FRB243226101_P2-801_1886_007.pdf
Médias
Fait partie de L'Entr'acte périgourdin
- extracted text
-
Numéro 1
Prix : 10 centimes
Première Année
LITTÉRATURE, ARTS, THEATt
ABONNEMENTS
Six mois.
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INSERTIONS
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Réclames.
fI BIBUOTHníRP*
DE LA VILLE
1
PÉRIGUEUX
INDUSTRIE
PÉRIG0URD1N.
L'ENTR'ACTE
de père.... à un point de vue purement
Périgueux, le 23 mai 1886.
putatif, bien, entendu : j'ai nommé le
directeur du Grand Café de Paris, l'aimable et jovial AL Nény.
Comme autrefois le grand Côme de
Médicis, au temps de la Renaissance,
comme de nos
jours D'illustre Brébant
qui, en servant, le plus souvent à l'œil,
aux nombreux
littérateurs qui pullu¬
lent sur l'asphalte parisien, de succu¬
O/lu moment où l'on
inaugure
Le Jardin d'Été transformé,
Quand le programme nous assure
Que le publ c sera charmé ;
Quand chacun de nous se prépare
lents beefsteaks et clu Cháteau-Lafìtte
de derrière les fagots, a mérité d'être
la troupe Donchet,
Et que Douce, sans crier : Gare !
Donne son premier coup d'archet ;
Q'I juger
QÁrtiste fidèle
Sem
à sa tâche,
qu'il ne se fâche,
Le portrait de l'ami Nény.
C'est bien la figure avenante
chef de /'établissement
poser à aucune mésaventure. S'il n'a
pas été le créateur de ce rendez-vous
artistique, il lui a, du moins, depuis
deux ou trois ans, infusé une vie nou¬
velle et a apporté à ce coin de Péri¬
Périgueux chacun vante
Le succès mérité, vraiment !
Si, sur sa face rubiconde,
Rayonne le contentement,
des perfectionnements si consi¬
dérables, qu'il a pour ainsi dire trans¬
gueux
C'est que la clientèle abonde
Dans son bel établissement.
formé la chose cle fond en comble.
Lorsque, quittant 'la promenade,
Vous rentreq au Jardin d'Eté,
Demandei bière ou limonade,
Et tout cela, sans bruit, sans
tapage,
même avec une peur inouïe de. la moin¬
dre réclame. Aussi
Sans crainte d'être rebuté.
d'être absolument désagréable
Le patron,
suis-je persuadé
à notre
homme, en appuyant un peu sur la
chanterelle, et en soulignant, plus qu'il
ne désirerait, les nombreux embellis¬
toujours fort aimable,
Sait, avec un art infini,
Vous
le
confortable.
Car il n'a jamais dit : Nenni !
assurer
sements
ZIG.
CAUSERIE.
LE LIMONADIER
MÉLOMANE.
La pluie et la maussaderie
qu'elle en¬
gendre ne durent jamais qu'un temps !
Voici, en effet, venir le printemps et avec
lui les harmonieux concerts du
rossignol
et de la fauvette. C'est
l'époque où tout
réveille et frissonne dans la nature,
où la sève, plus abondante, coule à
se
pleins bords dans les vertes ramures;
où le cœur est agité d'ardents désirs,
assoiffé de baisers sans tin, où tout
naît
re¬
s'agite, où les matinées sont
pleines de gazouillements joyeux, où
les nuits s'écoulent, calmes et
parfu¬
mées, sous les regards amis de la blonde
et
Phébé.
C'est aussi
concurrence
et de nos
Café-Concert rouvre
met à
neuf ses
ses
bosquets, le
portes et re¬
joyeux flonflons. C'est
l'époque où, tous les soirs, pendant
quatre mois de Tannée, tout en humant
un verre
brinus,
de la boisson chère à Gamles amants de la divine Eu-
terpe peuvent, à peu de frais, satisfaire
leurs aspirations musicales.
Et ils sont nombreux, à
Périgueux,
les amants de cette muse de la musi¬
que ! La place qui m'est dévolue dans
1 Entr acte est malheureusement
restreinte pour
dont
trop
pouvoir, mème en un
rapide kaléidoscope, faire passer sous
vos yeux les
portraits de tous nos vir¬
tuoses
périgourdins, auxquels les mo¬
destes tréteaux du Café-Concert ont
servi d'antichambre au
temple de la
Gloire.
Aussi, pour ne froisser aucune sus¬
ceptibilité (et vous savez que de toutes
les susceptibilités, celle des artistes dra¬
matiques, lyriques ou autres est la plus
chatouilleuse), pour ne point faire de
jaloux, j aime mieux ne pas m'occuper
des artistes, et vous
présenter seule¬
ment celui
qui, à Périgueux, leur sert
il
est
D'auteur respon¬
sable.
Je pourrais, tout comme un autre,
me lancer dans des
descriptions sans fin
piller sans vergogne tout le trésor
de qualificatifs louangeux que renfer¬
ment les lettres de M""' de
Sévigné ;
et
je pourrais me figurer un moment que,
par l'effet d'une métempsycose instantanée, le grand consul Duilius et le
directeur du Café de
Paris
ne
sont
qu'une seule et mème personne, et me
transformer, à mon tour, en joueur de
flûte chargé .de célébrer la gloire im¬
mense
Du grand limonadier Nény
!
Mais, je vous le répète, je connais
mon homme sur le bout du
doigt : la
violette et lui sont frère et sœur pour
la modestie ; et puis, si, par aventure,
il éprouvait le besoin de me remercier,
il se croirait obligé de joinclre à ses
remerciements
l'époque où, pour faire
à tous les chanteurs ailés
de nos jardins
(Messieurs
de ne pas
Pouvait-il, d'ailleurs, en être autre¬
C'était comme une prédestina¬
ment ?
tion : car
un
limonadier aussi bécarre
que le directeur du Café de Paris, était
seul capable de donner le bon ton à son
coquet établissement.
Jehan
des
BARRIS.
vité et tous ses soins à faire du
coquet
jardin d'été qui dépend de son établis¬
sement, un centre de réunion où la
meilleure Société pût venir sans s'ex¬
Sans redouter
Du
«
restaurateur de l'art ».
les compositeurs sont priés
me faire écrire lard.)
appelé le « restaurateur des belles-let¬
tres », M.
Nény, depuis son arrivée à
Périgueux, a consacré toute son acti¬
prestement nous a fourni,
Dont à
porter, dans l'histoire locale, le titre de
D'offre
d'un
nombre
quelconque de bocks ; or, mon estomac
ne
digère que difficilement cette mix¬
ture de houblon, et
je serais dans la
pénible nécessité de refuser, nouveau
Cimon, ces présents cle l'Artaxercès
périgourdin.
Toutefois, dût 1 horreur native de
les coups de grosse
caisse se manifester d'une façon désa¬
gréable pour moi, je ne pouvais laisser
passer D'ouverture du Café-Concert sans
vous dire un mot de celui
qui tient les
rênes de cette fabrique de croches, de
soupirs ou de points d'orgue, et sous le
regard olympien duquel .vont éclore et
naître à la vie périgourcline quelquesnotre homme pour
de ces refrains délicieusement
idiots que le public fredonne pendant
uns
de-longs mois, et dont la vogue est fi¬
les gens im¬
partiaux qui écrivent l'histoire... sous
nalement consacrée par
forme de revues de fin d'année.
Grâce à ses aptitudes spéciales pour
la musique, grâce à son entente con¬
sommée de la romance et clé la chan¬
sonnette, grâce surtout aux sacrifices
de toutes sortes qu'il a su s'imposer
faire du Jardin d'Eté de Péri¬
gueux un cles modèles du genre, le
gros et jovial AL Nény méritera de
pour
LE
MARIA&E B''HECTOR.
Qu'est-ce que tu m'apprends-là !....
Hector est marié ?
On voit bien que tu reviens d'un
voyage au long cours. Hector a épousé, il y
a environ un an, >I"C M...,
qui lui a apporté
douze mille livres de rente, et, s'il faut l'en
croire, « sa femme est un ange. » En ré¬
sumé, notre ami jouit d'un bonheur parfait.
—
—
—
Quel est
l'ágent matrimonial qui lui
découvrit cette perle ?
—-11 la découvrit lui-même, et jo te ferai
probablement sourire en ajoutant que notre
ami Hector a trouvé sa femme dans la ri¬
vière.
L'eau m'en vient à la bouche. Contemoi cela ?
—
Tu n'ignores pas que ton oncle, l'excel;,ient docteur ***, est un chaud partisan de
l'hydrothérapie. notamment des douches
de Barnabé, que chaque année il se fait un
—
devoir de recommander à la plupart de ses
clients et clientes : mais parions que le bon
docteur ne se doute guère qu'en conseillant
les bains de rivière à M11" M..., il lui facilita
un
mariage où elle a trouvé lp bonheur.
.le ne vois pas le rapport qui peut exis¬
—
ter entre les bains de Barnabé et le mariage
d'Hector.
Attends un peu et
—
écoute les curieux
détails qui m'oht été fournis à ce sujet :
« Au mois
de juin dernier, près des ar¬
ches du moulin de Barnabé, tu aurais pu
voir deux baigneuses, dont la timidité et
beffroi dénotaient des débutantes. Paraly¬
sées par les froides caresses de l'eau, qui
leur montait tout au plus à la ceinture, les
deux femmes restaient immobiles, n'osant
plus ni
avancer ni reculer. Survint un
charmant jeune homme qui, avec toute la
grâce dont le rendait susceptible son cos¬
tume de baigneur, tendit, la main à MlleM...
et lui offrit de 1 aider à gagner la vanne, où
l'eau rapide et bouillonnante est vraiment
salutaire.
La lillette regarda la maman qui, à son
»
tour, dévisagea le jeune homme. La mise
de celui-ci laissait peut-être à désirer — il
n'avait qu'un simple caleçon ! — mais la
figure était loyale et honnête, le regard
franc et bon. ,M'"e veuve M... fit signe qu'elle
consentait, et, avec cles attentions et des
soins réellement paternels, le bel Hector —
tu as déjà, sans doute, deviné notre ami ? —
conduisit la jeune lilíe au plus fort du courant, où, tout, en se cramponnant à son
compagnon, elle put prendre un excellent
bain. Un qu'art d heure après, M"0 M..., toute
rouge et tout émue, rejoignit sa mère, sous
la conduite cle son cavalier, qui salua comme
il l'aurait fait dans un salon en ramenant
danseuse, et s'éloigna... à la nage !
Le lendemain, cette petite scène se re¬
nouvela, et les jours suivants également.
Hector était toujours là au moment voulu,
et
qui sans cloute avait pris ses
renseignements, paraissait toute fière de
sa
»
confier sa fille aux bons soins d'un aussi
brave garçon. La santé de M"0 M... parais¬
sait se ressentir de ces .bains de rivière, et
s'excellent docteur en était très fier : « L'hy¬
drothérapie, il n'y a que ça! » répétait-il
tout triomphant, e'n voyant de fraîches cou¬
leurs renaître sur la ligure cle sa cliente.
» N'est-ce
pas Georges Sand qui a dit que
presque tous les romans d'amour commen¬
çaient par un serrement de main ? .M"0 M...
ne pouvait
pourtant pas se formaliser de ce
que son baigneur lui pressait la main et
L'ENTR'ACTE
môme la taillejau moment où le courant
allait l'emporter, et puis, faut-il le dire ?
elle savait gré à ce bon .jeune homme de
venir
ainsi, chaque après-midi, l'aider à
prendre son bain. Elle fut donc enchantée
le jour où elle entendit sa mère inviter
l'ami Hector à dîner pour le lendemain. Le
madré galant s'empressa d'accepter, et,
après ce dîner, les visites et les entrevues
se succédèrent si rapidement, que personne
ne fut surpris en apprenant que le mariage
d'Hector et de M1!e M... aurait lieu très pro¬
chainement à St-Front. »
Des feux qui s'allument dans l'eau !
Voilà un ellet imprévu de l'hydrothérapie...
PÉRIGOURDIN.
Plus de boniment! c'est-à-dire plus de ces
fantaisies abracadabrantes qui vous clouaient
surplace, œil hébété, bouche bée ; plus de
Paillasse ; plus de parade. Aujourdlhui le tré¬
teau est digne, sérieux et la réclame s'y lait
avec
des mots de dictionnaire !
Navrant, vous
dis-je.
Bettinet et Passelacet ont emporté le secret
de leur éloquence devant l'Eterne!. Le saltim¬
banque se meurt, le saltimbanque est mort. La
politique a tout absorbé! C'est pourquoi je vois
sans
enthousiasme revenir la Saint-Mémoire.
FANTASIO.
les promener tout autour de lui ou bien les fixer
au
plafond. C'était au milieu de l'hiver qu'il
avait fait la connaissance de sa future: il jugea
que vue à la bougie elle devait, être moins laide
que le jour.... il ne lui faisait ses visites que le
soir. Sous prétexte de mal à la vue, il venait
quelquefois le nez chargé de lunettes à verres
fumés; il lui arriva d'éteindre la lumière quand
il crut pouvoir le faire sans qu'on s'en aperçût.
Mais M"0 Céleste, plus fine que Fumadiére ne
le pensait, lui disait alors :
Vous avez soufflé sur la bougie, monsieur
—
Fumadiére.
Oh ! quelle supposition, mademoiselle!...
C'est un courant d'air qui a fait le coup... Moi
—
—
souffler, jamais!... Mais à quoi bon une bougie
Mais, pardon ! tu m'as dit qu'Hector jouissait
allumée, nous nous trouvons si bien comme ça,
d'un bonheur
parfait. Son ménage
pour¬
tant compliqué de la belle-mère.
Notre ami a toutes les veines ! Mme M...
est morte il y a six mois.
Ah ! tu m'en diras tant !
est
dans l'obscurité... C'est charmant, l'obscurité...
avec une femme.... avec une
jolie femme....
—
ajoutait-il avec des hypocrisies de chatte.
—
—
Paul LEBRETON.
LES REVELATIONS DE Ml!c CELESTE.
—
Je
Fumadiére devait être un
jour le mari de M"0 Céleste.
Qu'est-ce que c'était donc que ce Fuma¬
trompe,
Qu'éclaire un vacillant falot,
diére? me demanderez-vous. Je vais vous le
dire. Fumadiére était un honnête garçon cher¬
chant femme depuis 17 ans déjà et paraissant
menacé, à son grand dépit, de subir le sort de
M"c Céleste, de mourir dans le célibat.
Pourquoi ces deux infortunés, si bien faits
ne se mariaient-ils pas ? ob-
Les cúreurs de boîtes à sable
Travaillent ferme.
me
—
Faisant leur ronde indispensable,
pour s'entendre,
Triste lot !
En voici la n ison : Fumadiére
et M110 Céleste ne se savaient pas seulement au
monde ; celle-ci ne sortait guère que pour aller
servera-t-on.
Et, sur la route solitaire,
Tassent des chars mystérieux,
Laissant flotter dans /' atmosphère
c~M ille parfums fallacieux !
Tourtant, à cette heure insolite
Que notre plume vous dépeint,
On peut voir K..., gagnant son i/ìte :
II vient de « poser un lapin ! »
ZIG.
à Saint-Front, et Fumadiére, ne mettant jamais
les pieds à Péglise, n'avait pas eu l'occasion de
D rencontrer. S'il ne mettait jamais les pieds
à
Péglise, Fumadiére, ce n'est pas qu'il fût
athée ou libre-penseur; non, Fumadiére était
tout bonnement chauve
et si chauve, si chau¬
.
que bien certainement si Fumadiére s'était
décoiffé dans notre vaste basilique, bien sûr il
en
serait sorti le plus enrhumé de tous les
ve,
hommes.
Donc Fumadiére ne mettait pas les pieds
dans Saint-Front par crainte de s'enrhumer, et
voilà comment il se faisait que M"e Céleste lui
était inconnue et que par conséquent il n'avait
cintn res en prose
LA SâWT-MiMaiRE,
Vous souvient,-il de la Saint-Mémoire d'au¬
trefois ? Quelles l'ètes, mes amis, et comme on
s'y préparait ! Tout bon Périgourdin était à son
poste, je veux dire à Périgueux, ce jour-là ;
mémo on cite deux voyageurs, je les
pourrais
nommer, qui revinrent de Naples tout exprès
pour prendre leur part des réjouissances. Au¬
jourd'hui, c'est à peine si l'on vient do St-Astier. Le patriotisme s'en va !
D'ailleurs, est-ce bien encore la Saint-Mé¬
moire ? Où est ia tentation de saint Antoine?
J'ai beau chercher, je ne vos (pie femmes
colosses,
somnambules
extra-lucides, lapins
savants ou «valeurs de sabres.
Grand saint qui charmiez
mon
enfance
qu'ùles-vous devenu?. Et toi, son compagnon,
le feu du grand diable d'enfer, qui te menaça
si souvent, a-l-il fini par le dévorer, ou bien,
imnicine scelus ! es-tu tombé
prosaïquement
ic fer d'un boucher ?
La Saint-Mémoire naïve et
sous
simple du temps
jadis s'est mise à la mode du jour : elle a en¬
dossé cravate blanche et habit noir, et ses
vieux amis ne la reconnaissent plus !
J'ai
pourtant revu, il y a peu d'années, la
Tentation de saint Antoine. Hélas ! trois-fois
hélas ! saint Antoine aussi avait suivi lo mou¬
vement : il était devenu gommeux !
Avez-vous
remarqué
le salliiiibanque
tend à disparaître ? C'est la réflexion que je
que
faisaisd'au dernier, en flânant à travers ìa
foire. Partout, sur les tréteaux, -on voyait des
messieurs élégants, bien disants, avec chaîne
d'or sur le ventre et bagues à tous les doigts.
Mais de boniment, pas une bribe !
me
aimez
Moi
vous trouver
laide, mademoiselle,
ajoutait ensuite malicieusement, pour se venger ;
Cette demoiselle au bien vilain visage s'ap¬
pelait Céleste, comme par une amère dérision
du sort, et pas un garçon n'en voulait.
Les nombreux litres qu'ils ont bus.
vous
Aujourd'hui, c'est bien différent : toutes
jolies, les Périgourdines ! toutes plus jolies les
unes que les autres !
—
Les pochards, exténués, fourbus,
Fumadiére,
j'en suis incapable!...
ans.
Rendent à la faveur des ombres
monsieur
11 y avait une fois, à Périgueux, une demoi¬
selle affligée d'une bien vilaine figure.
Une Périgourdine laide! qu'est-ce que
vous nous dites- là? me ferez-vous.
Ab ! mais, attendez, jc parle d'il y a 3o
—
Q/lux détours des carrefours sombres,
Ah!
l'obscurité! Parions que je devine? C'est pour
épargner à vos yeux le spectacle de ma laideur.
Avouez que vous me trouvez laide ?
pu la demander en
connexes
mariage, deux conditions
qui auraient eu un résultat différent,
dans le cas contraire.
Mais un jour M"e
Céleste était allée aux
provisions sur la Clautre, contrairement à ses
habitudes; Fumadiére la vit, et. se trouvant
pour la première fois devant un
parti inconnu
recherché, il s'empressa de s'in¬
former, puis de se poser en prétendu.
Avec les mêmes idées et la même situation,
et non encore
nos
deux personnages devaient facilement tom¬
ber d'accord; c'est ce qui arriva. Sans doute ils.
furent peu enchantés l'un de l'autre : si elle
n'était pas belle, Fumadiére, de son côté, était
loin d'être un Adonis; mais ils se gardèrent
bien de renoncer à s'entendre.
Ce qu'il y avait de drôle , c'est que cette tille
si laide avait des.prétentions ;
-Vous savez, monsieur Fumadiére, lui ditelle le Lndemnin du jour où il s'était déclaré,
je consens à vous accorder ma main, mais à
une
condition : je veux être aimée pour moiPour moi-même! entendez-vous?
même—
reprit-elle en appuyant sur les derniers mots.
Peste ! comme elle y va! pensa Fumadiére.
Et il avait raison. Etre aimé
pour soi-même
é ait une trouvaille encore fraîche il
y a 3o ans,
mais elle n'en était pas moins fort, surprenante
dans une pareille bouche. Toutefois, ie mot
était á la mode, toutes les demoiselles voulaient
être aimées
pour elles-mêmes, c'est-à-dire pour
leurs qualités personnelles, pour leur beauté et
leur esprit, non pour leur dot.
Fumadiére courba le front sous la condition
et se
disposa à obéir le mieux qu'il lui serait
possible. 11 se trouvait même heureux de son
sort; mais il avait beau se réjouir d'avoir enfin
trouve une lemme, il ne
pouvait se faire au
visage de M"' Céleste. Aussi, pendant qu'il lui
faisait la cour, il imaginait toutes sortes de
stratagèmes pour épargner à ses veux la peine
de la regarder. C'est ainsi qu'on eût
pu le voir
cligner des.yeux comme un chat qui médite,
Alors notre héroïne, qui, si elle était laide,
n'était du moins pas bête et devinait sans peine
le mobile des petits calculs de son futur, se
mettait à sourire en rallumant sa bougie, et elle
—
Mais, monsieur Fumadiére, j'ai remarque
que vous ne vous décoiffez jamais. Pourquoi ?
Mademoiselle, je vais vous dire : je crains
les rhumes de cerveau, ils me tombent imman¬
—
quablement sur la poitrine et.,..
Ah ! je croyais que c'est parce que vous
—
êtes chauve?,...
Chauve ! Moi? Je voudrais bien voir ça !
—
Chauve! comme vous y allez !
Quoi qu'il en soit, Fumadiére, partagé entre
des sentiments très divers où l'horreur du laid
avait une trop grande place, tenait bon maigre
cela, et, tout en redoutant de ne jamais aimer
future, était pourtant certain d'arriver à ce
desideratum de tout mari bien pensant, rendre
heureuse celle qu'il a épousée.... L'heureux
mortel! II ne se doutait pas qu'il serait un jour
amoureux de sa femme. On i;e se doute jamais
de tout.
Voici la chose. Mllc 'Céleste possédait des
sa
avantages qu'on ne lui aurait jamais soupçon¬
nés. Sa couturière prétendait
qu'elle était faite
tour, et néanmoins ses robes, sur ses ordres,
au
avaient été toujours, jusque-là, façonnées de
manière à laisser dans l'ombre ses perfections
physiques. Pourquoi? L'expliqqe qui pourra.
Mais, dès le jour où elle fut fréquentée par
Fumadiére, ayant fait la commande d'un vête¬
ment, elle le voulut taillé à la dernière mode et
coquettement.
Mlle Céleste
ménageait bien certainement
surprise à son futur, et il ne lui manquait
plus sans doute que l'occasion. Cette occasion
ne se fit pas attendre.
une
Le Carnaval était là. Une invitation au bal
lui fut adressée; elle qui, jusqu'ici, avait l'habitude de refuser de pareilles politesses , accepta
cette fois avec empressement, et parla de Fiinvi¬
tation à son futur.
Je vous préviens, monsieur Fumadiére,
—
que je compte sur vous pour beaucoup danser.
Ah ! mon Dieu ! pensa Fumadiére, la belle
—
figure que nous allons faire à nous deux, j'en
ai d'avance la chair de poule!
Le jour du bal arriva enfin. Fumadiére. de
mauvaise humeur, passa un habit noir, se cra¬
vata de blanc, fit les frais de cheveux d'emprunt
dont il
orna son
chef, il avait l'idée de s'en¬
nuyer plus que de raison.... Mais quel ne fut
pas son étonnement quand il se trouva en lace
de sa future transformée par une toilette qui lui
allait à ravir ! On eût dit que son visage luimême s'était métamorphosé. Et quelle taille !
quelles épaules ! quelle grâce ! Quant au cor¬
sage et à son contenu j'insiste sur ce dernier
point, cela seul eût suffi à mettre toutes les
,
têtes des danseurs à l'en vers. On pense ce qu'il
dut en être de Fumadiére. Son faux toupet dé¬
ménageait; impossible de le retenir sur sa tète
ébullition, ce n'était pas trop de ses deùx
mains. C'étaient surtout les beautés que ren¬
fermait le corsage qui excitaient le plus l'admien
ration du trop prosaïque Fumadiére.
Le lendemain, on jasa beaucoup dans Pcrigueux sur les révélations de MUc Céleste. Les
jeunes gens étaient tous pour elle ; mais les
danseuses, avec la même unanimité, dissimu¬
laient mal leur dépit ;
elles disaient ironique¬
ment, mêlant Fumadiére à
leurs propos, que
possédant pas un sou, notre héros devait se
trouver heureux d'épouser une personne ayant
de si grosses raisons de plaire; sans doute,
maintenant qu'il en avait pu juger de visu, et
peut-être mêmé de tactu, ajoutaient les plus
malignes, les raisons sur lesquelles M"c Céleste
ne
PÉRIGOURDIN.
L'ENTR'ACTE
appuyait ses prétentions d'eíre aimée pour
'elle-même, devaient l'avoir suffisamment con¬
vaincu.
Tous les propos furent rapportes à notre hé¬
roïne ; elle ne s'en étonna pas,
elle s'y attendait.
Mais ce qui avait trait à Fumadière lui fut
sensible, hlle n'avait pas songé jusqu'alors à
faire, au sujet du manque de fortune de son
Toutefois, elle était plus touchée qu'elle ne
fit, mais elle y mettait une condition.
menaça même d'une rupture....
Quand cette menace fut proférée, Fumadière,
qui venait de se découvrir des rivaux, fut at¬
terré. II se plaignit, elle nè l'écouta pas; il
bouda, cessa ses visites, les reprit, accumula les
maladresses, multiplia les folies, et finalement
condamna lui-même à ne plus oser se pré¬
senter devant sa future, tombant, par suite,
dans une mélancolie noire qui prit bientôt les
proportions du désespoir..,, ■
se
Un matin M"e Céleste vit entrer chez elle une
de ses voisines qui s'écria :
Ah! mademoiselle, quel malheur! M.
Fumadière vient de se brûler la cervelle !
—
—
Que dites-vous là ! fit la vieille fille terri¬
fiée.
La nouvelle était à peu près vraie. Quelques
mots écrits de la main du suicidé vinrent donner
des éclaircissements; en-voici la substance :
«
Mademoiselle, j'aurai cessé de vivre quand
Avant de prendre une détermination, disait
réponse, je tiens à vous voir, ayant appris
que votre blessure vous rend méconnaissable....
Mon mari, non-seulement m'aimera pour moimême, mais il ne sera pas laid, ajoutait-elle. Je
connais trop les désagréments de la laideur, et
j'en ai trop souffert pour vouloir en souffrir
encore, sinon pour moi, du moins pour celui
qui doit partager mon sort. »
Cette condition mit la puce à l'oreille de
Fumadière. Notre héros, quand il s'é'tait tiré
un
coup de pistolet, avait eu en vue non de se
tuer, pas si bête, mais de s'effleurer la peau : ce
de.vait être suffisant pour toucher le cœur de
M"0 Céleste. Mais le coup, dirigé vers la bou¬
che, avait emporté les moustaches et déchiré la
lèvre supérieure. Le chirurgien avait opéré la
suture ; toutefois, le point qu'il avait donné
«
ou se
taire, rire
ou
Fumaûière. »
visites. II se faisait humble, il
—
t-elle, que celui qui m'épouserait, m'aimerait
pour moi-même?
Oui, mademoiselle, et jamais vous n'avez
dit plus vrai : vous êtes aimée pour vous-même,
—
de telles grima¬
comique dans sa laideur,
qu'il ne pouvait se retenir de rire à ses propres
qui a conquis mon amour, vous le pos¬
sédez bien en propre, ce don du ciel vous est
bien personnel ! — II ajouta tout bas, dans sa
barbe :
Je crois bien ! il n'y a pas le moindre brin
de coton....
Jean de La Limogeanne.
car ce
Quinze jours s'écoulèrent, la blessure se cica¬
trisait, mais Fumadière n'embellissait pas, c'é¬
désespérant.
II attendit
de cause, il résolut de
chez celle qu'il aimait.
se
—
encore pour se
rendre à tout hasard
Le Gérant, SPA.
11 n'avait pas mis le
pied dans la chambre qu'elle s'écriait :
DIRECTEUR
M. G. DONCHET.
supportait avec
patience d'ange les quolibets de M"e Céles¬
te, il fit si bien qu'il finit par la désarmer et
qu'un jour, de guerre lasse, elle laissa tomber
ces mots, accueillis avec bonheur :
Tenez, je vous accorde ce que vous me
demandez. Devenez mon mari, puisque c'est
votre désir.... Mais vous l'avais-je dit, continuaune
muscles de la face lui imposait
tait
demande de ma main, avouez-le ?
Oui, mademoiselle, fit l'infortuné d'un air
piteux, en détournant le visage pour échapper
au regard moqueur de sa
belle, qui semblait
heureuse maintenant de pouvoir lui rire au
nez. simple affaire de revanche.
Malgré cet accueil, Fumadière continua ses
ces, et il se trouvait si
présenter à M"0 Céleste; mais il avait beau
attendre, le mieux n'arrivait pas. En désespoir
S'il meurt, oui, on croira qu'il m'ai me, se
dit la vieille fille, mais s'il se sauve?....
—
sérieux, le jeu des
rester
même, puisque je meurs parce que je ne peux
pas autrement vous le prouver. Adieu pour
—
votre
était loin d'agrémenter la figure de Fumadière.
Le jour où il put se regarder dans une glace,
Fumadière fut consterné. Qu'il voulût parler
dépens.
toujours!...
J'en suis sûre.... vous allez voir. (Elle le
prit par la main et le conduisit devant une
glace.) Eh bien! vous le disais-je? vous voilà
convaincu, je suis presque belie à côté de vous.
Je ne puis vous regarder sans rire, et franche¬
ment il ne m'est
pas possible de devenir votre
femme, car vous êtes venu pour renouveler
•—
sa
billet. L'idée que je ne peux
réaliser le vœu le plus cher à mon cœur m'a
fait prendre la vie en dégoût. Peut-être croirezvous enfin que je vous ai aimée pour vousvous recevrez ce
lante.
semitàl'œuvre. II demandait, dans sa lettre,
et
qu'elle voulût bien lui pardonner. Ge qu'elle
bougie éteinte, ses regards la fuyant
toujours, ses lunettes de verres fumés ; elle le
—
donner de ses nouvelles. II prit donc une plume
futur, les réflexions dont la malveillance ne se
rabrouait, elle lui reprochait ses dédains d'au¬
—
Quelques jours se passèrent. Lorsque Fuma¬
dière, qui n'était que légèrement blessé, apprit
qu'elle s'était informée de son état, il se dit qu'il
fallait profiter de cette bonne disposition et lui
privait pas, et Fumadière ne gagna rien dans
son esprit, malgré sa fraîche conversion ; elle
ne
le lui cacha point. Depuis ce jour, elle le
trefois. la
Ah! mon Dieu! quelle figure, mon pauvre
monsieur Fumadière; avec votre bouche en bec
de flûte, vous êtes plus laid que moi....
Vous croyez, mademoiselle!... s'écria Fu¬
madière avec une frayeur plus sincère que ga¬
voulait le paraître.
Pcrigucux, irap. LAPORTE (anc. Dupont et Ce).
THÉATRE-GONGERT
CHEF D'ORCHESTRE
M. DOUCE.
du
GRAND CAFE DE PARIS
(Jardin d'Été)
OUVERTURE DE LA SAISON
TABLEAU
DE
I
V
TROUPE
5f MLUi NANCY
Chanteuse
M-
excentrique (en représentation).
M.
Genre Amiati (en représentation).
DOUCE
Chef d'Orchestre.
CAZE
★ M.
Tyrolienne.
MLLE
DONCHET
Directeur-Administrateur.
■¥• MLLE Elfen pascal
MLLE Marie
:
GAILLARD
OOMÉJAN i
Comique, genre Ouvrard.
Romancière.
M.
MLLE DEJEUNE
MANCEL
dit l'Homirie-Truc (en représentation).
Chanteuse créole.
BERNERON
M-
MLLE BLISKA
Comique musical excentrique.
Chanteuse de genre.
0B.CHBSÎMB BB OTIBZB MWSICIEHS
Tons los lliuiiinelips ol Pèles, MATINÉES à prix réduits.—Tons los Mercredis,
Tous
AVIS.
PRIX
—
ïes
jours, Répétition
SOIRÉES DE FAMILLE.
«!o mîclï à une heure.
L'Administration se réserve le droit de modifier le programme, s'il y a lieu, sans réclamation de la part du publie.
PLACES.
—
ï»i-eii*ières,
\IU)\\i<;xnI-;XS. -- Pour répondre á la demande de nombreux habitués,
des Cartes d'abonnement aux prix suivants ;
1
fr.;
la direction met, dès aujourd'hui, à la disposition du public,
mois
Pour la saison (4 mois) ; Premières, GO fr. ; secondes, 4G fr. — Pour un
:
Ces Cartes sont personnelles et donnent droit d'entrée aussi bien aux Concerts du Soir qu aux
au Grand-Calé de Paris, tous les jours, de
10 heures du matin à 1 1 heures du soir.
Les jours de pluie, le public sera mis à couvert ; les abonnés n'ont ainsi à redouter aucune
CONSOMMATIONS
DE
CHOIX.
-
Secondes, 50 Cent.
Premières, 18 fr., secondes, IO fr.
Matinées du dimanche. On peut se les procurer
so;réc de retâche.
GLACES
&
SORBETS.
