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LES BONBONS
D’AUTREFOIS
,
PAR
Jules PELLISSON
JUGE
AU
TRIBUNAL
DE
PÉRIGUEUX
Les bonbons d'autrefois
N pourrait croire, au premier abord, qu’en fait de bonbons
l’archéologie perd ses droits. Il existe des collections de
jouets ; mais qui donc serait en mesure d’exhiber une
collection de bonbons? Chez un marchand d’antiquités, telle épée nous
remettra en mémoire les vers de Ruy Blas :
La poignée est de Gif, le fameux ciseleur,
Celui qui le mieux creuse, au gré des belles filles,
Dans un pommeau d’épée une boîte à pastilles.
Mais les pastilles où sont-elles? Où sont «les mets sucrés, secs, en
pâte ou liquides », énumérés dans une satire de Boileau? Où sont les
Abd-el-Kader en sucre et en chocolat que nos collègues nés vers 1835 ont vus
dans leur enfance aux vitrines des confiseurs ? Neiges d’antan que tout cela!
Nous sommes obligés de chercher dans les vieux livres et dans les
annonces des vieux journaux la nomenclature et la description de ces
monuments de l’art du confiseur. Les catalogues des bouquinistes nous
donnent parfois l’indication d’opuscules rarissimes dont le texte seul fait
venir l’eau à la bouche :
Description du dessert figuré et allégorique qui a été servi à la table
de M. le duc d'Albe, au sujet de la naissance du prince des Asturies,
composé en sucre, chocolat et canelle, et mis au jour par Ant.-Barthélemy
Gondar, natif d'Arles-en-Provence, chef d'office de M. le duc d'Albe
(Paris, 1707). In-40 de 4 pages.
Tableau du premier jour de l'an; esquisse des mœurs parisiennes.
A l’Ile-des-Bonbons, chez Friandet (vers 1820), in-18, figure pliée.
i. Cette étude a paru pour la première fois dans la Galette des Bains de mer de Royan des
21 et 28 décembre 1884, 4 et n janvier 1885. Je la réimprime avec des additions et des reproductions
de vignettes. On pourra consulter une note de M. Grand-Carteret : « Le jour de l’an et les bonbons »,
dans la Revue encyclopédique du i’r janvier 1892, et du même auteur, Vieux Papiers, Vieilles Images,
1896, chapitre XVIII; « Les Etrenncs, Empire et Restauration » de M. Henri Bouchot, le Livre el
l'Image, tome 11, 1893; «Histoire du bonbon. — Le bonbon à travers les âges « par M. Louis Forest,
Gaulois du Dimanche, 24-25 décembre 1898.
Sans remonter aux Grecs et aux Romains, faisons une excursion dans
le passé aux approches du jour de l’an. Voyons quelles furent en France
les particularités curieuses des bonbons et des étrennes.
Le Grand d’Aussy/dans Y Histoire de la vie privée des Français (Paris
1815), tome II, page 310, nous apprend qu’à l’entrée que.Charlotte de Savoie,
femme de Louis XI, fit dans Paris en 1467, la ville lui présenta, entre autres
choses, dit Comines, plusieurs drageouers, tous pleins d'épiceries de chambre
et belles confitures. Le drageoir était une boîte d’or, d’argent, ou de vermeil,
ainsi nommée du nom des dragées, l’une des principales choses qu’elle
Rue des Lombards .
Otfrc cette Année, beaucoup de nouveautés en Sucreries poitr les Etrennes et les Desserts
On y z'erra, différents Pavillons Chinois dim jenre neuf. peur les tables de je, 20 jusqu'à do eeuuerts.
chaque pièce pourra se rendre séparément Souoeiles Pastilles arec des entblemes hiéroplpfiqaee tresoariet
des £enbonmeres. arec les quelles anpeut tirer toutes sortes d Oracles pour hommes et pimrjbiimeit, etpar
le meme mist/en en pourra/ruer a dif'èreatsjeu.v. comme le do cl j.o, le se
il rend toujours avec
sucres des, /entames /lydrotiques. dent lepet monte a p a Ô pouces au dessus de set source. en place
d’esut, en pourraj mettre des Tins de liqueurs II a reçu de Danriieh de metlle Eau-de-vie et du Sirop pais
Jarre d escellent Punch, de nouvelles Pastilles d.tnanas, du Piah oloin Je hlaple et toutes sortes de Cachou,
pour la Jiqesàen, Jn Tabac- de Ca/fè Atcha à la Crème, pour les meaus de tête, et bien d 'autres ttlarchandiaec
dont le detail depiendrett trop tonp ■ Iffart des envois cher lEfranaer
Nota On trouve dans la dit fflaqaztn et dans le marnent, la quantité de, Boîtw taules pré
parées pour les .Baptêmes. bien assorties de-Bistae/ies et de Dragées de Perdunés .
Étiquette-prospectus de 1780-1790. (Coll. Georges Baillière').
contenait. Lors de la même cérémonie, les bourgeois de Paris présentèrent
à la reine un beau cerf en confitures^ qui avoit les armes d’icelle noble
royne pendues au col.
La mode du drageoir se continua au XVIe siècle. M. Alfred Franklin
dit, dans sa magistrale introduction au Journal du siège de Paris en 1590
(Paris, Willem, 1876) : «A la ceinture pendait le drageoir, boîte d’argent qui
renfermait des dragées ou des fruits confits. Le duc de Guise tenait son
drageoir à la main au moment où il fut frappé par ordre de Henri III.»
En 1600, de Serres écrivait qu’on faisait en pâte de sucre des cervelas,
des jambons et des rubans d’Angleterre.
Les dragées n’ont jamais cessé d’être en vogue. On lit dans le
Dictionnaire François de Richelet, édition de 1680 : «Dragée, s. f.,
sorte de pois couvert de sucre. Les dragées de Verdun sont les meilleures».
Le même auteur définit le drageoir : « espèce de coupe ».
Autrefois comme aujourd’hui, les enfants attendaient le premier de
l’an avec impatience. M. Louis Greil, qui a publié en 1882 le Budget
de la ville de Cahors en 1650, y a trouvé ce détail bien curieux : « Pour la
dragée qui se donne à la maison de ville le premier dimanche de l’an aux
petits enfants escoliers des basses classes, suivant la coustume : deux
livres. »
En 1666, le poète François Colletet, une des victimes de Boileau, publia
à Paris, chez Antoine Raffié, un petit volume en vers burlesques, le Tracas
de Paris, bien utile à consulter pour l’histoire des mœurs et des usages du
temps. Au chapitre « les Estrennes» on trouve l’énumération des friandises
qui faisaient alors la joie des enfants :
En ce lieu on voit des tablettes
Toutes couvertes d’allumettes,
De petits pains, de harans secs,
Qu’on nomme des harans sorets,
De bouteilles, par cent rangées,
Que l'on a farcy de dragées
Pour estrenner petits et grands.
Et surtout les petits enfants.
Là le marchand qui songe au lucre
Vend des petits hommes de sucre,
Des charrettes et des chevaux
Qui ne souffrent pas grands travaux,
Et que, sans trouver trop estrange,
Un enfant à déjeuner mange ;
Icy ce sont les gauffriers
Avecque leurs petits foyers.
Les confiseurs célébraient leur fête patronale le 2 février, jour de la
Purification. Ils ont compté dans leurs rangs de véritables artistes, qui
excellaient à fabriquer les ouvrages en sucre de petite et de grande
dimension, imitant tantôt un oiseau ou une fleur, tantôt un paysage ou une
scène de chasse. Ils étaient d’une fécondité inépuisable, et toujours, comme
nous le verrons, à la recherche de ce que nous appelons aujourd’hui
l’actualité. Le dix-huitième siècle, qui nous a laissé tant de merveilles en
tout genre, a produit des confiseurs de grand talent, et ceux qui s’imaginent
que l’art de travailler le sucre est une création récente seraient bien surpris
en lisant les annonces du Mercure de France. Lisez le numéro de janvier
- 4 —
1756, et dites-moi si Chervain était bien inférieur, sous le rapport de
l’invention, à nos artistes contemporains :
Chervain, ci-devant officier de maison, actuellement négociant à Paris, donne
avis que depuis vingt ans qu’il a imaginé les bijoux en sucre, ayant toujours
travaillé dans le dernier goût, il est parvenu encore à se faire connaître avantageu
sement par les nouvelles pièces qu’il a composées cette année, lesquelles réunissent
l’utile et l’agréable tout ensemble ; il ose se flatter d’avoir poussé les ouvrages en
sucre au dernier degré ; il a surtout une pièce, surnommée le Palais de Bacchus,
couronnée d’un treillage rempli de raisins; le petit tonneau sur lequel Bacchus
est en triomphe répand toutes sortes de liqueurs, les plus fines et les plus excel
lentes, sans que la liqueur gâte ni n’humecte le sucre; ses barils sont de différentes
façons.
Il a aussi une botte d’asperges, imitant le naturel à s’y méprendre ;
Un groupe d’enfans portant une corbeille de fleurs ;
Une corbeille nouvelle garnie des fleurs les mieux choisies, avec de l’artifice
aux quatre coins, fait et exécuté par le sieur Gautier, artificier ordinaire du roy et
de ses menus plaisirs;
Et un pot d’ornement en façon de la manufacture royale de Vincennes, des
petits paniers à jour, des petits buffets de trente-deux façons, des tabatières en
sucre, tant rondes que quarrées, peintes en mignature dans le dernier goût, des
tabatières de Bergamotte peintes aussi en toutes sortes de beaux camayeux; toutes
sortes d’ouvrages au cabriolet, et autres que l’on ne peut détailler; vingt-neuf à
trente façons de petits pastillages des plus excellens, pour remplir les ouvrages
qu’il vend. 11 tient chez lui magasin de dragées de Verdun, toutes sortes de fruits,
figures et ouvrages à devises, toutes sortes d’attrapes dans quelque genre qu’elles
puissent être.
Ces sortes de bijoux s’envoient dans les provinces par la précaution que l’on
a de faire faire des étuis pour chaque pièce. 11 est connu pour vendre en
conscience. Il fait aussi les envois de toutes les marchandises qu’on lui demande :
le tout à juste prix.
Il demeure rue Montmartre, au coin de la rue du Jour, près St-Eustache, la
porte cochère vis-à-vis le notaire, à Paris.
C’est ce même Chervain qui avait imaginé une combinaison que nos
confiseurs modernes devraient bien remettre en honneur. En 1762, il
demeurait rue Tiquetonne, au Grand Mazarin, et vantait ses étrennes, qui
consistaient notamment en dragées à surprises ou tablettes de chocolat,
qu’il suffisait de casser pour offrir aux regards de petits almanachs reliés
(Pouy, Nouvelles recherches sur les almanachs et calendriers à partir du
XVIe siècle. Amiens, Douillet, 1879, in-8° .)
Voici maintenant un limonadier qui fait appel à sa clientèle, dans le
Mercure de France de novembre 1779 :
François, maître limonadier à Paris, rue Sainte-Anne, butte St-Roch, à la
Croix de Chevalier vis-à-vis la rue Clogeorgeot, lient grande fabrique de chocolat
de santé, de vanilles de toutes de façons, pistaches et diablotins, et à juste prix.
Deux sentences de police, des 23 avril 1751 et 7 septembre 1753, rendues
au profit de la communauté des limonadiers contre Je corps des marchands
épiciers, avaient maintenu les limonadiers dans le droit de vendre des dragées
et pastilles, et donné mainlevée de la saisie faite sur le nommé Domiolle,
maître limonadier, d’une bouteille de pastilles {Nouveau recueil des statuts
et réglemens de la Communauté des maîtres distillateurs, marchands
d'eau-de-vie et de toutes sortes de liquezirs, de la ville et faubourgs de
Paris. Paris, Chardon, 1754, in-40, p. 85).
M. Victor Fournel constate, dans son grand ouvrage, les Rues de Paris,
publié en 1879 chez Firmin Didot, que le dix-huitième siècle fut peut-être
l’époque où l’usage des étrennes s’épanouit le plus largement. « Dans ce
siècle les confiseurs de la rue des Lombards, le Grand Monarque, le Fidèle
Berger, etc., étaient à l’apogée de leur réputation et fournissaient de bonbons
tout Paris. »
Mais voici venir la Révolution, qui va porter un rude coup aux étrennes
et aux confiseurs. Ecoutons là-dessus M. Fournel :
Dans les derniers jours de 91, un décret de l’Assemblée législative, bien
imprégné de l’esprit du temps, flétrit les étrennes comme entachées d’aristocratie
et rangea le Ier janvier parmi les ci-devant. Dès 1789 «cet acte de servitude»
était attaqué par La Bletterie dans la Chronique de Paris, et la même année la
Constituante avait supprimé « les dons forcés que plusieurs agents du pouvoir
exécutif se faisaient faire sous le titre d’étrennes. » Partant de là, les épiciers de
Paris, gens pratiques, habiles à tirer parti des circonstances, avaient sollicité au
Châtelet « une sentence de police qui leur fit défense de donner aucun présent,
soit en argent, soit en marchandises, à titre d’étrennes..., à peine de 50 livres
d’amende et d’être déchus de la maîtrise en cas de récidive. » Cette singulière
démarche fut accueillie, et il s’était trouvé un tribunal de police pour défendre aux
épiciers de donner des étrennes à leurs pratiques.» {Les rues du vieux Paris, p.202).
Il n’y a pas de décrets qui puissent abolir complètement une institution
qui a des racines profondes dans le passé. Or, sous l’ancienne monarchie,
même quand l’année commençait le Ier mars ou à Pâques, les étrennes ne
s’en donnaient pas moins le Ier janvier. Il y eut donc des étrennes et des
surprises pendant les temps les plus sombres de la Révolution. A Cognac un
vieillard a souvent raconté que ses parents lui ayant donné pour étrennes
un assignat de cent francs, il s’était empressé de le porter chez un confiseur,
qui lui avait donné en échange. .. un bâton de sucre d’orge.
Edmond et Jules de Goncourt, qui ont consacré à l’histoire de la société
française pendant la Révolution et le Directoire deux volumes d’une grande
valeur, n’ont eu garde d’oublier notre sujet. Nous y voyons le patriote
Palloy, célébrité de l’époque, faire des bonbonnières avec les pierres'de la
Bastille (Journal de la Mode et du Goût, mai 1790) ; et Crussaire, dessinateur
d’armoiries, sans ouvrage, annonçant dans la Chronique de Paris de février
1791 qu’il exécute toute espèce de sujets sérieux ou agréables relatifs aux
diverses circonstances de la Révolution pour boîtes, bonbonnières, boutons,
médaillons. En décembre 1790, les Carmes avaient fait annoncer dans les
*
— 6 —
Petites Affiches qu’ils fabriquaient, rue Traînée Saint-Eustachc, le sucre et
le sirop d’orge renommé de l’abbaye de Moret. Le chocolat à la vanille de
Mme Tallien se vendait pendant que les têtes tombaient à Bordeaux. Dans la
rue des Lombards, la vieille rue de la bonbonncrie, le Grand Monarque
était devenu le Grand Vainqueur. Les royalistes, lui gardant rancune de ce
changement de nom, se retournaient vers le Fidèle Berger et vers les Vieux
Amis, célèbres pour leur sucre d’orge, qui n’avait de rival que le sucre
d’orge à la bergamote, bonbon ordinaire du feu roi Stanislas, tabriqué par
Moutonneau, rue du Coq.
Étiquette pour boite de bonbons XVIII* siècle. (Coll, de l'auteur}.
Mercier nous apprend que sous le Directoire le jour de l’an était fêté
avec plus d’ardeur que jamais. « Les boutiques des confiseurs, dit M. Fournel
dans le livre déjà cité, richement illuminées par les lustres de cristal qu’on
avait enlevés aux palais et aux églises, par d’innombrables bougies et des
lampions de couleurs, et décorées de guirlandes de fleurs, étaient assiégées
par la foule, qui se disputait, outre les bonbons, les pistaches et les marrons
glacés, les flacons de liqueur des îles, les essences spiritucuses renfermées
dans des bouteilles imperceptibles, les cœurs enflammés à la fleur d’oranger,
les capucins en sucre, toute l’histoire naturelle en bergamote, coucous dans
des nids de fauvettes, choux-frisés, pommes de terre, carottes de tabac,
merlans frits, jambons de Mayence, etc. La vraie date de la résurrection du
jour de l’an peut être marquée au Ier janvier 1797 ; et comme cette année-là
il tombait un dimanche, la réaction fut complète. On se dédommagea en une
fois de huit années d’abstention ; tous les bijoutiers, tous les confiseurs du
Palais-Royal et de la rue des Lombards, illuminés à outrance, pleins de
séductions irrésistibles avec leurs étalages qui les eussent fait guillotiner
en 94, furent pris d’assaut et dévalisés. »
Les confiseurs ne se recommandaient pas seulement à la clientèle par la
publicité des journaux et la notoriété de leurs enseignes; ils annonçaient
encore leurs produits dans des affiches de grand format placardées sur les
murs, dont il existe certainement des échantillons dans l’étonnante collection
d’affiches illustrées commencée il y a environ soixante ans par M. Dessolier
et comprenant plus de sept milles pièces. Ils répandaient aussi des prospectus
dans le public, et faisaient dessiner ou graver des vignettes qu’ils appliquaient
sur leurs boîtes de dragées, et qui étaient comme une autre enseigne de leur
maison, que le client emportait à domicile et avait sous les yeux toutes les
fois qu’il puisait à cette source de douceur. Ces vignettes, avant longtemps,
seront aussi rares que les fameuses adresses gravées des dix-septième et dixhuitième siècles, dont le baron Pichon a fait une collection iconographique
d’un si grand intérêt.
En fait de vignettes du dix-huitième siècle, je ne possède que celle de
Gouet, confiseur à Bordeaux, dont je donne une reproduction. Il est
mentionné dans Y Almanach de Commerce, d'arts et métiers pour la ville
de Bordeaux et de la province pour l'année bissextile mil sept cent quatrevingt-quatre. A Bordeaux, chez Bergeret, libraire, rue et vis-à-vis l'Eglise
de la Mercy, petit in-I2. Les confiseurs de Bordeaux étaient alors au nombre
de vingt-cinq *.
Cette vignette donne lieu à une observation intéressante sur l’orthographe
du mot « Bonbon » s’écrivant encore avec un trait d’union. Cette orthographe,
conforme à celle du dictionnaire de Richelct, est tombée depuis longtemps
en désuétude; elle semble pourtant plus rationnelle que celle qui a prévalu ;
« l’étymologie du mot « bonbon », dit M. Louis Forest, dans son article dui. i.
i. Voici l’en-tête d’une facture du 16 décembre iSa^, où nous voyons un épicier bordelais joindre
à son commerce quelques articles de confiserie:
AU MAGASIN GÉNOIS,
Rue St-Rèmy, N* 13, ci-devant maison David, à Bordeaux.
P. V1LLARET BT C1*
Tiennent un assortiment de toute espèce de denrées, soit du Levant, d’Italie, de Gênes et de
Provence, telles que Vermicelle, Macaroni, et autres pâtes assorties ; Fromage Parmezan, Marasquino
de Venise, Liqueurs assorties, Fruits à l’Eau-de-Vie, Ecorce de Citrons, Confitures et Fruits confits;
Vins tant en bouteilles qu’en barriques, comme Vin muscat Frontignan, Lunel, Lacote, Rivesalte,
Calabre, Chypre, Rota, Malaga, Alicante, Porto, Madère, Champagne, Blanquette de Limoux, etc.,
etc.; Eau de fleur d'orange double et triple, Eau de Cologne, Eau de la Reine d'Hongrie, Eau de
lavande et de senteur de toute espèces; Essences et Parfumerie de Grasse, Fruits secs, tels que Figues,
Raisins, Noisettes, Amandes en coques et concassées. Pistaches, Prunes brignolles et d'ente; Saucissons
de Provence et de Bologne; Moutarde d’Italie et de Provence; Olives, Anchois, Câpres, Cornichons
et autres Fruits au vinaigre en barils et en flacons; Thon mariné et Huile d olive de toute qualité, etc.
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Gaulois du Dimanche, est simple comme l’âme d’un enfant. Depuis la plus
haute antiquité, tout bambin qui veut exprimer ses désirs ou ses besoins par
une expression susceptible d’attirer fortement l’attention s’empare d’un
monosyllabe qu’il redouble. C’est ainsi que nous avons « papa, tata,
maman. »
Le Consulat fut pour les confiseurs une ère de prospérité. Le Grand
Vainqueur avait repris son enseigne du Grand Monarque, et la police s’y
opposait d’autant moins
Que du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l’empereur brisait le masque étroit.
Je lis sur la couverture du Journal des Arts, des Sciences et de la
Littérature, du io nivôse an XI, cette très curieuse annonce qui prouve qu’au
début du dix-neuvième siècle les confiseurs tenaient à honneur de continuer
les traditions du siècle qui venait de finir:
Au Grand Monarque, rue des Lombards,
Magasins cfétrennes.
Duval, confiseur, encouragé par l’accueil favorable que l’on a fait au sujet qui
décorait son magasin l’année dernière, s'est appliqué à composer, pour la présente
année, un sujet de chasse de cerf dont voici la description :
Sur un dormant de 150 pieds carrés est une forêt assez bien percée; on
aperçoit soixante chevaux, de forme ou genre anglais, hauteur de dix pouces en
tête ; quarante-cinq sont montés, tant en maîtres que piqueurs, sous-piqueurs,
donnant du cor, et palefreniers conduisant des chevaux de relais ; une meule de
chiens, tant en course qu’en relais. On voit des chasseurs changer de chevaux;
des généraux et autres personnes sont de la chasse. L’animal, cerné par des
limiers, et ensuite lancé, parait cinq à six fois dans la course, toujours des chiens
à sa suite ; il se précipite dans une pièce d’eau : là il parait nager ; les chasseurs
arrivent au galop, et environnent l’étang. Ce coup d’œil offre beaucoup d’intérêt.
A peu de distance, le cerf, sorti de l’eau, paraît forcé par les chiens ; un piqueur,
arrivé à temps, paraît plonger son arme dans le flanc de l’animal, et lui donner le
coup de la mort : ensuite paraissent tous les chasseurs, ce qui forme une illusion
très frappante.
On sait combien, tous les ans, le magasin du dit Duval offre de diversité pour
tout ce qui concerne les étrennes. On y trouvera différents bonbons, tels que
médailles transparentes, à la lîonaparte, allégories à l’amitié, à l’espérance, au
génie laborieux ;
L’Amour en équilibre, l’Amour des armées, Olive, etc.
Autres bonbons, tels que bonbons du désir, bonbons coquards, bonbons
trouvés, bonbons de la petite Angélique, bonbons Roza, bonbons garde-à-vous,
demandes et réponses, bonbons du commerçant, etc.
Pistaches, papillottes dans tous les goûts.
Il a aussi une collection de toutes sortes de vases pour les desserts. L’on
trouve toujours chez lui des assortimens très variés de boites de baptême.
Je n’ai pas sous les yeux les journaux de l’Empire ; mais on peut tenir
— 9 —
pour certain que les confiseurs s’inspirèrent des grandes batailles et des
héros du jour.
Sous le premier Empire, dit M. Grand-Carteret dans sa note de la Revue
Encyclopédique, les boutiques des confiseurs se remplissent de canons de sucre,
de shakos et de bonnets fourrés, de pistaches à la bombe, de dragées à la
Wagram, de papillottes à l’Austerlitz.
Arrivons aux journaux de la Restauration où il y a beaucoup à glaner.
On liten tête du Journal des Campagnes et des Villes, du Ier janvier 1819 :
Avis pour les étrennes. — Boules de neige des Montagnes russes et bonbons
de Psyché à la vanille, à la rose et à la fleur d'oranger, enveloppés dans des
sujets tirés de l’histoire de France, pour l’instruction des enfants, dont la collection
est composée de seize gravures.
On ne trouvera ces deux bonbons nouveaux qu'à la Toilette de Psyché,
me Coquillière, n° 43, avec un assortiment de bonbons ordinaires; ces deux
bonbons ont été mis en vente le jour de la Noël.
Le jeu des montagnes russes faisait alors fortune. J’ai sous les yeux une
gravure coloriée intitulée: Les Montagnes russes au théâtre des Variétés.
Elle sert de frontispice aux Ricanneries ou Le Sabat des Lurons, recueil
d’anecdotes, bons mots, réparties ingénieuses, épigrammes, calembours, etc.,
la plupart neufs et inédits, recueillis et mis en ordre par Lem..., ex adjudantmajor. A Paris, chez Lécrivain, libraire, boulevard des Capucines, n° 1,
1817, in-16. Cette précieuse petite estampe nous tient au courant des
curiosités du Paris de ce temps-là : Un Anglais se promène dans la foule
devant le jeu des montagnes russes, et ce dialogue s’engage :
— Pourriez-vous me dire si je suis les Montagnes rousses? — Milord
veut dire: s'il est aux Montagnes russes? — Yes, yes, ji étois venu à Paris
jour voir le cavalerie qui dansait la gavotte, le genttiman qui soupait avec
des souris, le monsieur qui pesait des cannais avec des bouteilles, la petite
veau qui tétait, et le café des milliers de Colonnes.
Tout était prétexte aux confiseurs pour baptiser leurs nouvelles friandises
du jour de l’an; tantôt, ils leurs donnaient le nom d’un jeu à la mode, tantôt
celui d’un roman en vogue, tantôt celui d’une pièce de théâtre qui avait tenu
longtemps l’affiche. Le 18 juillet 1818, le théâtre Favart avait donné la
première représentation d’une comédie en vers, de Merville, la Famille Glinet
ou les Premiers Temps de la Ligue. Cette pièce, pleine d’allusions malignes
contre le parti ultra-royaliste, fut honorée de la protection de Louis XVIII,
— on prétendit même qu’il y avait collaboré, — et eut un succès énorme et
très prolongé. Les confiseurs s’en emparèrent, et le Mémorial de l'Homme
public, ou le Défenseur des Libertés françaises, dans sa livraison de
décembre 1818, entonna en çes termes une tirade dithyrambique sur les
étrennes:
Avez-vous vu la Famille Glinet? On l’a mise en bonbons. Connaissez-vous le
Champ d'asile? Il est en bonbons. Voulez-vous retrouver dans de petites gravures
d’un goût exquis la Mort de Poniatowski, les Merveilles militaires de la Jeunesse
française, V Enseignement Mutuel, Y Entrée d'IIenry IV à Paris, et ce Soldat
français qui, sous le feu de l’ennemi, auquel il ne veut pas se rendre, se fait de
son drapeau une sépulture plus magnifique que celle des plus puissants rois?
Achète^ des bonbons.
Aimez-vous à parcourir, au milieu des plaisirs d’amour des couplets qui
ravissent l’àme pour la patrie et pour la liberté? Acheter des bonbons rue
Coquillière, n° 43, à la Toilette de Psyché.
Le propriétaire de cet établissement a su mettre à contribution nos poètes
lyriques les plus aimables, les plus spirituels et les plus patriotes. Vous trouverez
dans sa collection de jolis portraits de toute la famille royale et des couplets
charmants qui les accompagnent. Il n’a pas oublié Henri IV, ce bon Henri qui
introduisit en France la coutume des étrennes. C’est un tribut de reconnaissance
que le confiseur devait naturellement porter au pied du trône des Bourbons. Mais
il s’est bien gardé de comprendre, dans le choix qu’il a fait, l’image du farouche
Tibère, qui s’absentait de Rome pour se dispenser de recevoir et de donner des
étrennes. Le méchant! il avait poussé l’indignité au point de ne les permettre
que le premier de janvier!... Heureusement que ses successeurs ont prorogé, en
faveur de la courtoisie, la distribution jusqu’au Ier février, et qu’en gens qui s’y
connaissent les Français ont adopté cet usage.
A quoi bon cette digression? allez-vous me dire? Quel rapport ont les étrennes
et les bonbons avec la politique?
Achetez des bonbons, mon cher don Carlos, et vous verrez que dans toutes les
situations de la vie, sous le chaume comme dans les palais, le Français, après s’êtfe
rassasié de gloire, trahit, dans les plus petites choses, le besoin qui le tourmente
et le dévore, et ce qu’il veut transmettre pour héritage à ses enfants .. 11 a faim. .,
il a soif de liberté! Et comment les ministres ne s’en aperçoivent-ils pas? Comment
ne saisissent-ils pas avec empressement cette heureuse occasion de s'emparer des
esprits et des cœurs? En tous cas, s’ils ne savent pas où nous en sommes, qu’ils
achètent des bonbons rue Coquillière, n° 4), et que, surtout, ils lisent avec fruit
les couplets et les devises.
On voit avec quelle habileté les confiseurs et les journalistes mettaient
la vie publique en bonbons. Le jour de l’an, les allusions politiques avaient
cela de commun avec les dragées qu’elles se trouvaient dans toutes les
bouches. Les journaux de la Restauration sont bien curieux à lire aujourd’hui :
que de renseignements précieux pour l’histoire de l’art sous toutes ses formes!
quelle mine d’anecdotes! et, pour nous en tenir à notre sujet, quel arsenal
de sucreries! Écoutons le Constitutionnel du 29 décembre 1819:
Les approches du jour de l’an se font sentir; les almanachs chantants, les
calendriers nouveaux, pleuvent de toutes parts, et les confiseurs se mettent
l’imagination à la torture pour inventer des dragées nouvelles; on a mis Lavater
en sucre; cent gravures différentes enveloppent des pastilles, et l’on a tour à tour
l’ambitieux en diablotin, le tartufe en sucre d’orge, et la précieuse en praline. On
peut même faire un petit cours d’histoire et de botanique avec deux cornets de
bonbons ; dans le Voyage à Paris, recueil de dragées sentimentales, si jamais il
en fut, on trouve, à la place de devises insignifiantes, un conte moral intitulé:
11
Paris, cinq jours et vingt-deux ans. Avant peu vous verrez que tous les ouvrages
de nos publicistes seront reliés en sucre. Mais le comble de l’art, ce sont les figues
et les noisettes de M. Boucher, rue Coquillière, n° 43 : elles ne sont pas plus fraîches
sur l’arbre où on les cueille dans les beaux jours de l’été.
C’est un petit chef-d’œuvre de goût et d’imagination.
M. Terrier, à l’ombre de ses deux palmiers, rue Saint-Honoré, n° 154, ne
brille pas moins par l'invention. Tous les jeux de l’enfance, tous les ustensiles
de ménage, il n’est rien qu’il n’imite avec un égal succès: il a reculé les borne s
de son art.
Un de leurs rivaux, M. Lalouette, rue Saint-Honoré, n° 145, semble avoir
Étiquette de boîte de dragées de la Restauration. (Coll. Paul Flobert).
épuisé toutes les combinaisons de l’art des métamorphoses en sucreries: il ne s’est
point renfermé dans les limites étroites de notre territoire ; il a mis à contribution
tous les fruits et toutes les fleurs de l’Europe, de l’Inde et de l’Amérique. On peut,
en savourant ses pastilles, devenir aussi botaniste que Linnée et Tournefort.
Nos braves y trouveront de quoi flatter leurs glorieux souvenirs, les âmes
tendres pourront s’y approvisionner de regrets, les coquettes de sensitive
sympathique, et les artistes de bonbons à la Galathée.
M. Lalouette fait même des épigrammes en sucre; il nous annonce des
bonbons ministériels; ce sont des pastilles un peu amères recouvertes de miel et
de sucre. Pour répondre parfaitement à son titre, il a mis la charte en
papillottes.
«
Le lendemain, le Constitutionnel revient à la charge et termine sa revue
des magasins de confiserie par une nouvelle allusion malicieuse aux travaux
des grands ouvriers, qui ne sont autres que les ministres, travaux dont
l’utilité ne lui paraît pas bien démontrée :
Décidément, dit-il, le sucre est devenu l’objet d’une industrie réelle, et nous
aurons des artistes en sucre,comme des artistes en fleurs, en émaux, en cristaux, etc.
M. Lange, boulevard Montmartre, n° 16, qui, l’an dernier, se distingua par les plus
agréables produits, et notamment par sa jolie bonbonnière en sucre, nous donne
cette année des oranges, des œufs, des prunes, des abricots et les bonbons des
piqûres, qu’accompagne une chanson piquante de M. A. Gouffé. Les œufs renfer
ment un petit flacon d’essence de rose, un almanach et une chanson (c’était une
réminiscence des dragées à surprises de Chervain); d’autres contiennent de petits
jeux de dominos; les oranges sont l’étui d’un jeu de quilles.
Les prunes et abricots, remarquables par une imitation parfaite de la nature, y
joignent l’avantage d’un goût délicieux. Le magasin de M. Lange est un véritable
lieu de féerie, et toutes sortes de métamorphoses y surprennent l’amateur autant
par la variété des formes que par la finesse des produits.
Chez M. Raymond, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, n° 17, on trouve
aussi une collection de fruits très bien imités, des modèles de la colonne de la
place Vendôme, et une Galatée qui, plus heureuse que son modèle, invite ellemême la critique à mordre, sans que pour cette fois l’auteur se plaigne de ce
nouveau genre de succès.
C’est au magasin qui s’est fait connaître avec tant d’éclat sous la désignation
de la Toilette de Psyché qu’on trouve les noisettes et les figues dont nous avons
parlé hier. Nous avions oublié de faire remarquer que ces figues, par leur saveur
exquise et leur qualité pectorale, sont un véritable bonbon de saison, et qui réunit
rutile à l'agréable, merveilleux secret que nos confiseurs devraient bien commu
niquer à d’autres grands ouvriers dont les travaux sont souvent inutiles, et ne
plaisent pas toujours à tout le monde.
Le Constitutionnel continue, dans son numéro du Ier janvier 1820, ce
dénombrement homérique, en l’accompagnant de piquantes révélations :
Aimez-vous les pommes d’amour? vous en trouverez d’excellentes chez
M. Genessaux, confiseur, rue du Bac. Il vous fournira aussi des choux-fleurs et
autres légumes d’un goût exquis et d’une imitation parfaite.
Voulez-vous capter les suffrages de quelques gourmets ? vous trouverez chez
M. Gay, grande cour du Palais-Royal, n° 18, qui fabrique d’excellente eau de
Cologne, quelques vieilles bouteilles d'extrait d’absinthe de Neufchàlel, un assor
timent de bonbons patriotiques, c’est-à-dire de bonbons choisis, d’un goût et d’un
aspect admirables.
N’oubliez pas dans le même but le curaçao de Hollande, de M. Cognac, rue
Saint-Roch, n° 12. Ce distillateur nous offre d’ailleurs de quoi flatter tous les goûts.
(On ne dira pas que ce distillateur ne portait pas un nom prédestiné).
Il paraît qu une plaisanterie, sur
bonbons ministériels de M. Lalouet, rue
Saint-Honoré, n° 145, a attiré quelques reproches à ce confiseur, qui, pour justifier
le titre de ses bonbons, avait mis, disions-nous, la charte en papil/oltes ; de sévères
constitutionnels, qui ont pris la chose au pied de la lettre, ont trouvé que mettre la
— V —
charte en papillottes était une licence un peu précoce et qui ne convenait point
encore aux confiseurs. Qu’ils se rassurent sur les intentions de M. Lalouet; elles
sont aussi pures que le sucre de ses bonbons.
Nous en dirons autant de M. Auger, chocolatier, marché Saint-Honoré, n° 33,
qui offre aux amateurs le chocolat des Jésuites, les pastilles du bon chrétien, le
chocolat du père La Trappe, les pastilles des illuminés, etc., etc. Si les étiquettes
de M. Auger semblent, dans leur bizarrerie, n’appeler l’attention que des estomacs
dévots, nous sommes persuadés que de fort honnêtes mondains s’en accommoderont
à merveille.
Quant aux chocolats de la fabrique du colonel Noël Girard, rue du Bac, n° 40*
ils se recommandent par eux-mêmes, franchement et sans détour comme les
braves qui se sont livrés à cette utile industrie.
Je termine ces citations du Constitutionnel par deux entrefilets sur les
étrennes de 1821 (numéro du 29 décembre 1820) :
Voulez-vous pour étrennes d’excellents bonbons de toute sorte, de formes
élégantes et variées? Allez chez M. Genesseaux, rue du Bac, n° 21; chez M. Terrier,
rue Saint-Honoré, n° 254 ; chez M, Lemoine, au Palais-Royal. Voulez-vous encore
• de nouveaux bonbons à la charte, de jolies petites boîtes qui contiennent la
botanique des belles, de la façon de M. Etienne Jourdan? vous en trouverez partout,
et notamment chez M. Corbi-Audard, rue des Lombards. Enfin, voulez-vous
d’autres étrennes d’un autre genre et du meilleur goût? allez chez M. Alphonse
Giroux, rue du Coq-Saint-Honoré. Quant au gros bonbon à la Charte, il ne se
trouve que rue de Richelieu, n° 83.
Voisin, confiseur, rue Quincampoix, n° 8, ayant fait paraître l’an passé sa
médaille à la charte, pour joindre à sa galerie militaire, aux braves et à la colonne,
vient d’y ajouter le bonbon d’Anacréon et celui des Templiers, ainsi qu’une
nombreuse nomenclature de divers bonbons de toutes formes.
Vous avez peut-être remarqué que le Fidèle Berger ne figure pas sur la
liste du Constitutionnel ; ne croyez pas qu’il eût fermé boutique. Attribuez
plutôt cette omission aux opinions ultra-royalistes de la clientèle habituelle de
ce célèbre établissement II tenait toujours bon, et Balzac, en 1826, écrivait
dans son Petit Dictionnaire Critique et Anecdotique des Enseignes de Paris,
— 14 —
par un Batteur de pavé : « Qui ne connaît ce riche et doux établissement ?
c’est là que l’hypocondre vient chercher des pistolets en chocolat, que le
parrain court acheter les dragées de baptême ; et que l’auteur de vingtième
ordre apporte ses charades, scs énigmes et ses rébus. Afin de conserver son
antique vogue, M. Desrosiers place au jour de l’an des gendarmes a sa porte.»
Nous ne savons pas, dit Édouard Fournier, dans son Histoire des Enseignes de
Paris, si M. Desrosiers était encore le patron du Fidèle Berger au jour de l’an
1838 ; mais, le 6 janvier de cette année-là, on représenta pour la première fois, au
Étiquette de boîte de baptême de MM. Dufresne frères. (Coll, de l'auteur').
théâtre de l’Opéra-Comique, une pièce en trois actes intitulée le Fidèle Berger^
dont Adam avait fait la musique. Le poème, composé par Scribe et Saint-Georges,
fut si mal reçu du public, que la représentation se termina au milieu du tumulte et
des sifflets, et c’est à peine si le chanteur Chollet, qui s’était surpassé dans son rôle,
put nommer les auteurs. On accusa le propriétaire du magasin et de l’enseigne du
Fidèle Berçer d’avoir monté la cabale qui fit tomber cette pièce, où la confiserie
parisienne semblait tournée en ridicule. Ce fut en vain qu’on essaya de la relever
dans les représentations suivantes ; la cabale des confiseurs était toujours à son
- J5 poste, et le Fidèle Berger dut disparaître de l’affiche du spectacle sans avoir porté
atteinte à la vieille renommée de l’enseigne de la rue des Lombards.
Quelle était donc cette enseigne ? me direz-vous. Attendez un peu :
Edouard Fournier, qui savait tout, va vous le dire : « L’enseigne du Fidèle
Berger, rue des Lombards, date du milieu du dix-huitième siècle ; elle avait
été peinte par un élève de Boucher, et le confiseur qui tenait ce célèbre
magasin de bonbons fut longtemps le fournisseur obligé de la moitié des
baptêmes de Paris. Le sujet de cette enseigne, où l’on voyait une bergère
en costume d’opéra comique, la houlette en main, assise au milieu de ses
Étiquette de confiseur en passe-partout. (Colt, de l'auteur}.
moutons et recevant de son fidèle berger une boîte de dragées, n’était que
la marque de fabrique de cette maison de confiance ».
N’est-ce pas Diderot qui a dit qu’il faut être enthousiaste de son art, lors
même qu’on ne ferait que des épingles? Ne soyons donc pas scandalisés de
la cabale des confiseurs au théâtre de l’Opéra-Comique.
Dans son Petit Dictionnaire déjà cité, Balzac a donné la nomenclature
et la description des enseignes les plus remarquables existant à Paris en 1826.
Voici celles des confiseurs :
A la Belle Angélique, boulevard des Italiens, n° 23.
A la Belle Marraine, boulevard du Temple, n° 47.
Au Cacaotier, boulevard des Italiens, n° 20.
— i6 —
Au Chat Noir, rue Saint-Denis, au coin de la rue de la Rcynie.
Au Chocolatier, passage de l’Ancre.
Au Fidèle Berger, rue des Lombards.
A la Fidélité, rue de la Paix, n° 5.
Au Paradis Terrestre, rue Montorgueil, n°2l.
A la Petite Gourmande, rue Neuve-Saint-Augustin, n° 13.
Aux Petites Danaïdes, boulevard Saint-Martin, n° 57.
A Vert-Vert, rue Neuve-des-Petits-C.hamps, n° 91.
On ne peut écrire sur les bonbons sans dire un mot des devises qui les
accompagnaient, tantôt leur servant d’enveloppe, tantôt cachées à l’intérieur,
comme les Grecs dans le cheval de Troie. Il y avait des devises patriotiques,
des devises morales, des devises galantes. En voici deux, tirées de ma
collection, qui appartiennent à cette dernière catégorie et qui paraissent dater
du dix-huitième siècle. Elles sont bien dans le goût du temps:
Air : Nous jouissons dans nos hameaux.
Avec tant d’appas précieux.
Doit-on être rebelle :
Le Ciel, pour faire un malheureux,
Ne t’a point fait si belle ;
Que mon sort serait glorieux
Et bien digne d’envie,
Si je lisais dans tes beaux yeux
Le bonheur de ma vie !
Air : L'Amour vient de naître.
D’un enfant que j’adore,
Amour, j’entends les cris!
Aide-moi, je t’implore,
A calmer ses soucis.
Quand une flamme extrême
Redouble ses soupirs,
On doit, de ce qu’on aime,
Redoubler les plaisirs.
Voici une autre devise plus moderne que j’ai trouvée en feuilletant un
vieux paroissien :
Appréciez moins bien la vie,
Si vous voulez en mieux jouir,
Avec trop de philosophie,
On parviendrait à la haïr.
Ou désirs, ou regrets, voilà notre partage;
Mais sous ce triste aspect pourquoi l’envisager?
Vivre, dit-on, c’est voyager ;
Dans les distractions achevons le voyage ;
Le sommeil vient sans y songer.
Au Fidèle Berger, rue des Lombards, à Paris.
Il y eut aussi des devises dévotes. Mme Emile de Girardin écrivait, le
io janvier 1847, dans ses Lettres parisiennes : << Nous devons vous dénoncer
les bonbons à la mode pour les étrennes de cette année. Ce sont tout bonnement
des sacrilèges sucrés. Ils représentent la sainte Vierge et l’enfant Jésus. La
devise qui accompagne chacun de ces bonbons est une prière fervente :
Sainte Mère du Christ. .. O Vierge immaculée !. . .»
Les confiseurs de la Restauration marchèrent sur les traces de leurs
devanciers en ornant leurs boîtes de dragées de jolies vignettes recherchées
des amateurs. Je reproduis deux pièces de ma collection, la vignette de
Dufresne frères et celle d’un confiseur qui m’est inconnu, son nom ayant été
imprimé sur une face de la boîte qui n’a pas été conservée. Il s’agit
probablement de Cretaine, ainsi mentionné dans l’étude de M. Henri Bouchot,
publiée par Le Livre et l'Image : « Cretaine a dans ses ateliers de la rue
Montorgueil des boîtes historiées où, sur les vignettes, se déroule la vie
entière des bourgeois parisiens depuis le mariage jusqu’au baptême».
Avant de passer à un autre ordre d’idées, je tiens à mentionner, en 1827,
les bonbons à la girafe.
En-tête de facture Yers 1840. (Coll. de rauleur).
Sous la Restauration, les amateurs de friandises s’étaient régalés de
bonbons à la Charte; c’est aussi en soulevant le couvercle d’une tabatière à
la Charte, que nos grands-pères humaient une prise. Sous le gouvernement
de Juillet, la charte qui succéda à celle de 1814 fut tellement prodiguée que je
l’ai vue gravée jusque sur un verre à boire. Il n'est donc pas surprenant de
la trouver fréquemment sur les factures, et surtout sur celles des fournisseurs
de la Cour. Sur cette période, je possède deux factures dont je reproduis
les en-têtes, celle de Lemoyne, breveté de la reine Amélie, et celle de
Prévost jeune, chocolatier à Bordeaux, datée du 9 décembre 1837. Sa maison
existe encore à Bordeaux, allées de Tourny, 4, avec succursale à Paris,
boulevard Bonne-Nouvelle, 39.
On trouvera dans la collection du Livre et l'Image, et dans le livre de
M. Grand-Carteret, Vieux papiers, vieilles images, la reproduction du
— 18 -
couvercle de la boîte à bonbons représentant le baptême du comte de Paris,
avec cette adresse: « Lemoyne, confiseur, fournisseur de Sa Majesté la Reine,
n° 50 et 52 rue des Lombards, Paris ».
Pendant les dernières années du règne de Louis-Philippe, les boîtes de
dragées furent ornées des portraits sous verre des célébrités du jour. Je vois
d’ici les bustes de Victor Hugo, de Lamartine, de Béranger. Je retrouve aussi
dans mes souvenirs d’enfance l’inévitable petite boîte à pastilles en carton
recouvert de papier argenté, figurant une pile de pièces de cinq francs à
l’effigie de Louis-Philippe.
Dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle les confiseurs se sont
inspirés de leurs ancêtres. On n’a pas perdu le souvenir de ces étalages du
jour de l’an où les trois règnes de la nature étaient rnis à contribution, où le
troupier français, fusil au poing et sac au dos, coudoyait le général Changarnier
et le maréchal Bugeaud. Variété, actualité, voilà en deux mots l’histoire de la
confiserie contemporaine. Les théâtres ont pris l’habitude de jouer, sous le
nom de revues, des fantaisies désopilantes sur les évènements de l’année. Les
confiseurs aussi ont leurs revues, où les grands hommes de la terre deviennent
les petits hommes de sucre qui, au dix-septième siècle, attiraient déjà
l’attention du poète Colletet. Un jour, le vieillard qui conduira son petit-fils
à la foire aux étrennes, lui dira, en lui mettant dans la main la statuette
éphémère de quelque célébrité du jour : « Je me souviens pourtant d’avoir
mangé Thiers en sucre et Gambetta en pain d’épices ! » 1
A propos de Thiers, je réédite un mot qui fit fortune en 1863, quand
l’auteur de l’Histoire du Consulat était le concurrent de Devinck aux élections
législatives de Paris: « Le nom de Thiers est inscrit sur les tablettes de
l’Histoire; celui de Dcvinck n’est inscrit que sur ses tablettes de chocolat. »
C’est ici que se terminait l’étude que j’ai publiée il y a vingt-deux ans
dans la Gazette des Bains de mer de Royan. Je regrette que d’autres travaux
et des circonstances indépendantes de ma volonté ne m’aient pas permis
de continuer mes recherches jusqu’à nos jours pour traiter mon sujet avec
les développements qu’il comporte. Après avoir parlé presque exclusivement
de Paris, j’aurais aimé à faire des excursions en province où M. Monmarché
nous a appris avec ses étiquettes des distillateurs de Voiron et de Chambéry
qu’on peut découvrir des trésors inconnus. En fait de pièces valant un peu la
1. On lit dans un article du Gaulois du 18 mars 1904 sur la foire de Paris:
«A signaler encore les boîtes à bonbons en carton-pâte affectant la forme de têtes de personnages
connus : MM. Combes, Waldeck-Rousseau, Pelletan, Lépine, etc... Jadis nous avions les têtes de
pipes; aujourd’hui nous avons les têtes politiques-boites fctn hi:».
— i9 —
peine d’être reproduites, je ne vois guère dans mes cartons que la jolie
étiquette de Barandon, pâtissier-confiseur à Bergerac, et la vignette du
Fidèle Berger à Vichy, que j’ai prise sur une boîte de fer blanc datant d’au
moins quarante ans.
On fait aujourd’hui des boîtes de baptême et des sacs de bonbons très
artistiques; je laisse le soin d’en parler à nos collègues parisiens, bien mieux
documentés que moi, car je n’ai dans cette série qu’une jolie vignette genre
moyen âge représentant la cérémonie du baptême avec les noms de l’enfant,
du parrain et de la marraine (18 novembre 1890).
J’ai rapporté de l’exposition de 1900 des adresses de confiseurs intitulées
« spécialités de baptêmes »; j’y remarque le Chat noir, maison fondée en 1780,
et surtout le Fidèle Berger dont le prospectus très illustré est accompagné
d’une notice historique où je lis : « Dès 1720, écrit Grimod de la Reynière,
un nommé Berger, à qui la maison doit sa naissance, eut l’heureuse idée de
faire précéder son nom de l’épithète Fidèle et ces deux mots réunis ont produit
cette enseigne tout à la fois ingénieuse et simple et qui depuis a acquis tant
de célébrité ».
Je ne veux pas terminer sans dire quelques mots des prospectus
contemporains qui se font de plus en plus ingénieux. Vers 1885, il fut de
mode de distribuer des prospectus qui parodiaient les actes d’huissier, en
faisant sommation aux gens de prendre part à un bal de souscription,
20
d’assister à la représentation d’une revue, d’acheter un objet de consommation.
Voici une de ces pièces encartée dans la Revue illustrée du Ier janvier 1886:
Supplément de la Revue Illustrée.
Sommation.
L’an mil huit cent quatre-vingt-six, le Ier Janvier.
A la requête de M. ou Mme Bienvenue-Désirés Gourmets,
pour qui domicile est élu à Paris, à partir du présent jour.
J’ai, Aimé Bouf-Bouf, huissier près les Tribunaux de la
Dégustation séant à Paris, y demeurant,
Fait sommation à M. Conninvite Toulemonde, demeurant un
peu partout et autre part, ou étant et parlant à sa bourse,
D’avoir, dans le plus bref délai possible, à se rendre au
magasin de gaufrettes et biscuits de luxe de la M°“ Bugard et Cie,
111, Boulevard de Sébastopol, à Paris ( Usine à Nantes), pour s'y
faire servir à son choix des Biscuits et Gaufrettes Nantaises,
ainsi que de la Confiserie fine et du Chocolat Lombart, qui se
vend partout 2 fr., au prix exceptionnel de 1 fr. 70 le 1/2 kilo,
qu’il lui plaira de payer de suite, et pour tous dommages il leur
sera dit : Goûtez et comparez. Lui faisant remarquer le grand
tort qu’il fait à lui-même s’il ne profite pas de cet avantage.
A ce qu’il n’en ignore, je lui ai, étant et parlant comme
dessus, laissé cette copie qui ne lui coûtera que la peine qu’il
prendra de la lire, sauf d’autres frais, y compris la feuille du
timbre spécial dont le coût est de ce qu’il voudra dépenser au
magasin de détail, m, Boulevard Sébastopol et i,Rue du Caire.
Aimé Bouf-Bouf.
L.-A. Pioand, me St-Sanvenr, 18, Paris.
De la littérature, le réalisme s’est introduit graduellement dans le
prospectus. Autrefois le prospectus était une feuille volante dont il fallait
lire au moins l’intitulé pour savoir de quoi il s’agissait. Puis sont venus les
prospectus illustrés dont les vignettes nous avertissent à première vue que
nous sommes sollicités par un cordonnier, par un tailleur, par un menuisier.
On ne s’en est pas tenu là, voici qu’on fait des prospectus qui nous mettent
dans la main la représentation exacte de l’objet recommandé. De là ces
cartons découpés dont les sinuosités figurent un chapeau, un soulier, un
éventail, une voiture automobile, un couteau à papier, les deux battants d’une
porte d’armoire, une tête émergeant d’un paletot qu’il faut ouvrir pour lire
le nom du tailleur. Ces exemples sont fréquents dans la grande série des
comestibles. C’est un enfant qui prend son chocolat ; un marchand de marée
qui imprime sa réclame sur un poisson ; un boulanger qui nous donne son
boniment au verso d’une lame étroite de carton dont le recto représente un
pain d’une couleur appétissante. Je lis simplement « Lu, Petit-Beurre, Nantes»
sur une petite feuille de carton dont la forme, la couleur et la dimension
représentent à s’y méprendre une gaufrette.
Devant ce carton si bien torturé, je songe aux remarques si judicieuses
que les prospectus actuels ont inspirées à M. le docteur Baillière dans ses
articles de notre Bulletin. Ne pouvant passer en revue toutes les sucreries, je
prendrai pour thème de mes observations le biscuit et son frère le macaron.
Dès le dix-septième siècle, le biscuit tient une place honorable dans
l’histoire anecdotique des mets sucrés. On connaît les vers célèbres de
Boileau sur le pâtissier Mignot :
Car Mignot c’est tout dire, et dans le monde entier
Jamais empoisonneur ne sut mieux son métier.
Que fit Mignot pour se venger ? Il voulut d’abord intenter un procès à
Boileau, mais voyant que les rieurs ne seraient pas pour lui, il fit imprimer
à ses frais La critique désintéressée sur les satires du temps, de l’abbé Cottin,
une des victimes de Boileau, où le grand satirique était très maltraité, et il
En-tête de facture, 1837. (Coll, de l'auteur).
se servit des feuilles de ce livre pour envelopper tourtes et biscuits.
Boileau prenant bien la chose, acheta désormais ses gâteaux chez Mignot.
Nous avons à Périgueux le biscuit Saint-Martin dont l’enveloppe, qui
ne mesure pas moins de 69 centimètres de longueur sur 26 de largeur, est
ornée d’une grande vignette représentant saint Martin coupant son manteau
pour le partager avec un pauvre. Quel rapport, me direz-vous, peut-il y
avoir entre ce grand saint et un biscuit? Aucun, assurément, mais sachez
qu’on a construit dernièrement à Périgueux une église sous son vocable et
qu’un de ses vitraux reproduit la scène du partage du manteau. Voilà ce qui
nous a valu le biscuit Saint-Martin, pendant que la rue qui portait ce nom
est devenue, signe des temps, la rue Gambetta.
Nous n’en sommes plus à compter dans toutes les branches de l’industrie
-- 22
les réclames versifiées de façon à rendre jaloux le bon Loret, s’il était encore
de ce monde. Les fabricants de biscuits et de macarons s’en sont donné à
cœur joie. Vers 1875, à Barbezieux, un pâtissier-confiseur a intercalé dans
la prose de son prospectus la chanson des macarons qui débute ainsi :
Allons, amis, la coupe est pleine!
Engloutissons
Les macarons!
Petits!.... Cela se sent à peine!
C’est réjouissant,
Appétissant !
Faut en manger à la douzaine,
Tous frais, tous ronds,
Les macarons.
Oh! mes amis, la bonne aubaine,
Les macarons!
Waltier-Migeons.
En 1897, le Suprême Pernot imprimait au verso de sa vignette des
quatrains où un amant se demande ce qu’il pourra offrir à sa belle pour la
charmer. Elle refuse de beaux écus, un peigne d’or, une aigrette en diamants,
un voyage à Paris :
« — Non, dit la belle, ce que j’aime
Est bien meilleur que tout cela
C’est une boîte de Suprême...
Tenez, justement, en voilà... »
Elle en eut dix à l’instant même,
Et, — vertu que le Suprême a, —
Aussitôt la belle que j’aime
(O bonheur suprême) m'aima.
Les biscuits Leroy ont voulu donner leur note dans ce concert :
Debout ! les gourmets de la terre,
Debout! et quand nous aurons faim,
Trempons des Leroy dans un verre
Rempli de notre meilleur vin.
Du passé faisons table rase,
Pour ces biscuits, debout ! debout !
Car l’on peut dire sans emphase
Que s’ils n’étaient rien, ils sont tout.
Refrain :
Dans la lutte finale
Leroy fit, c’est certain,
La pâte idéale,
Le biscuit le plus fin.
Les biscuits Olibet ne se sont pas mis en frais d’imagination, du moins
dans les réclames de ma collection, car il peut y en avoir bien d’autres.
Ils ont réimprimé tout bonnement Cadet-Roussel, Marlborougli s'en va-t-en
guerre, Au clair de la lune, Le chat de la mère Michel, J’ai du bon tabac,
Le roi Dagobert, tout cela tiré en rouge avec accompagnement de vignettes
grotesques; c’est un moyen comme un autre d’attirer l’attention.
Arrivons aux prosateurs. Je mentionne rapidement les réclames illustrées
de la Biscuiterie nantaise, des biscuits Guillout, des biscuits Ducasse et
Guibal, de la manufacture des biscuits de luxe Bugard, de la maison
Laporte, 1 houmazeau, Bruyère et Cie, Bègles-Bordeaux ; usine du moulin
d’Ars, avec une vue du moulin, des biscuits Germain à Lyon, des biscuits
des Femmes de France, des biscuits Lefèvre-Utile. Avec de telles ressources,
qui pourrait aujourd’hui s’embarquer sans biscuits?
La pastille, qui nous rappelle les innombrables réclames de Géraudel,
s’est piquée d’émulation, elle a voulu avoir sa chanson. Voici le premier
couplet d’une élucubration qui porte en marge, au timbre caoutchouc :
« Périgueux, 1904. Médaille de vermeil ».
BONBONS AU MIEL PUR OU PERIGORD
VIENS PASTILLE
Air : Vient Pouftoule
Dédiée à M. le Président dn Rucher du Périgord.
Il existe, Mesdames, Messieurs,
Un bonbon délicieux
Qui régale jeunes et vieux,
C’est un bonbon fameux,
Au miel pur du Périgord.
Il est bien le plus fort.
Contre la toux, les maux de cou
On l’adopte surtout.
C’est ainsi,
Mes amis,
Que partout chacun s’écrie :
Viens pastille, viens pastille, viens,
Mon doux bonbon au miel,
Tu n'as pas ton pareil.
Ah !
Viens pastille, viens pastille, viens,
Soulager mon cou
Et viens guérir ma toux.
Nos industriels ne dédaignent pas les petits moyens pour attirer la
clientèle. La maison Félix Potin colle sur le tarif de ses chocolats des
timbres-poste étrangers. C’est une prime en miniature offerte aux philatélistes.
On sait le succès qu’a obtenu la collection des timbres commémoratifs
auxquels s’annexent les timbres commerciaux. Dans le n° 2 (juillet-août 1904)
de Y Investigateur illustré, notre collègue M. Clément Drioton nous donne
la délicieuse vignette des Anis de l’Abbaye de Flavigny.
*
* *
Où s’arrêteront les progrès de la réclame et le développement de ses
moyens de séduction? Nul ne pourrait le dire. Depuis le berceau jusqu’à la
— 34 —
tombe, nous s mimes assaillis par les prospectus. Que dis-je, depuis le
berceau? Nous ne sommes pas nés que la sage-femme envoie son prospectus
à nos parents. Un enfant peut naître avant terme, de là les prospectus de
couveuses. Nous sommes encore en nourrice que déjà un maître de pension
songe à nous apprendre à lire. Voici venir les prospectus de jouets et dans
quelques années, ceux des fournitures de première communion. Ainsi de
suite jusqu’à notre dernier soupir qui nous délivrera enfin de cette avalanche
de papiers dont on pourrait dire avec une variante aux vers de Béranger:
Les prospectus vous égalent en nombre,
Fleurs d’acacias qu'éparpillent les vents.
Étiquette de confiseur. (Co/l. de l'auteur).
Quand nous serons sur notre lit de mort, tout ne sera pas fini, car il y
a ericore les prospectus des entrepreneurs de pompes funèbres et ceux des
marchands de couronnes. Quand on possède comme moi un lot de réclames
funéraires parmi lesquelles il en est une, imprimée en 1900, qui débute ainsi:
« Pourquoi s’obstiner à vivre? quand on peut se faire enterrer confortablement
pour seulement 45 f. 95. », et une autre qui nous dit : «Convois funèbres
absolument gratuits — Plus rien à payer. »; quand on entend vanter les
avantages d’un cercueil capitonné, comment pourrait-on s’étonner de voir
la Renommée emboucher sa meilleure trompette pour célébrer les douceurs
des dragées, des pralines et des marrons glacés?
Jules PELLISSON
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Fait partie de Bonbons d'autrefois
