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ESSAI
SUR
L’ANGINE
N.° 20.
INFLAMMATOIRE ;
PRÉSENTÉ ET PUBLIQUEMENT SOUTENU
A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE MONTPELLIER,
le
3o Mars 1821 ,
Par P. L. LACOUDONIE ,
De FANLAC ,
département de la Dordogne ,
DOCTEUR EN
MÉDECINE,
Ex-Chirurgien des Hôpitaux militaires de Paris , et Bachelier ès-lettres
de l’Académie de Montpellier.
Aër pabulum vitae.
Hipp.
psïiAïeTi-ÆGUtf
A MONTPELLIER,
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villi:
■; OL PERIGUEUX
Chez JEAN MARTEL AÎNÉ , Seul Imprimeur de la Faculté de Médecin»^
près l’Hôtel de la Préfecture, n.° 6a.
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Monsieur GRAND ,
Avocat, ancien Député du département de la Dordogne , etc. ;
A celui qui, par ses talens et ses vertus , s’est toujours
concilié l’amour , l’estime et la considération générale
de ses compatriotes.
Mo nsi e u r ,
Étant du nombre de ceux que vous avez daigné honorer de
votre bienveillance et de vos bienfaits , agréez , je vous prie,
avec bonté, ce premier essai de mes travaux , comme un faible
hommage qui vous est offert par le respect , l’attachement et la
reconnaissance.
Aux Auteurs de mes jours.
Tribut d'amour et de respect.
A MES FRÈRES, MA SŒUR ET MON BEAU-FRÈRE,
Gage d'amitié fraternelle.
P. L. LACOUDONIE.
ESSAI
SUR
L’ANGINE INFLAMMATOIRE.
Depuis long-temps la raison et l’expérience se sont réunies pour
démontrer que toutes les parties du corps où il existe un réseau
nerveux et vasculaire sont susceptibles d’inflammation : il est donc
évident que cette maladie peut attaquer les organes destinés aux
fonctions de la déglutition et de la respiration. Dans l’un et l’autre
cas , elle prend indifféremment les noms A'angine ou A'esquinancie,
quelquefois celui de cynanche. La première de ces dénominations
dérive du verbe latin angere, qui signifie suffoquer , étrangler, et
c’est celle que de nos jours les nosologistes modernes emploient de
préférence.
Celte affection , toujours grave à cause des fonctions vitales
qu’elle compromet et des secours prompts et énergiques qu’elle
réclame , est loin de présenter toujours les mômes symptômes. Les
anciens y ont fait une foule de distinctions vaines et puériles,
qui n’entraînent aucune difierence dans le traitement , et qu’ilà
expriment néanmoins par des noms fort difficiles à prononcer ou
6
à retenir ; ce qui faisait dire au célèbre Lieutaud : « ces noms
« barbares sont plutôt le langage des écoles que celui des praticiens.»
Tâchons d’éviter cet écueil, en nous rappelant que la. véritable
manière d'étudier une maladie ne consiste pas à apprendre des mots
ni certaines divisions minutieuses et sans fondement , mais bien à
analyser cetLe maladie, à en rechercher le caractère et la nature,
enfin à suivre scrupuleusesnentsa marche pour en arrêter les progrès
lorsqu’elle paraît tendre à une terminaison funeste. Laissant donc
de côté les divisions de l’angine établies par les écrivains en vraie
ou en fausse , avec ou sans tumeur ; sans parler non plus des
angines paralytique et convulsive que décrit Buchan, etc., je me
contenterai de définir l’angine , l’inflammation qui attaque les
diverses parties de la gorge , et gêne ou empêche , soit la respira
tion , soit la déglutition , soit l’une et l’autre de ces fonctions à
la fois, de manière pourtant que la maladie réside hors de l’estomac
et des poumons et au-dessus de ces viscères. Quant à ses différences >
elles découlent naturellement de son siège et de son caractère
essentiel. Il est incontestable que non - seulement le pharynx et
l’œsophage, le larynx et la trachée-artère, mais encore tous
les organes voisins, tels que les amygdales, le voile du palais, la
luette, etc., peuvent être lésés ensemble ou isolément par l’in
flammation qui constitue l’angine. Mais les anciens ne vont-ils pas
trop loin lorsqu’ils admettent un si grand nombre de variétés sur
une seule différence de siège? D’abord il est très - rare que l’in
flammation n’attaque pas à la fois plusieurs parties , d’où il naît
une foule de symptômes qu’il est impossible de bien démêler. « La
méthode analytique qu’a suivie Boërhaave, dans ses Aphorismes,
ne serait-elle pas plutôt, dit M. le professeur Pinel, une simple
spéculation de cabinet et un résultat de connaissances étendues
en anatomie et en physiologie , que la suite d’un enchaînement
rigoureux de faits bien observés et d’une détermination précise des
signes extérieurs propres à faire bien distinguer ces differentes
phlegmasies ? » En effet , le praticien le plus exercé pourra-t-il les
reconnaître et tracer une ligne de démarcation entre elles? D'ailleurs,
7
pour peu que l’angine soit intense , n’attaque-t-elle pas en même
temps'toutes les parties que cet auteur suppose pouvoir être exclu
sivement lésées ? Nous nous bornerons donc, par rapport au siège de
l’angine , à en reconnaître deux espèces: l’une qui attaque le pharynx
et les amygdales, et que nous nommerons pharingêe; l’autre qui
occupe l’organe de la voix et le commencement du conduit aérien, et
qui mérite la dénomination de laryngée.
Les distinctions qu’on fait de l’angine d’après sa nature ou son
caractère essentiel, sont les plus importantes, vu que c’est sur
elles que repose le plus grand nombre des indications curatives.
1.re Espèce. D’abord elle peut consister en une inflammation
vraie, franche ou exquise, ayant tous les caractères de l’inflam
mation phlegmoneuse , et peut être idiopathique, symptomatique,
critique- ou métastatique.
2. e La deuxième espèce d’esquinanicie est dite maligne ou gan
greneuse , et n’a aucun rapport avec l’inflammation du gosier lors
même qu’elle se termine par gangrène. Ordinairement épidémique,
elle attaque les sujets de tout âge, mais principalement les personnes
jeunes et débiles: c’est une espèce d’érysipèle occupant la gorge,
se couvrant de taches blanchâtres et cendrées qui se transforment
promptement en escarres , et qui laissent après leur chute des ulcé
rations plus ou moins étendues d’une couleur brunâtre et comme
plombée ; enfin, elle s’accompagne le plus souvent d’une éruption exan
thématique , analogue à la sbarlatine , sur toute la surface du corps.
3. e L’angine qui attaque la trachée-artère prend le nom de
membraneuse , de polypeuse, ou de croup , lorsqu’elle frappe super
ficiellement la muqueuse aérienne : dans ce cas , elle produit une
exhalation de lymphe coagulable qui s’organise et forme un tuyau
membraneux, ayant la plus parfaite analogie avec le conduit
de l’air et ses divisions , et qui s’épaissit au point d’intercepter
le passage de l’air et de suffoquer le malade. Cette inflammation
particulière est remarquable , en ce qu’elle est épidémique, conta
gieuse , quelquefois sporadique : on l’observe presque toujours chez
des enfans et rarement chez l’adulte.
8
4. e On a parlé encore d’une angine catarrhale qui attaque plus
particulièrement les sujets lymphatiques : elle a son siège dans la
membrane qui tapisse l’intérieur du gosier, l’œsophage, la tra
chée-artère , etc., et offre de l’analogie avec lé coryza ; elle
s’accompagne de symptômes propres à l’angine pharyngée et tra
chéale, et produit une augmentation considérable dans la sécrétion
de la membrane muqueuse. On a en outre observé que les sujets
atteints d’un vice scorbutique , et ceux qui ont essuyé des maladies
vénériennes graves, sont exposés à une espèce d’angine chronique
qui a beaucoup de rapport, quant à ses effets, avec celle dont nous
venons de parler.
5. e Enfin, on a décrit et observé récemment l’angine qu’on
nomme œdémateuse. Celte affection à peine indiquée par Mead,
Van-Swieten et quelques autres, consiste, suivant Bayle et Dupuytren, dans une infiltration séreuse ou séro-purulente de la mem
brane muqueuse qui tapisse l’ouverture supérieure du larynx ou la
glotte elle-même. C’est plutôt une hydropisie qu’une inflammation;
et ce qui le prouve , c’est que l’unique moyen dont on ait retiré
quelques succès , est de porter le doigt jusqu’à l’orifice du larynx
ou d’introduire une sonde dans la trachée-artère, afin de dissiper
l’œdème par cette compression modérée. Or, si l’engorgement était
inflammatoire, nul doute que la pression des parties ne ferait
qu’augmenter les accidens.
Cette maladie que les nosologistes appellent angine de poitrine
(cingina pectoris'), à laquelle M. le professeur Baumes a donné, avec
plus de raison , la dénomination de sternalgie, que les uns regardent
comme une affection spasmodique du poumon , d’autres comme le
résultat de l’ossification des valvules du cœur, de l’artère aorte,
etc. , etc., ne doit pas trouver place ici , attendu qu’elle attaque les
viscères du thorax et non les parties de la gorge , et que , par cette
raison, elle ne saurait rentrer dans la définition que nous avons
donnée de l’angine.
Mon projet n’est pas d’ailleurs d’approfondir l’histoire de chacune
de ces affections , j’ai mieux aimé me circonscrire dans un cadre plus
-
'•»
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rétréci, et par conséquent plus en rapport avec la faiblesse de mes
moyens, et le peu de temps que des circonstances impérieuses
me permettent d’accorder à la composition de ce travail. Ainsi
je ne traiterai que de l’angine inflammatoire proprement dite.
Angine pharyngée. Lorsque l’inflammation atteint le pharynx ,
et quelques-uns des organes voisins, tels que les amygdales , le voile
du palais , la luette , etc. , elle prend le nom d’angine pharyngée,
dont les principaux symptômes sont les suivans : le malade se
plaint d’une douleur vive et d’un sentiment de constriction dans
l’arrière-bouche ; par l’examen des parties on découvre une rou
geur intense occupant la partie postérieure du pharynx, qui répond
aux vertèbres cervicales supérieures , et se continue sur la mem
brane muqueuse du voile du palais , de la luette , sur les environs
de la glotte et le commencement de l’œsophage. Cette rougeur
plus ou moins vive, ejé'parsemée de petites taches blanchâtres et
comme couenneuses , simulant de petites ulcérations, mais qu’on
peut enlever par de légers frottemens. 11 peut y avoir aussi une
tuméfaction plus ou moins considérable dans les glandes amygdales;
Un symptôme inséparable de cetle espèce d’angine , est la
difficulté de la déglutition ; elle tient au rétrécissement de l’isthme
du gosier par la tuméfaction des tonsilles, et à l’obstacle que l’in
flammation apporte au jeu des muscles constricteurs du pharynx;
c’est pourquoi le malade rend quelquefois par les narines les matières
alimentaires et sur-tout les boissons ; il ne respire que par les fosses
nasales , à cause des rapports qui existent entre le conduit de l’air
et celui des alimens : il y a en même temps vive douleur susorbitaire presque continue, et un tintement d’oreille insuppor
table, qui est le résultat de l’inflammation qui se propage le long
de la trompe d’Euslache , communiquant d'un côté dans la gorge,
et de l’autre dans la cavité du tympan; la face est tantôt pâle,
tantôt colorée, ce qui lient à la difficulté que la circulation du
sang éprouve dans les veines jugulaires, les artères carotides et
les vaisseaux sanguins qui se distribuent au cerveau ; les yeux
sont rouges , animés , et craignent l’impression de la lumière ; le
a
1
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pouls est ordinairement fréquent, dur et irrégulier, quelquefois
il est fréquent, petit et faible ; la langue est rouge ; les urines crues
dans le principe déposent vers le 6.® ou 7.® jour environ un sédiment
variable en couleur et en consistance; le ventre est assez libre, dans
la plupart des circonstances, à moins que la fièvre ne soit très-forte;
on remarque parfois de légères exacerbations et même du délire.
La maladie se termine ordinairement par résolution du g.e au i4>e
jour; néanmoins, comme toutes les aulres phlegmasies, elle peut
se terminer par suppuration, par induration et par gangrène. Lors-r
que la suppuration des amygdales en est la suite, il se forme un
abcès qui s’ouvre dans la bouche ou qui fait issue à l’extérieur. L’in
duration de ces corps glanduleux est très-opiniâtre ; elle expose aux
récidives de l’inflammation, mais dégénère difficilement en squirrhe?
La gangrène s’observe particulièrement lorsque l’angine inflamma
toire est compliquée avec l’ataxie et l’adynamie : enfin , une mêlastase sur les poumons et les viscères abdominaux peut aussi survenir,
s’opposer au cours régulier de cette maladie , et donner lieu aux
accidens les plus graves.
Angine laryngée- L’inflammation de la membrane muqueuse qui
tapisse le conduit aérien, doit être fort rare , attendu que les auteur?
ne nous en rapportent que quelques histoires incomplètes. Cependant
nous trouvons trois observations publiées récemment par le docteur
Baillie , de sujets adultes morts en peu de jours à la suite d’une in
flammation violente du larynx et de la trachée.
La maladie avait eu quelque ressemblance avec le croup ; elle en
différait cependant par le son de la voix , et par l’absence de la
fausse membrane qui est le caractère essentiel de ce dernier ; dans un
de ces cas on reconnut , par l’autopsie , que la glotte était oblitérée
par l’épaississement de la membrane interne du larynx dans ce point.
Le reste de la surface intérieure de la trachée présentait des traces
d’inflammation , mais à un degré beaucoup moindre ; les poumons
étaient sains (1). Voici quels sont les principaux phénomènes assignés
(1) Diction, de chirurgie de Samuel Cooper, art. Bronchotomie,
11
parles auteurs à l'angine laryngée ou trachéale que quelques-uns.
même croient pouvoir distinguer l’une de l’autre.
Dans la phlegmasie du larynx, sa membrane interne est rouge,
engorgée , douloureuse ; mais il ne paraît à l’extérieur aucun gonllement remarquable , et en examinant le fond de la bouche, on n’y
aperçoit aucun des signes de l’inflammation ; les parties malades sont
tourmentées continuellement par une chaleur et une sécheresse qui
produisent un sentiment de constriction très - pénible ; la douleur
augmente par l’inspiration , par l’action de parler, par la pression
extérieure, et enfin par la déglutition qui néanmoins n’est pas inter
rompue. La voix est aiguë , sifflante et très-faible ; une toux sèche
et continuelle menace à chaque instant le malade d’une suffocation
inévitable; la respiration petite, fréquente et très - laborieuse , est
accompagnée d’une espèce de sifflement ; le pouls d’abord dur , ayant
tous les caractères du pouls inflammatoire , devient irrégulier et se
sent à peine , sans doute à cause de la difficulté que le sang éprouve
à circuler dans les poumons ; la face est rouge, animée et les yeux
sont saillans ; le malade est dans un état d’angoisse qui se termine
ordinairement par la mort.
Malgré que l’inflammation de la trachée-artère présente à peu près
les mêmes symptômes que nous venons de décrire , on a prétendu la
faire distinguer de celle du larynx en ce que la douleur augmente
dans l’inspiration et lorsqu’on presse la trachée ; tandis que , dans
l’angine laryngée , la douleur est plus forte au moment où le larynx
s’élève pour opérer la déglutition- On a dit également que la voix
était plus aiguë et plus perçante dans les phlegmasies du larynx que
dans celles de la trachée-artère ; mais outre que ces signes sont insuffisans, une erreur dans le diagnostic ne pourrait avoir ici aucune
conséquence fâcheuse , parce qu’en supposant que l’on prît une de
ces maladies pour l’autre, le traitement étant le même , il ne pour
rait rien résulter de cette méprise.
L’angine laryngée ou trachéale peut se terminer de différentes
manières. Lorsqu’elle est légère , elle peut se résoudre ; mais portée
à un degré d’intensité plus considérable, elle intercepte le passage
12
de l’air par la glotte et fait pe'rir le malade en peu de temps. Cett®
maladie est aussi susceptible de se terminer par suppuration : dans
ce cas, si la matière s’épanche tout-à-coup dans les voies aériennes
en trop grande quantité, le malade est promptement suffoqué. Lors
qu’il survit à cette terminaison, il est exposé à une ulcération opi
niâtre qui, passant à l’état chronique , constitue la phthisie laryngée.
Causes. Les causes sont les mêmes dans l’angine laryngée ou
trachéale , et dans celle qui attaque les tonsilles , le voile du palais
pu le pharynx. Comme dans toutes les maladies , on les distingue
en prédisposantes et en occasionelles.
Les premières sont celles de l’inflammation en général ; ainsi,
la jeunesse , un tempérament sanguin , la suppression de quelque
évacuation habituelle ou périodique, la saison du printemps , l’habi
tation dans un pays sec et montagneux, etc. , etc., peuvent être
.considérés comme les principales causes prédisposantes.
Les causes occasionelles peuvent être distinguées en externes et
en internes. Parmi les premières , on range l’application du froid et
.du chaud sur les parties de la gorge et les variations de température ,
jsur-tout pendant un exercice violent, comme l’équitation, la course
dans un sens opposé à la direction du vent, les efforts du chant , de
la déclamation , l’application de substances vénéneuses ou âcres ,
comme la chaux vive , par exemple , la salivation mercurielle , elc.
Enfin , l’angine inflammatoire reconnaît pour causes internes le
rhumatisme, la goutte , les affections vénériennes, etc.: elle accom
pagne certaines pyrexies exanthématiques , telles que la scarlatine *
la rougeole , la variole , etc., etc.
Diagnostic. Par la description que nous avons donnée de l’angine
inflammatoire, du pharynx et du larynx , il n’est pas difficile de
les distinguer l’une de l’autre , et de porter un diagnostic juste dans
.ces deux maladies. Dans la première , on reconnaît aisément l’état
des parties par la vue, en abaissant la base de la langue; dans l’angine
laryngée , au contraire, où l’on ne peut rien apercevoir , malgré
l’examen le plus attentif, on est réduit à observer les symptômes
généraux ; ensuite la comparaison qu’on peut établir entre la struc-
îure des parties- lésées et leur usage dénoté le siège du mal et so»
intensité.
Pronostic. Ouant au pronostic , il varie selon que le
/
/
pharynx ou le larynx se trouvent affectés ; il est encore fondé
sur la terminaison à laquelle tend la maladie dans l’un et l’autre
cas. L’angine pharyngée inflammatoire simple entraîne rarement des
conséquences funestes ; elle ne devient dangereuse qu’autant qu’elle
rend impossible la déglutition , ou qu’elle se propage au conduit
aérifère. Elle s’accompagne, en général, d’une fièvre beaucoup moins
intense, et on l’a vue se juger par les urines , les sueurs , les
hémorragies nasales, les crachats purulens. L’angine tonsillaire ,
ainsi que nous l’avons déjà remarqué , dégénère facilement en indu
ration chronique , quelquefois aussi il en résulte un abcès dont
l’évacuation produit un soulagement indicible ; mais si pendant le
sommeil la matière s’épanche dans la trachée-artère , elle peut faire
périr le malade subitement.
L’inflammation laryngée est beaucoup plus dangereuse que la pré
cédente, en ce qu’elle compromet la respiration; elle est d’autant plus
grave , que le sang circule plus lentement et avec plus de difficulté
dans l’intérieur des poumons. Néanmoins, lorsque l’inflammation
monte dans l’intérieur du pharynx , au lieu de se répandre sur toute
la surface de la trachée , et que la rougeur et la tumeur deviennent
apparentes , on doit bien augurer de la maladie. « L’angine la plus
« éminemment inflammatoire n’est souvent qu’un mouvement violent
« de la nature, qui fait effort pour trouver dans la gorge une issue
a qui dégage les poumons et les parties environnantes- L’orage le
« plus violent amène quelquefois un calme fort heureux (.’)•» Mais
si, au contraire, l’inflammation du gosier disparaît, et que les symp
tômes sur-tout la suffocation augmentent, le malade court de plus
grands dangers. « Lorsque l’angine tombe sur les poumons, dit
« Hippocrate , la gorge étant débarrassée , la fièvre et la douleur
« de côté surviennent sur-le-champ : si le malade passe le cinquième
(I) Bordeu.
i
14
« jour , la suppuration a lieu , ou bien, étant pris par la toux , il
a se rétablit peu à peu par l’expectoration et la mondification des
« crachats « (i). Dans un autre aphor., il assure que « l’esquinancie
« qui se précipite soudainement sur les poumons , fait périr le
« malade en sept jours ; après ce temps-là elle peut passer à la
« suppuration. « (2) Quand le larynx est vivement enflammé , si la
résolution ne survient point , alors le malade peut périr de suffo
cation , et on a même observé que la bronchotomie ne pouvait
sauver les jours du malade , si elle n’était faite de très-bonne
heure , attendu que l’inflammation se propage jusqu’aux poumons,
et qu’il survient une stase sanguine à laquelle on ne peut plus
remédier.
Traitement. Le traitement de l’angine inflammatoire peut
être distingué en naturel et en perturbateur : dans le premier , on
cherche à combattre la cause , à prévenir les complications, à
ramener les propriétés vitales à leur rhythme naturel , et à écarter
les obstacles qui pourraient retarder ou empêcher la résolution ;
dans le second, en agissant sur les parties affectées ou médiatement
sur les parties contiguës, ou plus ou moins éloignées, on s’efforce
de troubler la nature dans la réaction qu’elle suscite , d’arrêter
ou du moins de modérer ses effets ; c’est-là ce qu’on obtient par des
saignées copieuses et répétées , des purgatifs, des vomitifs , des
rubéfians , ou bien par l’emploi des astringens , des sédatifs , etc.
D ailleurs , comme le traitement de l’inflammation qui nôus occupe
est essentiellement hygiénique, nous allons rapporter toutes les indi
cations qu’il présente à l’usage rationnel des six choses appelées
improprement non-naturelles , et mieux caractérisées , d’après le
savant Hallé, par les dénominations de circumfusa , applicata ,
gesta , ingesta , excreta et retenta , et percepta.
Après avoir indiqué le traitement général de l'angine inflamma-
(1) De morb. lib. II. cap. 9. Charter.
(2) Aph. 10. sect. 5. tom. 9. p. 200. Charter.
foire, nous signalerons quelques procédés chirurgicaux auxquëiapn doit avoir recours dans les cas extrêmes , et nous terminerons
par poser l’indication particulière à chacune des terminaisons de
la maladie.
Circumfusa. Autant que possible, le malade sera placé dans une
atmosphère tempérée, puisqu’un air trop chaud , en augmentant la
raréfaction des humeurs, ne peut que redoubler l’inflammation , et
que l’angine étant souvent occasionée par un air trop froid , elle
ne pourrait qu’être aggravée si le malade n’était soustrait à l’influence
de cette cause pernicieuseApplicata. Malgré qu’à la rigueur on doive écarter avec soin
d’une partie enflammée toutes les substances irritantes, dès le début
d’une angine inflammatoire légère et de cause externe , on peut se
permettre l’emploi des moyens répercussifs ; mais pour peu qu’elle
soit avancée dans sa marche et quelle soit intense , cette méthode
perturbatrice n’est plus applicable , car on s’exposerait à provoquer
la terminaison en squirrhe ou en gangrène , et ce qui est le plus
à craindre encore, en une métastase sur les poumons ou quelque
autre viscère important. C’est ce qui n’est que trop malheureu
sement démontré par l’abus que font de ces substances quelques
empiriques ignorons. Trallianus , qui paraît être un grand partisan
de cette méthode répercussive , n’en faisait pourtant qu’un usage
bien entendu. « Si la maladie , dit-il , n’est que commençante et
« que le cours de la matière soit encore libre , il est permis d’avoir
« recours aux applications répercussives. » Ainsi donc nous pou
vons établir en principe que , si l’inflammation du gosier est traitée
dès son début , qu’elle soit peu intense , qu’elle ne soit point accom
pagnée de symptômes généraux trop graves, enfin qu’elle n’ait point
une marche trop impétueuse , trop rapide , on peut espérer de faire
avorter la maladie par le secours des astringeus , tels que l’appli
cation de l’eau froide ou de la glace à l’extérieur, l’usage des garga
rismes avec le chèvrefeuille, l’écorce de grenades, les noix de cyprès,
acidulés avec l’acide acétique, sulfurique, etc. Quand les moyens
répercussifs n’ont pu être mis en usage , et que l’inflammation est
i6
à son apogée, on doit donner la préférence aux émolliens sous
forme de gargarismes , de vapeurs , de fomentations, de cataplas
mes, etc. On peut encore / selon les indications , rendre les topiques
anodins et résolutifs , en leur associant les substances qui possèdent
ces propriétés.
Gesta. Pour peu que l’angine soit violente , le malade doit garder
le repos ; il sera d’ailleurs nécessaire d’éviter avec soin tous les
efforts que nécessitent la parole et sur-tout la déglutition , en ne
donnant au malade que de petites quantités de boissons.
Ingesta. Dans tous les cas d’angine inflammatoire , le malade
sera mis à une diète sévère : des bouillons légers , des crèmes d’orge,
d’avoine, de riz, feront sa seule nourriture ; le malade'prendra
aussi quelquefois une tisane faite avec la mauve ou la guimauve,’
ou bien avec l’orge, les fleurs de violettes , la gomme arabique , etc.
On pourrait encore lui administrer une décoction de bourrache, de
cerfeuil, de sureau , à cause de leurs propriétés légèrement sudori
fiques. Ces boissons , qui seront prises tièdes , pourraient même aii
besoin être rendues calmantes, en y ajoutant du camphre, du
sirop diacode , de celui d’œillet, etc. Dans l’angine inflammatoire
simple , il est rare qu’on doive avoir recours aux vomitifs , mais
lorsqu’elle se trouve jointe à un état saburral des premières voies ,
ou qu’elle est due à cette cause , l’émétique produit des effets mer
veilleux ; son administration n’est cependant point à l’abri de tout
reproche , puisqu'elle peut occasioner une métastase funeste. Les
purgatifs peuvent être d’un grand secours à titre d’évacuans, de
dérivatifs ou de moyens perturbateurs ; on se trouve bien en général
des purgatifs doux ou minoratifs , des tisanes rendues légèrement
purgatives par l’addition de la pulpe de casse , de tamarin , etc. Ces
moyens ont l’avantage de faire cesser l’embarras intestinal , et de
déplacer l’irritation morbifique. Dans le cas où l’on veut agir en
même temps sur la peau , on obtient cette double indication à l’aide
de l’émétique en lavage ; on ne doit jamais oublier de conserver la
liberté du ventre par l’emploi des lavemens, qui, outre qu’ils nettoient
les gros intestins, peuvent être considérés comme des bains internes*
17
qui produisent un relâchement remarquable dans toute l’économie,
et qui concourent puissamment à déplacer l'irritation morbifique.
Excréta et Retenta. Il faudra favoriser , en général, toutes les
évacuations quelconques , on aura donc égard aux selles , aux
urines , à la transpiration pulmonaire et cutanée , etc. Un des
plus puissans moyens dans l’angine inflammatoire, est sans contredit
la saignée générale ou locale , mais son emploi rationnel doit être
fondé sur l’idiosyncrasie particulière du sujet, la violence de l’inflam
mation , en un mot , sur l’état de pléthore générale ou locale : on
devra également se conformer aux règles établies par le célèbre
Barthez sur le traitement des fluxions , et on ne doit jamais perdre
de vue que les évacuations sanguines, pratiquées inconsidérément ,
peuvent avoir des suites funestes. En effet , les parties qui sont le
siège de l’inflammation et de la tuméfaction peuvent tomber dans
un affaissement tel que la métastase soit inévitable. Hippocrate
l'avait déjà observé , puisqu’il dit, en parlant de la chute de l’an
gine (i). « Je puis assurer que j’ai vu les saignées dissiper le mal
« de gorge et supprimer les crachats ; mais la disparition de ces
« symptômes était bientôt suivie d une stase sanguine dans le
« tissu pulmonaire. » Les saignées générales et révulsives sont par
ticulièrement indiquées dans l’angine laryngée , dont la marche est
en général très-rapide , et dont les suites sont toujours à craindre.
Dans ce cas , on emploie avec succès la saignée du bras faite par
une large ouverture. Nous manquons encore de faits pour établir
jusqu’à quel point l’ouverture de la veine jugulaire externe et de
l’artère temporale peuvent être utiles pour arrêter les progrès de
cette affection redoutable.
Après l’emploi des saignées révulsives générales, après avoir diminué
la pléthore et calmé un peu l’inflammation , on eu vient aux saignées
locales plus ou moins copieuses , plus ou moins répétées , selon
l’intensité de la maladie: en conséquence, on appliquera un plus
on moins grand nombre de sangsues autour du cou , ou bien des
(i) De morb. lib. II. cap. 9. Charter, tom. VII. p. 56I.
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ventouses scarifiées à la nuque, entre les épaules ; on pourrait âu
besoin ouvrir la ranine , mais cette opération demande des précau
tions ; on a obtenu aussi quelques succès de l'ouverture des veines
sublinguales et des mouchetures pratiquées à la langue.
Percepta. Enfih, il faut tâcher de porter le calme dans l’esprit
du malade , ordinairement effrayé par les difficultés qu'il éprouve
dans l'acte respiratoire. C’est alors que le praticien doit, avec un
air d’assurance , faire entrevoir une guérison prochaine et cacher aux
yeux du malade le danger dont il est menacé.
Si , par l’effet de l’inflammation , le malade court risque d’être
suffoqué , la chirurgie recommande deux moyens : le premier
consiste à introduire une sonde creuse de gomme élastique dans
le conduit de l’air ; le second est l’ouverture artificielle des voies
aériennes. Cette opération diffère selon qu’on la pratique entre les
cartilages thyroïde et cricoïde , alors elle prend le nom de laryngo
tomie ; tandis que , lorsqu’on divise les cerceaux cartilagineux de la
trachée-artère , elle s’appelle bronchotomie ou trachéotomie. Vicqd’Azyr , Dessault et ses disciples, préconisent le premier de ces
procédés ; les chirurgiens anglais , et dans le nord , Richter et
Callisen, donnent la préférence à l’autre.
Dans l’angine pharyngée , il est rare que la respiration soit totale
ment interceptée. Si le gonflement des parties allait au point d’amener
ce fâcheux symptôme , avant d’en venir à l’ouverture des voies
aériennes , on devrait s’efforcer d’introduire une sonde en gomme
élastique dans le larynx , en la faisant passer par les fosses nasales.
Il est plus fréquent que la déglutition soit tout-à-fait interceptée
dans cette espèce d’angine ; alors , si elle était de trop longue durée,
on aurait recours à la sonde de gomme élastique introduite dans
l’œsophage, a la faveur laquelle on injecterait du bouillon, en même
temps qu’on aurait recours à des lavemens nourrissans.
Dans l’angine laryngée , pour peu qu’elle soit intense, on ne peut
guère soustraire le malade à la mort qui le menace, qu’en le faisant
respirer par une incision pratiquée au conduit de l’air , encore fautil se hâter d’en venir à la laryngotomie; car , comme nous l’avons
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déjà dit, il est à craindrej suivant l’observation de Van-Svvieten ,
que l’artère pulmonaire ne soit déjà engorgée , et qu’ainsi il ne
reste , dans la substance du poumon , une congestion sanguine
mortelle, alors même qu’on a donné passage à l’air. Louis pense
avec raison qu’on pratiquera toujours la bronchotomie trop tard,
dans l’angine laryngée, si on ne l’admet que comme un moyen
extrême; tandis que l’opération sera presque toujours efficace, si on
y a recours dès le principe de la maladie et qu’on en fasse le
secours essentiel et primitif. Cependant, d’après le conseil de Boyer,
comme la bronchotomie n’a par elle-même aucun inconvénient,
on doit la pratiquer à quelqu’époque de l’angine qu’on soit appelé,
pourvu qu’il reste encore quelque lueur d’espérance.
Pour ce qui est des indications particulières que réclame chacune
des terminaisons de la maladie qui nous occupe , je me conten
terai d’observer que, lorsqu’un abcès se forme dans l’amygdale,
on doit en général attendre sa maturité et son ouverture naturelle;
mais pour peu que les accidens pressent, il faut y pratiquer une
incision , faite soit avec le pharyngotome, soit avec un bistouri
ou une lancette convenablement garnie de linge , jusqu’à une
petite distance de son extrémité. Ce dernier instrument est même
préférable au pharyngotome dont les effets ne peuvent pas toujours
être bien calculés, et dont la lame pénétrant à une trop grande
profondeur peut aller intéresser des vaisseaux importans.
Dans le cas d’induration des tonsilles, quand le malade est
exposé à des récidives fréquentes de l’inflammation et que la tumeur
menace de dégénérer en squirrhe, on peut en venir à leur extir
pation qu’on ne pratique guère que partiellement. S’il se formait des
escarres gangreneuses, on ferait en sorte d’en hâter la séparation
par des gargarismes toniques propres à exciter une suppuration
louable et salutaire, après avoir fait usage à l’intérieur des remèdes
propres à borner les progrès de la mortification.
.....
F I N.
'A ViLLfc '1
pCRîGUEux
PROFESSEURS
DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE.
M. Jacques LORDAT , DoyenM* Antoine GOUAN, honoraire.
M. J- Antoine CHAPTAL, honoraire.
M. J. B. Timothée BAUMES.
M. M. J. Joachim VIGAROUS.
M. Pierre L AFABRIE.
M- J. L. Victor BROUSSONNET.
M. G. Joseph VIRENQUE.
M. G. J. Mathieu DELPECH.
M. Joseph FAGES.
M. Alire RAFFENEAU DELILE.
M. François LALLEMAND.
M. Joseph ANGLADA.
M. César CAIZERGUES.
MATIÈRE
DES
EXAMENS.
i er Examen. Anatomie, Physiologie.
2.e Examen. Pathologie, Nosologie, Acconchemens.
3.c Examen. Chimie, Botauiqve, Matière médicale, Thérapeutique,’
Pharmacie.
4 e Examen. Hygiène , Police Médicale , Médecine légale.
5.e Examen. Clinique interne ou externe, suivant le titre de Docteur en
médecine ou en chirurgie que le candidat voudra acquérir.
6.e et dernier Examen. Présenter et soutenir une Thèse.
.
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Fait partie de Essai sur l'angine inflammatoire
