelques patientes,
et je puis affirmer qu'aucune joie au monde n'égale la grandeur de celte pure
satisfaction.
Et dans ce service de Pascal que vous avez créé de toutes pièces avec une suite
d'idée, «le persévérance et de prévoyance vraiment dignes d’éloges, vous avez
engendré une Ecole dont le rayonnement scientifique a pénétré la France et
l'étranger. Pour ma part, pour ma seule part, depuis le jour où j’ai été votre élève,
j'ai vu défiler ici plus de cinquante internes dont les noms et l'image sont présents
à ma mémoire qui se souvient, plus «l'une centaine d'externes et «les quantités
d'enrôlés volontaires s««us votre drapeau. Beaucoup «l'entre eux occupent en France
et dans les divers pays des places enviables; ils sont des maîtres aussi, issus du
grand Maître qui leur communiqua et sa science et son exemple. Vous êtes pour
eux, vous êtes pour nous le centre d’attraction et d’union de tous ces éléments
psychiques disparates, associés cependant «le votre esprit.
Je n«- saurais parler de tous les disciples qui participèrent de votre enseignement,
sans rappeler les noms de ceux «pii ne sont déjà plus et auxquels personne ne pense
plus déjà. Et puisque l’on vous commémore aujourd'hui par anticipation, je nom
merai deux «le vos élèves chers dont la mémoire brille doucement au fond du
sanctuaire «le mon cœur et «b* mon souvenir: Baudron et Charrier, que vous seriez
heureux, j’en suis sûr, d'avoir en ce jour à vos côtés.
Par votre livre répandu sur toute la terre, le mot n'est pas trop grandiloquent,
par vos travaux, par votre présence laborieuse aux diverses assemblées scientifiques,
par vos élèves nombreux poussés autour de vous comme une exubérante flore, il
n'est pas étonnant que votre service gynécologique «le Broca ail vu défiler, pour vous
voir «*t pour apprendre, les représentants de toutes les races «lu monde. Il semble
que tous ces étrangers n'aient pas oublié vos premiers travaux sur l'anthropologie
et sur l'ethnologie; en multitude ils sont venus «le tous les points du globe vous
apporter le tribut de leur hommage, goûter un stage gynécologique dans votre
service en même temps qu’un autre plus intime dans la Babylom? du siècle.
Vous avez été aussi un «les premiers à comprendre, et vous l’avez dit en sub
stance dans voire très beau discours présidentiel au Congrès «b* chirurgie «le 1904,
qu’il y a des forces intellectuelles latentes et sous tension, oserai-je «lire, «les forces
B
REMISE D'UNE MEDAILLE ET D'UN LIVRE D'OR
infécondes et malheureusement perdues, de grandes intelligences méconnues et
cependaut souveraines, et qu'il est juste, et qu’il est bon et qu’il est utile qu’elles
aient accès à la vie et à leur plein épanouissement. Vous avez compris ce principe
philosophique et éminemment social que la plupart ne comprennent pas ou feignent
de ne pas saisir, absorbés qu'ils sont par l’intérêt ou l’orgueil : le principe de l'amélioratiou de tous pur tons, accès au plus grand nombre des aptitudes véritables d’une
science trop jalousement gardée, alin que sur cette plus large base humaine savante
et pensante puissent précisément éclore et s'élever de plus géniales personna
lités. Et c’est ainsi que vous avez créé le Congrès français annuel de chirurgie où
s'est magnifiquement affirmé le splendide essor de la chirurgie française de ces
vingt dernières années, que vous avez été de ceux qui ont pensé à la réforme néces
saire de l’agrégation, concours caduc et psiltacique, oui, parfaitement, caduc et.
psiltacique, et que vous avez, dans la mesure du possible en nos temps d’obstruction,
fait place à ce qui n’était pas absolument subjugué et uépotique; il vous a suffi de
voir des hommes à l’œuvre. J’ose le dire, Pozzi sans tous ses litres serait toujours
Pozzi, et c’est le plus magnifique compliment que je puisse adresser à votre indivi
dualité intelligente et progressive.
Donc, par le livre, par renseignement, par le rayonnement de votre personna
lité, par l'accueil fraternel de l’idée libre, vous avez servi la science, celte science
que les poètes nomment « impassible », car elle est la vérité inflexible et sereine
dont nous heurtons le marbre sacré de nos fronts ivres d'espérances insensées, et
sur la nudité de laquelle nous portons la caresse violatrice de nos mains éperdues,
mais, science qui tarit les pleurs de l'humanité misérable et fait sourire les hommes
aux réalités tangibles et à l’espoir sans cesse agrandi d’une meilleure vie!
Messieurs, j'espère, faisant l'éloge de notre Maître, ne point lasser votre attention,
et si vous le voulez bien je vous demanderai quelques instants encore.
Cher Maître, vous souvenant de ce que vous deviez à votre origine latine, vous
avec servi la cause de la Beauté! Eh! oui! delà Beauté. Parti de la rustique demeure
familiale, écolier que rudoie l’instituteur, vous êtes venu de Bergerac dans ce
magnifique et inégalable Paris, où vous avez su vous adapter aux raffinements les
plus exquis de la civilisation parisienne. Mais vous avez apporté à Paris, qui nous
polit et nous précise, ce qu’il ne donne pas; je veux parler de ces mille riens indi
viduels «pii constituent l’âme du terroir, toute la flamme de jeunesse vivace, toute
l'intelligence primesautière et intuitive de la race latine qui porte dans ses moelles
le rayonnement chaleureux des antiques civilisations de lumière et de soleil!
Numismate distingué, amateur de beaux tableaux et de livres rares, collection
neur d’adorables statuettes de Tanagra et de Mvrrbina, poète à vos heures, voyageur
esthétique qui avez visité les vieilles ruines millénaires de la llellade sacrée avec ses
Parthénons et ses Propylées de marbre dorés par le soleil des siècles, vous qui
avec goûté 1 amitié des très grands et très purs poètes, Leconle Je Lisle et Hérédia,
qui avez fréquenté les grands artistes des lettres et des arts contemporains, le souci
constant de la Beauté vous a suivi jusque dans votre œuvre scientifique, et c'est
ainsi que vous avez par des opérations plastiques délicates, par la suture intra
dermique ramenée par vous d’Amérique en France où elle était née, par vos inci
sions laparotomiques brèves quand il était possible, par vos cicatrices intimes, servi
la cause de la Beauté vénérienne chez les blessées de l'amour et de la maternité!
Vous n avez jamais oublié la destination gynécologique de la femme, son rôle
d immortalité qui en lait une susciteuse «le désirs et une provocatrice de repro
duction.
Enfin; votre carrière, vos actes disent avec éloquence ce que vous avez fait pour
la cause humaine et sociale.
AV P HO VE SSE Vit S. POZZI
15
Malgré le tourbillon de votre vie brillante et, aristocratiquement intelligente,
vous avez su contempler les déchets de la mêlée humaine, voire regard s'est abaissé
sur les soulïre-douleurs de la vie, les cruciliés lamentables du travail forcent'* et de
la misère impermise, et vous avez voulu que le Peuple qui peine eût sa maison de
santé gynécologique; un véritable palais! L'on a critiqué ce décor!... Il me sourit
au contraire d’y voir pour les malades un milieu où repose leur espoir de guérison
prochaine, il me sourit au contraire «l'v voir la nature représentée, même Active,
dans ce monstrueux Paris de pierre, de plâtras, de palais et de bouges, et votre
service de Broca ne m’apparalt plus comme une prison pathologique, mais comme
un doux et chaud et moelleux gynécée où se préparent par vos mains et les nôtres la
possibilité de saines et fécondes œuvres génératrices, l'ne bonté eflicace a présidé
à l'amélioration «lu sort «les malades pauvres placés sous votre sauvegarde. Sous le
haut patronage, humainement bienfaisant, de M“‘‘ Pozzi et de M"”‘ Haphaël Georges
I/vy, un Comité secourable est organisé «pii alloue des subventions, qui assure b* loyer
des nécessiteuses, qui abrite les jeunes enfants séparés cruellement «b* leurs mères.
Dans celte œuvre de bienfaisance hospitalière vous avez su délicatement
détourner les admirations de votre personne, vous avez su clarilier les consciences
et les cœurs troublés pour les métamorphoser et les canaliser en dévouement intel
ligent, désintéressé et délicieusement féminin. Vous avez été le génie «lu lleuve qui
suscite le zèle «les Naïades à verser le Ilot pur «lu cœur qui commisère!
Donc, au milieu du labeur «lu monde et dans le hallali de la course à la vie, vous
avez su comprendre b* devoir humain.
Aussi, je croirais manquer à ma tâche si je n'associais dans cet hommage ceux
que je ne saurais oublier auprès d«' vous aujourd'hui : les humbles, le personnel et
les malades; car la foule des malades qui depuis plus «le trente ans a servi d'immense
champ d’études et «|ui a donné son ventre avec son cœur confiant, a conlribm* autant
que les plus grands savants au progrès de la science, oui, certainement; il est vrai
que vous l'avez largement récompensé, et de toutes vos forces, par la guérison et le
soulagement «le ses souffrances.
Dans l’écroulement des dernières idoles et des croyances dogmatiques, après
avoir monté «le pensée en pensée, il ne nous reste plus que la foi à la justice
attendue, à la bonté et à la pitié humaines dont vous avez si noblement parlé, pitié
«pii plane au-dessus de l'intelligence elle-même, et cela nous suflit pour que nous
sachions précisément estimer davantage, et davantage encore respecter, en face de
l'inéluctable néant de la mort, la valeur «le la fragile, éphémère et palpitante vie
symbolisée par Chaplain sur l'avers de celte médaille! C'est pourquoi nous «levons,
selon votre exemple, être les vigilants gardiens du droit à la santé et du droit à la
vie des existences conliées à nos soins.
Certes! certes! il y a eu quelques victimes expiatoires «le nos essais; le char du
Progrès passe; il écrase parfois les plus proches de sa roue et «pii pouvaient espérer
y monter et en bénéficier. Pensons à ces douces victimes collaboratrices, qu’elles
soient pour nous des ombres familières et jamais oubliées de nos cerveaux songeurs,
qu’elles nous conseillent «le leur seul souvenir et demeurent, dans notre action,
les génies tutélaires d'autres patientes «pii, «‘lies, plus heureuses, guériront!
Voilà donc, pour l'homine que vous êtes, et «pii a servi la Science, qui a suivi les
préceptes qu’édicte l'immortelle Beauté, «pii a compati à la douloureuse famille
humaine, voilà donc une médaille commémorative justitlée!
Messieurs, quelques umts encore et je termine. Voulez-vous me permettre «le me
demander avec vous quel sera le sort mnémotechnique «le ce peu de métal ouvrag»?
si artistiquement par Chaplain?
Lorstpie les civilisations, poursuivant leur courbe connut' une écharpe «pii doit
46
REMISE D'C.XE MÉDAILLE ET D'UN LIVRE D'OR
ceinturer le globe, Paris ne sera plus qu’un décor de ruine et de rêve au liord du
lleuve mélancolique, je vois des érudits trouvant celle médaille près de I Arc de
Triomphe écroulé, près de ce qui fut la voie d'Iéna, ou encore ici à Hroca désert, où
le chercheur sera certainement attiré d’instinct par celte terre vénérienne! l ue
Société d'archéologie de ces époques futures la mettra en bonne place dans ses
vitrines, à côté des collections numismaliques de Home, de Sicile et d’Athènes : des
savants irritables et jaloux disputeront pour savoir quel est ce sphénopogone au tin
visage ; mais je suis sûr qu’ils s’accorderont tous, n’esl-ce pas, pour reconnaître
qu’il ne s'agit pas d'une de ces têtes de Césars bâtisseurs d'amphithéâtres de pierre
où clamaient des peuples de joie et où giclait le sang des gladiateurs musclés, mais
bien d une sorte de prince chiiurgical doux et compatissant, qui eut pitié de la
matrice «le son siècle et qui la soulagea!
Cher Maître, cette médaille qui va affronter pour vous le temps immémorial,
vous est offerte par «les hommes illustres, par «les savants «d des artistes, par vos
élèves, par votre personnel d’tn'ipilal, par l’admiration unanime.
Discours de M. MONPROFIT
i'ihokssecr a
i.’fcoLE i»8 médecine d’angehs.
PRÉSIDENT DC XIXe CONGRÈS FRANÇAIS DE CimiVRCIF..
Mon cher Maître,
On a loué, couw il convenait, votre enseignement et vos travaux. Je n’ai pas
l'intention d’insister sur le même sujet ; j'ai cependant été témoin «le vos premières
luttes dans ces pauvres baraquements «le Loureine remplacés aujourd'hui par ce bel
amphithéâtre, lorsque notre vieux maître Callard, dont j’étais l'externe, vous
envoyait quelques-unes «le ses malades à opérer.
C’était bien alors Callard qui représentait en France la gynécologie tradition
nelle, et lorsqu'il avait recours à votre bistouri pour guérir ses malades. c'était
vraiment la gynécologie médicale «pii abdiquait devant le pouvoir nouveau de la
gynécologie c hirurgica le.
Alors commençait ce grand mouvement «pii devait peu à peu faire pénétrer le
chirurgie dans la palhologm «le l'abdomen, «d ranger sous ses lois une foule «le
maladies jusque. là considérées comme exclusivement médicales.
A ce mouvement «pii désormais ne s'arrêtera [«lus. vous avez, participé «lès la
début, «d il est juste de vous en louer hautement!
Vous avez é|«« aussi l’un «le ceux «pii se soûl opposés avec une grand*» sagacit*» et
un véritable sens chirurgical à celte tendance regrettable et excessive qui, il y a
quelques années, eût fait s’enliser la chirurgie gynécologique tout entière dans la
voie vaginale!
Aujourd hui la réaction s'esl produite, telle que nous la prévoyions, «d la voie
abdominale donne les merveilleux résultats «pie nous pouvons chaque jour cons
tater, aussi bien pour les tumeurs «pie pour les inflammations.
' oila pourquoi les chirurgiens «l’aujourd'hui «d «le demain peuvent vous remercier!
l’ermetlez-moi «le «lire aussi, au nom «les chirurgiens français, combien nous vous
sommes reconnaissants pour les efforts si soutenus que vous avez consacrés, au
développement «lu Congrès français «b» chirurgie depuis sa fondation jusqu'à présent,
IT
comme secrétaire général pendant de longues années, puis comme Président
en 190 k
Personne plus que vous n'a contribué à amener noire Congrès au succès qu'il
a jusqu'ici obtenu; vous êtes arrivé à ce résultat par votre activité inlassable, et par
toutes ces admirables qualités qui font que le succès suit partout vos pas.
Vous avez, ainsi rendu à la science, à la chirurgie française, à votre pays, un
service signalé qui s'ajoute à tous les autres!
Je tenais à vous en remercier ici puisque votre bienveillance personnelle m'a
mis en situation de prononcer aujourd'hui les paroles que je viens de dire.
Discours de M LE DOUBLE
professeur a i.école de muocixe ok tours.
Messieurs,
Dans cette fête familiale à laquelle ont tenu à assister tous ceux qui dans le
monde des sciences, des lettres, des arts, de la politique et de la médecine ont
conquis les premières places, qu'il me soit permis à mou tour de dire au professeur
S. l’ozzi que c'est pour moi une joie personnelle de m’associer à l'ovation publique
«■I toute spontanée qui lui est faite et de lui exprimer, au nom de ses anciens col
lègues et camarades d'internat des hôpitaux de Paris, nos félicitations les plus cor
diales.
\h! ce jour, comme il était impatiemment altendp et combien les sentiments
d'alTection et de gratitude qui viennent d'être énoncés sont justifiés !
Mon cher ami, je vous connais depuis plus de trente ans, nous avons travaillé
côte à côte dans le laboratoire Itroca; les événements nous ont depuis longtemps
séparés, mais nous ne nous sommes jamais perdus de vue. Nous n'avons jamais, de
loin comine de près, cessé un instant d'être en communauté intellectuelle. Je puis
donc, déclarer en toute connaissance de cause et bien haut — dût la vérité blesser
votre modestie parfaite — que votre œuvre est admirable.
Admirable, en quoi? En ce qu'elle est à la fois scientifique, chirurgicale et
humanitaire.
Scientifique? Eaut-il rappeler votre traduction du Traité des expressions des
émotions de rhomme cl des animaux, de Darwin, vos articles Crâne, cerveau et
radiaux «lu Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, vos communica
tions à la Société d’anthropologie «le Paris sur le Lobe impur du poumon et le
Deronœus quinli digiti, le mémoire «le Myologie comparée que vous avez lu. en
lK"i, à Lille, au Congrès «le l'Association française pour l’avancement des sciences,
vos recherches si nombreuses, si patientes et si minutieuses sur la Membrane hymen
où déjà sous l’anatomiste et l'anthropologiste perçait le gynécologiste?... Je m'arrête,
énumérer tous vos travaux d'anatomie et d'anthropologie serait trop long. Que ne
vous eût pas dû la science de l'homme si vous l'eussiez, voulu!
l’n «le mes compatriotes, qui est en même temps un de nos plus illustres
confrères, maître François Kabelais, a écrit que «< le premier debvoir «les gens doctes
est «b* penser au peuple ». Tel a été aussi, sans doute, nu jour votre avis; l'anthro
pologie y a beaucoup perdu, mais la chirurgie y a gagné un maître et la niasse «lu
peuple un bienfaiteur.
En gynécologie, vous avez créé des procédés opératoires et inventé des ins,ru-
»
18
REMISE D'UNE MÛD'AIELB ET D'UN LIVRE D'OR
monts ingénieux qui laisseront une trace durable dans l'histoire du progrès; vous
avezsu, dans des cours magistraux, attirer la jeunesse qui vous vénère et qui vous
suit.
Mais, de tous vos mérites, le plus grand assurément, c'est, tout en remédiant
aux souffrances physiques de l'humanité, d’avoir aussi entrepris de les alléger mora
lement.
Que le moral inllue sur le physique, c'est un axiome qu’on se contente de répéter
platoniquement en France. A l'étranger. en Angleterre surtout, il en va autrement.
On ne veut pas que l’hôpital, déjà assez triste par destination, y ait l’aspect d’une
prison: on le place au milieu de jardins ombreux et riants; on orne ses salles de
plantes et de tableaux pour distraire l'esprit des malades alités; on y adjoint une
bibliothèque où les malades en voie de guérison trouvent à occuper les heures si
longues de la convalescence.
tîràce à vous, il en est ainsi à l’annexe Pascal de l'hôpital Broca, sans qu'on y ait
jamais et en quoi que ce soit sacrifié l'utile à l'agréable. Les déshéritées de la santé
et de la fortune y trouvent un asile où les conditions matérielles et morales ont été
l'objet d’un égal souci. L'asepsie y règne en souveraine maîtresse ; 1rs fresques et
les décors esthétiques des plafonds et des murailles s’y prêtent au lavage le plus
complet, comine les mosaïques du dallage soigneusement poncé.
Tel donne A pleines mains qui n’oblige personne.
La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
A nul mieux qu’à vous, mon cher ami, ne sont applicables ces deux vers du
grand Corneille.
Il ne vous a pas suffi de créer à l’hôpital Broca un service de clinique gynécolo
gique modèle, où l’air, sans cesse renouvelé, demeure constamment pur, où la
lumière pénètre à Ilots, où avec la propreté la plus méticuleuse règne le confort, et
duquel on sort amélioré physiquement et intellectuellement, plus délicates et plus
élevées encore ont été vos aspirations. Vous avez cherché et réussi à préserver de la
misère qui suit la maladie vos hospitalisées. Sous votre direction un Comité de
dames s'est constitué qui les visite. leur prodigue ces paroles d’encouragement qui
réconfortent et vivifient, remplace leurs vêlements usés, veille sur leurs enfants,
pave leurs termes de loyer en retard, leur procure du travail quand elles sont
rétablies, les rapatrie même, s’il est nécessaire. Fondé en 1894, ce Comité a déjà
distribué plus de 50 J NM > francs de secours et possède, à l’heure présente, un pré
cieux fonds de réserve qui lui permet d’envisager sans crainte l’avenir. I n Comité
de patronage analogue a été, sur un vœu émis par M. Strauss, sénateur de la Seine,
ancien conseiller municipal de Paris, institué pour chacun des établissements hospi
taliers de la Ville-Lumière. C’est à vous, mon cher ami, que revient, en dehors de
toute intervention officielle, l'honneur de ce progrès humanitaire.
Vous avez fait le bien parce que c'était votre devoir et sans en attendre aucun
avantage, vous n avez pas cherché* de récompense; nu milieu du conllit d’intérêts
opposes qu’est la vie moderne, vous avez laissé à la justice immanente b* soin de
faire découler les conséquences de vos actes, ou plutôt vous n'y avez même pas
songe! Elle I a fait d une façon lente, mais éclatante : la solennité d'aujourd’hui en
est, mou cher ami, une preuve irrécusable.
19
Discours de M. DELANGRE de Tournai).
Cher Maître.
En «•«•! admirable service de chirurgie de l'hôpital Brocn, vous avez toujours
réservé le meilleur accueil à vos anciens élèves de Belgique. Aussi, l'hommage qui
vous est aujourd'hui rendu par l’élite de la médecine française, en souvenir de vingt
années d'enseignement^ ne pouvait-il nous laisser indifférents. Aussi, avons-nous
tenu à remplir un devoir de reconnaissance bien douce et bien sincère en nous
associant à celte manifestation, qui nous apparaît comme la vivante glorification
d'une existence vouée tout entière au travail et à la science.
Est-il besoin, cher Maître, de remonter dans nos souvenirs à peine estompés par
le temps, pour vous rappeler les liens qui nous attachent inébranlablement à cet
important service clinique «le Itroca, maintenant transformé, grâce à votre puis
sante initiative, en un véritable foyer collectif où l'élégance égale l'esthétisme et
dont les murs parés «le fres«|ues évocatrices et de fleurs suggestives réalisent une
atmosphère de vie harmonieuse, si propice à la vilalisation «les organismes
débilités ?
Sans «toute, dans ce même hôpital de l.ourcine, s'illustrèrent, jadis, les lluguier,
les Iternulz, les Goupil, les Guérin, les Martineau, mais voici qu'il y a vingt-cinq ans
surgit l'antisepsie triomphante et que la Gynécologie, qui était resté»» longtemps
dans les langes, marche rayonnante vers l'avenir. C'est à cette transformation si
fertile que vous avez largement contribué. Sous votre impulsion, en effet, la Gvnécologie français»' devient limpide et féconde : bientôt, votre activité» scientifique
engendre ce magistral Traité qui prend «lèsson apparition un caractère international
et «ni se manifeste à i liaque page voir»» esprit novateur.
A cette époque, c'est-à-dire vers 1890, on ne relève pas encore, dans la capitale
«le notre mère-patrie, le moindr»* enseignement gynécologique ofltciel. Nombreux
sont les jeunes médecins belges qui viennent s'initier dans votre service à la
pratique d«» cette brandi»» spéciale. Nous étions alors à celle mémorable période
d'engouement provoquée par les premiers succès de l'hystére» («unie vaginale dans
les grandes suppurations pelviennes. Certes, nous n'avons pas négligé d'aller
visiter dans leur service le créateur puis les initiateurs de la castration totale avec
morcellement par le vagin; je liens à citer le regretté Péan, cette grande ligure chi
rurgicale dont j’évoque respectueusement le souvenir, MM. Hiehelot et Segoml, que je
suis heureux «b» saluer; mais c'était à l'hôpital Itroca où vous aviez déjà institut'» un
enseignement méthodique qu'allaient nos préférences quotidiennes pendant notre
séjour à Paris. C’est ainsi «pie vous lûtes pour quelques-uns d’entre nous un vrai
Maître. A l'heure présente, ce terme a perdu «l«» son ancienne précision : la multi
plicité» «les sources «l'étude, la niasse des journaux «jui sont comme le synlhé»ti«;u<*
reflet des cliniques partout établies, les voyages qui nous initient à la pratique «les
chirurgiens étrangers font de chacun «le nous le produit «1«» nombreuses contin
gences qui voilent notre descendant-»' direct»». Néanmoins, mon vénéré» Maître, votre
influence sur nous fut prépomlérante. Vous avez su retenir autour ,le vous ces
•■lèves qui vous ont voué» une profond»» affection, vous avez su fonder un»» École, et
ce, bien avant que la ville «le Paris, d’accord avec la Facull»» de médecine, ail con
sacrée votre rôle de précurseur par la «réation de cette chaire qu«» vous occupez
ave»- tant «l'éclat.
C'est au nom «le ces élèves étrangers que je viens vous donner un témoignage «le
20
REMISE D'UNE MÉDAILLE ET D'UN LIVRE D’OIi
gratitude. Ma parole, si modeste qu'elle soit, je suis persuadé qu’elle trouvera un
écho sincère dans le cœur de mes confrères belges quand ils apprendront le témoi
gnage de liante estime scientifique qu’ont tenu à vous donner vos collègues, tous
ces maîtres universellement estimés, quand ils connaît! uni la sympathie et I admi
ration qu'ont voulu nous affirmer vos amis, quand ils sauront les marques de vive
reconnaissance que, par un juste retour des choses, sont venus vous apporter les
praticiens qui, jadis assidus à vos cliniques et aujourd hui fixés dans leurs pro
vinces, s’inspirèrent de votre lumineux enseignement comme de votre expérience
clinique et opératoire consommée.
En cet instant mémorable, où vos élèves, vos collègues et vos amis vous font
hommage de ce souvenir durable, dont le bronze perpétuera vos traits, permettezmoi de vous dire, cher Maître, que nous ne sommes pas près d’oublier votre exemple
ni la leçon d'énergie que comporte toute l’évolution de votre brillante carrière.
Celle vie, si bien remplie, puissiez-vous la continuer en de longs et heureux jours:
c'est là notre vœu le plus ardent.
Réponse du Professeur S. POZZI.
Mon cher Doyen, mes chers collègues, mes chers amis, je ne vous ferai pas un
grand discours!
Même, je serai bref dans l’expression île ma gratitude pour les bienveillants
orateurs que vous venez d’entendre ; je ne voudrais pas que celle fêle intime
rappelât en quoi que ce soit ces cérémonies académiques que le Président de
Mesme, au xvni® siècle, comparait aux messes solennelles où le célébrant et
l’assistance sont encensés à tour île rôle. Pourtant, j’ai bâte de vous dire combien
j’ai le cœur plein d’émotion et de reconnaissance envers ceux qui sont venus
ici me témoigner leur sympathie, en si grand nombre et d'une façon si touchante.
Tout d’abord, je vous invite à saluer avec moi le Dr Georges Clemenceau, lauréat
delà Faculté de médecine de Paris en 1865 pour sa remarquable thèse faite dans le
laboratoire de l’illustre Charles Robin, intitulée : Ile la génération des éléments
anatomiques. En venant ici malgré- les grands devoirs qui le retiennent ailleurs, le
I)1' Clemenceau, ministre de l’Intérieur, n’a pas voulu seulement me donner une preuve
d'une amitié dont je suis lier; il a voulu surtout honorer la famille médicale à laquelle
il lient toujours à appartenir. Je le remercie donc et pour moi et puni- vous.
Il est vrai, faute de place on n a pu admettre les dames à cette cérémonie, en
sorte que notre assemblée manque de femmes, comme notre spirituel Doyen me
l’a reproché doucement. Je lui demande pardon de la déception que je lui ai
involontairement procurée. Du reste, j'aurais peut-être été moins rigoureux et,
sans doute, le courage m'eùt manqué pour cette exclusion absolue, si j’avais eu à
y comprendre une gracieuse Doyenne... Mais un persistant et austère célibat m’a
libéré d’une cruelle perplexité.
El maintenant, je te remercie chaudement, mon cher Doyen, de m’avoir fait
l'honneur d'accepter la présidence de cette réunion. Il y a plus de trente ans que
se sont tonnés entre nous les liens d une camaraderie amicale, à celle conférence de
la rue Sainl-Maur, où, sous la direction île notre maître Terrier, nous mms prépa
rions ensemble aux futurs concours avec Berger, Terrillon, Monod, Alfred Mar
chand. Depuis, ma barbe une barbe très noire, dont j'étais très lier) a fortement
21
grisonné; je ne le cacherai pas, non plus, que ta chevelure, jadis opulente, est
devenue un peu moins abondante; mais notre andtié-, comme un vin généreux, n’a
fait que gagner en vieillissant, et je suis particulièrement heureux que ce soit
toi qui. en qualité de Doyen, préside à celte fête de notre commune famille
médicale.
.le regrette amèrement l’absence involontaire de mon cher collègue Pinard. I)u
moins a-t-il voulu que sa voix amie se fit entendre autant que possible par la lettre
qu’on vous a lue. Certes, sa place était bien ici, au premier rang à côté de moi. Si
j’avais pu, par un miracle analogue à celui qui a rajeuni le docteur Faust, redevenir
{pour un instant un tout petit enfant, l’éminent professeur «l’obstétrique m’aurait,
sur ma demande expresse, présenté à cel(e assemblée dans ses bras! Eu eflet,
Pinard est bien mon véritable parrain à la Faculté; c’est son appui qui a décidé de
ma nomination «le professeur. J’ajoute que cette protection m’a été d’autant plus
précieuse «ju’elle était due, non point à son ctrur qui aurait pu être partagé dans
cette circonstance, mais uniquement à son jugement raisonné, à son appréciation
réfléchie. Je suis lier de ce patronage, car c’est celui d’un des hommes dont la
grande intelligence, le puissant labeur et la conscience élevée m’inspirent le plus
d’admiration : c’est aussi l’un de ceux dont l’amitié; tiilèle m’est le plus chère.
Merci, mon cher Benaul. d’être venu de Lyon pour celte journée. Ta présence
m’apporte comme un souille printanier «le jeunesse. Nous faisions partie
ensemble, en 1S73, «le celle Grande salle de darde de la Charité; où figurait égale
ment notre ami Albert Bohin, ici présent. Comme on y travaillait, dans cette salle
de garde épique, où nous nous étions tous d’avance décerné le litre de Professeur,
et aussi comme on s’y amusait ! On y discutait science et littérature, on y donnait
des iliuers et des soirées, on y faisait «le la musique, même «les vers, toi surtout, qui
ressemblais déjà comme un frère à c«; Sylvain «le Saulnay dont un récent volume fait
le régal des lettrés *. Tu préludais alors par la publication de mémoires rédigés dans
le laboratoire de Banvier, à ces beaux travaux qui ont illustré; ton nom en histologie
et en anatomie générale; cependant qu’Alberl Bohin, égaré- en qualité de premier
interne dans h- service chirurgical «le Gosselin où je faisais une année de médaille
«l’or, commençait la série «le ses remarquables recherches «le chimie biologique
«pii l’on conduit si haut comme savant et comme praticien.
Maintenant je nu- fais gloire «l’avoir été- votre camarade, et votre all’ection «pii
m’a charnu- pendant ma jeunesse m’enorgueillit dans mon Age mûr.
Mon cher Jayle, que vous dirai-je qui ne soit au-dessous de mes sentiments?
Depuis «|ue j’ai eu le bonheur «l«- vous avoir pour interne — il y a treize ans —
vous vous êtes attaché- à moi par «les liens si étroits qu’il me semble parfois «pie
ceux du sang ne seraient pas plus forts; oui, j’aime à voir en vous mieux qu’un
disciple, un lils scientilique, pénétré- de mon enseignement et «b- mes principes;
comme un père se console «le vieillir quand son enfant grandit, j’aurai «h- la joie à
vous voir croître de plus «-n plus à mesure «pu* je me courberai vers la tombe.
Vous avez été, mon cher Jayle, le promoteur «le cette fêle; c’est à voire activitéinfatigable, avec l’aide empressée «le mon cher éditeur M. Pierre Masson, qu’est due
aussi la publication «lu Livre d’Or. dont l’hommage est comme une vert»- couronne
«pie mes collègues et mes élèves posent sur ma tête, à la manière antique, en cette
1. Ombres colorées, par Sylvain de Sautons pseudonynu- du professeur J. Itenant,
un volume de vers, chez. Lemerre, éditeur, Paris, 1906.
22
sorte d'Olympiade scientifique; c'eut vous qui en avez cueilli et tressé les rameaux
d’une main pieuse et diligente. En vous en remerciant, j'exprime aussi ma pro
fonde gratitude à tous les auteurs des mémoires qui composent ce superbe volume,
éminents collègues français ou «le langue française, élèves distingués dont plusieurs
sont déjà devenus «les maîtres. Je le conserverai comme un souvenir «l'une inappré
ciable valeur.
Mon cher Albert Martin, je suis louché «les éloges «pie vous avez, adressés à
renseignement de votre ancien chef. Vous avez él«* parmi les plus dévoués et parmi
les meilleurs «le mes internes. Je suis heureux «l’avoir forint' un «hirurgien tel «pie
vous; j'applaudis au légitime et rapide succès qui a été votre juste récompense et
«pii a déjà porté si haut votre jeune réputation.
Et vous, mon excellent chef «le clinique actuel, mon cher Dartigues, je vous «lis
un grand merci pour votre vibrante allocution, toute chaude du soleil «le notre cher
Midi! Vous savez, combien j'apprécie l’adresse de votre main «pii m'assiste journel
lement, et combien j’aime aussi votre cœur si loyal; j'aime enfin votre vivacité
gasconne, même en ces rares occasions où elle entre en collision avec la mienne.
Bans les Aventures merveilleuses de IInon de Ilordeaux. pair de France, et de la
//«•//e A’.sc/armo/n/e, le héros s'écrie sans cesse : « Vous savez, moi je suis «le Bor
deaux! » Vous êtes de Toulouse, «-lier ami, et moi je suis de Bergerac; c’est pour
cela que je peste si fort parfois, quand, d’un effort immodéré, vous cassez, un fil à
ligature, et c'est aussi pour cela que vous ne m'en voulez jamais de mes impa
tiences magistrales.
Le |K Monprofit, le très distingué et très sympathique Président «lu prochain
Congrès de chirurgie, n'a pas hésit»' à quitter Angers, son hôpital, son enseigne
ment et sa clientèle pour m’apporter le témoignage «le son amitié.
Je vous exprime toute ma gratitude, mon cher Président; vous avez voulu par
votre présence rappeler la part, peut-être décisive, que j’ai prise à la fondation des
Congrès français de chirurgie. Certes, je suis particulièrement fier de cette «ouvre
qui a si fort contribué aux progrès, à la décentralisation et. si l’on peut ainsi «lire,
à la démocratisation de la Chirurgie française. C’est au moment où je commençais
mon enseignement dans cet hôpital, il y a vingt ans, en 18h5. que je suis parvenu,
non sans peine, à secouer les indifférences, à faire taire les préjugés, et, avec l'aide
«le mes maîtres, à ouvrir la première session «lu Congrès. Il m'est très agréable que
l’Association française «le rhirurgh' soit représentée ici par vous, mon cher collègue
et ami, qui avez, su conquérir une place éminente à la tète «b* la vaillante phalange
des chirurgiens de province si «lignes «le provoquer l'émulation de leurs collègues
parisiens.
En retrouvant groupés autour «b* moi, aujourd'hui, tant d’anciens élèv«*s, je ne
puis m’em pécher de faire un retour v«*rs b* passé qu'ils font revivre dans mon sou
venir. Pardonnez-moi «!•• m’y arrêter quelques instants.
Je me reporte aux jours lointains «le mon arrivée à Lourcine, le premier hôpital
où j'entrais comme titulaire, en 1883. (J'y eus pour interne Courtade, auquel
je parvins à faire adjoindre bientôt après un provisoire, Tlmuvenet.)
Le rôle du «•hirurgien de Lourcine s«* réduisait alors à soigner les vénériennes «le
deux salles situées dans le vieux couvent «lésafTecti* des Cordelières, qui constitue
encore le principal édifice. Les médecins, mes collègues, faisaient passer plus spé
cialement dans ces deux salles Erascator et Van Swieten les végétations, les udé-
23
nites et les abcès de la glande de Bartholiu; lel était le seul matériel g\ nècolmjique
dont je pus longtemps disposer.
Il ne suffisait pas à mou activité.
I.'année précédente, j'avais fait un voyage scientifique en Allemagne, et j'en
étais revenu désireux d'instituer en France un enseignement gynécologique qui y
faisait presque entièrement défaut. 4'ommenl y parvenir dans mon service de l.ourcineîJe m'avisai alors d'un expédient qui me permit «b* recevoir et de traiter
d’autres maladies que des blennorragies ou des syphilis, seules admises dans cet
hôpital qui leur était spécialement consacré.
Hans les jardins, à la place même où s’élèvent cet amphithéâtre et les construc
tions neuves de mon service, existaient trois baraques en bois, sommairement
construites eu planches mal jointes et en poutrelles grossières, formant un abri pro
visoire plutôt qu'un édifice. C'était ^Hôpital temporaire construit eu 1882 pour
remédier à l'encombrement causé par une épidémie typhoïde, l’n médecin du
Bureau central y soignait des maladies chroniques et y faisait um* rapide visite,
deux fois par semaine. J'obtins de l'Assistance publique que «-es trois baraques
fussent réparties entre les deux médecins et le chirurgien de Lourcine. Celle dont
je pris possession comprenait une vingtaine de lits; j'y installai le premier service
spécial de gynécologie qui ait été fondé & Paris. Bientôt y affluèrent b-s gros ventres,
volumineux lihromes, énormes kystes de l'ovaire. — A cette époque reculée, ils
avaient encore le temps de grandir, car on ne les opérait guère que dans trois ser
vices, celui de Péan. à Saint-Louis, celui de Terrier, à Itichat, et celui de Polaillon,
à la Pitié. Depuis, ils disparaissent peu à peu, comme disparaissent les baleines dans
l’Océan, ou, au centre «b* l’Afrique, les gigantesques éléphants et les hippopotames
démesurés traqués par de trop nombreux chasseurs.
Hans mon nouveau service accoururent aussi les mélriles, les déviations utérines
et enlin les suppurations des annexes, pour lesquelles Lawson Tait venait, depuis
peu, d'oser pratiquer l'extirpation du pyosalpinx par la laparotomie, audace exces
sive qui trouvait peu d'imitateurs. Il ne faut pas oublier que l'hystérectomie pour
fibromes utérins, qui nous parait une opération si simple aujourd'hui, était alors
considérée comme formidable et que sa légitimité même venait à jieine d’être
établie; le sujet de thèse qui m'avait été donné en 1875à l'agrégation : Ile la \aleur
de T hystérotomie dans le traitement des tumeurs libreuses de l'utérus, en était la
preuve.
Donc, en 1883 j'avais une salle de gynécologie pleine «le malades, mais je
n'avais pas encore de salle d'opération, pas d'instruments, à l'exception de ceux
que nécessite une ouverture d'abcès, et «le quelques spéculums.
Je m'emparai d'uno chambre dépendant de l’offlee; j’y lis percer et vitrer une
large baie; j'obtins qu'on y amenât l’eau et qu'on y plaçât un robinet et un évier;
je fournis moi-même les tables d'opération (pour les laparotomies j'employai
longtemps la table de .Martin) et j'achetai les instruments. Beaucoup, du reste,
constituant «les modèles inconnus en France, avaient été rapportés par moi de mes
voyages «>t ont servi de typ«*s à nos fabricants qui les ont, je ne dirai pas imités,
mais plutôt perfectionnés. Je commençai courageusement à faire «h* la petite et
de la grande gynécologie avec cette installation rudimentaire; puis bientôt après,
••n 1885, j'ouvris un «‘ours de gynécologie «lans l’après-midi, dans un«* salle «d>s« ure
et humide des vieux bâtiments «b* Lourcine.
Mon enseignement n'a pas cessé «lepuis lors, et c'est ce jubilé «le vingt ans «pie
commémore d'une façon si précieuse pour moi le Livre /l'Or que mes collègues et
mes élèves ont eu l’heureuse idée de joindre à la médaille.
Le recrutement «le nms malades ne pouvait encore se faire «pie grâce à la
24
REMISE D'UNE MÉDAILLE ET D'UN LIVRE D'OR
consultation de Lourcine, encombrée de vénériennes appartenant aux plus basses
classes et aux professions les moins avouables. Résolument, je me mis en campagne
auprès de l'Administration de l’Assistance publique et du Conseil municipal pour
faire créer les deux organes indispensables qui me manquaient, salle d’operation
et de cours, salle de consultations. Je ne vous dirai pas au prix de combien de
démarches et d’elîorls j’y parvins; mes anciens internes de celte époque, Engelbacli, Wurtz, Martba, Mulot, de Tornery, Guinon, ont dû en garder le souvenir;
je déplore la mort de l'un d’entre eux, Pfeiider.
En 1887, mon service fut enfin pourvu de ce complément nécessaire, mais on
pourra se faire une idée de l’économie qui avait présidé à son installation d’après
le chiffre des dépenses totales: il ne dépassait pas 14.000 francs. J'obtins même par
dessus le marché deux chambres d'isolement pour les opérées. Mon interne Des
préaux et mon interne provisoire I.amotte furent les témoins île cette nouvelle
étape.
En 1888, l'Assistance publique m’accorda un second interne outre l'interne pro
visoire que j’avais pu me faire concéder dès le début. Mes deux internes furent celte
année-là Bourges et Civel; mon provisoire fut Aubert. Ce n'est que longtemps
après (en 1893) que j’obtins la titularisation de mou troisième interne.
Mon service était donc constitué, pourvu de tous ses organes essentiels. Dès
lors, dans mes publications et dans celles de mes élèves, je pris soin de faire suivre
le nom de Lourcine de celui de Pascal (emprunté à la rue voisine . L'hôpital
Lourcine-Pascal acquit ainsi une existence scientifique, sinon administrative; les
malades qui n’osaient pas dire qu’elles entraient ou sortaient de Lourcine, vu
la mauvaise réputation, ne tirent aucune difficulté d'avouer qu'elles étaient soignées
à Lourcine-Pascal,
Pendant l'année 1888, je fus autorisé par le doyen, M. Brouardel, à professer
pndant un semestre dans le petit amphithéâtre de la Faculté un cours complémen
taire de gynécologie. Le succès qu'il obtint me décida à ne pas retarder davan
tage la rédaction d'un Traité île gynécologie dont je réunissais depuis longtemps
les matériaux. Je consacrai deux années entières à l'écrire dans la retraite la plus
absolue. Il parut en Septembre 1890 et l'édition était épuisée un an après.
En entreprenant ce labeur considérable, je m’étais proposé un double but :
d'abord rendre service aux étudiants et aux médecins qui n'avaient à leur dispo
sition, pour apprendre la gynécologie, que des livres insuffisants et vieillis; en
second lieu, démontrer l'importance de celte branche de l'art médical, encore
méconnue et morcelée entre médecins, chirurgiens et accoucheurs, au grand
détriment de ses progrès. L'étude de ce qui se passait à l'étranger m'avait démontré
la nécessité de réunir en un seul corps ces membres épars, et je m’étais promis
d aider de toutes mes forces à la renaissance de cette science, française par ses
origines, émigrée momentanément au delà de nos frontières.
A la vérité, mon projet se heurtait à une défiance presque générale pour les
spécialités. Ce mol seul suffisait comme argument décisif et condamnation
péremptoire. A grand peine a-t-on obtenu, vers cette époque, de la Faculté
la création de trois chaires spéciales, et elles n’ont eu gain de cause, après une
vive opposition, que grâce a la haute situation de leurs titulaires désignés :
MM. Charcot, Panas et Cuyon.
Grande avait donc etc mon audace lorsque l'année précédente, en 1887, au
retour de mon troisième voyage scientifique en Allemagne, et déjà lier de ma
modeste installation gynécologique de Lourcine-Pascal, j'avais demandé à notre
excellent doyen le professeur Béclard, de soumettre à la Faculté la proposition de
transformer le cours libre que je taisais dans mon amphithéâtre en cours clinique
annexe ou complémentaire, mm payé mais dépendant de la Faculté. Sur l'indica
tion bienveillante de M. Béclard,je rédigeai sur ce projet un petit mémoire qui lut
soumis au Conseil de la Faculté; M. Le Fort en lut nommé rapporteur. J'étais
agrégé depuis plusieurs années; je venais de publier dans la Gazelle médicale des
articles très étudiés sur mes missions scientifiques à l’étranger; mon service et
mes leçons étaient fort suivis, j’étais donc plein d'espoir, — car j'étais un jeune
agrégé présomptueux ; on me le lit bien voir!
Je n'oublierai jamais la visite que je lis au professeur Léon Le Fort pour plaider
timidement devant lui la cause qui était soumise à sou jugement. Bien que je lui
fusse recommandé par mes maîtres Broca et Verneuil, il me reçut avec une exces
sive froideur : <« Monsieur, me dit-il et ces umts qui me consternèrent sont restés
• gravés dans ma mémoire), je suis absolument opposé à votre proposition qui
• amènerait la Faculté à donner un caractère officiel au cours clinique de gynéco
logie que vous faites depuis deux ans dans votre Impilal. En effet, cet enseigne« ment accessoire et complémentaire pourrait plus lard devenir le point de dé« part de la création d'une nouvelle chaire; or, on a déjà assez galvaudé le litre de
professeur \ Savez-vous ajouta d une voix forte le professeur Léon Le Fort
combien il devrait y avoir de professeurs île clinique à Paris? Deux, Monsieur,
• cela suffit! » Et là-dessus il me congédia brusquement sans qu'il me lût possible
d'éclaircir ce point douteux : consentait-il à ce qu'il y eût deux professeurs de
clinique chirurgicale à Paris ou seulement un lui, naturellement) avec un collègue
de clinique médicale? La dernière hypothèse me parait la plus probable.
Cet incident n’est-il pas caractéristique île la mentalité de certains représentants
officiels de la science à celte époque, plus jaloux de leur inlluence et de leur clien
tèle que du bien public? Ce candide égoïsme éclate pareillement dans une anecdote
que j'ai recueillie de la bouche de votre vénéré maître le professeur Cuyon, et qu'il
me pardonnera de vous rapporter. Félix Cuyon, jeune étudiant, débarque de Nantes
où il avait commencé ses études: il court sans larder voir Maisonneuve, pour lequel
il avait une lettre de recommandation. Plein de respect pour les maîtres de la capi
tale, il lui demande conseil sur le choix des services chirurgicaux qu'il devait
suivre.— « Notre.choix sera facile, jeune homme, répond Maisonneuve : il n'y a
que deux chirurgiens à Paris, Chassaignac et moi; et encore, Chassaignac est un
« imbécile! »
Cette époque est, heureusement,loin de nous: nos étudiants ne l’ont pas connue
et leurs successeurs n’en verront pas le retour. Lu esprit nouveau anime la
Faculté; l’intérêt général est désormais le seul luit qu'elle se propose; aussi s’estelle montrée prèle à créer plusieurs nouvelles chaires (lès que les moyens matériels
île les fonder lui ont été fournis. La chaire de gynécologie a été l’un des produits de
ces tendances libérales, malheureusement un peu tardives.
J'ai cru devoir insister sur ce que je pourrais appeler la période embryonnaire de
mon enseignement. Je serai plus bref sur son développement ultérieur.
De 1889 à 1893, je continuai à faire mon service et mon enseignement gynécolo
gique dans une seule baraque de l'Hôpital Temporaire avec addition du petit amphi
théâtre qu’on y avait annexé. Malgré l'insuffisance de mon installation, celle période
fut très active et féconde en beaux résultats opératoires. J'avais déjà adopté systéma
tiquement la plupart des perfectionnements qui se sont depuis vulgarisés : la stérili
sation à l’autoclave des objets de pansement j’en avais rapporté* un de Berlin en
188t») : b* catgut que je stérilisais moi-même) pour les ligatures des pédicules et pour
26
REMISE D'UNE MEDAILLE ET D'UN I.IVRE D'OR
les sutures à trois plans superposés dans la fermeture «le I incision abdominale; la
proscription complète «les éponges et leur remplacement par «les compresses «b*
gaze; le drainage à la gaze et avec le sac de Mikulicz dans les cas coinpliqu«*s; la
position déclive dans presque toutes les laparotomies je l'obtenais longtemps avant
d’avoir une table spéciale en faisant soulever les jambes «le la malade sur les
épaules de deux assistants', etc.
L'excellence de mes résultats immédiats et tardifs, la petitesse de mes cica
trices qui excluaient la difformité et l’éventration, me poussèrent dès lors à
défendre énergiquement la laparotomie contre l'engouement excessif qui, à
l’exemple de Péan, et après les plaidoyers de Segond, entraînait la grande majo
rité îles chirurgiens français à abandonner la voie abdominal)* pour adopter la
voie vaginale dans les hystérectomies et les ablations d'annexes; vous le savez,
l'avenir «levait me donner raison, et en relisant les articles que j’ai publiés à celle
époque à la Société de chirurgie, dans la Gazette hebdomadaire et dans \o Revue de
chirurgie, je retrouve avec satisfaction les arguments qui ont triomphé aujourd'hui
d'une manière presque générale.
Pendant celle période (1889-1893 , période «b* transition pour mon service et mon
enseignement, mes dévoués internes, dont je rappelle les noms avec gratitude, «ml
été ; l.aflltte, «l«> Lostalot, Charrier, Wallich, Clément-Pelit, Itoussan, Baudron,
«le la Nièce, Delaunay, Albert Martin. Deux d’entre eux, et des meilleurs,
Charrier et Baudron, mes Iblèles disciples et excellents amis, oui été enlevés
depuis par une mort prématurée. Avec quelle joie ils assisteraient aujourd'hui à la
fêle qui nous rassemble, et «pii est bien moins celle «b* leur chef «pie celle de l'École
qu’il a «*u la joie de fonder avec eux! J'adresse à leur mémoire un souvenir plein
d’émotion.
L'année 1893 a marqué pour mon enseignement une nouvelle et avant-dernière
étape. D'accord avor tes médecinsd«* Lourcine, j'échangeai mes «leux salles des vieux
bâtiments pour les deux baraques, voisines de celle «pu* j’oecupuis déjà, qui avaient
été attribuées dix ans auparavant à m«*s collègues. Tous mes liaruquemenls, sur ma
demande, prirent alors définitivement le nom d'.lnne.ve/'»»<.*#/; mou matériel gyné
cologique en Tut presque triplé. J'obtins la titularisation de mon provisoire, ce «pii
me donna trois internes.
La même année 1893, l'hôpiüil Lourcine subit une grande transformation; il
c«*s»«* «l'être uniquement consacré aux maladies vénériennes, et pour marquer ce
changement il reçoit le nouveau nom d'Impital Broca. L'attention «le la municipalité
est «lès lors fixée sur lui. En 1894, le Dr Navarre, Conseiller municipal, «pii s'était
rendu compte «b* l'importance «le mon service hospitalier et «lu «léplorable état «les
baraques ou il était installé, obtient «lu Conseil leur reconstruction ; j«* lui paie ici
publiquement un juste tribut «l«* reconnaissance.
Le début »l«* la reconstruction «b* mon service (confié à l'habile architecte
M. Hochet «late «le 1894. Par suite d’atermoiements multiples, il n'a pas fallu moins
«le quatre années pour I é«lin«*r. Mais au bout de deux ans déjà j’ai pu en utiliser
une partie. Il a été inauguré* au mois «b* Mai 1898.
Peu de choses ont été changées depuis dans mon installation. Je possédais «léjà un
laboratoire particulier «le recherches et de démonstrations hislo|ogi«pi<*s dirigé par
mon vieil ami et fidèle collaborateur l«* Dr Laiteux. Je faisais un enseignement régu
lier et suivi; de nombreuses thèses, dont quelques-unes «b* grande valeur, «lues
a mes internes, venaient encor<* vulgariser mes leçons; l'Ec««le «le Itroca avait pour
organe la Revue de gynécologie et de chirurgie abdominale fondée en 1897 sous
ma direction, puissamment aidée par l'activité* incessante de mon dévoué collabo
rateur Jayle.
.If /* HO /•' E SS El l( S. POZZI
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J’aime à me rappeler le nom des internes qui m’ont assisté- pendant ces années
qui précédèrent la consécration officielle de mon enseignement et qui l’ont prépa
rée par leur zèle, leur dévouement et leur affectueuse propagande : Le Moniel,
Cazenave, Sahnon, Courlillicr, Félix Bernard, Jayle, Donnel, Finet. Diriart,
Dauriac, Proust, Barnsby, Collinet, Caboche, Beaussenat. Charles Martin, Cliabry,
Estrabaul, Darligues, Bluysen, Cadol, Georghiu, Ilebreyend, Zimmern, Delhenn,
Jacomel, Peslemazoglu, Tournenndle.
Au commencement de 1901, le Conseil municipal mettait à la disposition de la
Faculté les sommes nécessaires pour la fondation de deux chaires, l'une de clinique
chirurgicale infantile, Vautre de clinique gynécologique. l'n jury composé de
conseillers municipaux et de délégués des diverses Facultés de l’Université de Paris,
et présidé pur le Vice-recteur', me désignait au premier tour de scrutin pour reçu
per celte dernière. Mes concurrents étaient mon regretté camarade, l’éminent
clinicien Bouilly, et le plus brillant de mes anciens élèves de l'École pratique et de
mes conférences d’internat et d'agrégation, devenu un maître lui-même, Paul Segond.
S'il est vrai qu'à vaincre sans péril on triomphe sans gloire, je puis dire aussi que le
mérite incontesté de mes rivaux rehaussait aux yeux île tous, comme aux miens,
le prix de mon succès. Je ressentis donc vivement l'honneur qui m’était lait et
l'étendue des devoirs qu'il m'imposait envers la Ville de Paris et envers la Faculté
de médecine.
J'inaugurai mes leçons b* 31 Mai 1901. Depuis, cinq années se sont écoulées; j’ai
eu pendant ce temps «le nombreux et. excellents collaborateurs, mes chefs de
clinique : Jayle (liilus Achates), Dartigues et Lu»» y ; mes internes : Gauchery,
Bonde r, Chevé, Daniel, Lardennois, Cantonnet, Lemattre, Pouillot, Nandrot, Le
Sourd, Li-queux, Perreaux, Papin, Oppert, Bouhier, Trêves, Kahn, Caraven; «nlin,
cette année, llovelacque, Pottet et Deverre.
Il m'est doux de remercier ici publiquement mes chers élèves «pii ont été «le
si précieux auxiliaires. J’espère avoir été pour eux «le quelque utilité; quoi qu’il
en soit, je déclare hautement qu'ils m'ont souvent ét«’- fort utiles à moi-même.
Combien «le fois m'ont-ils apport«: l’écho des intéressants essais faits «lans les
services voisins, ou m'ont-ils signalé* les détails techniques nouveaux inaugurés
par leurs maîtres, dans les h«}pitaux où ils avaient «léjà passé- — telles les abeilles
transportant le pollen sur les plantes où «-lies s«* posent successivement ! —
On n’a pas assez, remarqué- combien la vulgarisation et l’unification rapiilc des
procédés nouveaux est du«- à l’action quotidienne «le nos internes : pour ma
part, je crois devoir leur être redevable «h* la diffusion rapide des détails de ma
pratiqm* hospitalière qu'ils ont transmis «lans d’autres services après les avoir
appris «lans le mien. Il y a plus : l'indépendnnce parfois un peu frondeuse «lu juge
ment de nos internes n'a-l-elh* pas une action salutaire sur le chef en l’obligt-aut à
une surveillance plus étroite «le lui-même? Mais ce qui nous reiul surtout débiteurs
«h- nos ailles, c’est le plaisir «b- voir nos enseignements compris et goûtés par
l’élife intellectuelle que constitm* l'Internat parisien; c’est enfin la joie, après une
année passée à travailler ensemble, «le sentir qu«- les relations «le maître à élève
sont devenues peu à peu et pour toute la vie «les liens franchement amicaux.
Jadis, quand les vaisseaux «h- Corinthe «ni «le Phocée quittaient le port pour
I. La Commission mixte comprenait 22 membres : le doyen et l'assesseur «les
Facultés de médecine, «h- droit, des lettres et des sciences «l«- Paris, l«- directeur de
l'Écoh* «le pharmacie et son assesseur, un «lélêgm* spécial de la Faculté «h- médecine,
neuf conseillers municipaux, le président du Conseil municipal et l«- Vice-recteur de
LCniversilé, qui présidait la Commission.
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voguer loin de la métropole en quête de nouvelles colonies, plus d'un émigrant
emportait précieusement sous les plis de son manteau un peu de (erre enle
vée aux champs paternels et quelques charbons ardents ravis au foyer domestique.
— Ainsi, mes chers élèves, quand vous quitterez mou service d'hôpital pour aller
parfois très loin, en province ou à l’étranger, je voudrais que chacun de vous
.emportât, avec ce qu'il aura prélevé dans notre vaste champ d'études, une petite
étincelle née de l'ardente sympathie qui ne s’éteindra jamais pour lui dans le cœur
de son ancien chef !
' ; i ** ’ î i ,
.
•
• *
i « Lajoie que j’éprouve aujourd'hui dépasse tellement la commune mesure que, si
j'étais superstitieux, je croirais qu'un grand malheur me menace, et, comme I’qly. craie*, pour désarmer l'implacable Némésis jalouse du bonheur insolent des mortels,
j'irais jeter dans la mer cette médaille plus artislemenl ciselée que l'anneau d'or
. du tyran de Samos.....
Mais que les souscripteurs, que le maître Chaplaiu se rassurent ! Je n'imiterai
pas le crédule lils d'Eaque, et le chef-d'œuvre de l’illustre graveur ne risque pas
d’être enseveli dans le ventre d'un poisson.
Grâces vous soient rendues; le Truité de Gyuècologie sera depuis longtemps
oublié que son titre restera gravé sur le revers de cette médaille immortelle :
t ’i *
Tout passe : l’art robuste.
Seul a l'éternité,
Le buste
Survit à la cité!
A vous tous à qui je dois cette magnifique olîrande qui suftira à rendre mon
œuvre périssable aussi durable que le bronze, encore un»* lois et de tout mon cœur,
merci!
Parir. — Imprimerie <le la Cour d'appel. I.. Marktiikct, directeur, 1, ruo Cassette.
•»
•
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Fait partie de Remise d'une médaille et d'un livre d'or au professeur S. Pozzi
