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INSTITUT DE FRANCE.
LES ORIGINES
DE
L’ARCHITECTURE FRANÇAISE
DU MOYEN AGE
PAR
M. ÉDOUARD CORROYER
MEMBRE DE l’aCADÉMIÈ DES BEAUX-ARTS
PARIS
TYPOGRAPHIE DE FIRMIN-DIDOT ET G'E
IMPRIMEURS DE L’iNSTITUT DE FRANCE, RUE JACOB, 36
M DCCC XGVIII
LES ORIGINES
DE
L’ARCHITECTURE FRANÇAISE
DU MOYEN AGE
PAR
M. ÉDOUARD CORROYER
MEMBRE DE L’ACADÉMIE DES
BEAUX-ARTS
Lu dans la séance publique annuelle des cinq Académies
du mardi 25 octobre 1898
fYiBLIC’LkoÜE
! LE LA VILLE
| CE RgFLGUEUX^
Notre beau pays de France semble avoir été voué à
l’architecture, dès les temps les plus anciens, par les
colonisateurs et les conquérants qui s’établirent dans les
Gaules. Ils importèrent avec eux les bienfaits matériels
d’une civilisation plus avancée et la beauté de leurs arts,
parvenus à un haut degré de perfection.
Le grand art de l’architecture s’est développé chez les
Gaulois et les Francs non par des phénomènes de géné
ration spontanée, mais suivant les effets naturels, logiques
de la fdiation des idées et des arts. Puis sous l’action des
relations extérieures, principalement avec l’Orient, il s’est
transformé par des évolutions incessantes qui se pénè
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trent, se ramifient, se poursuivent, s’enchaînent à travers
les siècles et se manifestent dans leur expression monu
mentale la plus grandiose.
C’est au milieu de la période de temps dite, du moyen
âge, dans la première moitié du XIe siècle, que l’architec
ture nationale, née de la terre gallo-franque, s’annonce et,
bientôt après, apparaît avec son caractère déterminé.
L’architecture française s’est formée de trois éléments
principaux : grec, gréco-romain et byzantin.
Les Romains enseignèrent l’art de bâtir aux Gaulois et
aux Gallo-Francs, en construisant sur leur sol et selon le
mode romain, des palais, des basiliques, des thermes, des
cirques, des théâtres, des arcs de triomphe ; cependant ils
n’exercèrent qu’un ascendant esthétique fort restreint sur
l’art du moyen âge.
La Gaule a subi la domination romaine par l’effet con
sécutif de la conquête ; mais l’action civilisatrice de la
Grèce s’était affirmée, plusieurs siècles auparavant, par la
fondation de colonies grecques au nord de la Méditerranée.
Les monuments, élevés en Provence dès le commence
ment du premier siècle de notre ère, nous en donnent la
preuve, principalement à Arles et à Nîmes, où ils ont gardé
des traces profondes de l’art hellénique. Ces édifices sont
dus, sans nul doute, à des artistes grecs de la Province
romaine, car il n’existe pas d’exemple analogue en Italie.
Les changements et les embellissements de l’architec
ture imposée par Rome dans les pays conquis, se produi
sent d’abord dans les provinces (i). Par l’effet d’un senli(1) Léon Rénier. Ses cours au Collège de France.
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ment de liberté particulier à la race gauloise, Rome se
trouvait alors recevoir plus qu’elle ne donnait, et il s’opéra
comme une transfusion d’un sang nouveau, plus vif et
plus riche. A Nîmes on voit, comme exemple, le chapiteau
composite, qui n’apparaît à Rome que sur les colonnes de
l’Arc de Titus, érigé après la prise, en l’an 70, de Jérusa
lem et de son temple.
L’influence grecque sur l’architecture du moyen âge se
manifeste de nouveau vers le Ve siècle après l’établisse
ment, dans la Gaule-Franque, des moines chrétiens venus
d'Orient.
L’Institution monastique exerça, dès son origine, une
action puissante et féconde parce que ses moines étaient
en ce temps des semeurs d’idées et, mieux encore, des
semeurs d’exemples. Elle a brillé d’un vif éclat jusqu’à
Charlemagne, en préparant l’avènement, puis les évo
lutions successives des connaissances humaines, par le
développement cultivé des sciences, des arts et particu
lièrement de l’art de l’architecture.
Trois grands foyers spirituels ont illuminé les premiers
siècles du moyen âge : Lérins, où saint Honorât fonda
une école théologique de haut renom; L'Irlande, illustrée
par saint Colomban et ses compagnons, célèbres par
leurs sciences, surtout celles des manuscrits et des minia
tures, sciences importées de la Scandinavie où l’art
oriental avait prospéré, en raison des relations très
actives de ce peuple avec Byzance. Et enfin le Mont Cassin,
où saint Benoît institua l’ordre célèbre des Bénédictins,
auxquels il donna sa règle en 529.
— 8 —
Saint Benoît fut un des bienfaiteurs de l’humanité.
Son mérite, indépendamment de sa haute sagesse philoso
phique, est d’avoir compris, le premier peut-être, que le
travail utile est la principale condition de la perfection
morale.
Il faut reconnaître, et c’est de simple justice historique,
que les abbayes ont illustré l’époque dite du moyen âge,
après avoir sauvé le pays de la barbarie. Jusqu’au milieu
du XIIe siècle les sciences, les lettres et les arts, la
richesse et l’intelligence, en un mot la toute puissance en
ce monde, était possédée par les corporations religieuses.
Ces grandes maisons devinrent alors de véritables écoles
dont la force d’expansion fut immense.
L’architecture, dont l’enseignement était si spécialement
en honneur dans les écoles monastiques, tout en subissant
encore les usages romains quant à la construction même,
s’était modifiée sous l’effet des relations constantes
existant alors entre les monastères d’Occident et d’Orient,
surtout avec ceux de la Syrie.
Province romaine au IIe siècle, la Syrie centrale fut
rapidement le foyer d’un mouvement architectonique
très remarquable. Les traditions originelles étaient con
servées, mais après avoir très profondément subi l’in
fluence grecque (i). L’emploi simultané des arcs appa
reillés et des colonnes avec leurs plates-bandes, donnent
aux édifices élevés en Syrie du IIe au VIIe siècle un
caractère très particulièrement original ; on voit même
(1) Melcuior de Vogüé, de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
La Syrie centrale, etc.
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des églises syriennes, entièrement voûtées en berceau,
surmontées, au centre de leurs travées, d’une coupole
imitée des Perses; essais timides encore, marquant pour
tant les étapes d’un mode de construction qui devait
prendre à Constantinople, dans l’Europe occidentale, et
principalement en France, un si grandiose développement.
L’architecture gréco-romaine de la Syrie centrale fut
connue des moines d’Occident ainsi que le prouve le style
architectural adopté par eux pour la construction de leurs
édifices réguliers. Cette période monumentale a reçu la
dénomination, toute moderne, de romane, en vertu d’un
baptême archéologique qui ne date que de 1825 ; un sa
vant membre de la Société des Antiquaires de Normandie
ayant alors proposé d’appliquer ce mot : roman à l’archi
tecture qui était postérieure à la domination romaine et
antérieure au XIIe siècle, estimant qu’il pouvait exister
une architecture romane au même titre qu’il y avait des
langues romanes. L’idée parut juste, mais les conséquences
qu’on en tira le furent beaucoup moins; on abusa de ce
qualificatif, dont l’emploi doit être prudemment vérifié,
car l’architecture dite romane a des ramifications nom
breuses, avant et après les dates qui lui ont été assignées
arbitrairement.
Les institutions religieuses soumises à la règle avaient
pris, vers la fin du Xe siècle une importance considérable,
qui augmenta encore avec les malheurs du temps. C’était
alors une croyance universelle que le monde devait finir l’an
mil de l’Incarnation (1). L’épouvante était générale et, pour
(1) Michelet, Moyen âge.
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conjurer la colère céleste, de grands biens furent aban
donnés aux abbayes qui abritaient les malheureux déses
pérés. L’angoisse de cette effroyable attente du Jugement
dernier s’accrut encore par les calamités qui précédèrent
cette date fatale. Mais lorsqu’elle eut passé sans tenir ses
sombres promesses, l’humanité se sentit revivre, et son
premier sentiment fut un élan d’amour et de reconnais
sance pour Dieu qui ne l’avait pas anéantie. Alors d’in
nombrables pèlerinages commencèrent aux Lieux saints
et à Constantinople, qui rayonnait encore de sa magnifi
cence byzantine.
Ces voyages, ces croisades, intellectuelles pour ainsi
dire, précédant les expéditions militaires du siècle suivant,
développèrent encore les relations existant, bien avant
Charlemagne, entre les moines d’Orient et ceux d’Occi
dent; ceux-ci rapportèrent de leurs voyages lointains des
tracés, des dessins, des modèles de monuments et ame
nèrent avec eux les artistes capables de les reproduire
dans leurs monastères. L’abbaye de Cluny en donne un
exemple par l’application qu’elle fit, dès le XIe siècle, de
l’architecture, née d’une inspiration syrienne, qui devint
le type de Yart monastique enseigné dans ses écoles.
Dès le commencement du XIe siècle un grand mouve
ment architectonique se produisit. Il était la conséquence
des pèlerinages que la foi religieuse avait suscités, et se tra
duisit par de superbes édifices, suggérés par la civilisation
orientale: Saint-Marc, en Italie et Saint-Front, en France,
sont des exemples de l’influence byzantine en Occident.
Ces deux magnifiques monuments, couronnés par de vastes
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coupoles, sont contemporains. Ils ont été inspirés de
l’église des Saints-Apôtres, élevée à Byzance au temps de
Justinien; ils présentent cette particularité d’être res
semblants d’aspect tout en différant entre eux dans leur
structure.
Saint-Marc est bâti selon les usages romains, en ma
çonnerie savamment combinée, moulée pour ainsi dire,
puis revêtue d’une décoration brillante, composée de stucs
et de mosaïques.
Saint-Front, construit en pierre apparente, d’une
beauté saisissante dans sa majestueuse simplicité, est un
chef-d’œuvre de stéréotomie, ses constructeurs ayant ré
solu le problème de répartir la charge des voûtes en cou
pole sur quatre points d’appui solidarisés par des arcs à
l’aide de pendentifs savamment appareillés (i).
Votre illustre confrère Abadie, qui a restauré SaintFront, a fixé l’âge de l’église; ses études, ses consta
tations préliminaires et, très particulièrement, une photo
graphie, faite en 1870, déterminent l’état extérieur des
coupoles. Il découvrit alors que la coupole ouest, vers le
clocher, et celui-ci sur sa face est, portaient des traces
de feu, marquées par la calcination des parements et sur
tout celle des arêtes des pilastres et des fenêtres. Ce pré
cieux document (2) est une preuve évidente, un témoignage
(1) Nota. — Il faut remarquer que sur les 20 pendentifs des 5 coupoles,
17 sont appareillés normalement à leurs courbes génératrices; les
3 autres ont été refaits au siècle dernier sans tenir compte de l’appareil
ancien.
(2) Les clichés originels sont entre les mains de M. l’architecte diocé
sain de Périgueux.
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irrécusable'de l’existence des coupoles avant l’incendie de
1120, le seul dont l’histoire locale ait fait mention.
11 est donc permis de croire, et de dire, que l’église à
coupoles de Saint-Front est celle qui fut consacrée en
1047, après son achèvement, sous l’épiscopat de Giraud
de Gourdon.
La construction en pierres appareillées des coupoles de
Saint-Front fut un événement considérable au moment où
les architectes avaient la préoccupation constante de mettre
à l’abri de l’incendie leurs églises si souvent détruites
par le feu (1). Cette révolution dans l’art de bâtir fit sen
tir ses effets d’abord en Aquitaine, qui avait conservé les
principes antiques, puis dans les provinces voisines, et dès
la fin du XIe siècle un grand nombre d’églises s’élevèrent
à l’exemple de l’église de Périgueux. Cependant des modi
fications se produisirent dans les premières années du
XIIe siècle ; elles avaient pour but de diminuer les masses
des églises à coupoles primitives et de faire une répartition
plus pondérée, plus savante des poussées et des résistances,
en accusant la fonction des pendentifs par des arcs dia
gonaux indépendants, mais solidarisés à leur naissance
en conservant une élasticité et une solidité parfaites.
On voit un des premiers exemples de ce système de
construction à l’église de Montagne près de Saint-Emilion.
C’est l’œuvre des architectes laïcs, disciples des moines ;
car les progrès réalisés dans l’art de bâtir se sont accom
plis rapidement par la science des constructeurs, « ces
illustres maçons du moyen âge », selon l’expression fort
(1 ) Viollet-le-Ddc. Dictionnaire d’Architecture, etc.,t. IV, p. 41 et 350.
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juste de Quicherat. Labelle moisson d’idées, semée par les
moines, fut recueillie par le peuple laïc, instruit à leurs
écoles. Il faut se souvenir que si les immenses cathédrales,
les grands châteaux féodaux avec leurs formidables don
jons, les maisons de ville, les hospices, les palais et les
enceintes des cités, ne sont pas l’œuvre des moines, ceux
qui les ont conçus et construits, c’est-à-dire les enfants du
peuple, lés architectes laïcs, étaient les élèves de <ÿes reli
gieux : moines-architectes. C’est dans les écoles des abbayes
si libéralement ouvertes à tous, qu’ils avaient puisé les pre
mières connaissances d’un art qu’ils ont appliqué avec tant
d’habileté. Leurs talents se développèrent en liberté après
l’affranchissement des communes et la formation des
corporations populaires des métiers. Les architectes laïcs
devinrent alors les auxiliaires des évêques séculiers,
relevant du pouvoir royal régénéré et délivré de la double
étreinte de la noblesse féodale et du clergé régulier.
Parmi les églises construites en Anjou, la nef de SaintMaurice à Angers,notamment,était achevée en n5o par la
construction de ses voûtes suivant la nouvelle méthode;
c’est-à-dire que les travées étaient disposées sur plan carré,
que la coupole était remplacée par des arcs diagonaux
croisés, en pierres, appareillées normalement à leurs
courbes génératrices et supportant des remplissages en
pierres également appareillées.
Cette méthode est connue sous la dénomination de :
voûtes sur croisée d'ogives. C’est le caractère particulier de
l’architecture française du moyen âge ; mais il faut savoir
que : o^weou augive, comme on l’écrivait autrefois, signifie
l’arc diagonal dont le croisement forme l’ossature de la
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voûte etnullement la forme del’arcbrisé, —improprement
nommé ogive; —celui-ci se compose de deux courbes
opposées, se coupant sur un angle plus ou moins aigu. Cette
forme d’arc était connue très anciennement, particulière
ment en Perse, où les constructeurs n’en ont pas employé
d’autres depuis les derniers Sassanides. C’est un expé
dient, un moyen de donner plus de résistance à l’arc, en
diminuant l’effet de ses poussées latérales, mais les archi
tectes du moyen âge n’employaient pas le mot : ogive pour
désigner la forme de l’arc brisé, forme quia varié à l’infini
du XIIe siècle jusqu’à la fin du XVe.
Dès la seconde moitié du XIIe siècle le nouveau système
avait remplacé tout autre mode pour le voûtement des
églises. Il faut remarquer, en même temps, le plan carré
adopté pour les travées des grandes cathédrales : celles
de Paris, de Noyon, de Laon, de Sens, entre autres; ce
fait démontre que l’influence de la coupole a persisté
après le XIIe siècle, jusqu’à la transformation des travées
carrées en travées rectangulaires, voûtées sur croisée d’o
gives, comme les cathédrales de Reims et d’Amiens, pour
ne citer que les premières et les plus importantes du
XIIIe siècle.
Les architectes du Domaine royal et surtout ceux de
l’Ile-de-France avaient adopté la croisée d’ogives dans la
deuxième moitié du XIIe siècle, et vers la fin de ce même
siècle, familiarisés avec le nouveau système et guidés par
leur science professionnelle, ils inventèrent Y arc-boutant,
qui accomplit à son tour une révolution dans l’art de bâtir.
La stabilité assurée, suivant les usages anciens, à l’aide des
masses inertes et passives, était remplacée par l’équilibre
— 15 —
mobile et actif; système d’une hardiesse surprenante, dont
les architectes du temps ont tiré des effets merveilleux,
mais en même temps innovation dangereuse, parce qu’elle
a pour conséquence de reporter au dehors les organes
essentiels que les constructeurs d’autrefois avaient tou
jours préservés en les établissant sagement au dedans.
Aussi faut-il constater que si la nouvelle voûte s’était
généralisée, en moins de cinquante ans, dans toute l’Eu
rope occidentale et même en Orient, le succès de l’arcboutant fut en France beaucoup moins prompt et plus
restreint.
Au nord de la France, pendant le XIIIe siècle et une
partie du XIVe, on édifiait, ou l’on réédifiait avec enthou
siasme, et même sans nécessité, de grandes cathédrales à
plusieurs nefs voûtées sur croisée d’ogives, et dans les
quelles celles de la nef principale, surélevée, étaient
contre-boutées par des arcs-boutants extérieurs.
Au midi, onélevait, au même temps, de grandes églises
chrétiennes suivant les principes antiques. Soit par résis
tance à l’entraînement ou réaction contre le mouvement
novateur, les architectes prudents donnaient à leurs
édifices religieux une nef unique, large et haute, rappepelant les grands ouvrages construits à Rome, comme la
basilique de Constantin ou le tepidarium des Thermes de
Caracalla.
D’ailleurs le nouveau système des voûtes arc-boutées,
qui apparaît dans le Midi ainsi qu’une importation excep
tionnelle, ne s’était pas établi, même dans son berceau ori
ginel, sans de grandes difficultés, car de graves mé
comptes avaient signalé son avènement. En l’absence des
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sciences mathématiques qui ont apporté de si puissants le
viers aux architectes modernes, il fallait aux constructeurs
du XIIIe siècle une habileté professionnelle et une expé
rience étonnantes pour construire des voûtes immenses
et neutraliser l’énergie de leurs poussées à l’aide d’arcsboutants faisant fonctions d’étais permanents, et il fallut
également de longs tâtonnements pour transformer en
règles à peu près fixes les formules, nécessairement em
piriques, des constructeurs novices.
Malgré tous ces obstacles, la fortune de l’architecture
nouvelle fut considérable, si grande même que des symp
tômes de déchéance se manifestèrent dès le XIVe siècle et
s’affirmèrent dans le cours du siècle suivant. L’abus de
l’équilibre, la diminution excessive des points d’appui,
aggravée par la témérité des porte-à-faux; l’insuffisance
des fondations et l’exagération de hauteur; la mauvaise
qualité des matériaux et leur appareil défectueux; la
rapidité de l’exécution excitée par une émulation mal
entendue, née des rivalités de clochers; la pénurie des
ressources, conséquences des convulsions sociales et poli
tiques, compliquées par les malheurs des guerres, sont
autant de faits qui peuvent expliquer la ruine d’un art qui
a brillé d’un si vif éclat, et l’on peut en trouver la cause
initiale dans l’abandon des traditions antiques.
Cette période d’architecture, qui naît au XIIe siècle pour
s’éteindre avec le XVe, est désignée improprement sous
le nom de gothique, radicalement faux au double point
de vue de l’histoire et de l’archéologie. Il faut protester
contre ce mot : gothique, qui n’était au siècle dernier qu’un
terme ironique, synonyme de barbare, et qui est devenu,
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17—
par une singulière anomalie, le vocable adopté depuis
cinquante ans pour désigner l’époque la plus civilisée du
moyen âge et, précisément, l’une de celles dont l’art
national peut être le plus légitimement fier.
Il serait plus juste de déterminer cette brillante période
de notre histoire par un qualificatif expressif, résumant
exactement les manifestations de fart dans notre pays,
depuis ses commencements jusqu’à la fin du XVe siècle.
C’est à bon droit qu’elle doit être désignée sous ce titre :
l'Architecture française du moyen dge; car elle est née dans
les provinces qui ont constitué la France moderne. C’est
dans l’Aquitaine, dans l’Anjou, dans le Maine qu’elle a ses
origines certaines. C’est dans le Domaine royal et princi
palement dans l’Ile-de-France qu’elle a accompli ses trans
formations les plus étonnantes et c’est du cœur même de
la France qu’elle a si brillamment rayonné sur l’Europe.
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Fait partie de Les Origines de l'architecture française du Moyen Âge : lu dans la séance publique annuelle des cinq Académies du mardi 25 octobre 1898
