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RACHILDE
AUTEUR us MONSIEUR VÉNUS
QUEUE
DE POISSON
BRUXELLES
Auguste BRANÇART, Éditeur
30, RUE d’aREMBERG, 30
188 5
QUEUE DE POISSON
L
RACHILDE
auteur DE MONSIEUR
VÉNUS
QUEUE
DE POISSON
BRUXELLES
Auguste BRANCART, Éditeur
30, RUE DAREMBERG, 30
18 8 5
<3.
DÉDICACE
A mon bon camarade Léo Trézenik,
Hauteur si méchamment exquis de ZJArt de
se faire aimer et le directeur de Lutèce, ce
journal qui seul ose tout dire, je dédie cette
petite histoire poivrée.
Avec mon meilleur salut confraternel.
RACHILDE.
I
Fiançois Lévincé est né avant terme
et cela se voit encore, bien qu’il ait atteint
ses trente-cinq ans.
Les malins prétendent qu’un enfant
venu à sept mois doit être plus pressé
que les autres de jouir de la vie.
C est probablement une erreur, car
François Lévincé qui a, de temps en
temps, l’air de chercher derrière lui les
deux mois qu’il a volés à la nature, est
en retard pour tout.
Lévincé, né au bout des neuf mois tra
ditionnels, aurait été sans doute un grand
homme.
Voyez le hasard !... Manqué par sa
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queue de poisson
mère, le malheureux demeure ce qu’il est
convenu d’appeler un raté, malgré son
perpétuel désir de sortir de 1 ombie.
Notez que François, ni trop laid, ni
trop beau, ni trop bête, ni trop intelligent,
pourrait devenir facilement quelqu un
comme .. tout le monde, sans ces deux
mois d’avance!...
Mais l’étoffe lui est mesurée, cette
étoffe dans laquelle on taille des person
nalités qui se touchent le front en disant :
j’ai quelque chose-là...
Elle lui est si mesurée, si mesurée, que
lorsqu’il respire il semble avoir peur de se
déchirer, en se gonflant d’un long souffle.
Il passe délicieusement inaperçu sur un
trottoir et c’est pourtant un homme très
gentil. Ses cheveux sont rares, bruns,
très doux. Ses yeux sont petits, gris,
très clairs. Sa bouche est mince sous une
barbe convenable. Il a les doigts grêles,
des jambes fuselées et une poitrine étroite.
Son tempérament est plein de palpita
tions, de craquements, d’éblouissements,
QUEUE DE POISSON
7
d’épeurements, de vertiges qu’il n’avoue
pas et qui le rendent malade.
Il tremble en tenant un verre à bras
tendu, ne pose jamais le pied quelque
part sans avoir le tâtonnement de celui
qui cherche un trou.
Et il est d’une bonté presque divine,
quoique point discernante, d’une bonté
qui croit à toutes les assertions du voisin
méchant, et qui arriverait, en douceur, à
lui faire commettre un crime pour empê
cher un jeune chat d’être étranglé.
Je suis même persuadée qu’il s’illustre
rait volontiers par un tour pendable, s’il
n’aimait pas autant l’humanité...... et s’il
rattrapait enfin ses deux mois.
Mais son étoffe sera toujours trop
étroite. N’ayant pas eu de début sérieux
dans cette vie de misère, il ne finira pas
dans un coup d’audace...... il finira en
queue de poisson comme les histoires débi
tées lentement par une vieille tante à moi
tié endormie.
En queue de poisson, comme ces bustes
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QUEUE DE POISSON
anguleux de femmes qui soutiennent cer
tains balcons parisiens et qui, semblant
épuisés sous leur fardeaudepierredetaille,
perdent jusqu’à la solidité de leurs jambes
dans un réseau d’écailles froides......
Pauvre François Lévincé ! Pauvre ca
riatide humaine dont l’éternel désir im
puissant est de se détacher de son mur
pour aller prendre part aux noces effroya
bles des cerveaux et des ventres !......
De Profundis !...
Régia, l’actrice la plus toquée de Paris
a mis deux ans à naître... — Deux ans? —
Vous allez comprendre.
Son père (un Monsieur) avait quitté le
toit coujugal depuis deux ans quand il
revint trouver sa femme (une Dame) qui
lui glissa dans les bras une petite fille de
trois jours.
Cela fait bien le compte, n’est-ce pas?
En réalité, Régia sortait d’un prince
espagnol rempli de fougues... et elle gran
dit, chose inévitable.
Elle ne débuta pas au théâtre. Elle prit
tout de suite un rôle entier comme on
prend un morceau de pain bis. Elle dé
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QUEUE DE POISSON
chiqueta cela en faisant des risettes qu elle
apportait, toutes essayées, de son ber
ceau.
Ainsi que ses pareilles elle fut sifflée, huée, conspuée, violée, puis ado
rée.
Parmi les risettes, elle en eut qui se
mouillèrent de larmes. Des directeurs
cacochymes lui confièrent des créations, à
la condition qu’elle se laisserait essayer
ses costumes sans lumière.
Des cabotins malpropres lui firent
retirer ses créations, parce qu’ils rallu
mèrent la lampe et voulurent passer le
maillot.
De sorte qu’aujourd’hui la jolie comé
dienne estime peu ses directeurs, encore
moins ses camarades, et blague le bour
geois quand celui-ci l’applaudit.
Songez qu’elle a vécu deux ans de trop !
Elle est blasée, détraquée, folle, mauvaise,
nerveuse, charmante, vicieuse. En un
mot : une adorable canaille.
Tout cela parce que pendant ces deux
QUEUE DE POISSON
II
ans elle en a entendu de raides, d’exces
sivement raides de la part du prince espa
gnol.
Vers l’époque à laquelle les filles de
viennent roses quand on prononce, devant
elles, le nom d’un mari possible, Régia
faisait couler, dans la pâte transparente
de son papier à lettres fleur de pêcher cette
violente devise : Robustissimo fidelis !
Et les vieux payaient, les jeunes renon
çaient...
Elle, n’était guère fidèle qu’à sa devise.
(Ceci ne prouve pas qu’elle fut légère,
mais indiquerait simplement, qu’en géné
ral, les hommes ne sont pas très forts...
de constitution).
Régia n’était même pas une créature
sensuelle.
Elle aimait à vivre vite, voilà tout.
Si on lui demandait de qui elle était
amoureuse elle répondait, avec pudeur,
qu’elle ignorait l’amour.
Elle avait le cynisme, d’ailleurs, comme
on a la décence, et ne pensait pas qu’on
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QUEUE DE POISSON
dût causer de certains actes en les appe
lant, par abréviation, des fautes, pas plus
quelle n’imaginait qu’on pût se passer de
ces actes une seule nuit.
Un hiver, au matin, Régia retrouva
l’amant de la veille dans son alcôve. Il ne
dormait pas ; au contraire, il venait de la
réveiller, et comme, sous les moiteurs
envahissantes du lit bouleversé, elle bal
butiait une phrase négative, il insista.
Régia se mit à songer à la devise de son
papier à lettres : Robustissimo fldelis!
Ils déjeûnèrent ensemble, elle et lui. Ils
avaient très faim.
Après les côtelettes, elle murmura saisie
d’une admiration profonde :
— Alors, vous avez du sang dans les
veines, vous?
Pour toute réponse il frappa, en maître,
sur le timbre de leur table.
Un œuf cru ! — demanda-t-il à la
soubrette de Régia qui était venue, appor
tant des cervelles aux truffes.
QUEUE de poisson
L’œuf une fois dans son assiette, il le
considéra attentivement, ainsi que font
les vendeuses de la Halle quand elles
mirent les plus frais.
Et il dit :
Ainies-tu les œufs à la coque?
— Oui... mais...
Prends ta montre. Tu le mangeras
dans cinq minutes.
Il enveloppa l’œuf de sa main gauche.
Cinq minutes apres il était cuit, à point,
un peu mollet...
— Oh! fit l’actrice éblouie.
A partir de ce jour Régia devint, sans
se rendre compte du pourquoi, une comé
dienne hors ligne.
Elle prit une âme. Sur la scène, les
bouquets de carton peint lui parurent les
jardins d’Armide où elle errait parlant la
langue des dieux. Elle se jeta sincèrement
dans les précipices garnis de matelas et les
tirades des jeunes premiers lui semblèrent
moins de la réplique que de la passion
idéale.
14
QUEUE DE POISSON
Le monde réel, seul, lui fit encore
l’effet d’un décor factice et pour mieux
étudier ses rôles, elle les répétait dans ses
intrigues avec la société, jouant, chez les
hommes, la comédie, comme certains
enfants peuvent jouer à la poupée, c’està-dire en sachant que la tête de leur ma
rotte reste toujours en bois.
Cependant elle subissait le héros de
rœuf à la coque avec plaisir.
Lui, l’attendait chaque soir devant la
sortie des artistes.
III
Lui, c’était un étudiant de dixième
année, ayant beaucoup de petites posi
tions qui ne lui rapportaient rien, mais
wxsolide très estimé à Bullier, où il lançait
les danseuses en l’air d’un seul effort du
poignet.
Bon garçon, rieur, toujours prêt à tuer
quelqu’un pour amuser sa galerie.
Il ramenait les ivrognes chez eux,
assistait les duellistes, faisait les vers
des poètes pressés, logeait les insolvables,
battait les agents et b...... toutes les
filles d’une brasserie en une nuit.
Sa famille lui envoyait religieusement
mille francs par mois pour mener de front
i6
QUEUE DE POISSON
ces différentes études et le 30 il songeait
souvent à aller en Amérique.
Un soir de veine au jeu, il avait lu par
dessus une épaule, une lettre de Régia.
Elle invitait un des poètes pressés à lui
porter une pièce et, dans cette lettre, il
avait entrevu, lui, derrière des pattes
de mouche la fameuse devise.
— Tiens!... avait-il fait, un peu scan
dalisé.
Puis, prenant l’or à pleine bourse, il
s’était rendu chez Régia, qui donnait une
sauterie intime ce meme soir.
Il pénétra, non dans le salon où l’on
s’étouffait autour de l’actrice vêtue de
velours blanc, mais dans la chambre à
coucher éclairée par une veilleuse rose.
La soubrette reçut deux billets de
banque et 1 ordre de parler très bas.
Régia entra, sans deviner, vêtue de sa
robe de velours blanc et furieuse parce
que ses danseurs la lui avaient abîmée
sur les hanches en la pressant de trop
près.
QUEUE DE POISSON
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— Les sales ! — - déclara-t-elle.
C’était ainsi qu’elle traduisait son idée
de l’homme.
Paul, entendant refermer la porte à
double tour, se fourra dans l’alcôve, se
mit nu comme Adam, et ensuite, pudi
quement, il se coucha.
Régia, de son côté, en fit autant, mais
moins pudique elle prit la peine de s’en
velopper d’un peignoir de nuit, du même
rose que sa veilleuse, avant d’ouvrir les
draps.
Et elle s’allongea, déroulant ses che
veux marrons, fermant ses yeux noirs,
joignant ses cils soyeux, heureuse detre
belle toute seule.
La veilleuse s’éteignit...
— Comment c’est toi, Jacques ? —dit la
comédienne avec un mouvement de mau
vaise humeur.
Jacques, le poète en question, ne répon
dit pas, et pour cause.
Alors, dans le silence de la nuit, on
entendit un ®ri de stupeur.
QUEUE DE POISSON
— Allons donc! ce n’est pas Jacques...
Paul finit par pouffer de rire, mais il ne
permit pas à sa victime de rallumer la
veilleuse. Régia pensa qu’elle devait hur
ler et qu’elle devait mordre.
J’ajouterai : elle égratigna.
Enfin, elle put saisir une boîte d’allu
mettes. Dans une lueur de phosphore, elle
aperçut une face sauvage et souriante où
éclataient deux prunelles diaboliques.
Elle crut que deux étoiles venaient de lui
cheoir des nues, décrochées par Satan.
Elle se calma pour demander des ex
plications,'
Paul en donna...
... jusqu’au matin.
Ce fut de cette manière qu’ils firent
connaissance.
IV
Nous soulèverons un peu le De Profundis jeté sur François Lévincé pour savoir
quelle fut son existence à partir du mo
ment où il comprit que ses deux mois
d’avance lui manqueraient toujours.
Fils d’un honnête charpentier et d’une
couturière pieuse, il eut, naturellement,
des idées au-dessus de sa situation finan
cière.
Quand sa mère lui demanda quel serait
son état, il répondit :
— Peut-être peintre, peut-être prosa
teur, peut-être musicien, peut-être comé
dien...
— Peut-être va-nu-pieds!... — se ré
cria la chère maman désorientée.
20
QUEUE DE POISSON
Et on en fit un garçon de bureau.
A l’école des bons frères il n avait pas
appris grand chose, tant ses différentes
vocations le tourmentaient. En revanche,
il y était devenu philosophe : ses cama
rades lui ayant volé une fois dix noix et
cinq pommes, il eut la vision immense
des turpitudes humaines.
11 demeura très écœuré...
La naissance de ses opinions politiques
le tira de cette sombre mélancolie.
Lévincé, en 70, sentit qu’il ferait peutêtre partie de la Commune sans les sol
dats de Versailles, et malgré son jeune
âge il descendit dans la rue.
Une heure après, il remontait, se de
mandant si les soldats de Versailles
n’étaient pas, tout bien pesé, de braves
gens destinés à devenir les plus forts?...
Imitant le sage, il s’abstint dans un
doute cruel.
... Oh ! les tribulations d’un garçon de:
bureau! Comme il regretta, ensuite, de ne
pas être mort pour l’une ou l’autre cause !.
QUEUE DE POISSON
21
Et sa famille qui le stylait !. .
La famille, quelle scie!
Elle prend la peine de vous mettre au
monde et s’en vante, l’effrontée ! Elle vous
débarbouille. Elle paie vos années de col
lège. Elle raccomode votre linge, puis elle
veut encore que vous deveniez un homme
sérieux.
On devrait abolir la famille, c’est
une des principales plaies de la so
ciété!...
François Lévincé aima beaucoup son
père dès qu’il fut mort. Quant à sa mère,
il ne put jamais la souffrir ; elle gagnait
vingt francs par semaine et il en mangeait
la moitié, bourrelé de remords filiaux et,
à cause de ses remords il prit sa mère en
grippe.
Il avait ses théories, n’est-ce pas?
Quand on vous empêche de vous faire
peintre, musicien, poète, sculpteur, etc.
Aussi décampa-t-il un beau jour avec
la ferme intention d’être digne.
De ne plus gagner son pain et de ne
22
QUEUE de poisson
plus manger celui des cintres. Les autres,
c’était sa mère.
Il trouva la société de ses rêves. Les
bohèmes qui sont stupides et les stupides
qui ne sont même pas des bohèmes.
Dans un cabaret borgne, derrière un
théâtre, au milieu de femmes interlopes,
il se posa en incompris. Il fit des armes,
se développa raisonnablement le torse, et
se lia avec un fils de famille chassé, pour
séduction, du château de ses ancêtres,
se destinant au journalisme.
Cet ami lui donna des leçons d’escrime
et de politesse froide.
Dès lors, le romanesque François n’eut
plus qu’un rêve : tuer poliment et froide
ment quelqu’un qui lui marcherait sur le
pied ou qui enlèverait une femme......
riche.
Entre temps, il dessinait des tours à
créneaux, ajoutait des couplets à la Chan
son des rues et des bois, de Victor Hue’o
prétendait que Dieu est un Monsieur
mort depuis un siècle, déclamait en mi-
QUEUE DE POISSON
23>
neur les scènes de Rolla et fumait beau
coup pour se donner le ton.
Vinrent les premiers picotements d’a
mour. Ils furent très désagréables..
Lévincé s’en ressentit longtemps!...
Il eut, peu à peu, le dédain de la fe
melle. Mais comme sa nature inouie, selon
son expression, pouvait ce qu’il lui com
mandait, il lui commanda de demeurer
tranquille.
Il s’adonna à l’amour idéal, courtisant
parfois les grues avec des bouquets blancs,
sans comprendre pourquoi les grues lui
répondaient par des gestes ignobles, ces
petites impertinentes, en l’appelant :
poison.
Courageusement, François commanda
de plus en plus à sa nature indomptable
de céder le pas.
Elle se retira.... tout à fait.
Après l’obscurité d’une jeunesse tor
turée par les luttes ardentes, les polé
miques acerbes du cabaret borgne, Fran
çois se refaufila chez sa meie pieuse,.
24
QUEUE DE POISSON
revécut son malheur en compagnie des
sœurs, des frères, des neveux, des cou
sins. Il se replongea, pour la soupe quo
tidienne, dans cette galère qu’on appelle
la famille.
Mais il y rapporta une politesse froide
qui fut son vrai triomphe.
Il subit les écœurements avec un calme
stoïque.
Il réaccepta l’argent des autres (sa mère),
l’argent d’un bourreau qui ne lui deman
dait jamais si cela le peinait de ne rien
faire.
Et de plus en plus il se sentit quelque
chose dans le ventre.
Peintre !.... Musicien !.... Poète !....
Sculpteur !.... Comédien !....
Toute la lyre, quoi !...
Régia venait de signer son engagement
pour une grande machine à effet.
Elle devait jouer une amoureuse fatale
et on l’avait chargée de trouver un acteur
bénévole devant lui servir de repoussoir.
Il aurait un rôle bête à périr. Tous les
cabots de la troupe se déclaraient inca
pables.
Un soir elle rentra préoccupée, chez
elle, rue d’Antin.
Paul lui demanda, les lèvres sur son
cou :
— Aimons-nous, ce soir ?
Elle répondit :
— Non, je cherche mon résigné.
26
QUEUE DE POISSON
(C’était l’amoureux de la pièce).
Paul n’avait pas le caractère jaloux ;
seulement il étranglait quelquefois, par
mégarde, les freluquets qui posaient sous
la fenêtre de l’actrice.
11 sentait bien que Régia finirait par
aimer et que, peut-être, un cabot serait
l’élu.
Il se mit à chercher aussi au fond de
sa mémoire, puis il bouda, puis il sauta
sur son chapeau, puis il déclara qu’il
allait coucher dehors.
Régia haussait les épaules. 11 sortit
un peu fiévreux. C’était la première nuit
de solitude dans leur amour.
Quand il fut parti, l’actrice oublia son
résigné et, tout d’un coup, s’aperçut que
l’appartement prenait un air absurde.
Elle se coucha, ne put dormir, parla
tout haut, se fit iaire du thé, demanda un
édredon de cygne et brusquement éclata
en sanglots atroces : elle aimait Paul.
Cette découverte lui causa d’abord la
sensation de honte cuisante qu’éprouve
QUEUE DE POISSON
27
une ingénue qui apprend qu’elle seramère
dans six mois.
Vers trois heures du matin, elle sauta
de son lit jusqu’à un fiacre égaré passant
devant sa porte. Elle n’avait qu’un man
teau sur une chemise de dentelle.
— Mademoiselle est folle! — cria la
soubrette du haut de la croisée.
Régia tomba doucement, comme un
flocon de neige, sur l’escalier de Paul.
Il n’était pas chez lui.
Elle se mit devant son seuil et y
grelotta en compagnie d’un petit chien
mouton cherchant aussi un maître dis
paru.
Tous deux restèrent là au moins une
heure, un siècle.
Paul arriva jurant et pestant.
— Clé nom! Quelle vie de chien! —
Et du pied heurta le chien d’abord, la
vie ensuite, car cette femme qui grelot
tait, amoureuse, représentait la belle vie,
bien tenace, bien puissante.
— Malheur! rugit-il,ivre d un désespoir
.28
QUEUE DE POISSON
subit, c’est ma Régia! — Quel gueux je
fais!... —
Il l’emporta, comme un insensé, dans
..sa modeste chambre d’étudiant, sur un
lit très dur. Elle riait, pleurait, se tordait,
répétait :
— Je t’aime... j’ai fini par aimer!... —
A genoux, il la réchauffait d’un souffle
■d’où semblait sortir une braise fondue.
— Et moi donc ? Je voulais nocer... je
n’ai pu boire que de l’eau ! J’ai voulu bai
ser... J’ai perdu !... —
11 paraît qu’il retrouva... car le surlen
demain la soubrette guettant par la croi
sée de la rue d’Antin, ne vit revenir ni
Régia ni son cadavre.
Elle pensa :
— On l’aura transportée à la Morgue !...
— et elle laissa monter dans sa cuisine
un fantassin du 121e de ligne.
Paul s’enquit d'un résigné pour savoir,
au juste, quelle réplique aurait sa trop
passionnée chérie. Il dénicha, dans un
•cabaret borgne, derrière un théâtre, près-
QUEUE DE POISSON
29
qu’au coin d’un quai, un monsieur mince
qui pérorait avec une politesse froide sur
la famille, en général, et les œuvres de
Delacroix en particulier. Il le présenta rue
d’An tin.
Le Monsieur modeste accepta le rôle,
déclara qu’il n’était pas cabotin pour un
sou, mais un tragédien dans l’âme, I’æ-æâ-me.
Régia, entouréed’hommesd’éliteaupoint
de vue artistique, crut l’oiseau sur parole.
C’est le propre des gens de talent que
de croire au talent.
— Monsieur François Lévincé, dit-elle
gaiement, je veux qu’avant un mois vous
me donniez des leçons!... —
Une jolie phrase qui lui préparait une
jolie surprise.
Des témoins l’entendirent, ils crurent
aussi au tragédien inconnu.
Lévincé, tendu à crever se dit :
— Cramponnons-nous! De la gloire les
chemins sont tous verts!
On étudia tous les soirs chez Régia.
30
QUEUE DE POISSON
Celle-ci réalisait un rêve bleu : se créer
un petit génie de poche.
J’ai dit que Régia était une affreuse
créature et je le maintiens.
Elle ensorcelait son monde. Elle jouait
sa vie en vaudeville, en drame, en say
nètes, essayant les poisons de sa parole
sur l’entourage innocent.
Quand elle comprit que Lévincé ne
couchait pas, elle voulut tout de suite se
faire adorer idéalement par son acteur
résigné et elle grimpa sur son piédestal de
marbre couleur des lys!...
Elle fut, avec un art exquis, la vierge
persécutée qu’un amour mort dans sa
coquille a cloîtrée dans le talent, le génie
mystérieux qui marque au fer rouge de sa
beauté les passants vulgaires. Elle fut
tous les genres de ce genre là : sirène,
druidesse, martyre incomprise. Lévincé,
ahuri, en eut, le premier soir, une colique
intense.
De plus en plus il craignit de se déchi
rer en respirant.
QUEUE DE POISSON
31
La diablesse força la dose, ayant tou
jours son drame dans la tête et François
lança son va-tout !... Il devint amoureux
pour de bon. Mais, cependant, avec quel
ques restrictions mentales.
Ce fut le comble! Régia sourit d’un
sourire d’ange exilé, puis elle lui em
prunta deux louis pour acheter des con
fitures du sérail, qu’elle n’osait pas
demander à Paul.
Je dois dire qu’elle rendit l’argent, car
elle était fort honnête homme, mais facile
aux flâneries sans but, elle se mit à cou
rir Paris en compagnie de ce repoussoir
qui ne couchait pas et qui payait, les
yeux clos,... des confitures du sérail!...
Paul se tenait les côtes.
Lorsque Régia se figurait qu elle créait,
son artiste clamait :
— Il est très fort !
Paul, dans son gros bon sens, ajoutait :
— Oui... un vrai mufle!......
Elle s’indignait :
— Ce n’est pas toi qui ferais comme ça
32
QUEUE DE POISSON
un cabotin, sur le pouce, uniquement
pour me plaire !
— Je te crois ! j’ai lancé des femmes
par-dessus les moulins... mais elles ne
m’ont jamais rendu la pareille!
La toquade d’art for ever se conti
nuant, elle proposa à François de le
payer pour la regarder travailler; il
refusa, mollement, mais enfin il refusa.
Lévincé se sentit dans une crise inquié
tante. Il aurait fallu... vis-à-vis... de
cette femme... prouver... mais!...
D’ailleurs, pourquoi? Ne pourait-elle
pas être vertueuse? C’est si fumiste, une
apparence !...
Une lueur l’inonda, il se dit qu’il arri
verait peut-être à l’épouser.
Le mari de la reine!... Touché!...
Il calcula que ses dépenses un peu
inconsidérées n’étaient, désormais, que de
l’argent placé à intérêts sûrs.
... Mari de la reine!......
Et puis il se formait aux nouvelles,
habitudes de sa grande destinée.
QUEUE DE POISSON
3S-
...... Ri de la reine !...
Il organisa un petit sort digne de lui,
digne d’elle, et se décida à arriver par les
femmes en laissant l’escrime de côté.
...?... de la reine !...
Il y a comme cela d’honnêtes et naïves
crapules qui finissent par mouler, sur
l’exiguité de leur cerveau, une colossale
pensée immonde et cela devient moinsimmonde à cause de l’exiguité de leur cer
veau.
Régia et lui allèrent dans les fêtes
cabotines, se présentant ensemble, pour
parler, ensemble, de la grande machine.
11 murmurait, arrondissant le geste,
haussant la hanche.
— Nous jouons l’un pour l’autre!
L’actrice promettait merveilles au direc
teur. Seulement il fallut apprendre ce
rôle... il le fallut, bien que le génie de
Lévincé eut dû rendre ce travail inutile.
Elle le campa au milieu du salon, lui
fit lever le bras et...
— Mais, François, ce n’est pas ça...-
34
QUEUE DE POISSON
Moins de prétention, ne posez pas... ne
roulez pas les yeux... Ah ! c’est trop fort?
Vous ignorez Va b c du métier... Diable!...
nous allons nous fâcher.'...
Il prétexta une migraine.
Régia, quoique cruelle, n’était pas mé
chante. Elle attendit.
Nouvelle leçon, nouvelle dégringo
lade.
Lévincé parla d’une subite inspiration
picturale. Il cracha sa tour crénelée et
elle poussa la mansuétude jusqu’à lui en
demander deux.
Alois ce fut un deluge. Il en mit de
tous les côtés. Des tours crénelées sur
lesquelles se reflétait la lune, puis des
lunes énormes dans lesquelles se reflé
taient des petites tours crénelées.
Le pis c est qu’elles étaient très bien,
ces tours ! Affaire d’habitude ! Hélas !...
Paul se tordait rien qu’à voir la figure
renversée de la pauvre Régia. Celle-ci ne
voulait pas avouer ses craintes.
Que ne mettait-elle pas tout de suite
QUEUE DE POISSON
35
son élève à la porte, la gueuse ! Ce cher
raté du bon Dieu fouillait toujours dans
les tours crénelées, les clairs de lune
étranges, et le tiroir de madame sa mère
pour acheter des gardénias à la folle
enamourée de son néant.
Un jour que Paul et François se trou
vaient réunis, Régia, chatouillée de ses
désirs de feu qui étaient une véritable
sec'onde nature en elle, faillit se pâmer
dans les bras de son Paul.
Voulant conserver, malgré l’apparence,
le piédestal couleur de lys, elle prétendit
que Paul avait voulu la violenter.
Ce fut inimitable.
François, froidement poli, donna de
bons conseils au délinquant.
Celui-ci riposta par des obscénités de
langage et Régia, entre eux deux, eut la
sensation exquise du ménage à trois dont
le troisième aurait été un mari postiche,
le résigné, enfin !
Paul, piqué au jeu, dévoila son existence passée. Raconta ses histoires de
36
QUEUE DE POISSON
bordel et ses aventures dans les boudoirs
suspects.
Déclara que, sans exception, toutes les
femmes devaient être violées au bout
d’une sommation infructueuse.
Régia, agacée par des réminiscences
où son nom ne revenait pas, fit le
principal geste de son rôle d’amoureuse
fatale :
— Je conserverai, moi, la maudite,
mon talisman, dussé-je en mourir !...
Ce fut très bien lancé. François tomba
en extase muette.
Quant à Paul, il se coula derrière le
fauteuil de sa maîtresse et murmura à son
oreille, étouffant un rire :
— Il est dans ma poche, ton talisman,
si tu veux que je te le rende... fous-moi ce
grotesque dehors !...
Régia se leva d’un bond.
— Monsieur Lévincé, dit-elle, câline, il
faut aller me chercher mes pastilles aux
violettes avant que la confiserie d’en face
soit fermée... Et elle ajouta tout près de
QUEUE DE POISSON
37
lui : Revenez bien vite, j’ai si peur qu’il
m’embrasse !...
Lévincé se jeta sur son chapeau et par
tit comme une brise.
Lorsqu’il fut de retour, il remarqua
que les yeux de Régia étaient cerclés de
bistre et que Paul, très loin d’elle, fumait
sur un divan.
— Pauvre petite ! songea Lévincé. En
core une lutte soutenue!... Il l’a peut-être
embrassée, malgré mon blâme, le rustre !
Si tous les hommes étaient comme moi!...
...Les femmes seraient vraiment bien à
plaindre!...
VI
Au bout d’une semaine d’efforts vigou
reux, Régia dut y renoncer.
Elle avait perdu son temps. Le raté
n’était même pas capable de mettre un
brin de sentiment dans la fable des Deitx
pigeons.
Alors, elle jura tous les jurons que fui
apprenait Paul et fit jeter le monsieur
mince à la porte. Il eut froid jusqu’aux
moelles, mais se dit en sortant, sans re
tourner la tête, digne :
— Elle a peur de m’aimer, elle est à
moi ! —
Régia confia le rôle à la premièredoublure
venue, la grande machine réussit et l’ac
40
QUEUE DE POISSON
trice remporta du théâtre une victoire
pleine de fleurs.
A son retour, quand, brisée de joie
elle allait se rouler avec Paul sur la jon
chée odorante dont il avait fait un splen
dide lit d’amour, elle reçut un billet ainsi
conçu :
Régia,
Vous êtes sublime, pure, vierge et
actrice persécutée par des infâmes séduc
teurs.
Moi, je vous respecterai pour tous ceux
qui vous désirent lubriquement.
Je suis l’homme rêvé... je suis ton idéal.
Je vous épouse.
Répondez moi courrier par courrier.
François.
Régia pouffa, puis pleura de rage. Cela
c’était la plus cruelle des injures lubriques
signalées.
Elle supplia Paul d’aller tuer l’insecte
dans son mur.
— Bah: fit-il, tu n’en seras pas plus
.avancée ! Moi, je le regretterai car je lui
QUEUE DE POISSON
41
dois certaines pastilles aux violettes dont
j’ai encore le goût fin sur le bout de la
langue.
Régia s’essuya les yeux, puis envoya un
papier fleur de pêcher plié en quatre, sans
un mot.
Comprit-il ? En tous les cas, ni Paul,
ni Ré^ia ne s’attendaient à l’excellente
farce du dénouement.
U11 huissier, cravaté de blanc, se pré
senta, aux aurores, réclamant le prix des
leçons de déclamation données à M11® Régia,
actrice à Y A... par M. François Lévincé
professeur libre.
Pris au saut du lit, Paul, chez qui le
réveil était toujours gai, se roula sur un
tapis de Smyrne tandis que Régia, parta
geant généralement la gaite du îeveilde
Paul, s’allongeait dans un fauteuil amé
ricain saisie d’un fou lire démoniaque.
La soubrette, accourue au bruit, fit
chorus.
L’huissier, très grave, les regardait son
acte timbré à la main droite.
42
QUEUE DE POISSON
La fin de cette syncope amena, bien
entendu, une réaction violente qu’on dé
chargea. en projectiles de toutes especes,
dans les jambes du malheureux homme de
loi. N’y tenant plus, celui-ci, se sauva
poursuivi par les abois de Capricante, la
Havanaise de Régia.
Paul, après rire, se mettait en colère.
Il tonna. Un joli grabuge! Si on savait
cela, Régia serait propre avec sa ridicule
monomanie de présenter son Lévincé par
tout en faisant des phrases bêtes.
Il courut chez un avocat intime.
L’avocat hocha le front, tira son code
et le désignant à Paul d’un doigt rigide :
— Tu sais, mon cher! Ceci contient
touteslesabsurditéspossibles. Lecasde la
mignonne y est peut-être prévu en grosseslettres.
Avisez!... Il y a des témoins, elle le
donnait comme un talent, comme l’em
bryon d’un maître et la fameuse plaisan
terie :
Il vie donnera des leçons avant peu !
QUEUE DE POISSON
43
Voilà le chef d’accusation! Gagnez du
temps.
— Mais il est de mauvaise foi, N. D.
D!... — rugit Paul prêt à écraser l’intime
entre les deux reliures de son code.
— Justement, les chances seront pour
lui, et on prouvera que ta maîtresse est
une fille perdue !
Paul retourna dans son petit coin pour
aiguiser une vieille lame de Tolède.
Régia avait réfléchi. Elle n’aiguisa
que son regard et elle alla trouver le
pantin.
Payer c’était impossible sans avouer,
en même temps, qu’on pouvait lui donner
des le’çons, à elle, la diseuse adorable.
Elle n’y songea pas un instant, mais
elle lui dit d’un ton de miel :
__ Vous êtes ce plus fort dont vous a
parlé, la feuille immaculée de mon papier
à lettre.
Votre huissier est un trait de génie.
Entre nous, je vous dois des pastilles et
des gardénias...
44
QUEUE DE POISSON
Et elle ajouta, simple, grande comme
Didon mourante : Signons la paix dans
une promesse de mariage, je me fiance et
vous rembourse, prenez-moi !
François Lévincé sentit revenir à tire
d’aile les deux mois supprimés lors de sa
naissance... Sans restriction mentale, il
baisa les mains de la comédienne, victime
touchante d’un acte d’huissier.
Devant témoins et par écrit, le profes
seur Lévincé se désista de ses titres hono
rifiques... Il oublia, dans son triomphe,
d’utiliser, pour un marital sous-seing
privé, la feuille de papier fleur de pê
cher...
Songez donc! Ils allaient pouvoir être
vierges ensemble !...
Et lorsque François fit sa réapparition
dans le joyeux salon illuminé de Régia, il
trouva cette femme, une rose aux cheveux,
le coude sur Paul, entourée de gommeux
impertinents et absolument quelconques,
et cette femme disait, faisant bien luire
ses petites dents de caniche enragé :
QUEUE DE POISSON
45
— Ma foi, Messieurs, puisque vous m’y
autorisez, je lâche le mari. A d’autres la
responsabilité de sa tête ! Paul le payera
d’une monnaie moins légère, si le pro
fesseur en idiotie se permet de réclamer
de nouveau.
— Combien donc vous demandait-il?
interrogea un monocle braqué sur François
verdissant.
— La moitié de mes soirées, plus la
totalité de mes bénéfices, répondit Ré
gia.
Paul riposta d’une voix de gavroche,
atroce, gouailleuse :
— Et ses feux !...
Le mot eut un succès énorme.
François Lévincé, digne, leva le siège
sans une protestation, le chapeau incline
sur l’oreille, la canne en verrouil, on l’en
tendit seulement murmurer :
— Les femmes !... La vie !...
„ L’honneur !... L’immensité du fata
lisme ;...... Prédestiné à des choses
cruelles !...
QUEUE DE POISSON
46
« Ainsi Macbeth !...
« Il fut roi !...
... .je survis à la crise !... Peintre, poète,
musicien, tragédien !... «
VII
François Lévincé habite, maintenant,
au huitième étage d’un hôtel somptueux,
orné de cariatides, dans une rue large et
longue.
La mansarde est très commode.
Pour passer les manches de sa chemise
il ouvre, à la fois, sa porte et sa fenetre.
Mais il y a dans cet hôtel somptueux,
des peintres célèbres, des musiciens cre
vant d’or, des prosateurs à voitures...
Il les regarde, en montant sur sâ
chaise, par sa lucarne ovale.
Il affecte un désintéressement héroïque
des choses de ce monde......
48
QUEUE DE POISSON
Il compose le scénario d’un opéra natu
raliste intitulé : Régia, la crapule.
Le carnaval, il essayera, si l’opéra est
refusé, un suicide à sensation... il se
ratera.
VIII
... Et le balcon de ce moderne hôtel si
sculpté, si parisien, s’appuie toujours au
crâne d’une statue hébétée. Tour à tour
la petite fille alerte, la jeune femme rê
veuse, le vieillard morose viennent se
pencher le long de la balustrade en fer
chimériquement tordu.
Tour à tour les fringants espoirs,
les vieilles expériences viennent peser, audessus de l’inerte cariatide, de tout
leur poids vivant.
La rue est pleine de hourras. Une foule
carnavalesque échange, avec le balcon,
des lazzis brutaux.
C’est la fête des cerveaux et des ven-
5°
QUEUE DE POISSON
très, des cerveaux planants, des ventres
roulants!... '
... Digne, mais intérieurement affolée,
la statue informe dont le sexe manque et
les pieds se perdent, regarde, de ses
yeux morts, se grossir la saturnale, ayant
la conscience de n’être rien parmi ces
hommes fous,rien qu’un monstre vulgaire
se terminant dans un reseau d écaillés
froides... en queue de poisson!......
FIN
1
CHEZ LE MÊME ÉDITEUR :
Une Courtisane russe par Serge Nossoff, 1 vol.
in-12.............................. ......
■ 3 50
C'est l’histoire d’une jeune Russe qui pour se ven
ger d’un amour déçu,- prend pour amant un français
marié, et grâce à la passion qu’elle lui inspire, le tait
passer par tous les degrés d’avilissement. Elle obtient
même qu’il se fasse le pourvoyeur de ses amours
contre nature, car Véra Ivanoff, si elle hait les hom
mes, aime les femmes. Ce livre qui pourrait bien avoir
été vécu, nous fait connaître certains côtés très
scabreux de la vie galante russe, et contient des
détails absolument inédits sur la lutte entre les nihi
listes et la police, sur l’assassinat d’Alexandre II, etc.
Monsieur Vénus, romain matérialiste, par Rachildo
et Francis Talman, 1 vol. in-12
. . 3 50
La Question juive en Russie, par le prince
Demidoff-san-Donato traduit du russe par Serge
Nossoff, 1 vol. in-18°........................................ 2z00
EN PRÉPARATION : ,
<
L’Enfant chéri des Dames.
Ce charmant ouvrage presque inconnu des biblio
philes, fut édité en 1800. C’est un des plus intéres
sants et des plus curieux romans de cette époque.
Chair Molle, roman naturaliste par Paul Adam,
avec préface de Paul Alexis, 1 vol. in-12.
.
3 50
La Russie galante, nouvelles par Serge Nossoff,
un vol. in-12
' '
<
Ces nouvelles, dont la première série est sous presse,
formeront six volumes avec couverture illustrée par
Am. Lvnen, au prix de ........ 2.00
Fait partie de Queue de poisson
