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Fait partie de La Croyance aux temps préhistoriques
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-
LA CROYANCE
AUX TEMPS PRÉHISTORIQUES
5} í :â
MADAME A. DE LA SARLADIE
La Croyance
aux
Temps Préhistoriques
il 75
1 l!L
BERGERAC
IMPRIMERIE GÉNÉRALE DU SUD-OUEST
(H. TRILLAUD)
1936
KntjUE Dj^_
Tous droits d'adaptation, de traduction
et de reproduction réservés pour tous
pays.
AVANT-PROPOS
Le sentiment religieux qui s'affirme dans tous
les temps et chez tous les peuples est, pour ainsi
dire, le seul rayon éclairant VHumanité ensevelie.
Les primitifs actuels — les non-civilisés — possèdent un culte entaché de superstition, de magie;
mais
la magie
elle-même n'est
qu'un parasite
auquel il est impossible de vivre sans une sève
religieuse.
« L'idée de Dieu, nous dira le P. Mainage,
« se retrouve dans les niveaux les plus bas de
« la civilisation. » D'où nous pouvons conclure
que Y âme de l'homme tend à s'élever, à se rapprocher d'un Etre Supérieur qu'il sent, qu'il sait
au-dessus de lui. Ce sentiment naît avec l'individu,
et lorsque son esprit en révolte veut le repousser,
l'anéantir, l'homme commet, vis-à-vis de lui-même,
un suicide moral. Cette loi régit l'humanité depuis
ses origines, et si des religions sont mortes ou mou-
rantes, c'est, qu'à un moment donné, elles allaient,
précisément, à l'encontre de cette loi.
Nous pouvons affirmer, sans craindre d'être
démentis, que tous les peuples des temps « historiques » ont pratiqué une religion, que ce soit
polythéisme ou monothéisme, paganisme ou christianisme. L'homme est donc un Etre religieux par
essence.
Mais les temps ont marché; les siècles et les
millénaires se sont écoulés, le progrès, les découvertes ont suivi à un rythme accéléré. L'esprit de
l'homme, toujours en éveil, cherche et s'agite.
Et voilà que, tout à coup, une science, née
d'hier, soulève de nombreux problèmes. En í 835,
Boucher de Perthes ouvre un nouveau livre d'histoire dont Y écriture est inconnue.
Dès lors, des savants comme Lartet, Christy,
Piette, Mùller, Girod, Massénat et tant d'autres,
vont s'acharner à déchiffrer ce qui, jusque-là, est
resté indéchiffrable. Premiers pionniers de la Préhistoire, ils vont rechercher dans les entrailles de
la terre, dans des labyrinthes inaccessibles, demeurés vierges des empreintes de l'homme des temps
« historiques », les traces des premiers âges de
l'humanité. On étudiera d'abord les couches géologiques qui aideront à déterminer les époques;
puis, dans ces terres remuées, apparaîtra soudain
le travail, Voutillage de l'homme, et enfin la sépulture de Uhomme lui-même.
En 1 895, la découverte des gravures, peintures,
sculptures révélant les œuvres d'art de nos lointains
ancêtres, souleva de violentes polémiques. Puis,
ces représentations admirables des temps paléolithiques, officiellement reconnues, vont, à leur tour,
présenter d'autres problèmes.
En effet, non seulement on se trouvait en présence de merveilleux chefs-d'œuvre, mais on découvrait, parmi eux, de soi-disant ornements: « la
« Volute, des Cercles à relief central, des lignes
« ponctuées » (1) et Piette émet une timide
hypothèse... « peut-être même l'écriture »!
II y a donc autre chose que l 'Art, dans ces
Animaux, ces Signes, ces Tectiformes, ces tableaux
entremêlés de bêtes, de mains, de lignes ondulées,
enroulées, de points, de cupules. Et l'on arrive à
reconnaître que dans cet amas de « documents »
— le mol ne nous semble pas trop fort — la
pensée religieuse domine. Elle emplit ces immenses
Cavernes. Plus l' étude nous permet d'avancer, plus
on s'aperçoit qu'elle a accaparé l'Etre ou les Etres
qui ont vécu là.
Et, par un enchaînement compréhensible, nous
(I) PIETTE.
— 8 —
méditons notre phrase du début: le sentiment religieux se retrouve dans tous les temps et chez tous
les peuples. Nous serons donc amenés à déduire
que Uhomme préhistorique devait posséder, luimême, des croyances.
Ce premier point posé, nous nous rallions pleinement à U opinion du Père Mainage: « On dirait
« qu'une âme religieuse anime la Caverne paléo« lithique. U explorateur, instinctivement, baptise
« ces souterrains, pleins de grandeur et de mys« tère, du nom de "Sanctuaires". »
Oui, ce sont bien des Sanctuaires, dans lesquels
nous allons évoluer, afin de tenter de leur arracher
quelques-uns de leurs secrets.
« L'histoire de UEglise commence avec Uhis« toire de U Humanité », écrira le Père Sertillanges. Les Cavernes vont nous la présenter en un
livre dont les feuillets se déroulent comme des
parchemins enluminés. Les textes ne sont pas gravés sur des pyramides, mais sur des rocs, dont U âge
ne se chiffre guère et qui répondraient, si Uécho
parlait encore: notre âge, c'est /'Eternité !...
L'horizon qui s'ouvre devant nous est immense,
car, en étudiant les premiers âges du monde, nous
frôlons la Création, et, en contemplant U œuvre
divine, nous nous rapprochons, pour ainsi dire, du
Créateur, nous touchons à UEglise Eternelle.
— 9 —
Dans le cours de cet ouvrage, nous espérons
faire ressortir la justesse de ces deux pensées :
— « L 'Humanité cherchait son Dieu partout. »
— « Avant la naissance du Christ, on le prépare
« et on U attend. » (1) .
(1) Le P. SERTILLANGES : Le Miracle de l'Eglise.
CHAPITRE PREMIER
Les Sanctuaires
Les grottes préhistoriques sont, en général, de
longs couloirs d'accès difficile; aux Eyzies (Dordogne) leur longueur varie entre 100 et 300 m.
La voûte, tantôt élevée, tantôt très basse, entrave
considérablement le travail du fouilleur.
L'étude des fresques est donc fort ardue dans
ces galeries étroites qui mériteraient le nom de
labyrinthes.
Les peintures se trouvent partout, quelquefois
sur les voûtes, à des hauteurs impressionnantes;
mais presque toujours en séries formant des plinthes. Les figurations se présentent les unes sur les
autres, sans ordre apparent. Les animaux s'entremêlent, s'affrontent et, brochant sur le tout, des
tectiformes, des ponctuations, des mains achèvent
de compliquer la tâche de l'explorateur désireux
de relever ou d'étudier les peintures de ces grottes.
— 12 —
Tout d'abord, on doit observer que la figuration principale, celle à laquelle semble s'attacher
le plus d'importance, est placée dans le coin le
plus caché, le plus inaccessible aussi. Là se trouve
vraiment la figuration mystérieuse, celle que l'initié entendait garder secrète.
La pensée de l'homme quaternaire se décèle
ici tellement voulue, tellement forte, qu'elle nous
pénètre encore dans ces lieux qu'il considérait
comme sacrés.
Et maintenant, ces magnifiques animaux avaientils une signification religieuse? Quelques-uns en ont
certainement une: Y ours et le cheval, la chèvre,
le cerf, le bison, le taureau, la vache et tant d'autres. Nous pensons cependant, avec l'abbé Lémozi,
que tous les Taureaux ou tous les Bisons ne représentaient pas l'Animal sacré. II devait y avoir un
animal de choix, que l'on reconnaissait à des marques particulières.
L'Histoire ne vivant que de survivances, les
Pyramides de la vieille Egypte seront là pour
nous fournir à ce sujet des documents explicatifs.
Nous sommes en effet renseignés par des textes
authentiques. « On choisissait et reconnaissait un
« Taureau sacré à certains signes » ( 1 ) .
En
Egée, à l'époque néolithique, « le front du Tau(I) MORET: Le Nil et la Civilisation Egyptienne.
— 13 —
« reau est marqué d'une Croix » (1) et, bien
plus tard encore, les Druides chercheront, pour
leurs sacrifices, « des Taureaux de couleur blanc« luisant » (2) .
Les figurations des grottes de la Gaule doivent
donc avoir une valeur religieuse autant qu'ornementale. Nous ne voulons pas dire qu'il n'existe
pas de scènes magiques; mais ces scènes apparaissent moins fréquentes qu'on ne se l'imagine généralement.
Quant au Totémisme, nous ne le voyons pas
dans nos cavernes.
Peut-être, dans les peintures espagnoles des
régions du Tage et du Guadiana (3) , trouverionsnous une trace légère; toutefois, nous n'y relevons
pas l'admirable ensemble du Totémisme égyptien.
II faut donc nous borner à décrire ce qu'il nous
est donné de comprendre dans nos grottes, et ceci
avec le plus de fidélité possible, essayant, surtout,
de supprimer toute part d'imagination.
Une remarque s'impose dès l'abord: la technique ne se rencontre pas la même partout. Par
exemple, dans la Grotte des Merveilles, à RocAmadour (Lot) , l'artiste aurignacien a voulu re(!) GLOTZ:
Civilisation Egéenne.
(2) RouiLLARD : La Parthénie.
(3) Peintures néo-énéolithiques relevées par l'abbé Breuil.
— 14 —
produire « l'Ombre » de l'Animal et non l'Animal
lui-même; et lorsque celui-ci est schématisé, la
raison en est que l'homme a vu l'ombre de l'animal à distance, ombre se profilant sur une paroi
de la roche et donnant une image schématique.
D'ailleurs, qui de nous ne connaît le jeu des « ombres »? A Roc-Amadour, nous sommes en présence d'images de ce genre.
Tout autres sont les peintures espagnoles de
l'époque néo-énéolithique ; celles-ci sont de fines
reproductions, tellement schématiques, qu'on les
sent le fruit de l'imagination de l'homme. Ici, la
copie n'existe pas. Mais, où le talent de l'imagier
se manifeste, c'est que, malgré des figurations
aussi abrégées, l'artiste a su faire percer « la
pensée » des êtres qu'il reproduit.
Pour une plus facile compréhension, nous pouvons citer quelques exemples: dans une scène que
nous qualifierons de « Scène du Sacre », l'homme
assis, touchant le bâton recourbé et qui paraît être
un Chef (1) auquel on confère le pouvoir, donne
une impression d'autorité, voire de volonté, presque farouche. Le talent du néolithique espagnol
réside donc surtout dans la manifestation de la
pensée.
(1) Le bâton recourbé, en caractères hiéroglyphiques, signifie
« force ».
— 15 —
Autre scène encore plus expressive: le Soleil
se montre à l'Aube ; — le disque est sans rayons ;
— Midi nous présente, dans une sorte d'apothéose, un homme éblouissant de blancheur et de
clarté; mais, en face, un vieillard, entièrement
noir et le dos voûté, le regarde: c'est la Nuit.
Ce tableau est extrêmement remarquable à plusieurs points de vue ; toutefois, afin de ne pas nous
écarter de notre sujet, nous dirons simplement que
l'expression sarcastique du vieillard frappe vivement l' observateur : la pensée de l'Etre désabusé
transperce cette silhouette sombre, nous remplissant d'admiration pour l'artiste. Quelle acuité d'observation ne lui a-t-il pas fallu pour arriver à une
semblable reproduction !
Ainsi donc, techniques totalement différentes à
Roc-Amadour et en Espagne. On pourrait opposer à cette constatation, les époques séparées par
des millénaires, et nous reconnaissons bien volontiers l'objection fondée, l'art pariétal ayant évolué;
mais nous répondrons aussi que Roc-Amadour et
les grottes des Eyzies (Dordogne) sont des temps
Aurignaciens, et que, dans notre capitale préhistorique, nous ne rencontrons aucunement la technique de « l'Ombre ».
En revanche, quelles magnifiques œuvres d'art
nous attendent dans ces cavernes des rives de la
— 16 —
Vézère ! L'art atteint son apogée à la fin de l'Aurignacien et au commencement du Magdalénien.
Les artistes sont devenus des maîtres incompaïables ; nous nous trouvons en face du Grand Art.
Si nous passons maintenant dans le département
du Lot, Cabrerets offre, certes, à nos regards de
fort belles peintures et gravures : la scène des
Chevaux, le Bovidé percé de traits, sont de merveilleux spécimens laissés par les artistes de cette
région; mais à Pech-Merle (1) l'idée religieuse
domine complètement les figurations ; elle accapare
tout; on sent que l'art est mis au service de conceptions religieuses ou superstitieuses. — Nous nous
réservons d'examiner plus loin ces questions. En
tout cas, il s'agit bien d'une grotte-temple, telle
que la définit l'abbé Lémozi (2) .
Pour nous résumer, aux époques aurignaciennes
et magdaléniennes, nous sommes en présence d'individus ayant des conceptions religieuses. Ces
croyances, ils les ont inscrites dans leurs GrottesSanctuaires à l'aide de scènes, de figures, de symboles, de rébus.
Leur écriture, la voilà; mais leurs pensées et
leurs croyances sont exprimées dans une langue
jusqu'ici inconnue. Les Egyptiens ont élevé pour
(1) Cabrerets (Lot).
(2) L'abbé LÉMOZI: La Grotle-Tcmpic de Pech-Merle.
la postérité des « monuments éternels » ; l'homme
quaternaire, lui, nous laisse en héritage des « documents éternels ».
Ce sont ces documents que nous allons interroger.
CHAPITRE
II
L'Homme quaternaire
croyait-il en Dieu ?
Le Phallus. — Dans les cavernes de la Vézère, le
fouilleur se trouve à chaque instant en présence
d'organes sexuels des deux sexes gravés sur les
parois rocheuses; certains phallus même, placés
dans un cartouche triangulaire, ont pu permettre
de croire à un culte de la Fécondité.
Dès la fin du XVIII e siècle de notre ère, les
Encyclopédistes fournissaient déjà une explication
du phallus ou Tau, emblème, écrivaient-ils, de la
« Génération ». Mais il était réservé au savant
égyptologue Moret d'éclaircir définitivement la
question. Nous nous bornerons à reproduire sa
merveilleuse définition du Ka :
« La racine Ka est certainement une expres« sion de la force génératrice; d'où la traduc-
— 19 —
« tion : Ka — « génie » au sens d' « auteur de
« la Génération », avec un déterminatif appro« prié — « Phallus », le Créateur. Accompagné
« du cartouche, Ka personnifie le nom royal
« Ren » ( 1 ) .
D'où nous pouvons déduire que l'homme quaternaire, par la représentation du phallus a eu la
connaissance d'un Dieu Créateur, auteur de la
Génération, d'un Etre au-dessus de lui, auquel,
d'ailleurs, il semble rendre un culte, le signe étant
placé intentionnellement au centre d'un cartouche.
Le Bison. — Toutefois, l'homme se contentera-t-il
du signe [Phallus] pour affirmer ses croyances et
les transmettre à la postérité ? Vraisemblablement
non. II cherchera dans les êtres qui l'entourent un
autre symbole pour représenter son Créateur.
Qu'a-t-il autour de lui ? Des Animaux et encore des Animaux. L'Aurignacien choisira donc
un Animal, le plus beau de l'espèce, celui qui
donne l'impression de la force génératrice, celui
dont l'œil exprime << la pensée » tout court. Cet
Animal, ce sera le Bison.
L'adoration ne s'adressera pas à l'animal, car
le « Bison » ne sera que la figure du Dieu fort,
du Dieu Auteur de la Génération, autrement dit
(1) MORET:
Le Nil el la Civilisation Egyptienne.
— 20 —
du Créateur. Et l'Animal sacré, symbole terrestre
de ce Dieu, recevra les hommages des « initiés »,
car déjà dans la petite cellule, comme plus tard
dans le clan, il y a une ébauche de confrérie.
Le Taureau. — Le Bison lui-même ne sera pas
l 'unique symbole du Créateur. Afin de bien marquer que l'animal n'est qu'une figure, l'homme va
confirmer sa pensée et lui donner plus de poids
encore; il prendra aussi le Taureau, dont nous
retrouverons les traces partout, en Asie, en Afrique aussi bien qu'en Europe. Enfin, dans la suite
des millénaires, nous verrons surgir le Dieu-Bélier,
Amon, et même le Dieu-Coq, Velchanos !
Qu'importe l'Animal! A défaut d'écriture, la
pensée de l'homme s'exprimera quand même, et
cette conception qu'il lègue à la postérité, c'est
la croyance en un Dieu fort, puissant et créateur.
La forme du Dieu-Taureau a été assurément
la plus répandue; toutefois, nous ferons ressortir
plus loin la connexité que les paléolitiques établissaient entre le Bison et le Taureau; ces deux figurations sont du reste représentées aux mêmes
époques. Dans les curieux rochers de Bourdeilles
(Dordogne) , le savant préhistorien Peyrony a mis
à jour un magnifique bloc de pierre sur lequel
sont gravés côte à côte, sur le même plan, un
Taureau et une Vache encadrés à droite et à
— 21 —
gauche par deux autres Taureaux paraissant dressés sur leurs jambes d'arrière (1). L'œuvre est
du pur Aurignacien.
Aux Eyzies (Dordogne) se voient en nombre
le Bison et le Bovidé divins; à Cabrerets (Lot)
également, un Bovidé dans la salle dénommée
« Salle de l'Archer ». Enfin, aux Eyzies encore,
mais cette fois datant du Magdalénien supérieur,
une côte gravée nous montre une « Procession
rupestre » composée de sept personnages accomplissant une cérémonie rituelle devant l'image d'un
grand Bison.
Avec les époques paléolithiques, le Bison disparaît, en tant qu'espèce, de l'Asie et de l'Europe ;
il n'est donc pas fort étonnant que le Taureau
Divin ait seul persisté dans la suite des temps.
En Crète, aux âges néolithiques, le Taureau
règne en maître « et plus tard tous les Lieux
« Saints se faisaient reconnaître, car on y trouve
« immanquablement sur les Autels, au pied des
« Arbres, des Piliers et des Colonnes, jusque sur
« les toits, l'insigne du Taureau Divin, les Cor« nés de Consécration... On fabriquait aussi à
« l'usage des fidèles, des Taureaux en argile
« peinte, substitut de la bête vivante ; la figu(1) Cette attitude
de la roche.
est
peut-être
exigée
par
suite
de
l'exiguïté
— 22
—
« rine se bornait même souvent à une Tête. » (1) .
Cette Tête de Taureau existe déjà aux Eyzies (2) ; elle est certainement plus archaïque que
celles de l'Egée. Elle sert néanmoins de témoignage à l'opinion que nous émettions tout à l'heure :
le Bison et le Taureau étaient à la même époque,
et l'un comme l'autre, la figure de la Divinité,
d'une seule et même Divinité, le Créateur.
La partie de l'Animal divin est souvent prise
pour le tout. Aussi bien aux Eyzies qu'en Egée,
on a découvert la tête du Taureau; nous y retrouverons la « Corne de Consécration ».
La croyance au Dieu Créateur se perpétuera
de siècle en siècle, de millénaire en millénaire, et
le paganisme lui-même ne pourra pas en effacer
entièrement la trace.
En Babylonie, le Taureau androcéphale « sem« ble découler directement du Bison » (3) . Cela
n'offre rien de surprenant. Dans la pensée du Babylonien, comme dans celle de l'homme des cavernes
de la Gaule, le Taureau ne remplace pas le Bison ;
représentant la même idée, il se confond avec lui.
En Assyrie, nous le voyons « gardant les portes
« du Palais et de la Cité » (4) .
(1) GLOTZ: Civilisation Egéenne.
(2) Musée des Eyzies.
(3) DELAPORTE : Civilisation Babylonienne.
(4) DELAPORTE: Civilisation Assyrienne.
— 23 —
En Chaldée, le voilà représenté
« tête humaine » ( 1 ) .
« avec une
Mais l'Egypte, d'une civilisation plus avancée,
permettra de définir de façon infiniment plus claire
le rôle du Taureau: « quelque importance que
« l'on ait accordée à ces Animaux sacrés, n'ou« blions pas qu'ils ne sont point divinités auto« nomes. Apis est adoré comme Répétiteur, com« me image vivante de Phtah; il n'est que le reflet
« sur terre d'un autre qui est le vrai Dieu de
« la Cité » (2) .
Voilà donc confirmée notre thèse du début :
le Taureau, comme le Bison, n'est que l'image,
la figure du Créateur. Et plus loin, parlant d'un
roi divinisé, les textes égyptiens s'expriment encore
ainsi : « Le roi N... c'est le « Taureau du
Ciel » (3).
Dans la Crète, comme en Egypte, le Taureau
sera la reproduction fidèle de la foi ancestrale.
Nul doute ne peut donc subsister: le Taureau du
Ciel est bien le Créateur, survivance des croyances
paléolithiques, sans changement, sans évolution.
De nouveaux Barbares, les Celtes, paraissent
avoir connu à leur tour la signification du Tau(1) PmLIPPON: Les Ibères (Heuzey, cité par Paris).
(2) MORET: Civilisation Egyptienne.
(3) Id.
r
— 25 —
reau Divin, car nous retrouvons son image sur le
vase gaulois de Gundestrup ( 1 ) .
Et, cependant, les millénaires se sont écoulés,
l'ère chrétienne ne tardera pas à s'ouvrir, la tradition s'est donc transmise intacte depuis le paléolithique.
Le Faucon. — Nous venons d'examiner la figuration de Dieu sous son angle de Créateur, nous
allons à présent la découvrir sous celle de l'Etre
Céleste.
De la fin de l'Aurignacien ou du commencement du Magdalénien, voici le Faucon, le vieil
Horus, gravé sur la voûte rocheuse de l'Abri Lartet (Les Eyzies, Dordogne) ; c'est bien celui que,
plus tard, en Egypte, on nommera Horus X Aîné.
Nous aurons encore recours à Moret pour l'explication de l'Horus égyptien: « A l'époque la plus
« ancienne, le signe « mot » qui détermine l'idée
« de Dieu, c'est le Faucon sur son pavois. Le
« Faucon-Dieu et l'Oiseau s'appellent et s'écri« vent de même: Hr, Hrou, que les Grecs trans« crivent Oros'ar dans les noms composés et d'où
« vient la transcription latine Horus... le mot Hr
« avec la désinence adjective hrj signifie « le
(1) Retrouvé dans le Jutland. Actuellement au Musée de Copenhague.
— 27 —
« Supérieur », « ce qui est en haut ». Comme
« substantif, Hrt, c'est le « Ciel » : nouvelle rai« son d'attribuer mentalement le Dieu-Faucon
« Hrou au Ciel Hr. » (1).
Ainsi, cette autre figuration du Faucon de l'Abri
Lartet doit signifier le Dieu du Ciel. L'Oiseau
« croise dans la lumière » (2) , sa vue est perçante, il voit de haut et de loin. Ne serait-ce pas
déjà l'idée de l'Œil de Dieu? En tout cas, Dieu
est représenté dès l'Aurignacien comme le Dieu
du Ciel et le Créateur.
II nous sera bien permis d'affirmer qu'entre l'Aurignacien et la période historique, la chaîne des
croyances ne s'est pas rompue. L'homme quaternaire connaissait le Dieu du Ciel, Créateur, Engendreur de l'humanité; l'Egyptien des premiers âges
ira plus loin, il définira l'Eternel. « Le Dieu serait
« l'Etre qui, au lieu de croître et de mourir comme
« un homme ou un animal, reste perpétuellement
« dans le même état ... le [signe] Neter, c'est
« donc l'Eternel, ou mieux, l'Eternellement le
« même, Celui qui ne meurt point. » (3) .
Les Dieux qui, pour les Egyptiens, sont les
« Membres » du Démiurge (4) , nous les appellerons, nous, les Attributs de Dieu.
(1) MORET:
(2) Id.
(3) Id.
(4) Id.
Nil et Civilisation Egyptienne.
— 28 —
Mais, Croyants de tous les âges ne peuvent-ils
pas se rallier à un des beaux hymnes sacrés de la
vieille Egypte : « La Pensée des Dieux s'abreuve
« de la Vérité et reste plongée dans le ravisse« ment ; elle contemple la Justice en soi, la Science
« qui a pour objet l'Etre des Etres, telle est la
« vie des Dieux ( 1 ) . » ?
Puisons encore aux sources les plus antiques:
« d'après le témoignage d'anciens auteurs, les pré« Hellènes connaissent un Etre Suprême » (2) .
Le fait est confirmé par Hérodote.
Nous devons aussi relever dans l' Encyclopédie,
le passage suivant : « Les Grecs, avant Inachus,
« étaient un peuple barbare, à peine sorti de l'état
« de nature; ils conservaient cependant l'idée d'un
« Etre Suprême, re.síe précieux des traditions du
« genre humain » (3) .
Les Gaulois adorent primitivement, eux aussi,
un Etre Suprême, sous le nom cYEsus; des forêts
entières lui sont consacrées.
Tout concourt donc à réunir en faisceau les
preuves de la croyance à la Divinité, aux époques
paléolithiques, depuis le Phallus employé comme
(1) MORET:
Nil et Civilisation Egyptienne.
(2) Encyclopédie:
(3) Encyclopédie.
selon Pronapides, précepteur d'Homère.
— 29 —
déterminatif du Créateur, jusqu'à la magnifique
définition de Dieu par les Prophètes égyptiens :
« J'ai beaucoup de Noms et beaucoup de Formes.
« Ma Forme est en chaque Dieu, Atoum et
« Horus le Jeune sont nommés en Moi... Je suis
« Celui qui a créé le Ciel et la Terre... » (1).
(1) Textes du Temple d'Edfou, cités par Moret.
CHAPITRE III
Aux Temps paléolithiques :
Le Mystère de la Vierge-Mère
II nous faut tout d'abord revenir aux organes
sexuels gravés à profusion dans les grottes des
rives de la Vézère (Dordogne) .
Nous avons démontré que, nous rangeant à l'opinion autorisée de Moret, le Phallus signifiait « le
Créateur » ; mais ce signe est très souvent accompagné de l'organe sexuel féminin. Si le Phallus
est le déterminatif de « Créateur », l'organe
féminin devra être celui de la « Femme Divine ».
Le Ka sera naturellement suivi de Ka.t, qui
désignera aussi « la Vache » ( 1 ) .
Ne nous étonnons donc pas de trouver sur le
bloc de pierre de Bourdeille (Dordogne) , la
Vache sur le même plan que le Taureau Divin.
(1) MoRET : Le Nil et la Civilisation Egyptienne.
— 31 —
Et comme la Vache est ici en état de gestation,
nous dirons que c'est le signe de l'attente du grand
Mystère de l'Incarnation promis au genre humain.
D'autre part, à Cabrerets (Lot) , les Seins isolés, gravés dans la Grotte-Temple, serviront d'abréviation au mot « Mère Divine » ; l'idée de
l'homme quaternaire est à coup sûr la même qu'aux
Eyzies, la partie étant encore prise pour le tout.
Toutefois, il n'a pas suffi à nos précurseurs
d'exprimer leur pensée par une abréviation; ils
nous ont légué l'Image, et cette Image va nous
offrir des données autrement explicites.
« Les figurines humaines, écrira l'abbé Lémozi,
« sont aussi anciennes que les figurines d'animaux ;
« à la base même de l'Aurignacien, c'est-à-dire
« au début de l'art, nous voyons apparaître les
« statuettes de Brassempouy. Or, ces statuettes
« ont un sens religieux par comparaison aux sta« tuettes historiques. Au reste, plusieurs figurines
« humaines, considérées en elles-mêmes, revêtent
« nettement le caractère religieux, par exemple:
« une des Femmes de Laussel qui est armée d'une
« Corne, symbole de la Puissance. » ( 1 ) .
Ainsi, l'abbé Lémozi nous montre la voie; les
figurines qu'il cite ont, dit-il, un sens religieux.
Examinons en détail la Femme de Laussel (2) .
(1) Abbé LÉMOZI : Crolle-Temple de Pech-Merle.
(2) Grotte de Laussel, Les Eyzies (Dordogne).
— 32 —
C'est une femme stéatopyge, aux flancs énormes, aux seins proéminents. De la main droite,
elle tient la Corne de Consécration du Taureau
Divin, tandis que de la gauche elle désigne son
nombril.
La similitude existant entre cette figurine et la
statuette néolithique de la Déesse découverte dans
les ruines de Phaïstos (île de Crète) est pour le
moins frappante. Ecoutons Glotz: « En Crète,
« comme dans tous les pays depuis l'Euphrate
« jusqu'à l'Adriatique, la grande Divinité fut
« d'abord une femme stéatopyge. Le spécimen le
« plus typique est celui qu'on a trouvé à Phaïstos,
« près d'un bloc de fer magnétique. Les seins
« proéminents, les ' flancs énormes dont l'un est
« incisé d'une Croix, le triangle tracé sur le pubis,
« tout indique, avec une puissance qui va jusqu'à
« l'horrible, la divinisation de la maternité. » (1) .
Nous nous permettrons, ici, de renverser ce dernier membre de phrase, et de dire: TOUT INDIQUE
LA MATERNITÉ DIVINE.
La Femme de Laussel tient, en effet, de la main
droite, la Corne de Consécration du Taureau Divin; elle est donc consacrée au Dieu Générateur,
au Créateur; de la main gauche, elle désigne son
nombril : il s'agit bien de la Maternité Divine.
(1) GLOTZ:
Civilisation Egéenne.
DÉESSE DE LAUSSEL
— 33 —
Ce thème de la Maternité Divine sera, du reste,
un sujet inépuisable pour les paléolithiques comme
pour les Egéens néolithiques, pour les populations
libyennes de l'Afrique et celles de l'Asie Mineure.
Nous retrouverons le culte de la Vierge-Mère
partout où il y a une cellule primitive, un clan ou
des nomes. Dans la suite des temps, la Femme
Divine portera les noms de Dyctinna-Britomariis,
la Mère et la Vierge, de la chaste Artémis, d'Isis
la Divine, d'Ishthar la Souveraine, et tant d'autres !
Mais elle sera toujours la Vierge-Mère
annonçant au monde la venue d'un Rédempteur.
Pourquoi donc ne serions-nous pas autorisés à
dire que le rébus de la Femme de Laussel s'explique uniquement par la croyance en la Mère
de Dieu ?
Nous allons essayer, après avoir identifié la
Vierge-Mère aux époques paléolithiques, de relever dans diverses contrées les restes d'une très
réelle survivance.
En Assyrie, nous découvrons une statue de la
Vache allaitant son veau ; toutefois, la Déesse
nous apparaît surtout sous la forme guerrière :
« Celle qui n'épargne pas les ennemis du Dieu
« Ashour » ( 1 ) .
Les ennemis du Dieu, se sont les Esprits péril) DELAPORTE:
Civilisation Assyrienne.
— 34 —
vers, l'Esprit du Mal, le Démon. Et voilà la
Déesse, comme d'ailleurs dans la Crète néolithique, portant le Bouclier, la Lance, le Javelot.
Elle attaque l'ennemi du genre humain, pendant
que de son Bouclier elle protège les siens, « ses
suivants ».
En Babylonie, elle est la Fille Divine, Déesse
de la Volupté; nous devrions plutôt traduire: une
créature incarnant l'Amour divin. On la voit aussi
reprenant son rôle de guerrière « debout sur un
« ou deux lions » ( 1 ) . Quant aux figurines féminines de l'époque pré-Sargonique, le plus grand
nombre représente la Femme nue, rappel des temps
primitifs.
Mais le culte le plus pur s'est conservé dans
la Crète Minoenne. Dans la Crète seule, en effet,
la Vierge-Mère se révèle presque dégagée des
ombres qui obscurcissent ailleurs sa personnalité
divine.
toute
D'abord,
douceur,
deviendra
la
Déesse-Colombe,
toute
Déesse
c'est-à-dire,
pureté,
tout
à
Colombe ;
la
amour,
car
elle
la
Colombe « est l'Esprit qui sanctifie tous les êtres
« sur lesquels II se pose et par Lui s'accomplit
« la possession divine » (2) .
N'est-ce pas l'annonce prophétique de l'Incarnation ?
(1) DELAPORTE:
(2) GLOTZ:
Civilisation Babylonienne.
Civilisation
Egéenne.
— 35 —
Toutefois, la Vierge à la Colombe va se manifester sous un nouvel aspect: elle sera la Dompteuse des Fauves et principalement du Serpent.
Le Serpent se montre son adversaire inlassable,
puisqu'il est l'ennemi de Dieu et de l'Humanité;
mais c'est un adversaire terrassé et vaincu.
Et maintenant, comment les Courètes Crétois
vont-ils s'y prendre pour expliquer aux Initiés le
mystère de la Virginité de la Mère de Dieu ?
Ils auront recours à la preuve d'innocence que
l'on réclamait aux accusés du Moyen-Age (de
notre ère) , à une sorte de « Jugement de Dieu »,
à l'« Ordalie » (1). La Déesse se précipitera
dans les flots et, sortie victorieuse de l'épreuve,
elle prouvera ainsi que la Mère est demeurée
Vierge.
La voici retrouvée dans les fouilles de Cnosse,
accompagnée de l'Enfant Divin, ce qui permettra
à Glotz d'écrire: « Elle est la madone qui porte
« le Divin Enfant et veille sur Lui » (2) . Elle
nous apparaîtra encore sous les vocables de NotreDame des Flots, de Notre-Dame du Mont, de la
Dame du Mont Ida, tous ces titres se confondront
en celui de Grande Mère.
Longtemps adorée à Delphes sous le nom de
Gaïa, elle cédera plus tard sa place à l'ApoIlon
(1) GLOTZ:
(2) Id.
Civilisation Egéenne.
— 36 —
Dorien. En tout cas, aux époques pré-helléniques,
la Déesse est vénérée comme la Fille, l'Epouse
et la Mère d'un Dieu.
II semble donc qu'en Crète, nous lisions l'histoire sacrée de la Vierge; chacun de ses rôles,
chacune de ses formes ouvre un chapitre qu'il
s'agit seulement de savoir déchiffrer et, malgré
les déformations du paganisme grec ou romain,
la croyance des premiers âges subsistera jusque
sous l'empire romain.
Le culte de la Déesse crétoise se répandit partout, Glotz nous dira
« même jusqu'à l'Adria-
tique », nous irons plus loin encore, car nous
atteindrons l'Ibérie.
A l'époque où les Tartesses sont installés en
maîtres en Espagne, il existe des sanctuaires de
la Femme Divine érigés sur les hauts lieux, à
l'instar de ceux de la Crète.
Nous n'apprendrons, il est vrai, les noms de
la Déesse qu'à travers la langue et les fables des
Grecs; nous n'en saurons pas moins que les populations de la péninsule adoraient la Déesse Attaïcina ou Attecina dont
« le nom qui est associé
« sur les inscriptions à celui de Proserpine paraît
« dérivé de l'indo-européen, Atta = Mère » (1) .
Comme Proserpine est synonyme de Fille Divine,
(1) PHILIPPON:
Les Ibères.
— 37 —
le mythe semble signifier la Fille Divine et la
Mère Divine; les deux noms associés sur les inscriptions tendent à faire comprendre qu'en réalité
les deux déesses n'en font qu'une.
Puis, nous relèverons aussi les traces d'une
grande Déesse phrygienne qui paraît fortement
apparentée à celle de la Crète, d'une Déesse
libyenne et d'une Déesse éthiopienne. Enfin, nous
n'aurons garde d'omettre la grande Isis dont le
culte, après toutefois celui de la Déesse crétoise,
prit à un moment une grande extension. Les
Suèves, peuple nordique, par conséquent fort
éloignés de l'Afrique, eurent leur Isis. Mais il
nous paraît préférable d'étudier la Déesse en
Egypte, d'où elle est vraisemblablement originaire, en même temps que les autres Divinités
féminines Wazet et Hathor.
— WAZET n'est que la réplique de la Dompteuse de Serpents égéenne.
— Mais, avec HATHOR, nous voilà de nouveau en présence de la Vache, survivance du
Paléolithique.
Son lieu d'origine est-il bien l'Egypte? Morgan émet un doute, que nous partageons, lorsqu'il
écrit : « N'aurait-il pas existé des rapports très
« anciens avec une patrie primitive dont les
— 38 —
« Egyptiens tirèrent leurs dieux Horus, Hathor
« et Bès ? » (1).
Le
Faucon,
la Vache
nous ramènent
aux
Eyzies et à Bourdeille. D'où venaient-ils euxmêmes ?
L'Echo des roches ne semble-t-il pas
répondre : De bien loin !...
Appelons ici l'attention sur un fait que nous
avons déjà fait observer, à savoir, que nous sommes en face de symboles, de figures, de rébus
souvent compliqués et dont l'interprétation
est
rendue difficile.
Un exemple frappant va d'ailleurs nous être
fourni: la Vache Hathor deviendra, selon la tradition, l'épouse du Faucon Horus (2) .
Qui ne
voit l'invraisemblance, mieux, l'absurdité d'un tel
mythe? Mais si nous le présentons, dépouillé du
sens métaphorique, nous dirons: le Dieu du Ciel
rendra la Femme divine féconde; le rébus s'explique alors avec clarté.
Du reste, Isis et Hathor s'unissent en une seule
et même divinité, aux formes simplement différenciées. A ce sujet, lisons ces lignes de Moret : « Isis,
« sous sa forme de Hathor (considérée soit comme
« la Grande Mère, soit comme l'Epouse d'Horus
e
« l'Aîné) , est adorée dans la VI nome. » (3) .
(1) J. DE MORGAN:
(2)
Humanité Préhistorique.
MORET: Le Nil et la Civilisation Egyptienne.
(3) Id.
— 39 —
En tout cas, Isis assume un grand rôle, car elle
apporte aux hommes « le remède qui donnera
« rimmortalité » (1). Grâce à son Fils, elle
vengera l'injure faite à Dieu par l'Esprit du Mal et
réunira dans une même croyance, dans une même
foi, les membres épars du cadavre qu'est devenue
l'Humanité.
Isis, Hathor, Nekhebt (le Vautour femelle) (2)
la Grande Mère égéenne, sous tous ces noms, c'est
toujours la Déesse Unique, la Vierge-Mère annoncée et attendue.
Et lorsque nous toucherons à l'Ere chrétienne,
dont un siècle à peine nous séparera, le Vase à
libations de Gundestrup va nous servir, une fois
de plus, de témoignage et de lien entre le culte
paléolithique et le christianisme. Nous y trouverons gravé le Dieu gaulois, tenant sur sa main
droite la Colombe prête à s'élancer sur la tête de
la Déesse. Celle-ci, assise et soutenant ses seins —
telle la Vierge cretoise — attend l'heure de Dieu,
dans une attitude d'humilité profonde.
Le Vase gaulois est là, témoin irrécusable, pour
confirmer les croyances de la Préhistoire, croyances immuables dans l'éternité des temps.
(1) MORET:
Nil et Civilisation Egyptienne.
(2) MORET: Note de l'auteur, en hiéroglyphes, le Vautour se lit
M.t =
Mère.
CHAPITRE IV
L'Humanité
attendait un Rédempteur
Contrairement à la méthode que nous avons
adoptée jusqu'ici, nous allons examiner tout d'abord les croyances égéennes et égyptiennes dans
les remarquables ouvrages de MM. Glotz et
Moret, pour remonter ensuite aux âges paléolithiques, et tâcher de reconnaître, dans nos Cavernes, les traces de ces cultes. La compréhension
des rébus en sera grandement facilitée.
CULTE ÉGÉEN
Nous avons déjà trouvé la déesse stéatopyge de
Phaïstos dont un des flancs est incisé d'une Croix,
qui rappelle la déesse ancestrale des Eyzies désignant son nombril. L'une comme l'autre sont dans
l'attente de la maternité.
— 41 —
Par Glotz, nous allons découvrir la Naissance,
la Vie terrestre, la Mort et la Résurrection du
Dieu égéen : « Les monuments figurés de la
« période minoenne et les mythes des Grecs nous
« font connaître un Dieu né de la Terre-Mère
« dans une grotte où il fut nourri par la Déesse« Abeille Mélissa et la Déesse-Chèvre Amalté.
« Un sceau représente, au-dessous d'une Main
« de Justice, le divin Enfant allaité par une Chè« vre; sur un autre, on voit la Chèvre au-dessous
« d'une Croix gammée. »
Qu'il nous soit permis de faire observer qu'un
Dieu né de la Terre-Mère ne s'explique guère;
mais n'est-il pas possible de chercher le sens exact
de cette allégorie à travers les mythes grecs et
crétois? Ce n'est probablement pas une divinité
de la Terre-Mère que les Egéens ont voulu désigner, mais une créature qui devait appartenir à
la Terre, naître et vivre sur la Terre, à la fois
Femme Divine et Terrestre.
Le Dieu doit naître dans une grotte où il sera
nourri par sa Mère, figurée, ici, sous la forme de
la Déesse-Abeille et de la Déesse-Chèvre. Un
des sceaux crétois nous fera mieux comprendre la
pensée religieuse qui se cache, à peine voilée : La
« Main de Justice » placée au-dessus du divin
Enfant, n'est-ce pas, en effet, la Justice de Dieu
qui passe, le Sacrifice de Dieu lui-même qui se
— 42 —
prépare pour le rachat de l'Humanité coupable
envers son Créateur ?
Un autre sceau représente la Chèvre Divine
surmontée d'une Croix gammée. Une note fort
curieuse vient d'être publiée récemment au sujet
de la Croix gammée (1) : « Ce sujet "oviphile"
écrit l'auteur, était un fétiche employé pour préserver les bergeries et, par extension, gravé sur
les tombeaux des Pasteurs des hommes, c'est-àdire des Prêtres. » Ce qu'il y a de certain, c'est
que le Swastika se voit dans les peintures des
Catacombes de Rome, sur les vêtements de certains personnages, et qu'on lui attribue la signication de « Pasteur ». La Croix gammée du
sceau égéen pourrait, semble-t-il, être interprétée
de même façon.
Mais voici l'explication crétoise du mystère de
l'Incarnation : « Eternellement jeune, le Dieu Gé« nérateur est associé, non seulement à la Déesse
« qui l'a enfanté, mais aussi à la Déesse, jeune
« comme Lui; il est le Fils, il est l'Amant. » (2) .
Ce passage se passe de commentaire, il s'agit
bien du Dieu incarné dans le sein de la Vierge.
« II descend de l'Empyrée sur Terre » (3) :
le Dieu du Ciel vient sur la Terre pour vivre
(1) Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 1933.
(2) GLOTZ: Civilisation Egéenne.
(3) Id.
— 43 —
parmi les hommes, et ce Dieu naîtra dans une
pauvre grotte, « la Grotte du Mont Ida » (1).
« Dans les Cyclades, la Déesse-Mère porte
« l'Enfant divin sur la tête » (2). Puis, « lors
« de la période achéenne, les gens de Cnosse
« placent dans le sanctuaire aux fétiches une
« concrétion naturelle à forme de femme et
« d'enfant » (3) . La Vierge veille sur le Divin
Enfant.
L' allégorie va prendre un sens plus précis
encore.
Glotz nous dira : « Sa Vigueur créatrice prend
« la forme du Taureau. Animal, il est le Tau« reau » — le Taureau Divin, le Créateur; —
« Homme, il est Minos » — c'est-à-dire, la Sagesse, la Justice; — « Animal-Homme et tou« jours Dieu, il est le Minotaure ».
Le grand mystère du Minotaure s'éclaircit donc
de façon fulgurante, car c'est celui de Dieu fait
Homme. Cette conception ne sera pas spéciale à
la Crète; nous avons déjà vu le Taureau chaldéen
à tête humaine (4) . En outre, une plaque de
schiste, découverte à Lourdes (actuellement au
Musée de Saint-Germain) , représente un homme
(1) GLOTZ:
Civilisation Egéenne.
(2) Id.
(3) Id.
(4) Heuzey, cité par P. Paris.
— 45 —
à grande barbe, la tête couronnée de rayons (1),
ayant une queue de Taureau, le front extrêmement bombé. Divinité anthropomorphe résumant
les croyances: le Taureau Divin devenu Homme
et restant Dieu. Le front bombé intentionnellement
rappelle le Bison. Bison-Taureau = le Créateur
qui s'est fait Homme et toujours Dieu, ne voilà-t-il
pas le Minotaure des premiers âges retrouvé dans
les Pyrénées, et nous prouvant ainsi l'antiquité
des croyances égéennes ?
Continuons à suivre le culte crétois: II nous a
dévoilé la Maternité Divine, l'Incarnation, la
Naissance presque cachée du Fils de Dieu, la
sollicitude de la Mère s'exerçant sur le Divin
Enfant.
L'Homme-Dieu va nous apparaître maintenant
prêt à la lutte; il domptera les hommes et les
bêtes : « Et quand il plane dans les airs, bran« dissant la lance et couvert du bouclier, il aveu« gle, il épouvante, il terrasse » (2) .
Le Bouclier servira de cuirasse protectrice et
signifiera que le Fils de Dieu protège les siens et,
lorsqu'il attaque le Démon, celui-ci est vaincu
(1) PHILIPPON: Les Ibères. « Les Libyo-Tarlesses avaient pour
Dieu suprême Nétos ou Néton, que les Romains ont assimilé à
Mars, mais comme ce Dieu était représenté avec « la Tête ornée
de rayons », il y a tout lieu de croire que c'était un Dieu solaire. »
(2) GLOTZ: Civilisation Egéenne.
— 46 —
d'avance. Le Lion qui accompagne la Divinité
nous dira que Dieu emploie la Force avec noblesse,
car le Lion incarne la Force et la Noblesse.
Enfin, la tâche terrestre de l'Homme-Dieu
s'achève. II a passé, tel un météore, et voici sa
Mort et sa Sépulture — le Sépulcre sur le mont
Iouktas.
La mort d'un Dieu sera le rachat de l'Humanité; mais, malgré sa Mort, le Fils de Dieu restera
parmi les hommes, car « le Sacrifice c'est l'immo« lation du Dieu lui-même en vue de communier
« avec lui et de lui prendre sa force » (1).
Les Courètes (2) vont maintenant prophétiser
le dernier épisode du drame sacré : « Le Dieu
« meurt, mais pour renaître et les Courètes qui
« ont protégé son enfance l'aident par leurs
« danses et le fracas de leurs boucliers à sortir
« de la tombe dans la nature revivifiée » (3) .
Que pourrions-nous ajouter ? Le culte égéen
dont nous relevons les traces ancestrales dàns les
Gaules par les signes : Phallus, Seins isolés, Croix
gammées, Croix de Saint-André [figurant la double hache] (4) , Corne de Consécration du Taureau placée dans la Main de la Femme Divine
(1) GLOTZ:
Civilisation Egécnne.
(2) Caste sacerdotale cretoise.
(3) GLOTZ: Civilisation Egéenne.
(4) La double hache ou bipenne, un des fétiches du culte égéen.
— 47 —
de Laussel, ces croyances identiques ne nous indiquent-elles pas que le culte égéen n'est en réalité
que la survivance du culte paléolithique ?
Un Dieu Créateur, une Vierge-Mère, un Dieu
fait Homme, que nous faut-il de plus pour témoigner que la Foi de l'homme quaternaire est la Foi
unique de tous les âges depuis la création ?
LE POISSON DE L'ABRI LARTET (0
Le Minotaure pyrénéen des époques paléolithiques n'est pas la seule preuve de la croyance
en l'Incarnation du Verbe que nous aient laissée
les Aurignaciens.
En 1892, le docteur P. Girod explora l'Abri
dont nous allons parler; plusieurs explorateurs
continuèrent les fouilles à diverses reprises, mais
ce n'est qu'en 1912 « qu'un sieur Marsan, pen« dant son repos, couché sur le dos, regardant
« la voûte, aperçut par hasard le poisson » gravé
sur la voûte. Celle-ci laissait « encore apercevoir
« des traces d'un rouge vineux, vestiges de vieilles
« décorations en couleur » (2) .
(1) L'Abri Lartet, Les Eyzies (Dordogne).
(2) Peyrony, inspecteur des Monuments préhistoriques. — L'abbé
Breuil et Peyrony ont reconnu, après de nombreux travaux, que les
objets de l'Abri dataient de l'Aurignacien présolutréen.
1
— 48 —
DESCRIPTION DU POISSON
PAR M. PEYRONY
« En dehors du Poisson et d'une belle tête
« d'oiseau de proie placée à côté, je n'ai remar« qué jusqu'ici que quelques traits inintelligibles
« et des anneaux cassés, se rapportant à l'occu« pation de la grotte, c'est-à-dire, au paléoli« thique. Le poisson est, d'après les spécialistes,
« un Saumon; il mesure 1 m. 05 de long et
« 0 m. 28 dans sa partie la plus large. II a été
« mis légèrement en relief par un travail de
« champ-levé. Les arêtes des contours ont été
« peu émoussées, sauf celle de la tête, qui est
« polie et modelée. Toutes les parties du corps
« ressortent nettement; la nageoire anale seule
« n'est pas limitée à son extrémité; l' abdominale
« et la pectorale sont simplement indiquées; la
« caudale, bien en saillie, est en partie détruite.
« L'œil, Fouie et la bouche sont en place. En
« général, les proportions sont observées et ren« dues, cependant la largeur du ventre semble
« exagérée, il est trop tombant — à moins que
« l'artiste, ce qui est probable, l'ait fait à dessein
« pour des raisons ignorées. D 'après des pisci« culteurs, l'animal, avec son museau anguleux,
« serait un saumon mâle. Cette particularité lui
« permet, paraît-il, au moment du frai, de creu-
I
LE POISSON DE L'ABRI LARTET
(Extrait du
fascicule:
L'Abri Lartet, de
Peyrony)
« ser des sillons dans le sable où la femelle
« dépose ses œufs; l'angle s'arrondit à mesure
« que le travail avance. Voilà un caractère du
« sexe connu des "seuls spécialistes". » [Convenons que, pour des primitifs, ces connaissances
étaient déjà extrêmement remarquables!] « Au
« cours de mon examen, j'ai relevé les particu« larités suivantes que je soumets à l'appréciation
« de mes lecteurs :
« 1 0 — Que signifie cette bande longitudinale,
« dans le milieu du corps, en bas-relief sur les
« autres parties, partant de Fouie et se terminant
« à l'anus? L'auteur a-t-il voulu, par cette divi« sion en trois zones, représenter les diverses colo« rations du corps de l'animal? A-t-il voulu mon« trer le ventre ouvert latéralement, ce qui l'expli« querait tombant ? ou bien indiquer, ce qui
« paraît plus vraisemblable, la poche de laitance
« très grande à l'époque de la fraie? ( NOTE :
« M. Pierre Buffaut, le savant conservateur des
« Eaux et Forêts de la Gironde, m'écrit à ce
« sujet : « Après examen et réflexion, je crois
« que l'opinion des personnes qui voient dans la
« large bande figurée au milieu du corps du
« Poisson la poche de laitance, est la bonne. Je
« partage cette manière de voir et je n'aperçois
« aucune autre interprétation plausible. Cette
« bande est en concordance avec l'anatomie du
— 50 —
« Saumon mâle. La figuration de ce Poisson,
« dont l'organe génital se gonfle parce que la fraie
« approche, est très intéressante. »)
« 2° — Que veut dire cette série de cinq
« cupulettes, régulièrement espacées, formant en
« arrière de Fouie une
ligne droite parallèle
« à un bord de la bande précitée... II paraît
« certain que ces points en creux étaient en rap« port avec les gravures qu'ils accompagnaient,
« mais leur signification nous échappe jusqu'ici.
« 3° — Les deux anneaux cassés creusés dans
« la pierre, l'un à la naissance de la queue, Fau« tre sur un des lobes empiétant à la fois sur la
« roche et sur le dessin, laissent perplexe. Etaient« ils destinés à suspendre les offrandes faites à
« la suite d'incantations devant l'image, pour
« favoriser la pêche de ce poisson, ou sa multi« plication ?
« 4° — Les sept traits profonds et parallèles
« placés à 6 centimètres en arrière du dos, avaient
« été pris d'abord pour la nageoire dorsale; mais
« étant séparés du dessin, cette hypothèse n'est
« plus vraisemblable. Ils pourraient être rappro« chés de certains signes différents, de même signi« fication, placés à côté d'autres œuvres d'art,
« que Piette désignait sous le nom de "Marques
« de l'Auteur".
— 51 —
« 5° — Que sont les six sillons parallèles super« ficiels tracés transversalement sur la partie abdo« minale de l'Animal ?
« Ces diverses particularités soulèvent des pro« blêmes difficiles à résoudre.
« A côté de la tête du Poisson, en existe une
« autre, d'Oiseau de proie diurne. Elle est en
« haut-relief, d'un modèle impeccable. Le corps
« semble se perdre d'un côté derrière le poisson,
« de l'autre, il a été en partie dégradé par la
« large entaille faite [en 1912] pour enlever cette
« œuvre d'art. »
Nous n'aurions rien à ajouter à la description
du tableau de l'Abri Lartet, si minutieusement
faite par M. Peyrony, si je n'avais personnellement
relevé d'autres images.
Voici
ce
que
j'ai
pu
identifier :
1 ° — Les sept traits profonds et parallèles
e
(4 §) sont les « jours » pratiqués dans une
Corbeille tressée en joncs ou en roseaux, laquelle
est très certainement ronde. Pour plus de certitude, j'ai examiné les corbeilles égéennes, une
entre autres, sur le sarcophage de Haghia-Triada
qui est portée par des Prêtresses; on y remarque
les « jours » dont je parle plus haut.
2" — Au-dessous de cette Corbeille est un
Saurien, dont la tête, dirigée vers la droite, paraît
— 53 —
se disposer à avaler quelque chose,
aliments.
eau ou
3° — Sur le ventre du Poisson, un deuxième
Saurien rampe vers la poche de laitance, dans
l'attitude de l'animal prêt à dévorer.
4° — Une Croix à quatre branches égales touche la queue du deuxième saurien.
5° — Dans l'Oiseau diurne, je reconnus le
Faucon — le vieil Horus — car l'Oiseau semble
vieux.
6° — On voit encore quelques petits signes que
je n'ai pu déchiffrer jusqu'ici.
Nous savons qu'il existe des Poissons dans les
Catacombes de Rome, et que ceux-ci sont les
figures symboliques du Sauveur. Je cherchai, et
j'en trouvai un tout semblable à celui des Eyzies:
un Saumon nageant, la poche de laitance gravée
au milieu du ventre et les six sillons parallèles
superficiels — sillons dont je n'ai pu comprendre
la signification.
II se trouve également d'autres Poissons dans
les Catacombes, portant sur leur dos une panière
remplie de pains.
J'essayai de lire le Rébus de l'Abri Lartet.
— La Corbeille, placée au-dessus du Poisson
— 54 —
« symbolise l'idée de Totalité, de Suzeraineté
« universelle » ( 1 ) .
— Le vieil Horus, le Dieu du Ciel, s'efface
intentionnellement pour laisser au Poisson un rôle
de premier plan.
— Le Poisson apporte aux hommes la nourriture spirituelle, celle qui donne l'Immortalité.
— Les deux Sauriens cherchent à dévorer cette
nourriture. Or le Saurien représente le Démon
dans le culte égéen.
—■ Quant à la Croix à quatre branches égales,
les meilleures interprétations s'accordent à dire
qu'elle signifiait « la Vie future ».
Quelle meilleure preuve peut-on fournir de la
Croyance au Rédempteur à l'époque aurignacienne ?
CULTE ÉGYPTIEN
Nous venons d'examiner sous cet angle le culte
égéen ; il nous reste à présent à chercher le
Rédempteur dans les textes égyptiens cités par
Moret.
La création de la Vierge — rappel de nos
doctrines chrétiennes — est annoncée prophétiquement par les prêtres égyptiens.
(I) MORET: Nil et Civilisation Egyptienne.
— 55 —
— « Celle qui est dans le Ciel a conçu ;
« Celui qui l' a fait naître est le Père Atoum,
« avant qu'il existât la Terre, avant qu'il exis« tât les Hommes, avant que fussent enfantés les
« Dieux (1), avant qu'il existât la Mort. » (Pyramides.)
— Et plus loin, parlant d'Isis, la « Déesse de
l' Œil Solaire »,
Râ (2)
lui-même
explique :
« Mon Nom passera de mon Corps dans son
« Corps. »
Dans l'Egypte entière, nous retrouvons Dieu
le Père, Dieu le Fils et une Mère Divine : « A
« Edfou, Horus le Faucon a pour femme Hathor
« (la Vache) et comme fils, un petit Horus-qui« a-les-Deux-Terres.
A Sais, la Déesse Neit
est accompagnée de son Horus libyen.
« Le texte d'un document ancien (qu'un roi
« éthiopien a fait recopier par le clergé de Mem« phis) suit la tradition héliopolitaine. II a pour
« objet d'expliquer le mécanisme de la Pensée
« Créatrice qui anime incessamment le Monde.
« Le vocabulaire employé est concret; chez les
« Egyptiens, l'écriture comme l'esprit, essentiel« lement réaliste, a toujours mal rendu les abstrac« tions. Le mot "Pensée" est écrit par "Cœur".
(1) Nous croyons qu'il s'agit ici des attributs de Dieu.
(2) Nom du Soleil chez les Egyptiens. Moret nous dit que Râ
signifie Créateur.
— 56 —
« Le mot "Verbe" par "Langue". De plus, le
« rôle du Cœur est personnifié par un "Dieu de
« l'Intelligence" Thot. Le rôle du "Verbe" est
« joué par le "Dieu des Réalisations Actives"
« Horus. »
Le Dieu des réalisations actives? Ce rôle n'est-il
pas dévolu au Sauveur promis ?
— « Selon la figure donnée à sa Mère Nout,
« tantôt Femme Divine, tantôt Vache, le Soleil
« fut représenté comme un Enfant à forme hu« maine, ou un Veau de lait à la bouche pure. »
(Pyramides.)
L'allégorie est ici manifeste. Le Soleil ne peut
être représenté par un enfant ou un veau de lait.
II s'agit du Messie, qu'on appelle le Soleil de
l'Horizon Oriental, parce que c'était de l'Orient
que devait venir la lumière — au sens figuré —
et pour mieux faire comprendre la métaphore, en
même temps que faire revivre les antiques croyances, nous retrouvons dans cette citation, la Femme
Divine des Eyzies et de Phaïstos, la Mère du
divin Enfant, et encore la Vache du Paléolithique, donnant naissance à un Veau de lait à la
bouche pure.
— « Parmi les enseignes préhistoriques, on voit
« le Soleil sous forme de Disque planté sur une
« Perche. »
— 57 —
Nous avons reconnu le Disque •— symbole du
Sauveur — dans les peintures néolithiques des
roches espagnoles, peintures relevées si consciencieusement par l'abbé Breuil (1).
— Le paragraphe suivant confirme notre thèse :
« Les textes héliopolitains gardent le souvenir
« d'une égalité de pouvoir entre Râ et Horus
« de l'Horizon Oriental. »
Egalité de puissance, puisque Râ et Horus de
l'Horizon Oriental ne sont qu'un Dieu Unique :
« Dieu le Père et Dieu le Fils, qui reçoivent
« tous les deux, écrira Moret, le titre exception« nel de "Grand Dieu". »
— « Horus, bien que très puissant Dieu du
« Ciel, ne fut pas admis à l'ongine dans le grand
« corps des dieux d'Héliopohs... C'est seulement
« la seconde Ennéade, la "Petite", qui accueil« lera Horus; mais un Horus de deuxième rang,
« Horus le Jeune Enfant. »
Héliopolis, en plaçant Horus l'Enfant dans la
seconde Ennéade, voulait expliquer le dédoublement du Dieu fait Homme, restant quand même
le « Très puissant Dieu du Ciel ».
— « Les textes les plus anciens nomment plu« sieurs Horus, originaires de lieux distincts :
(I) Abbé BREUIL: Peintures espagnoles des régions du Tage et
du Guadiana.
— 58 —
« Horus l'Aîné, — Horus le Jeune, fils d'Isis, —
« Horus de l'Orient, — Horus de l'Horizon
« Oriental, — Horus du Matin. »
Les Horus originaires de différents lieux nous
donnent l'assurance que la croyance était partout
la même et les divers noms s'expliquent :
1° HORUS L'AÎNÉ — le Vieil Horus, Dieu
le Père.
2° HORUS LE JEUNE — Dieu le Fils, Fils de
la Femme Divine.
3° HORUS DE L'ORIENT — le Dieu qui devait
naître, vivre et mourir en Orient.
4" Quant à l 'HoRUS DU MAITN, cette appellation signifiait la Jeunesse et convenait à Horus
l'Enfant. — En conséquence, les Trois Jeunes
se confondaient en une seule et même personnalité,
le Fils d'Isis.
— « Né à Chemmis près de Bouto, Horus
« l'Enfant fut élevé dans la solitude. » Et dans
« un autre passage on nous dit encore qu' « Isis
« nourrit l'Enfant dans la solitude, sans que nul
« ait su où il était. » (Papyrus du Louvre; —
PlCARET: Etudes Egyptologiques.)
L'enfance cachée du Fils d'Isis présente une
similitude frappante avec celle du Sauveur.
— « Des récits inscrits sur les murs du temple
« d'Edfou nous montrent une divinité combinée,
— 59 —
« ou Râ s'associe à Horus de l'Horizon oriental.»
e
— Et encore : « Depuis la V Dynastie, les
« prêtres d'Héliopolis composent avec les aspects
« divers du Faucon Horus, une image synthé« tique du Dieu dynastique, où prédomine le
« Soleil du Ciel Oriental appelé Râ-Harakhti.
« Le règne d'Horus, fils d'Isis, est surtout ter"« restre. »
Le rôle d'Horus le Jeune est celui d'un Fils
Vengeur de son Père :
— « Les textes d'Edfou dénombrent les vic« toires remportées sur Seth ( 1 ) , qui se nomme
« aussi Apophis, le Serpent des Nuées. »
Ne serait-ce pas une allusion à la lutte des
bons et des mauvais Anges ? Le Serpent se montre dans les nuées, comme il s'est montré sur la
terre. Apophis = Seth, c'est-à-dire le Démon.
— « Aux Pyramides, on lit qu'Horus venge
« son Père de Celui qui lui a fait du mal. »
Dès lors, Horus devient un Dieu guerrier que
nous avons déjà rencontré en Egée et ailleurs, « le
Dieu au bras armé de la lance », perçant de cette
lance « les suivants de Seth », car Horus le Jeune
« épouse les querelles d'Horus l'Aîné, Dieu du
« Ciel, et Seth d'Ombos devient son affaire per« sonnelle... » Horus a « empoigné Seth et il l'a
(I) Nom du Démon en Egypte.
— 60 —
« mis sous toi, ô Osiris! Horus t'a vengé... Seth
« tombera sous ton glaive et les alliés de Seth se
« sépareront de Seth. »
— La victoire s'annonce complète: « le Mal
« s'enfuit, le Crime s'éloigne, la Terre est heu« reuse sous son Seigneur... Que ton Cœur se
« réjouisse, Ounefer ["l'Etre Bon", surnom d'O« siris] ! »
Enfin, « dans les derniers temps de la civili« sation égyptienne [sous l'empire thébain] les
« Etrangers reconnaîtront dans Sérapis la fusion
« d'Osiris avec le Taureau Apis. » — Ce qui
n'a pas lieu de nous surprendre.
— « Le clergé d'Héliopolis ne combattit pas
« la doctrine osirienne » — et pour cause! —
« et prétendit même, au contraire, la connaître
« beaucoup mieux que tout autre. »
La doctrine d'Héliopolis était — quant au
fond — exactement la même que celle des autres
collèges égyptiens, les symboles seuls étaient différenciés. A Héliopolis, on estimait que Dieu ne
devait être figuré que par l'astre le plus beau,
le plus brillant du ciel, le Soleil, alors que les
antiques croyances osiriennes continuaient à s'imposer. Mais qu'Héliopolis prophétise la venue du
Fils de Dieu sous la figure du Soleil Oriental, ou
que le mystère osirien annonce la naissance d'Horus l'Enfant, la foi ne diffère pas. On attend le
— 61 —
Rédempteur envoyé par le Dieu du Ciel pour
venger ses injures et rassembler l'humanité dispersée, devenue, par le péché, un cadavre en
décomposition. Le Fils de Dieu infusera à ce
cadavre une vie nouvelle et lui assurera la possession de la patrie céleste.
Le mythe osirien ne semble pas être autre chose
qu'allégories sur allégories en la personne d'un seul
Etre, Osiris-Ounefer, 1' « Etre Bon ».
A la manière des paléolithiques qui gravaient
images sur images signifiant plusieurs idéogrammes, la doctrine osirienne n'est que la survivance
de la « manière » des ancêtres.
Tour à tour, le mystère osirien doit expliquer,
par le démembrement du cadavre, la dispersion
de l'Humanité; c'est ensuite le Père donnant à
son fils Horus la mission de combatre Seth; c'est
encore le Dieu assassiné par le Démon cause du
Péché, mais qui ressuscite glorieusement. Nous
y retrouvons, en effet, la Passion, la Mort, la
Résurrection, et, symbole précis des temps futurs,
« Osiris sera le premier Etre terrestre transféré
« au Ciel » ( 1 ) .
Cette Ascension ouvre les portes du Ciel à tou(1) Not3 explicative de
Moret:
« Aux Pyramides de la VI"
« dynastie, dans les rédactions nombreuses et prolixes, nous possé« dons leur condensation en rituels, les textes de la reconstitution
« du Corps et IAscension au Ciel. ))
— 62 —
tes les âmes des Justes qui L'attendent, Lui, le
Rédempteur. Voilà pourquoi « Osiris joue un
« rôle funéraire », pourquoi il s'implante dans les
nécropoles. II rassemble les morts « justifiés ».
L'allégorie d'Isis parcourant toutes les contrées
à la recherche des membres dispersés du Dieu
doit signifier la réunion en une même foi de l'humanité dispersée.
Dès lors, le corps d'Osiris apparaît enfin reconstitué, grâce à Isis, c'est-à-dire, grâce à la Maternité Divine.
— Après cette digression, qui nous paraissait
nécessaire, continuons l'exposé de Moret : « Parmi
« les enseignes préhistoriques qui s'érigeaient au« dessus des clans et servent maintenant pour le
« Nome, le Harpon est conservée dans le VII e
« Nome. »
Le Harpon! Que peut bien signifier religieusement le Harpon? Les murs du temple d'Edfou
vont nous renseigner. On y retrouvera les « Vic« toires d'Horus et la fondation des sanctuaires
« par les Harponneurs, soldats d'Horus », car
Horus a ses « Serviteurs », ses « Suivants »,
comme Seth, l'Esprit du Mal, a les siens. Le
« Harpon est l'arme dont on se sert pour pren« dre l'hippopotame, encore "une des figures sym« boliques de Seth" » (1).
(1) MORET:
Nil et Civilisation Egyptienne.
— 63 —
— Après la révolution sociale et religieuse, les
temples thébains
« sont conçus sur un nouveau
« plan qui s'imposera jusqu'à la fin de la civili« sation égyptienne. L'Etre dont il s'agit de cons« truire la maison est devenu un Dieu-Homme
« autant quun Dieu Céleste... Nul ne pénètre
« dans les places mystérieuses des temples, sauf
« le Roi et les Prêtres, car c'est là que le Dieu« Homme vit parmi ses créatures. »
Le Fils de Dieu donnera encore à l'humanité
la nourriture qui assure V immortalité ! Qu'est-ce
donc que « ce pain d'Horus » que Téti a mangé
et qui lui permet de prendre possession (par ce
pain) de la Patrie céleste ?
Ne nous rapprochons-nous pas, par la pensée,
du Poisson des Eyzies apportant la nourriture
divine? Tout à l'heure, nous allons encore réunir
les croyances des premiers âges à celles des temps
pharaoniques; toutefois, il est bien entendu que,
seuls, des symboles nous attendent.
En Egypte, comme ailleurs du reste, les monuments, les objets mobiliers eux-mêmes, n'échappent
pas à la règle, ils sont soumis au dogme. Le trône
des Pharaons nous servira d'exemple :
— « Au Palais ou au Temple, pour quelques
« fêtes du couronnement, le roi prend séance sur
« son trône d'ébène, tel Râ, qui préside à l'En-
GRAVURE SUR LAME D'OS DE RAYMONDEN
(Chancelade, Dordogne)
(Extrait d'un ouvrage de Breuil, Capitan et Peyrony)
— 65 —
« néade, ou bien sur un trône de fer, dont les bêtes
« sont des Lions fascinateurs, les pieds sont les
« Sabots du Taureau-Grande-Victime. » (Pyramides.)
Une note de Moret explique que le fer (pour
les Egyptiens) est le métal dont est faite la voûte
céleste, les sièges des statues royales montrent des
têtes de lions et des pieds d'animaux.
Le fer représente donc la voûte céleste ; le Lion,
la Force et la Noblesse ; les Sabots du « TaureauGrande-Victime » sont la figure de l'Immolation
de Dieu lui-même.
Ce « Taureau-Grande-Victime » nous ramène
à Raymonden (près Chancelade, Dordogne) : une
gravure sur lame d'os nous montre une barque —
la Barque Sacrée de l'Egée et de l'Egypte. Sur
cette barque se tiennent sept personnages, trois
d'un côté, quatre de l'autre (ceux-ci sont renversés par rapport à ceux-là) (1) ; ils accomplissent
une cérémonie rituelle. Un dessin, séparant l'image
en deux, figure l'échine d'un Bison dont la tête
nettement humanisée touche l'échine. Les deux
pattes du Bison, posées au-devant de la tête, sont
retournées, les sabots bien en évidence. On devine
que le Bison est mort et que ses pattes sont désar(I) A remarquer que l'un des Initiés tient en main une Palme qui
paraît être une feuille de palmier;
or, le Palmier compte parmi
les Arbres sacrés.
5
— 66 —
ticulées. Reliques du Bison exposées dans la Barque Sacrée, comme plus tard, en Egypte, la Barque Sacrée portera les Reliques d'Osiris.
La gravure de Raymonden, fort expressive, nous
fournira l'explication de la mort du Bison, Dieu
Créateur et Rédempteur. Les « Sabots du Taureau-Grande-Victime » du culte égyptien ne seront
que la reproduction fidèle de la Foi ancestrale.
Nous sommes bien en présence du récit prophétique de la Mort du Rédempteur. Image profondément touchante dans sa simplicité naïve, mais
aussi combien émouvante, lorsqu'on mesure le
temps qui sépare le Culte paléolithique du grand
Drame chrétien !
CHAPITRE V
La Trinité
Le nombre Trois se montre dès le Moustiérien
avec une telle persistance, que l'inlassable et savant
fouilleur, M. Peyrony, a été amené à en faire
la remarque.
Sur un des squelettes de cet âge se trouvaient
trois belles pierres, sorte de pectoral, posées sur
la poitrine, certainement les trois plus belles pierres que possédait l'individu.
En outre, dans les peintures néo-énéolithiques
des roches espagnoles (1) nous avons personnellement reconnu une Divinité, dont voici la description donnée par l'abbé Breuil :
« Une grande silhouette [paraissant élevée dans
« les airs] dont la tête est hérissée de deux lon« gues antennes droites, flanquées de Trois petites
(I) Explorées par l'abbé Breuil.
— 68 —
« Plumes. L' avant-bras, replié sur la poitrine,
« présente bien en évidence une main à Trois
« doigts. »
La Chaldée nous offre une figuration du même
genre : « La conception du Taureau divin exis« tait en Asie au IV e millénaire ; un cylindre éla« mite le représente Debout avec des mains à
« Trois doigts ramenées sur la poitrine » (1).
La conception d'une Divinité Unité-Trinité se
retrouve donc en Chaldée et, aux époques préhistoriques, en Espagne.
Moret nous exposera, pour l'Egypte, la théorie
de la Théocratie thébaine « où tous les dieux de
« l'Egypte sont ramenés à un Triumvirat Divin ».
« Trois sont tous les dieux; Amon, Râ et Phtah
« [de ce Triumvirat] , le nom est caché, en tant
« qu'Amon. »
Et ailleurs, les « hymnes à Amon » sont des
exposés métaphysiques sur le Verbe Créateur et
« le Gouvernement de l'Univers par une Trinité« Unité. »
Mais il faut convenir qu'en Egée, la Trinité se
manifeste de façon vraiment frappante : le Taureau = le Créateur, le Minotaure = le Dieu fait
Homme, deuxième personne de la Sainte Trinité ;
quant à la troisième personne, le Saint Esprit,
(1) GLOTZ: Civilisation Egéenne.
— 69 —
n'oublions pas que la Colombe « est l'Esprit qui
« sanctifie tous les Etres sur lesquels II se pose
« et que par Lui s'accomplit la possession di« víne » ( 1 ) .
Nous ne pensons pas trop nous avancer en émettant l'hypothèse que nous avons ici la connaissance
de la Trinité — mieux même — des Trois Personnes de la Sainte Trinité.
Le Taureau chaldéen ou la Divinité espagnole
ne peuvent donc être que l'expression d'une idée
similaire: la croyance en la Trinité-Unité. Dès
lors, quoi d'étonnant si, en remontant le cours
des âges, nous retrouvons déjà au Moustiérien le
nombre Trois comme un nombre sacré, ou plutôt
divin.
Cette croyance persistera à travers les millénaires, puisqu'un siècle avant l'ère chrétienne, au
moment où le paganisme va crouler, le Vase de
Gundestrup nous garde les traces des plus antiques
traditions du genre humain : les Trois Taureaux,
— puis le Dieu gaulois, Dieu le Père, — la
Colombe (le Saint Esprit) prête à s'élancer sur
la tête de la Femme Divine; et l'attente, par celleci, de la Maternité Divine. Encore et toujours
la Trinité...
L'homme, croyant en la Trinité, regardera tout
(I) GLOTZ:
Civilisation Egéenne.
— 70 —
naturellement le nombre Trois comme un nombre sacré ; et, aux époques préhistoriques, de même
d'ailleurs que dans l'antiquité historique, le Sacré
dominant tout, nous retrouverons ce nombre Trois
répété partout à satiété.
Dans les sanctuaires crétois, la « division tri« partite est de règle » (1). En Egypte, les
« hypostyles, dans les grands temples, sont à
« Trois nefs » (2) .
Les tombeaux des Pharaons (époque memphite) comprennent Trois divisions ; c'est que
l' architecture des monuments religieux et les tombeaux [les Pharaoniques ou les Mastabas (3) ]
sont soumis au dogme.
(1) G LOTZ: Civilisation Egéenne.
(2) M ORET : Nil et Civilisation Egyptienne.
(3) Tombeaux du Peuple.
CHAPITRE VI
Le Culte des Morts
Toutes les sépultures, voire les plus archaïques des époques paléolithiques, témoignent de
la croyance en une seconde vie.
Morgan écrit en effet : « Dans les grottes de
« Grimaldi et autres cavernes, on a trouvé le
« mort enterré près de son foyer, entouré des
« objets qui lui étaient familiers. Cet usage, qui
« s'est continué jusqu'à la fin de l'époque de
« la pierre taillée, et qui, après l'apparition des
« métaux, a pris plus de force encore, montre
« que nos précurseurs sur le sol de la France
« possédaient déjà des notions sur le Culte des
« Morts, croyaient à la Vie Future, et, en consé« quence, à une Puissance Supérieure à celle
« des humains. Cette notion, d'ailleurs, n'est pas
« spéciale aux races qui ont habité l'Occident
— 72 —
« européen, à l'époque quaternaire, elle est uni« verselle. » (1).
« Le Magdalénien, déclare Peyrony, croyait
« à une survie; ce qui le prouve, c'est la manière
« dont il ensevelissait ses morts. »
Vers la fin du III e millénaire, le suprême châtiment, en Babylonie, est la privation de sépulture. Ecoutons les textes : « Que son cadavre
« tombe et n'obtienne pas de tombeau ! » (2) .
Dans la Grèce pré-hellénique, les « Coryban« tes avaient joint aux encouragements qu'ils
« donnaient à l'agriculture un bienfait impor« tant, celui de faire espérer aux Initiés les
« récompenses de la Vie Future » (3) .
Bien plus tard, les Celtes assureront que le
« séjour où les hommes doivent jouir d'une vie
« immortelle ne sera jamais détruit » (4).
La tradition de chaque contrée est donc là
pour transmettre la croyance des temps paléolithiques.
Nous avons déjà dit que certains squelettes
moustériens portent sur la poitrine trois pierres;
ces pierres devaient constituer le Credo de leur
Foi en la Trinité Divine.
(1) J. DE MORGAN:
(2) DELAPORTE:
(3) Encyclopédie.
(4) Id.
L' Humanité Préhistorique.
Civilisation
Babylonienne.
— 73 —
Mais voici mieux, car il nous reste à décrire la
sépulture de l'homme de la Chapelle-aux-Saints
(Corrèze) . « L'homme de la Chapelle-aux-Saints
« a été enseveli intentionnellement. II gisait au
« fond d'une fosse profonde de 30 centimètres,
« large de 1 mètre, longue de 1 m. 45, creusée
« dans un sol marneux, dur à entamer, et qui
« faisait contraste évident avec la couche archéologique. Le corps était couché sur le dos, la
« tête calée par quelques pierres, le bras droit
« et les jambes repliés. Au-dessus de la tête, il
« y avait en connexion, l 'extrémité d'un métatar« sien d'un grand Bovidé et les deux premières
« phalanges : ce qui prouve que la patte avait été
« posée là avec sa chair. » ( 1 ) .
Ce dernier détail revêt une très grande importance, si nons supposons que le cadavre ait été
enseveli, comme celui de l'homme moustiérien,
avec la marque de ses croyances. La patte, le
Sabot du Bovidé appartiennent sans doute à un
Bovidé Divin, image du « Taureau du Ciel » ;
ils signifieront le Sabot du « Taureau-GrandeVictime ». Nous retrouvons dans cette sépulture
la croyance ancestrale de l'Egypte. L'homme connaissait donc déjà le « Taureau-Grande-Victime »
et croyait à l'ìmmolation de son Dieu.
(I) Abbé LÉMOZI: Description de la sépulture de l'Homme de
La Chapelle aux Saints.
— 74 —
Les sépultures paléolithiques ne font que confirmer, une fois de plus, ce que nous avions compris : la Foi en nos principaux mystères se retrouve
semblable, d'âge en âge, et cela depuis nos plus
anciens précurseurs.
Dès les temps les plus reculés, on constate que
tous les squelettes retrouvés sont ensevelis suivant
un rite : les corps sont repliés « dans l'attitude que
« prend le fœtus dans le sein de sa mère » ( 1 ) .
Tel l'homme naît, tel il veut retourner dans le
sein de sa mère primitive, la Terre. Est-ce à dire
qu'il est déjà matérialiste? Nous avons bien vu
que non. Mais il sait qu'il a été pétri d'un peu
de boue, et que « si le corps appartient à la
« Terre, l'Esprit est pour le Ciel » (2) .
Comme l'homme croit à une seconde vie, son
cadavre sera entouré de tout ce qu'il a aimé pendant son existence, des produits de son industrie,
de provisions alimentaires, et des marques de ses
croyances ; indication nette que la vie continue,
même après la mort.
Donc, tout nous parle depuis le paléolithique :
les êtres, les choses, les objets. Le livre est ouvert,
il n'y a qu'à tourner la page et, si bien des passages
nous semblent encore obscurs, le peu que nous
déchiffrons permet de beaucoup entrevoir...
(1) MORET:
(2) Id.
Civilisation Egyptienne.
CHAPITRE VII
Les Croix
aux Epoques préhistoriques
et historiques
r
Parmi les signes qui ressortent sur les parois
rocheuses de nos cavernes, nous avons relevé des
Croix de toutes sortes.
1 ° La Croix gammée, dont nous avons fourni
l'explication au chapitre du « Rédempteur », nous
semble signifier l'idée de « Pasteur ».
2° La Croix à quatre branches égales, idéogramme de la « Vie Future ».
3° La Croix de Saint-André, signe abréviatif
de la Bipenne (1 ) .
(I) Ou double hache, un des fétiches du culte égéen. Le culte
de la hache se retrouve aussi en Asie, le Teshoub des Hittites
brandit la hache.
— 76 —
Une note donnée par l' Encyclopédie nous dit
que : « Sur les tombeaux situés près le Tanaïs
« (Perse) on trouvait des Croix; que ces Croix
« étaient l'emblème du Dieu qui préside aux
« Tombeaux. »
Le Dieu qui préside aux tombeaux et promet
la Vie future, l' Immortalité, n'est-ce pas le Fils
de Dieu ?
La note ajoute que « le temple de Sérapis à
« Alexandrie ayant été détruit dans le cours du
e
« IV siècle de notre ère, on trouva des Croix
« gravées sous plusieurs pierres dans l'intérieur de
« ses murs. Les chrétiens et les païens voulurent
« se prévaloir de cette découverte. Mais des gens
« qui se disaient instruits des hiéroglyphes et qui
« avaient embrassé la religion chrétienne, assu« rèrent que, suivant les règles des Egyptiens,
« la Croix signifiait « la Vie Future ». C'était
une représentation du Phallus ou du Tau sacré,
tous deux emblèmes de la Génération, et par
conséquent de la nouvelle vie que les morts
allaient acquérir dans les Champs-Elysées (1).
N'oublions pas que c'est dans le temple de
Sérapis (sous l'empire thébain) « que les Etran« gérs reconnaîtront la fusion d'Osiris avec le
« Taureau Apis » (2) .
(1) Encyclopédie.
(2) MORET: Le Nil et la Civilisation Egyptienne.
— 77 —
Réminiscence des anciens âges, le Taureau =
le Dieu Créateur devenu homme, mis à mort
par l'Esprit du Mal, le Démon. Oui, c'était bien
le Créateur lui-même qui s'offrira en victime
rédemptrice et, par son Immolation, ouvrira à
ses frères, les hommes, le royaume céleste.
Les pierres fondamentales du sanctuaire ne parlent-elles pas en découvrant les Croix, emblèmes
de la « Vie Future » ? et vraiment il nous semble que ce temple de Sérapis pourrait être appelé
le Temple du Rédempteur.
4° La Croix ansée, que l'on rencontre quelquefois, mais que nous n'avons pas jusque-là
remarquée dans les grottes préhistoriques, « se
« trouve ordinairement sur les obélisques, dans
« la main d'Osiris. Cet attribut, formé d'une
« Croix surmontée d'un cercle, était, suivant Rafin
« et Suidas, le symbole évident de la « Vie
« Future » ( 1 ) .
Rapprochons cette note de celle de Glotz :
« Sur une plaquette de Phaïstos, on voit des
« hommes affublés d'une dépouille sacrée, tenant
« la Croix ansée d'une main et faisant de l'autre
« le geste d'adoration. » (2) .
Nous ne saurions mieux faire que de citer le
(1) Encyclopédie.
(2) GLOTZ:
Civilisation Egéenne.
— 78 —
très intéresant passage de Glotz au sujet de la
Croix en Egée :
« Sur les rhytons, la tête du Taureau porte
« au front une feuille de trèfle ou sur le front
« et les joues trois Croix. La Croix est, en effet,
« un des symboles usités dans la religion égéenne :
« Croix latine, Croix grecque, Croix de Saint« André, Croix gammée ou Swastika, toutes ces
« variétés existent en Crète. A Cnosse, le dépôt
« d'où l'on a tiré la Déesse aux Serpents, ren« fermait une Croix à branches égales, en mar« bre, une autre en faïence et une empreinte à
« la Croix allongée; la Croix de marbre a le
« dessous dépoli, ce qui indique qu'elle était fixée
« sur quelque objet en bois ou sur un mur. II
« ne peut s'agir là d'un motif simplement orne« mental. La Croix marque le front du Taureau,
« comme en Egypte, les flancs de la Vache Ha« thor; elle écartèle le Soleil, ou alterne avec
« lui. On la voit formée de deux bipennes posées
« à angle droit... Faut-il croire que l'emblème
« de la Croix a été apporté à Gaza avec le culte
« de Zeus Crétagénès, qu'il a pénétré en Pales« tine avec tant d'autres éléments de la civilise sation égéenne ? On peut hésiter. L'Orient
« aussi connut de bonne heure les signes cruci« formes; en Elam, on a relevé des Croix de
« toutes sortes, et le Swastika paraît partout, de
— 79 —
« l'Inde à la Troade... Mais dans la Crète seule,
« la Croix est plus qu'un simple talisman et paraît
« en rapport étroit avec la Divinité. Vingt-cinq
« siècles avant qu'Ezéchiel parle de gens qui se
« faisaient inciser au front le Tau ou Croix de
« Saint-Antoine, l'idole néolithique de Phaïstos
« porte sur les flancs le stigmate sacré. Déjà,
« même dans la mythologie crétoise, le signe de
« la Croix est transmis par la Déesse Mère à son
« Fils... — A une empreinte où le Swastika
« brille au-dessus de la Chèvre Divine, une autre
« fait pendant, où la Chèvre allaite le Divin
« Enfant. Avant de devenir simplement prophy« lactique, le Signe Sacré avait en Crète une
« valeur profondément mystique; il ne fera que
« reprendre son sens primitif, quand il symboli« sera dans une religion nouvelle le Fils de
« Dieu. » ( 1 ) .
Les signes cruciformes de nos cavernes doivent
donc avoir un sens religieux et non ornemental,
puisque dans la Crète néolithique, où nous relevons tant de survivances des croyances paléolithiques antérieures, la Croix revêt nettement le
caractère d'un symbole sacré.
(1) GLOTZ:
Civilisation Egéenne.
CHAPITRE VIII
Les Arbres Sacrés
Les Arbres ont certainement joué un rôle aux
temps préhistoriques.
Quel était ce rôle et leur rendait-on un culte?
Dans la Crète néolithique, on dénombre comme sacrés : le Cyprès, le Pin, le Palmier, l'Olivier, le Figuier et même le Platane.
Dans la vieille Egypte, on cite le Sez, le Cèdre,
le Sapin, le Cyprès, le Sycomore, arbres qui, selon
Moret, existent plutôt en Asie qu'en Egypte.
L'Assyrie nous présentera non seulement l'Arbre, mais son fruit: la Pomme de Cèdre.
Le bois des Arbres sacrés tels que le Cyprès
et le Cèdre, servait à la construction des édifices
religieux et des barques sacrées. D'autres figuraient des symboles: le Zed égyptien, devenu un
fétiche, « ressemblant au tronc ébranché d'un
— 81 —
« arbre syrien » ( 1 ) , paraît avoir été la figure
de l'Humanité. En effet, le tronc de l'Arbre existe,
mais les branches en sont coupées, séparées; n'estce pas l'image de l'Humanité dont les membres
sont dispersés? Le Zed rappelle donc, encore une
fois, une des nombreuses allégories mystérieuses
que personnifie Osiris, ce qui explique le rôle
important qu'on lui attribue dans les cérémonies
rituelles de ce Dieu.
Le Pharaon, représentant sur terre du Taureau
du Ciel, lors de certaines fêtes, redresse le Zed,
comme, dans la suite des siècles, au temps fixé
par le Créateur, l'Humanité sera relevée de sa
chute par la venue du Rédempteur.
Mais voici une série de conifères qui prennent
rang d'Arbres Sacrés :
1 ° — LE SAPIN « dont les textes disent qu'il
« vient d'Osiris ou que ses bruissements rappel« lent les plaintes du Dieu mort » (2) .
2° — LE PIN. — En Grèce, le temps de la
célébration des mystères de la Mère des Dieux
— que nous transformerions facilement en la Mère
de Dieu — était fixé à l'équinoxe du printemps.
« Les fêtes duraient trois jours. Le premier était
« triste. II était consacré à une cérémonie singu(1) MORET: Le Nil et la Civilisation Egyptienne.
(2) Id.
6
GRAVURE SUR LAME D'OS DE RAYMONDEN
(Extrait d'un ouvrage sur les Cavernes des Eyzies,
par Breuil, Capitan et Peyrony)
— 83 —
« lière, celle d'abattre un Pin, au milieu duquel
« était attachée la figure d'Attis, parce que son
« corps mutilé avait été, prétendait-on, découvert
« au pied d'un Pin par les prêtres de Rhée; le
« deuxième jour, on sonnait de la trompette; le
« troisième, on initiait. » ( 1 ) .
II s'agissait de célébrer la Mort et la Résurrection du Dieu; mais qu'on ne nous dise pas
qu'ici il s'agissait du Dieu de la Végétation, car,
dans ce cas, pourquoi attacher à un Pin la figure
d'Attis? Du reste, le mythe d'Attis se retrouve
en Phrygie, dans l'île de Samothrace avec Kadmille, et sur le mont Ida avec Kelmis. La croyance
est donc universelle.
3° — Pour en revenir aux Arbres Sacrés, nous
ajouterons que le Sapin, le Pin, le Sycomore ont
le feuillage sombre et triste; ce sont des arbres
funéraires, encore plantés sur les tombes dans nos
cimetières.
Après avoir étudié les Arbres Sacrés à l'aurore
des temps historiques, cherchons leur trace aux
époques paléolithiques. Nous ne pouvons espérer
en découvrir de nombreuses; mais la feuille suffit
pour identifier l'arbre, ce sera notre cas.
4° — Sur la Barque Sacrée [gravure sur os
de Raymonden (Chancelade, Dordogne) ] , déjà
(1) Encyclopédie.
PROCESSION RUSTIQUE
(Vase en stéatite de Haghia-Triada)
(Extrait de l'ouvrage de Glotz: Civilisation Egéenne)
v
T
— 85 —
décrite, un des sept personnages tient en mains
une feuille qui paraît être celle du Palmier.
Le Palmier Sacré de l'Egée était donc déjà
considéré comme Arbre Sacré dans le Sud-Ouest
de la Gaule, bien avant le temps où nous voyons la
Barque Crétoise dans laquelle s'entassent une vingtaine d'Initiés portant, eux aussi, des feuilles de
Palmier (1 ) .
5" — Transportons- nous en Espagne. Que sont
donc ces figures schématiques d'Hommes-Sapins
dessinées sur les roches de la région du Tage (2) ?
II est fort probable que l'Homme-Sapin représente
la Divinité, et si les néolithiques en ont fait figurer
un grand nombre, il ne faut sans doute l'attribuer
qu'à l'habitude des primitifs de répéter à satiété
l'idée qu'ils ont conçue.
Le Sapin, comme le Cyprès, a des branches
horizontales ; les branches reproduites dans les
peintures sont dénudées; mais sous l'écorce circule la sève, et cette sève ramènera les bourgeons.
Remplaçons le tronc par le Dieu-Homme, nous
aurons peut-être l'explication de l'idéogramme,
d'autant plus que le Sapin nous est indiqué par
les textes égyptiens
« comme venant d'Osiris »
(1) GLOTZ: Civilisation Egéenne.
(2) Abbé BREUIL: Peintures néo-énéolithiques espagnoles.
— 86 —
et que « ses bruissements rappellent les plaintes
« du Dieu mort » ( 1 ) .
6° — D'autre part, la Pomme de Pin et la
Pomme de Cèdre deviennent aussi des symboles.
En Assyrie, sur les bas-reliefs, « sont peints des
« Génies, en général, groupés par deux, tenant
« d'une main la situle et l'autre main approchant
« la Pomme de Cèdre d'un Arbre Sacré que
« domine un Disque ailé » (2) .
Les Ailes du Disque signifient « la Vitesse ».
Le Disque doit être, en Assyrie, comme ailleurs,
l'image figurée du Sauveur; il y a donc un rapport
étroit entre la Pomme détachée du Cèdre et la
Divinité.
En outre, nous avons constaté qu'en Egypte,
le trône du Pharaon était un assemblage de symboles; en Assyrie, le même fait se reproduit. Seulement, au lieu de reposer sur les « Sabots du
Taureau-Grande-Victime », le « trône de Senna« cherib se dressera sur quatre pieds en forme de
« Pommes de Cèdre » (3) — le fruit de l'Arbre
dont le bois est le plus précieux de tous.
Avant d'en terminer, il nous faut transcrire une
explication du sens métaphorique de la Pomme de
Pin donnée par un savant jurisconsulte du XVII 0
(1) MORET: Nil et Civilisation Egyptienne.
(2) DELAPORTE: Civilisation Assyrienne.
(3) Id.
— 87 —
siècle (1) : « Les Druides, nous dit-il, ont eu
« cela de commun avec les Cabalistes et autres
« professeurs de la théologie la plus secrète, que,
« pour la rendre contemptible au vulgaire, ils l'au« raient toujours couverte de quelque voile et
« connée plutôt à l'oreille fidèle qu'à la plume
« courante de leurs disciples et auditeurs. C'est
« le symbole de la Pomme de Pin, parce que
« ses pignons sont tout couverts d'écorce, et l'é« corce cachée dans d'infinis détours. »
Nous nous permettrons d'émettre une hypothèse
personnelle: la Pomme de Pin, comme la Pomme
de Cèdre, fruits de ces Arbres, sera détachée du
tronc lorsque le fruit sera mûr, lorsque l'heure de
la venue du Messie aura sonné. Jusqu'à sa maturité, ce fruit se dérobe. Ne semble-t-il pas que
nous retrouvons déjà l'idée du Gui détaché rituellement du Chêne druidique ? Même allégorie,
présentée sous de multiples formes, suivant les
contrées, suivant les langages.
LES ROSEAUX. — Parmi les plantes, il est
fait assez fréquemment mention du Roseau : en
Babylonie d'abord, puis en Egypte, le Roseau
a sa place dans le drame osirien, et, dès l'époque
thinite, on retrouve « le titre de Roi du Ro(I) ROUILLARD:
La Parihénie.
— 88 —
seau » (1). Cette plante devait avoir une signification totémique. En tout cas, ce qu'il y a de
certain, c'est que nous avons reconnu dans les
peintures schématiques de l'Espagne un personnage tenant une longue branche de Roseau, dont
les feuilles touchent intentionnellement le sol.
LE Lis. — Enfin, en Egée, une fleur, le Lis,
tient une place considérable, soit auprès de la
Femme Divine, soit dans les décorations des Sanctuaires et des Palais : Fleur à trois pointes, n'estelle pas encore, de notre temps, par sa blancheur
immaculée, l'emblème de la Vierge ?
En conclusion, existait-il un culte des Arbres
Sacrés ? Nous ne le pensons pas. A travers le
feuillage de ces Arbres, l'Homme percevait la
Divinité. Car le tronc de l'Arbre le plus beau, le
plus haut, était encore le symbole de Dieu. Si les
branches se chargeaient de guirlandes, d'ex-voto
de toutes sortes, ces offrandes étaient destinées à
l'Arbre en tant que représentant la Divinité.
L'Arbre devenait alors sacré, à la façon des
Piliers ou des Colonnes, et, même après la mort,
son tronc, en forme de cône, continuait à recevoir
les hommages.
Voilà probablement à quoi se borna la Dendolâtrie.
(1) MORET:
Nil et Civilisation Egyptienne.
— 89 —
Au reste, rien n'apparaît, dans les Cavernes
préhistoriques, nous permettant de relever les vestiges d'un Culte des Arbres, et il faudra atteindre
l'époque celtique pour retrouver la survivance du
Chêne sacré.
CHAPITRE IX
Le Démon
La connaissance du Rédempteur entraîne forcément celle de la faute originelle, et, par suite,
la croyance à l'Esprit du Mal.
Nous puiserons dans nos grottes les documents
qui nous sont nécessaires, mais il nous faut auparavant consulter le culte des diverses contrées dont
nous nous sommes déjà occupés.
En Assyrie, des « tablettes couvertes de scènes
« religieuses servent d'amulettes contre les démons,
« le Musée du Louvre possède deux de ces monu« ments destinés à repousser les incursions de la
« "Labartou" » (1 ) .
On craint le Démon; mais cette crainte amène
précisément le désir de se le rendre favorable.
Ne nous étonnons pas de trouver « parfois le
(I) DELAPORTE:
Civilisation Assyrienne.
— 91 —
« Démon Pazouzou sculpté dans la pierre et
« aussi reproduit en statuettes de bronze » ( 1 ) .
Toutefois, nous ne relevons ici aucune trace sensible de culte, pas plus d'ailleurs que dans la
Babylonie.
Dans ce pays, « il n'y a pas de Dieu mauvais,
« le mal est causé dans le monde par des Esprits
« pervers, supérieurs peut-être à l'humanité, mais
« inférieurs aux dieux » (2) .
L'Assyrien, lui, n'a qu'une préoccupation :
chasser les Démons. La caste sacerdotale s'en
chargera. Ce sera, en effet, dans son sein que
se recruteront les Conjurateurs.
Comme on se sent près de la Magie, dès qu'on
parle de Conjurateurs !
« En temps ordinaire, la Divinité habite le
« corps de son serviteur; mais, contrainte de lui
« témoigner son mécontentement à cause du
« péché, elle se retire à l'écart, et, aussitôt, de
« mauvais démons viennent s'installer à sa place,
« avec leur cortège de maux et de misères... On
« retrouvera la bienveillance de son dieu par les
« rites d'expiation, les sacrifices, les purifications,
« et surtout par la prière accompagnée des atti« tudes et des gestes rituels. » (3) .
(1) DELAPORTE:
(2) Id.
(3) U.
Civilisation Babylonienne.
— 92 —
Eloigner les Démons ! Cette formule revient
comme un leitmotiv dans toutes les régions, à
toutes les époques. « Le Scholiaste de Théocrite
« dit que les Anciens faisaient retentir de petites
« cloches dans les sacrifices d'expiation, dans les
« mystères des Kabires, des Corybantes et de
« Bacchus, qui n'étaient, selon la remarque de
« Saint Clément d'Alexandrie, que des expia« tions, parce qu'ils croyaient que le son de l'ai« ram chassait les souillures. Les clochettes étaient
« faites pour inspirer de la terreur aux ennemis
« et avaient pour objet d'éloigner les mauvais
« génies. » (1).
II ne peut subsister aucun doute ; dans les temps
très anciens, on redoute le Démon, on essaie de
se délivrer des Esprits pervers. Certes, nous trouvons dans ce qui précède des données déjà sérieuses sur la croyance au Démon, mais nulle part
comme en Egypte nous ne recueillons de détails
aussi précis et aussi prolixes.
« Seth (le Démon) est figuré par un corps
« d'homme à tête de Lévrier (2) » ; par l'Ours,
l'Hippopotame, le Crocodile, le Serpent des Nuées
(Apophis) ou le Serpent vulgaire. U a des alliés.
L'Esprit du Mal ne se cache-t-il pas dans les
Fauves? Et le poisson oxyrhinque n'a-t-il pas aidé
(1) Encyclopédie.
(2) MORET:
Civilisation Egyptienne.
— 93 —
Seth dans le drame osirien? Mais, en plus, il a
ses partisans, ceux qui lui rendent un culte pour
le fléchir, parce qu'ils le redoutent.
Seth est « le dieu colérique, hurleur, que
« personnifient l'orage, le vent funeste, le ton« nerre » ( 1 ) .
Rapprochons la description du Démon égyptien
de celle du Dieu aquitanique Abellion (2) . Son
nom, explique Philippon, qui n'est probablement
qu'une variante d'Avellion, paraît se rattacher à
l'éolien « Aúella », « tempête de vent » (3).
Abélion et Seth l'Ombrageux ont un rapport
frappant. La lutte des éléments est prise ici en
symbole de la lutte d'Horus, le Dieu de la
Lumière, contre l' Esprit des Ténèbres.
Mais Horus s'arme de la lance; il vengera
l'injure primordiale faite à son Père — par la
révolte des mauvais Anges — injure aggravée
par le péché originel, la faute première de l'Homme contre son Créateur.
Et voici la punition : l'Humanité devient un
cadavre en état de décomposition, dont les membres dispersés sont comme des branches séparées
de leur tronc. Quel miracle opérera la réunion de
(1) MORET: Civilisation Egyptienne.
(2) PHILIPPON:
(3) Id.
Les Ibères.
— 94 —
ces branches au tronc, et leur donnera une sève
nouvelle? La réponse n'est pas douteuse: ce sera
le miracle de la Rédemption.
L'homme, cependant, devra lutter contre son
adversaire de toujours, toute la durée de son existence. Toutefois, à partir de l'heure fixée par
Dieu, il ne luttera plus seul, car son Dieu, même
après son Immolation, vivra parmi ses créatures.
C'est donc ici que doit trouver place l'injonction
prophétique des Pyramides, injonction impérative
adressée à l'Etemel ennemi du genre humain :
« Tombe ! Sois renversé ! ! ! Je suis Râ » (1).
A travers des allégories sans nombre, nous suivons la lutte d'Horus le Jeune contre Seth. Aidé
de ses Soldats, les Harponneurs, le fils d'Isis force
l'Hippopotame (Seth) à sortir des marais fangeux où il se cache; on le détruit et, en même
temps, on fonde des sanctuaires. « Les scènes
« représentées dans les tombeaux égyptiens, et
« à toute époque, évoquent les luttes entre Horus,
« fils d'Isis, et l'Hippopotame, sous lequel se
« dissimule Seth. » (2) .
De même que le Créateur « a beaucoup de
« noms et beaucoup de formes », de même Seth
sera représenté par divers animaux typhoniens. On
lui rendra un culte sous la forme du crocodile,
(1) Texte des Pyramides cité par Moret (Râ signifie Créateur).
(2) MORET: Civilisation Egyptienne.
— 95 —
on le mettra Faucon sur un pavois, l'égal d'Horus
e
le Jeune : les « deux dieux » dans le V Nome ( 1 ) ;
puis, comme si on appréhendait de commettre une
faute, partout on établira la domination d'Horus
sur Seth. Le Faucon divin plante ses serres sur
le dos de l'Oryx Blanc, et, dans les textes des
Pyramides, nous lirons : « Horus a empoigné
« Seth et il l' a mis sous toi, ô Osiris. » « ...Tu
« es plus grand que lui. Tu es né avant lui, ta
« qualité surpasse la sienne. » (2) .
Nouvelle allégorie, dont la signification est
probablement identique: « En haute Egypte, le
« crocodile, Enseigne du VI 0 Nome, est figuré
« à l'époque historique avec un couteau fiché dans
« l'œil, tué ou mutilé après combat » (3) . N'estce pas, une fois de plus, la répétition de l'antique
tradition d'Horus, vengeur de son Père ?
Enfin, nous reverrons encore Seth sous la fourrure de l'Ours et sous l'aspect du Lévrier; et
comme il est un « dieu de l' Univers » (4) nous le
découvrirons en Occident, facile à reconnaître, car
ses formes, pour être nombreuses, n'ont pas varié.
Nous passerons donc à présent, sans transition,
aux temps quaternaires.
(1) MORET:
(2) Id.
(3) Id.
(4) Id.
Civilisation Egyptienne.
— 96 —
Laissons parler l'abbé Lémozi et le comte
Begoùen : « Dans un recoin très caché de la
« grotte-temple de Pech-Merle, deux (1) têtes
« d'ours gisaient, à peine enfouies dans l'argile,
« l'une dans la position naturelle, l'autre ren« versée. Elles sont en parfait état de conser« vation et ont appartenu à des ours de forte
« taille. Ces têtes intactes ne portent aucune trace
« de brisure et il est clair que leur moelle n'a
« jamais été extraite par l'homme, ou par un
« animal. Au sujet des crânes d'ours de "l'Os« suaire" j'écrivais à M. le comte Begoùen le
« 30 janvier 1927: Le fait qui retient l'attention,
« c'est que les têtes sont séparées du corps. Est-ce
« le fait de l'eau d'une autre caverne, ou est-ce
« le fait de l'Homme ? Une inondation aurait
« déposé ça et là les os longs des corps, aussi
« bien que les têtes. Or, les ossements compo« sant les divers membres sont réunis dans une
« fosse commune, tandis que les têtes sont loin
« de là... II reste que l'homme a pu intervenir,
« pour accomplir autour de ces têtes quelques
« rites de « conjuration », ayant pour but d'écar« ter les animaux mangeurs d'hommes... Le comte
« Begoùen me répondit le 1 01 février : « Les faits
« que vous me signalez sont des plus curieux et
<< confirment pleinement d'autres découvertes de
(1) II y avait en totalité quatre têtes d'Ours.
— 97 —
« ce genre. On a, en effet, trouvé en Suisse, dans
« une grotte peut-être pré-moustiérienne, des crâ« nés du « Grand Ours », ensevelis dans des
« cistes de pierre, et orientés tous dans le même
« sens. Dans une autre grotte, en Allemagne, les
« crânes étaient entourés et couverts de charbon,
« un placement intentionnel, et par conséquent
« rituel, paraît indéniable. J'ai hâte d'aller à
« Cabrerets voir l'épreuve nouvelle d'un vieux,
« très vieux rite magique. »
Nous voilà donc, à Cabrerets, en présence de
l'Ours et de rites spéciaux. Ces rites ne sont pas,
à coup sûr, pour la multiplication de l'espèce.
Sont-ce des rites de Conjuration pour éloigner les
animaux malfaisants de l'habitat de l'homme ?
Nous ne le croyons pas davantage. A notre
opinion, il vaut infiniment mieux en chercher
l'explication dans les données fournies par
l'Egypte.
Nous avons vu que l'Ours est une des représentations de Seth. L'homme de l'âge du Renne
craint le Démon, il veùt le détruire ; mais en même
temps, à titre de Dieu puissant de « l'Univers »,
il est possible qu'il lui rende un culte.
« Aux Pyramides, et dans certains tombeaux,
« des signes de l'écriture qui représentent des
7
— 98 —
« hommes sont souvent mutilés, incomplets; les
« signes des animaux, surtout dangereux, Ser« pents, Fauves, sont coupés par le milieu ou
« privés de tête. » ( 1 ) .
Cette suppression de la tête est donc un signe
de destruction. Toutefois, la tête, considérée comme la partie noble de l'animal, recevra peut-être
les hommages de l'homme quaternaire.
Par le comte Begoùen, nous apprenons que
ces vieux rites apparaissent dès le pré-moustiérien.
Donc, au Moustiérien et à l'Aurignacien, l'Ours
joue un rôle dans le culte. L'Espagne va encore
confirmer cette thèse : dans les peintures néolithiques, un dessin schématique très apparent présente, placée intentionnellement en évidence, la
lourde silhouette de l'Ours, le corps parfaitement
reconnaissable, la tête simplement figurée par un
trait, sorte de virgule à l'envers.
Les maillons de la chaîne se soudent et nous
mènent tout droit en Egypte; les textes des Pyramides achèvent de donner la clé du mystère :
l'Ours, à toutes les époques préhistoriques, figure
le Démon.
Mais voici que l'Egée nous le présente, tantôt
sous la carapace du Saurien, tantôt sous celle de
(1) MORET:
Civilisation Egyptienne.
— 99 —
l'Hippopotame. Et « plus tard, en Attique » ■—■
rappel des temps paléolithiques — « le culte d'Ar« témis Brauronia sera célébré par des jeunes
« filles déguisées en Ourses » ( 1 ) .
Au sujet du Saurien, souvenons-nous des Sauriens prêts à dévorer la poche de laitance du
Poisson des Eyzies.
II est bien évident que les croyances égéennes
et égyptiennes ne sont que les survivances des
croyances antérieures, et voilà comment il nous
est permis d'avoir la clé des mystérieux rébus et
des symboles de nos cavernes préhistoriques.
Avant de clore ce chapitre, nous nous devons
d'exposer au lecteur la controverse qui s'est ouverte entre plusieurs savants. Elle nous est détaillée
tout au long par l'abbé Lémozi et ne manque
pas d'intérêt.
« Examinons, écrit celui-ci, les figurations
« anthropo-zoomorphiques qui sont très íréquen« tes. La tête est souvent celle d'un animal et
« le corps celui d'un homme. Quelle signification
« leur donner? D'après S. Reinach, ces figures
« ne seraient que des "Ratapas". D'après Spen« cer, qui a fait une étude sur les Australiens
« (1912-1914), les "Ratapas" seraient des em(I) GLOTZ: Civilisation Egéenne.
— 100 —
« bryons d'enfants renfermés dans divers objets,
« tels que arbre, rocher, source, etc.. et qui
« produiraient des conceptions miraculeuses, en
« dehors de tout rapport de sexe. L'hypothèse
« de M. Reinach est combattue par le Père Mai« nage. Cette croyance, dit ce dernier, est parti« culière aux Australiens ; encore n'est-il pas bien
« sûr que les Australiens ne soient pas initiés au
« sujet de l'origine de la vie. S. Reinach fait
« remarquer que la foi aux naissances miracu« leuses s'était répandue dans les religions an« ciennes. La réponse est la suivante : Si on
« croyait au miracle, qui est une exception, on
« savait donc à quoi s'en tenir dans les cas ordi« naires. M. Reinach appuie son hypothèse sur
« un bâton de commandement trouvé à Teyjat
« (Dordogne) . »
Nous ferons remarquer que c'est pour en arriver
au bâton de Teyjat que nous avons cité les exposés
de Reinach, Spencer et Mainage.
« Les trois Diablotins, continue Lémozi, ne
« peuvent être des "Ratapas" de la figuration
« chevaline qui est à côté, puisque cette figuration
« est du sexe masculin. Au reste, en Australie,
« il n'y a pas de "Ratapas" d'animaux. L'hypo« thèse de M. Reinach n'est donc pas scientifi« quement démontrée et manque de fondement
« ethnographique. »
— 10! —
Naturellement, nous nous rangeons à l'opinion
de l'abbé Lémozi, car voici la description des
trois figurations, objet de la discussion : La tête
a une ressemblance marquée avec celle du Chamois, le corps est couvert de piquants serrés et
acérés semblables à ceux d'un Porc-Epic. Les
jambes grêles, mais dégagées, sont terminées, pour
la première figuration, par une sorte de griffe;
pour la deuxième, par deux pieds, moins bien
formés, toutefois, que ceux de la troisième, dont
on voit soit les doigts, soit les ongles.
On peut remarquer sur chacune des trois têtes,
une paire d'oreilles pointues et une corne. II est
bien évident que l'artiste a voulu représenter une
famille de « Diablotins », composée du père, de
la mère et de l'enfant.
Le Chamois possède la même qualité que le
Lévrier, il est connu pour son agilité et sa rapidité.
L'idée de l'homme paléolithique doit être la
même que celle du néolithique et de l'Egyptien
des premiers âges: nous nous trouvons en présence
de l'ancêtre du « Sabis » des Arabes sabéens (1) .
La désignation faite par Capitan, Breuil et
Peyrony, relatant « trois diablotins », nous paraît
exacte.
(1) Paniagua.
— 102 —
Nous pensons avoir démontré que l'homme
croyait au Démon, aux Esprits pervers; qu'il les
représentait sous diverses formes. L'image du
Bâton de Teyjat n'est qu'une forme différenciée
d'une idée identique (1) que nous retrouverons
ailleurs dans la suite des temps.
(1) Idée de rapidité, de vitesse.
CHAPITRE X
Magie et Astrologie
La Magie côtoie le Culte, nous l'avons déjà
dit, mais elle suit aussi le Démon. Les incantations servent souvent, dans la pensée des populations primitives, à empêcher un mal que l'on
prévoit, ou bien encore, la Divinité n'exauçant
pas toujours à point nommé les demandes des
hommes, ceux-ci s'adressent à la Puissance Ténébreuse pour forcer le Destin par des paroles, des
attitudes, des gestes, même des rites — imitation
des rites religieux.
La créature essaie de violenter la volonté du
Créateur; elle veut arracher le secret du destin,
et pour cela elle emploie le commandement, au
lieu de la prière. En somme, l'homme, en état
de révolte, tend à devenir l'égal de la divinité.
Son allié naturel sera le Démon.
La Magie a certainement existé dès l'antiquité
la plus reculée; il est' fort probable qu'elle était
connue et pratiquée au Paléolithique; mais en
trouvons-nous des traces absolument certaines dans
nos cavernes ? II faut bien l'avouer, nous ne les
voyons pas clairement. Tous les chasseurs et
pêcheurs de l'âge du Renne n'étaient sans doute
pas des conjurateurs. Par exemple, l'attitude
d'attente, presque morne, du chasseur de Laussel
(Les Eyzies, Dordogne) ne prête guère à cette
supposition. Le personnage paraît guetter le gibier
dans un état de calme profond. Par contre, nous
avons relevé dans les peintures espagnoles (1)
une scène très certainement magique où Seth,
sous la forme connue d'un corps d'homme à tête
de lévrier, tient un rôle de premier plan. La scène
étant pornographique, nous n'en donnerons pas
le détail.
Dans les Cavernes de la Vézère (Dordogne) ,
on constate sur le Poisson de l'Abri Lartet des
traces d'anneaux cassés. Ces anneaux auraient servi
« à suspendre les offrandes faites à la suite d'in« cantations devant l'image, pour favoriser la
« pêche ou la multiplication de ce Poisson » (2) .
En ce cas, que signifieraient la Corbeille, le Faucon, les Sauriens, la Croix qui composent l'ensemble d'un véritable rébus ? Dans aucune des
(1) Abbé BREUIL: Description des peintures espagnoles.
(2) Peyrony.
— 105 —
grottes des Eyzies, nous ne repérons une indication de rites magiques.
A Cabrerets (Lot) , les Ours décapités peuvent
s'expliquer, soit qu'on rende un culte à l'Esprit
du Mal, que l'on redoute, soit qu'au contraire on
le mutile dans une pensée de destruction. Dans
ce dernier cas, il y aurait eu, peut-être, incantation avant le rite de destruction.
Les danses ne sont nullement magiques, mais
cultuelles.
Quant aux bêtes percées de traits, nous doutons forts qu'il s'agisse d'envoûtement. Pourquoi
envoûter un bovidé ou des bêtes inoffensives? Cela
paraît incompréhensible. II en est de même des
mains, les « prises de possession » nous semblent
problématiques. Les mains ont évidemment plusieurs significations, puisque, selon Glotz, on en
a relevé en Crète treize variétés. Mais lesquelles?
Au sujet du tableau de Cabrerets (1), représentant la scène des chevaux, s'il s'agissait pour
les mains figurées sur les équidés d'une prise de
possession, que veulent dire les différentes têtes
posées sur les corps des chevaux? Les Capuchons,
chers à l'Egypte? L'énigme reste à déchiffrer; à
notre avis, nous n'y voyons pas de Magie.
D'ailleurs, relativement à ces différentes ques(1) Grotte-Temple de Pech-Merle (Lot).
— 106 —
tions, nous nous rallions à l'opinion de Piette :
« Les renard, loup, hyène, serpent, animaux non
« comestibles, sont peu figurés [dans les grottes] ,
« assez cependant pour contredire la récente thèse
« de l'envoûtement ou attirance magique des ani« maux désirables, qui est une des fâcheuses fan« taisies de la préhistoire. »
II est bien entendu que nous ne voulons cependant pas nier entièrement le rôle de la Magie à
l'époque quaternaire; nous nous bornons à répéter
que nous ne le découvrons pas fréquemment de
façon certaine.
Par contre, on pourra lire, dans nos Cavernes,
l'ensemble d'une Religion, et cette Religion est
la nôtre, remontant aux origines les plus reculées.
D'où cette déduction : peu de Magie, mais beaucoup de documents religieux.
Déchelette comprenait déjà la voie qui s'ouvrait en ce sens, lorsqu'il écrivait : « On voit
« combien les progrès de la science préhistorique
« ont gravement compromis l'ancienne théorie
« refusant à l'homme quaternaire toute concep« tion d'ordre religieux. Les chasseurs de renne
« eurent leurs sanctuaires, et la découverte de
« ces mystérieuses galeries démontrant la vaste
« dispersion de certaines croyances, comptera
« parmi les plus belles conquêtes de la préhis-
— 107 —
« toire » (1). Déchelette discernait donc, dans
l'art pariétal des grottes paléolithiques, des croyances, non pas magiques, mais religieuses.
Nous devons pourtant ajouter qu'en Asie, la
Magie fut en faveur à une époque très ancienne:
« Certains rois d'Assyrie faisaient rechercher pour
« leur bibliothèque les textes anciens, et plus
« particulièrement ceux qui se rapportaient à la
« Magie. » (2) .
La Médecine, à cette époque reculée, n'était
qu'une des formes de la Sorcellerie. Le Sorcier
devenait le Médecin.
Alors qu'en Babylonie, « dans une période qui
« remonte au delà de l'an 3.000 avant notre
« Ere » (3) on déchiffre de nombreuses formules
magiques, des incantations, on trouve sur des tablettes I'emploi de talismans et on tire surtout des présages « d'après l'observation des astres » (4) .
Nous voilà déjà en face de l'Astrologie.
A son tour, l'Egyptien — est-ce comme héritier d'une lointaine patrie primitive? — pratiquera
aussi la Magie Noire et Blanche. « Autour du
« Roi, les savants experts en Magie compteront
« parmi ses Conseillers » (5) . La Magie se glis(1) Déchelette, cité par Lémozi.
(2) DELAPORTE:
(3) Id.
Civilisation
Assyrienne.
(4) Id.
(5) MORET: Civilisation Egyptienne.
— 108 —
sera même parmi la classe sacerdotale, car « le
« prêtre adore et protège le dieu par des moyens
«* qui ne diffèrent guère des recettes employées
« par les Magiciens » (1).
Nous retrouverons encore la Magie chez les
Celtes. Toujours et partout, la Magie côtoiera
le Culte; elle est personnifiée par le Singe, placé
à côté de la Femme Divine, dans la sacristie de
Cnosse (Crète) ; mais n'oublions pas que, sous
cette peau de Singe, se dissimule encore l'artificieux Démon. La Magie est le Singe de la Religion, son origine est démoniaque. La Science doit
naturellement détruire la Magie.
Dès les temps les plus anciens, les hommes ont
étudié l'Astronomie ; mais, là comme ailleurs, Satan
reparaît aussitôt, et de cette science, progrès réel
de l'humanité, il fait sortir l'Astrologie.
Dieu a caché à l'homme son destin. L'Astrologie le lui fera connaître; et, à l'époque historique, nous verrons Sargon, roi de Babylone, n'entreprendre une expédition que d'après les avis de
son astrologue.
La Magie avait conquis un rang officiel. L'Astrologie s'installera sur le même plan. Souvent,
elle se mêle à l'Astronomie. « Ce n'est pas par
« hasard que les prêtres d'Héliopolis s'appellent
(1) MORET:
Civilisation Egyptienne.
— 109 —
« "Ceux qui voient" et que le Grand Prêtre porte
« le nom de "Grand Voyeur" » (1).
Des tables d'étoiles ont été découvertes en
Egypte, et nous nous demandons si les associations de points rouges qu'on observe dans la Grotte
des Merveilles à Roc-Amadour (Lot) ne représenteraient pas certaines constellations; nous soumettons cette hypothèse à l'appréciation du touriste.
(1)
MORET:
Civilisation Egyptienne.
CHAPITRE
XI
Traces du Culte
aux Temps paléolithiques
Les Prêtresses.
—■ La pensée religieuse qui do-
mine l'humanité aux temps paléolithiques est une
pensée d'attente :
attente d'une Vierge - Mère,
Femme divine et humaine, —■ attente d'un Rédempteur. Car ce n'était pas impunément que le
Créateur avait dit à ses créatures : « Vos péchés
vous sont remis. » [Texte des Pyramides, interprétation de N avilie et Maspero (1).]
Ne nous étonnons donc pas que la femme ait
joué un rôle important dans les cérémonies cultuelles; la Femme Divine devait avoir ses Prêtresses.
Ici, une remarque s'impose: toutes les "Mains"
gravées dans nos cavernes sont des mains de fem(1) Cité par Moret:
Civilisation Egyptienne.
au
— 111 —
mes. Nous émettons l'hypothèse que, tout au moins,
certaines de ces mains doivent signifier une marque, sorte de signature, un idéogramme dont le
sens équivaudrait à « Ici, il y a une Prêtresse ».
Et les petits points en connexion avec la Main
pourraient bien être une numération — soit qu'il
y ait plusieurs prêtresses à la fois dans un sanctuaire, soit que, plus vraisemblablement, les points
dénombrent une succession de prêtresses.
Aux Eyzies, nous avons découvert, dans une
scène pornographique, que l'Aurignacien connaissait la numération par ses doigts; de là à compter
par points, la distance a pu être franchie. Nous
pensons donc que certaines mains sont l'idéogramme de prêtresse.
Cette hypothèse sera encore renforcée par Glotz,
lorsqu'il écrit : « Des jeunes filles, toutes petites,
« se montrent, mais rarement, dans les scènes reli« gieuses. On en voit deux près de la déesse qui
« lui offrent des fleurs et des fruits, et deux aussi
« qui dansent devant un enclos sacré » ( 1 ) .
Cette scène date des époques minoennes; mais
nous entendrons le même son de cloche en Egypte
(époque bubastite) .
« L'adoratrice du Dieu [à Thèbes] ...ne se
« mariant pas avec un être mortel, n'avait pas
(I) GLOTZ:
Ciûilisation Egéenne.
vì."
-r\
r'X
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. î>v'>,
Wí
-5:*
(Extrait d'un fascicule de Peyrony sur la Grotte des Merveilles à Roc-Amadour)
— 113 —
« d'enfant, mais elle adoptait une jeune fille qui
« lui succédait dans sa fonction sacerdotale. » (1 ) .
La tradition cultuelle ne se perd ni en Egypte,
ni en Egée. Nous retrouverons pendant des millénaires la Grande Prêtresse égyptienne associée à
une jeune fille (toute petite) qu'elle initie, en vue
de la remplacer plus tard dans ses fonctions.
Or, nous savons combien la Crète minoenne
et l'Egypte pharaonique étaient attachées au culte
primitif; combien ces deux pays dans les cérémonies religieuses rappelaient scrupuleusement les
croyances des anciens âges, jusque même dans le
costume — quelquefois très sommaire — par respect pour la tradition des ancêtres. II est donc
fort à croire que l'enfant, futur successeur de la
Prêtresse, avait déjà sa place marquée aux temps
quaternaires.
Nous pensons, en effet, l 'avoir retrouvée plusieurs fois dans nos cavernes : Qu'est-ce donc,
dans la grotte de Roc-Amadour, que cette empreinte d'une mignonne main de fillette? Des points
ne l'entourent pas, car ce sera probablement cette
jeune fille qui inscrira plus tard le point marqué
à côté de la main de sa devancière, lorsqu'elle
prendra sa place dans ce lieu sacré.
Et voici de nouveau, à Pech-Merle (2) , le sou(1) MORET: Civilisation Egyptienne.
(2) Grotte-Temple de Pech-Merle (Cabrerets, Lot).
8
— 114 —
venir de l'enfant. A Roc-Amadour, la main; à
Pech-Merle, le pied.
Laissons parler l'abbé Lémozi : « Les emprein« tes de pas [dans la grotte de Pech-Merle]
« sont au moins au nombre de onze. Deux sur« tout sont très apparentes ; elles ont été produites
« par deux individus, puisque certaines traces
« mesurent 24 centimètres. C'est la moyenne de
« la longueur d'un pied de femme ou d'un ado« lescent, tandis que les empreintes de 18 centi« mètres se rapportent à coup sûr à une jeune
« personne. Les empreintes de 24 centimètres doi« vent appartenir à une femme, ainsi que l'indique
« la délicatesse de forme du talon. Les traces
« humaines sont accompagnées de deux emprein« tes de bâton, dont le bout mesurait 3 centimètres
« de diamètre. Le bâton était promené oblique« ment sur le sol, et à chaque arrêt de la per« sonne, il s'enfonçait dans l'argile de 2 ou 3
« centimètres, après avoir laissé un petit tracé
« bien caractéristique. Les pieds étaient absolu« ment nus, les promeneurs s'arrêtaient de temps
« en temps. Cet arrêt est bien marqué par le
« rapprochement des empreintes et aussi par les
« traces de bâton pénétrant dans le sol. Cet en« semble d'éléments fait penser à une femme,
« artiste ou prêtresse, venue là peut-être pour
« quelque cérémonie et accompagnée de son en-
« fant. Celui-ci, peut-être un jeune initié, tour« nait timidement autour d'elle, dans tous les
« sens, sans s'écarter de plus de 50 cm. » (1).
Nous devons demeurer dans le domaine des
hypothèses. Mais notre impression se rapproche
de celle de M. l'abbé Lémozi : une prêtresse
accompagnée d'une jeune initiée, accomplissant
une cérémonie rituelle. Nous nous risquerons même
à dépasser la pensée de l'auteur et à dire: Pourquoi pas déjà l'initiation à la Danse sacrée ?
En tout cas, nous croyons à la présence de Prêtresses dans nos cavernes. Elles nous suivront dans
l'Egée, revêtues du costume rituel en peau de
bête mouchetée, sans omettre l'appendice de la
queue, survivance du costume des temps primitifs.
Peut-être, « pour ressembler davantage à la
« déesse, les Prêtresses se montraient-elles, à
« l'occasion, nues jusqu'à la taille » (2) .
Plus tard, en Asie, les Prêtresses appartiennent à la caste sociale la plus élevée. Elles remplissent les rôles de grandes Prêtresses, d' Incantatrices, de Devineresses ou de Chanteuses. II
existe des Congrégations de femmes.
Les Prêtresses égyptiennes sont célèbres, et leur
renom s'étend au loin. Enfin, chez les Celtes, les
(1) Abbé LÉMOZI : La groile-temple de Pech-Merle.
(2) GLOTZ: La Civilisation Egéenne.
CÔTE GRAVÉE DE L'ABRI DU CHÂTEAU DES EYZIES
(Extrait d'un ouvrage de Capitan, Breuil et Peyrony)
— 117 —
femmes sont associées au culte, et leurs avis prévalent souvent dans les délibérations des Assemblées de printemps, où l'on doit décider de la
paix ou de la guerre.
Nous voilà bien loin de la Prêtresse des temps
quaternaires. Mais les Asiatiques, les Egéennes,
les Egyptiennes ne nous racontent-elles pas qu'elles
ont eu des devancières dont elles gardent pieusement, et même jalousement, la tradition cultuelle.
Les Initias. — Les Prêtresses ne nous feront
cependant pas oublier le rôle de l'homme dans
le culte paléolithique, Bien plus que la Femme,
l'Initié nous a laissé des traces. Comme nous allons
facilement reconnaître une ébauche de Confrérie,
dès les premiers âges de l'humanité !
Embryon de caste sacerdotale, les sept personnages accomplissant une procession rituelle et rendant leurs hommages devant l'image d'un Bison,
plus grand que nature, le Bison Divin. Et encore
les quatorze individus, escortant dans la Barque
Sacrée les reliques du Bison-Grande-Victime.
Dans l'une et l'autre de ces scènes, on perçoit
déjà l'indice d'une hiérarchie naissante. Un personnage se distingue nettement des autres: dans
la première image, il se poste en avant; dans la
deuxième, il porte une Palme qui nous semble
— 118 —
être une feuille de Palmier. Ces deux scènes suffisent pour donner l'idée de ce qu'était, à ces âges
reculés, l'ébauche d'une caste sacerdotale.
Sous quel nom cette confrérie existait-elle ? Ici,
à défaut d'écriture, le mystère demeure complet.
Ce n'est que dans la suite des temps et dans des
contrées différentes, que nous trouvons les noms
des Telchines, des Corybantes, des Dactyles et
des Courètes, des Chalybes ou Prêtres chaldéens,
des Cabires, des Prophètes égyptiens, et enfin des
Druides.
Les données manquent sur les Telchines. II n'en
est pas de même des Chaldéens. « Cette appel« lation ne convenait qu'à une famille ou à une
« tribu de gens qui s'appliquaient dès l'enfance
« à la recherche des choses naturelles, à l'obser« vations des astres et au culte des Dieux, à peu
« près comme les Mages de Perse et les Brah« manès des Indes » (1). Strabon prétend qu'autrefois ils s'appelaient Chalybes.
Quant aux Courètes, l'île de Crète était, disaiton, leur patrie. « Gégennes, ou enfants de la
« Terre et ministres de Rhée sont des titres suf« fìsants pour prouver qu'ils adoraient très ancien« nement cette divinité à laquelle ils associaient
« "Ouranos" ou le Ciel » (2) .
(1) Encyclopédie.
(2) Id.
— 119 —
Que voilà bien les croyances cretoises, vues à
travers les brouillards du paganisme! Ce mélange
du Ciel et de Rhée devient incompréhensible, alors
que le mystère des Courètes est si beau! Ceux-ci
sont, en effet, les ministres de la Mère Divine,
créature humaine et céleste. Le Ciel s'est joint à
la Terre — Ouranos à Gé — pour le mystère
de l'Incarnation.
« Les Courètes se confondaient, croyait-on,
« avec les Corybantes et avec les Dactyles phry« giens du Mont Ida » (1).
Après avoir examiné attentivement cette question, nous pensons que la caste sacerdotale dont
nous parlons se divisait en plusieurs classes. Le
mot « dactylique » était, dans l'ancienne musique,
un rythme dont la mesure se partageait « en deux
temps inégaux ». Plusieurs auteurs se mettent
d'accord sur une signification musicale.
II est fort probable que les Dactyles s'occupaient
spécialement de la musique sacrée; n'oublions pas
d'ajouter qu'Orphée fit partie de la confrérie des
Dactyles, et la tradition nous fait connaître qu'il
initia Midas au mystère de Rhée (2) .
D'autre part, les Corybantes « fabriquaient des
(1) Encyclopédie.
(2) II n'est donc pas surprenant de retrouver Orphée sur les
tombeaux des Catacombes; n'était-il pas un des ministres précurseurs du culte chrétien?
— 120 —
« armes défensives (?) ; ils étaient voués au culte
« de la Mère des Dieux et sautaient en cadence
« dans ses fêtes » ( 1 ) . Fonction différente de
celle des Dactyles dans les cérémonies cultuelles.
II s'agissait sans doute d'une seconde partie de la
caste sacerdotale chargée de fabriquer les armes:
boucliers, bipennes, javelots, dont l'usage était rituel et, par suite, nécessaire au culte. Ces armes,
ils les répandaient au loin, et, en même temps,
ils devaient exercer la fonction de Prêtres danseurs.
En résumé, il est à croire que les Courètes, les
Corybantes et les Dactyles composaient une
même caste sacerdotale.
II n'en était pas de même des Cabires, voisins
des Dactyles d'Asie, sortes de jongleurs, devins,
sorciers, approchant plus de la Magie que de la
Religion.
Pour terminer, nous ne dirons qu'un mot des
Prophètes égyptiens. Ils étaient fortement hiérarchisés, et, dans les temples, la partie mystérieuse
et secrète, « le Saint des Saints », n'était ouvert
qu'à 1' « Ouab » le Pur (2) . Une inscrpition, au
bon endroit, prévenait les fidèles: « Ici, il n'entre
que les Purs. » (3) .
(1) Encyclopédie.
(2) MORET: Civilisalion Egyptienne.
(3) Id.
— 121
—
! i CHEF EST LE GRAND-PRÊTRE.
Dans
tous les pays, au chef, au roi, revenait l'honneur
d'occuper la fonction de Grand-Prêtre. La raison
en est qu'une fois « sacré », ce Chef devient le
représentant de Dieu sur terre : Minos est son
Vicaire; le Pharaon, par l'Osirification (1) sera
Osiris lui-même, mais déléguera un officiant pour
le remplacer dans les temples. Toutefois, pour
mieux s'identifier avec la divinité, le Pharaon prendra jusqu'au nom de son Dieu.
Cet usage se constate avec évidence, lors de
l'hérésie de Ikhounaton. Le roi force sa famille
à changer de nom, et en particulier son gendre,
son futur successeur, Toutankhamon. Celui-ci se
nommera Thoutankaton, car le nouveau Dieu
qu'impose Ikhounaton est Aton « le Disque Solaire d'où naît la Lumière » (2) , et non plus
Amon. Si les Pharaons sont l'image vivante du
Dieu sur terre et prennent comme patron tantôt
Amon, tantôt Thot et tant d'autres, Minos, lui,
se contente d'un titre plus modeste : il se dira uniquement représentant du Dieu Taureau, car la
Religion, en Crète, en reste au stade du culte
paléolithique.
MISSIONS.
—Toutefois, le culte de la Femme
(1) Expression employée par Moret.
(2) MoRET :
Civilisation Egyptienne.
— 122 —
Divine doit s'étendre; les Courètes veulent faire
connaître au loin leur Divinité, et voilà déjà des
« Missionnaires ».
Les Missionnaires crétois atteindront non seulement l'Europe mais l'Asie; la déesse est connue
partout, et on retrouve des doubles haches merveilleusement travaillées jusqu'en Grande-Bretagne.
PERSÉCUTIONS. — Cependant, au moment où
les ministres de la Grande Mère veulent introduire
le culte officiel du Fils de Rhée, il s'élève une terrible persécution: le Prêtre d'Attis (nom de la
nouvelle Divinité) est massacré. Les Courètes eurent donc leurs martyrs et leurs saints, car le Prêtre d'Attis fut, par la suite, divinisé.
Cette persécution n'est du reste pas la seule
que nous ayons à enregistrer dans l'antiquité. Plus
tard, l'hérésie d' Ikhounaton en amènera une formidable dans toute l'Egypte.
HÉRÉSIE. — Qu'était au fond cette hérésie ?
Tout simplement une tentative de théorie matérialiste : le Soleil devenait le Créateur, les rayons
solaires ayant tout fait naître : évolution de la
matière, négation d'un Dieu créateur.
Dès lors, le Dieu-Bélier Amon, l'Engendreur,
n'a qu'à disparaître. On mutile ses statues, ainsi
que celles d'Hathor; leurs noms même doivent
— 123 —
être grattés sur les murs des temples et jusque
dans les tombes ; leurs prêtres sont massacrés.
Satan ne perd pas ses droits : il veut effacer le
souvenir des temps où l'on croyait à l'Engendreur
de l'humanité, au Créateur du Soleil (1).
Pourtant, la persécution ne dure qu'un temps,
comme toutes les persécutions, et on s'empresse,
dès la mort du roi hérésiarque, de restaurer le
culte primitif.
CROYANCES ET CULTE IMMUABLES DANS
TOUS LES TEMPS. — Cette fois, les croyances,
les cérémonies et les rites demeureront les mêmes
qu'à l'époque antique des Shemson-Hor (2) jusque sous l'Empire romain. « Les statues égyp« tiennes, nous dira Platon, ne diffèrent ni par
« la forme, ni par aucun autre point de celles
« qui avaient été faites mille ans auparavant; la
« loi était inviolable parce qu'elle avait son prin« cipe dans la religion » (3) . Les rituels resteront inchangés et « les Césars romains seront cou« ronnés suivant les rites des Serviteurs d'Horus,
« vieux de quatre mille ans » (4) .
(1) Cette persécution tend à nous démontrer que l'Egyptien ne
considérait Râ (le Soleil) qu'à titre de symbole du Dieu Créateur
et qu'il. croyait que le Soleil avait été créé.
(2) Serviteurs d'Horus.
(3) Encyclopédie.
(4) MORET:
Civilisation Egyptienne.
— 124 —
La chaîne des traditions, écrira Moret, « rat« tache l' Enseigne du Clan aux rois thinites ».
Voilà pourquoi les vieilles croyances se retrouvent exprimées pareillement en Gaule et en Ibérie,
aux époques de la pierre taillée, et dans l'Egypte
historique: processions rituelles; reliques du Bison
ou d'Osiris exposées dans la Barque Sacrée; marques de doigts pour les offrandes, relevées à PechMerle par l'abbé Lémozi (1) ; l'Echelle (2) ou
l'Escalier du Ciel par lequel Atoum s'est élevé
au-dessus du chaos.
Toutes ces figurations, et tant d'autres, se
découvrent dans les cavernes, attestant, aux temps
historiques, des survivances incontestables.
N'avions-nous pas raison d'affirmer que, si les
traces de la Magie sont légères aux âges quaternaires, en revanche, celles d'une religion se révèlent nombreuses et prolixes. Tous les signes ont
une interprétation religieuse, depuis la marque du
doigt pour l'offrande jusqu'aux noeuds des Cordelettes gravées sur le Vase de Gundestrup (3) . A
nous de savoir déchiffrer la Pensée par l'Image,
le champ s'ouvre si vaste et si beau...
(1) On marquait une offrande, selon son importance, par le pouce
ou les autres doigts.
(2) Voir Peintures Espagnoles, par l'abbé B REUIL.
(3) V ENDRY È S : Le Langage.
CHAPITRE XII
Quelques mots
sur le Totémisme
Le Totémisme a été à la fois religieux et social.
Social, parce qu'il a réuni sous son égide les
individus en familles — cellule d'abord, possesseur d'un même Totem, clan ensuite; mais il est
surtout religieux par essence.
Les Totems se rencontrent non seulement chez
les Egyptiens (époque prédynastique) , mais chez
les pré-Hellènes, et aussi, dans la suite des temps,
chez les Celtes (1).
« Les anciens Gaulois juraient par leurs Ensei« gnes dans les ligues et les expéditions militaires.
« On croit qu'elles représentaient des figures d'a« nimaux, principalement: le Taureau, l'Ours, le
« Lion. » (2) .
(1) On retrouve les traces du Totémisme jusqu'en Océanie.
(2) Encyclopédie.
— 126 —
Qui ne jettera un regard en arrière, sur les figurations sacrées de nos cavernes? L'Ours, symbole
du Démon, depuis l'époque pré-moustiérienne ; le
Taureau des Enseignes qui sera reproduit sur le
Vase à libations de Gundestrup. Ces Enseignes
sacrées apparaîtront même, marquant de leur empreinte les premiers temps du Christianisme. Saint
Clément d'Alexandrie rapporte en effet « que les
« premiers chrétiens faisaient graver sur leurs
« anneaux l'image de la Colombe, du Poisson,
« du Navire aux voiles étendues, de la Lyre, de
« l'Ancre, etc.. C'étaient les symboles qui leur
« rappelaient les vérités les plus secrètes de leur
« religion » (1).
Voilà une dernière preuve : 1 0 Que les symboles ont eu un sens religieux dans tous les temps ;
2" Que tous les maillons de la chaîne se soudent,
depuis le Moustiérien jusqu'au Christianisme ;
3° Que les Totems n'étaient que la représentation
de croyances mystérieuses.
Nous savons que le mystère existe dans les
Cavernes.
Aux époques aurignaciennes et suivantes, on use
des symboles, on cache la figuration la plus importante; c'est déjà l'idée du Saint des Saints. L'En(1) BoissIER:
Les
Catacombes.
— 128 —
seigne, à son tour, réunira en elle le symbole et
le mystère.
L'initié primitif connaît seul la vérité qui se
dérobe au vulgaire, comme aux temps pharaoniques, le Grand-Prêtre égyptien entrera, également
seul, dans « les places mystérieuses où nul ne
« pénètre, et où vit le Dieu-Homme » (1) . Donc,
symbole et mystère constatés depuis l'Aurignacien.
Moret fait remonter l'idée du Totémisme au Ka.
« L'idée du Ka persista en Egypte comme
« l'écho affaibli d'une conception très ancienne,
« celle d'une force vitale commune aux Etres et
« aux Choses, qui fournissait à tous existence et
« nourriture. »
Ce que nous pouvons dire avec quelque certitude, c'est que l'idée de la force vitale préoccupait le chasseur de rennes, la grotte-temple de
Pech-Merle en fait foi : le Bovidé mourant, portant de nombreuses blessures, laisse échapper de
ses naseaux de longs traits. Ces traits semblent
bien devoir représenter la force vitale.
L'homme connaissait donc le principe de la vie;
mais la métaphysique primitive, à défaut de documents, ne peut guère être comprise, et nous nous
bornerons, revenant aux figurations totémiques, à
nous rallier à l'opinion de Durkheim lorsqu'il s'ef(1) MORET :
Civilisation Egyptienne.
— 1 29 —
force d'établir que « le Totem n'est pas seulement
« le nom et l'emblème des membres du Clan, mais
« qu'il a un caractère sacré » (1).
En Egypte, « les monuments figurés qui appar« tiennent à la période antérieure à Ménès (2) ,
« c'est-à-dire, à l'époque des Shemsou-Hor, nous
« montrent bien des Etres agissant comme protec« teurs des hommes; ce ne sont point Râ, Osiris,
« Horus, les grandes figures de l'époque histo« rique. Ces patrons sont un Faucon, un Vautour,
« deux Flèches croisées, un Lévrier, un Disque
« solaire, un Poisson, etc.. » (3).
Que signifient, en somme, ces figures : le Faucon = le Dieu du Ciel; le Vautour = la Mère
Divine; les Flèches croisées appartiennent à la
Femme Divine; le Disque solaire représente déjà
le Soleil de l'Horizon Oriental = le Sauveur attendu en Orient; le Lévrier = le Démon. La
conception religieuse n'est-elle pas éternellement
la même ?
Mais, nous dira-t-on, ces fétiches, « inertes à
« l'époque énéolithique, s'animent et mènent les
« hommes à la chasse, au combat » (4) .
N'oublions pas que la chasse est, avant tout,
(1)
(2)
(3)
(4)
MORET et DAVY: Des Clans aux Empires.
Menès, premier Roi d'Egypte.
MORET: Civilisation Egyptienne.
Id.
9
— 130 —
un devoir rituel, car l'Esprit du Mal se cache
dans les Fauves, et lorsque le combat se déclenche entre les hommes, le clan victorieux confisque
l'Enseigne ou les Dieux à son profit, mais il se
garde de les détruire. II sait trop bien qu'il n'a
qu'une portion de la Religion, et que cette Religion divisée se complète par celle d'autres clans.
Pour tâcher d'éclaircir la question, nous dirons :
chaque clan possède un verset différent, tiré d'un
livre sacré, et la réunion de tous ces versets compose le Livre et la Religion. L'un des versets indiquera le Dieu du Ciel, — l'autre, la Mère Divine,
— un troisième, le Sauveur, — un quatrième, le
Démon, etc.. De plus, les Enseignes totémiques
fourniront le nom de l'agglomération humaine;
elles serviront de base à une organisation sociale,
et comme les traditions des ancêtres ne se perdent
pas, les Nomes égyptiens conserveront pieusement
les Enseignes des clans préhistoriques.
Si ces Enseignes se modifient, c'est à la façon
d'une langue qui se perfectionne. Nous retrouverons toujours les mêmes emblèmes, les figurations
ne changeront pas, parce qu'elles sont sacrées, elles
demeurent les archives, précieuses entre toutes, du
peuple qui les possède.
Dans les Cavernes de Gaule, nous ne découvrons pas de Totems. Un seul indice — d'ailleurs
très léger — pourrait peut-être nous être fourni
— 131 —
par le gisement de Bourdeille (Dordogne) . Certains trous relevés par M. Peyrony en avant de
l'Abri ne révèleraient-ils pas l'emplacement de
poteaux totémiques ? Nous laissons au lecteur le
soin d'apprécier la description si soigneusement
faite, comme toujours, par M. Peyrony.
Après avoir expliqué l'état des lieux et le résultat des souilles, l'auteur écrit : « J'ai remarqué
« la présence de trois trous cylindriques d'environ
« 40 cm. de profondeur, garnis de terre brune,
« d'eux d'entre eux placés en face des extrémités,
« avaient chacun 20 cm. de diamètre; le troi« sième, situé entre les deux autres, et à peu
« près à égale distance, n'en avait que 10. La
« disposition de ces trous, par rapport au bloc
« peint [préalablement découvert] m'a intéressé.
« J'ai cru y voir l'emplacement de gros piquets
« en bois, destinés à recevoir la barrière, soit en
« peaux de bête, soit en branchages entrelacés,
« qui devait isoler ce coin, sacré par ses images.
« Ce réduit aurait donc été le sanctuaire de la
« tribu. »
Le sanctuaire de. la cellule primitive, et quel
sanctuaire! Celui dans lequel se trouvent le Taureau Divin — Dieu Créateur — et la Vache en
état de gestation !
Mais, sans nous écarter du sujet qui nous occupe, nous sommes amenés à nous demander si
— 132 —
l'un des trous à piquets de bois n'aurait pas servi
d'emplacement à un poteau totémique (1) ? Quoi
qu'il en soit, à part cette trace très mince, nous
répétons que nous ne voyons pas de Totémisme
dans nos grottes. Force nous est donc de l'examiner là où il s'est conservé le mieux, c'est-à-dire
en Egypte.
Les emblèmes — objets ou animaux — sont
nombreux, car nous nous trouvons, à l'instar des
grottes européennes, en présence d'idéogrammes
qui sont des textes.
Que les hommes du clan attribuent l'origine du
Totem à une révélation reçue par un ancêtre,
l'idée peut se soutenir; car le Totémisme n'est, à
notre sens, qu'une histoire sacrée prophétique, et
la prophétie implique la révélation.
Dans ce cas, comme le Loup des Enseignes
aura raison de porter le nom d' « Oupouat » :
« J'ouvre le Chemin » ! L'homme de ces temps
reculés n'est-il pas l'homme-loup ? Mais n'est-ce
pas lui quand même qui ouvrira la voie aux desseins de Dieu à travers les broussailles et les ténèbres de la barbarie primitive? Moret paraît confirmer notre thèse quand il écrit: « La présence
(1) Moret écrit que « le temple (époque Thinite) n'est qu'une
hutte en clayonnage précédée d'une palissade, avec deux enseignes
en forme du signe "Neter" à l'entrée ». (Ceci paraît nous donner
raison.)
— 133 —
« du loup Oupouat sert de déterminatif au mot
« "Serviteurs d'Horus" dans les textes des Pyra« mides. »
Ainsi les Shemsou-Hor ouvrent les
chemins.
Pourquoi Seth fìgurera-t-il sous la forme d'un
Lévrier? Le Lévrier n'a-t-il pas la réputation méritée de courir vite? Et le Mal ne se répand-il pas,
lui-même, parmi l'humanité, avec une rapidité
inouïe...
L'acuité d'observation que nous avons remarquée chez l'artiste des Cavernes pour saisir le
regard, le mouvement précis et soudain qui feront
des animaux qu'il reproduit de véritables instantanés; la pensée qu'il sait faire percer à travers
les sombres silhouettes schématiques de l'Espagne,
nous retrouverons tout cela dans les Totems. La
pensée personnelle de l'homme s'unira à une vision
juste du trait caractéristique de l'animal totémique.
« Osiris, nous dira Moret, au début, fétiche
« multiforme, tantôt arbre, tantôt taureau, revê« tira de bonne heure la pure forme humaine. »
II en est de même du Totem; il faut chercher
plusieurs idées sous une seule image: II nous semble que c'est ainsi qu'on parviendra à déchiffrer
I'idéogramme totémique.
Plus tard, lorsque, par suite de l'étendue territoriale des Nomes, l'Egyptien sera appelé à réunir
plusieurs Totems, ce travail se fera avec une
— 134 —
méthode que l'on sent raisonnée. Quelques exemples suffiront d'ailleurs pour le prouver :
0
En haute Egypte, dans le II Nome, le Faucon,
en tant que Dieu Horus, gouverne le territoire,
dont l'Enseigne signifie « le Trône d'Horus » ;
e
la déesse Vache Hathor domine le VII Nome,
celui du Bucrâne (1) ; les deux Flèches croisées
caractérisent la déesse Neit dans Saïs, sa ville,
or « Neit a les traits d'une Femme Divine » (2) .
« Dans tous les cas, l'Enseigne du Nome est
« une survivance, un legs de l'époque proto-histo« rique ou thinite. » (3) .
Nous ne pouvons que redire proto-historique
ou préhistorique, même culte, mêmes croyances
dans tous les temps. Que Seth soit le Lévrier totémique ou que, devenu anthropomorphe, il soit présenté en Egypte ou en Espagne sous la forme d'un
homme à tête de Lévrier, la pensée est identique,
les deux figurations auront pour signification : le
Démon.
0
Les Totems nous paraissent : 1 avoir un caractère sacré; 2° chaque Totem — animal ou objet
— serait un court chapitre de la religion primitive;
3° les traditions et les figurations même sont in(!) Note de Moret:
de
Vache.
(2) MORET:
(3)
là.
le
Bucrâne est l'origine du Sistre à tête
Civilisation Egyptienne.
— 135 —
changées depuis la plus lointaine époque à laquelle
nous puissions remonter.
Essayons, pour un instant, d'émettre un doute
sur le fond commun des croyances. Lorque les
Shemsou-Hor arrivent en Egypte, par le Delta,
ils apportent leurs Dieux, mais ils trouvent un culte
indigène. Leur premier geste devra être de détruire
les anciennes divinités totémiques. Or, il se passe
tout le contraire; ils joignent les Enseignes primitives à leurs Dieux et les conservent pieusement.
Peut-être les noms divins ne s'accordent-ils pas?
Mais le fond des croyances demeure le même.
Différence de langage, certes, mais idées religieuses
identiques.
Cette unité de croyance sera la raison pour
laquelle nous retrouvons intacts les précieux documents de nos Grottes.
Des apports de populations différentes ont occupé les Cavernes de l'Europe Occidentale, y ont
séjourné plus ou moins longtemps, aucun d'eux n'a
anéanti ou même mutilé les figurations sacrées. Le
Solutréen a eu beau s'interposer entre l'Aurignacien et le Magdalénien, les Ibères succéder aux
Tartesses, les Gaulois aux Ibères, nos Grottes ont
été préservées.
On ne saurait prétendre que ces populations
ignoraient les Grottes, car nous savons, par les
auteurs latins, que les Ibères, refoulés de la Gaule
— I 36 —
en Espagne par les Celtes, éprouvaient le plus violent chagrin d'abandonner leurs rochers où ils laissaient leurs croyances et même leurs lois.
Puis, les Prêtres des Celtes, les vieux Druides,
arrivent à leur tour. Ils « fouillent avec achar« nement les grottes de la Gaule » (1) ; ils déchiffrent, peut-être, les rébus laissés par leurs précurseurs; dans tous les cas, une fois de plus, les figurations seront respectées, et la Femme Divine de
Laussel pourra se reconnaître dans l'image druidique de la Vierge-Mère des Grottes Chartraines.
En concluant, nous dirons que le culte totémique
et celui de nos Cavernes s'unissent pour frayer la
voie au Mystère de la Rédemption.
(1) ROUILLARD:
La Parthénie.
CONCLUSION
Nous espérons avoir suffisamment démontré
qu'aux époques aurignaciennes et suivantes,
l 'homme de ces temps reculés croyait en un
Dieu Créateur, en une Mère Divine et attendait un Rédempteur.
Nous tenons à expliquer pourquoi nous avons
cherché nos documents comparatifs en Asie, en
Egée et en Egypte. C'est, en effet, dans ces
contrées qu'on a pu atteindre la civilisation la
plus lointaine et retrouver les textes les plus archaïques relatant des traditions plus antiques encore.
Or, ces traditions se rapprochaient des temps
paléolithiques, les survivances étaient certaines,
nous devions forcément en relever des traces aux
époques préhistoriques.
A l'aide des remarquables et récents travaux
de grands savants tels que MM. Glotz, Delaporte, Moret et Vendryès, nous avons pu comprendre des figurations, des idéogrammes et même
— 138 —
des scènes entières des Cavernes gauloises ou
ibériques.
Mettant en regard les textes cités et les figurations des Grottes, nous avons reconnu une identité
telle qu'aucun doute ne paraît pouvoir subsister.
Nous nous trouvions donc sur la bonne voie.
Avec Glotz, l'étude du culte néolithique égéen
nous a permis de découvrir dans la Femme Divine
de Laussel, l'ancêtre de la Déesse de Phaïstos, la
Grande Mère de l'Egée; la croyance au Taureau
Divin, l'Engendreur de l'Humanité ; le mystère du
Minotaure, c'est-à-dire, le Dieu fait Homme ;
l'Immolation du Dieu Rédempteur.
Ces docu-
ments néolithiques, nous les avons relevés semblables à l'Aurignacien et aux époques magdaléniennes.
Grâce à Delaporte, il nous a été donné de
déchiffrer une scène des Cavernes des Eyzies,
scène trop réaliste pour la répéter ici, mais qui
atteste, néanmoins, ce que nous signalons avec
insistance : la certitude des survivances.
Enfin, l'ouvrage de Moret: Le JVÏÍ et la Civilisation Egyptienne, si fortement documenté, nous
a considérablement aidé à déchiffrer les peintures
rupestres des régions du Tage et du Guadiana.
Nous pensons intéresser le lecteur, avant de
terminer, en décrivant quelques-uns des tableaux
qu'il nous a été possible d'expliquer :
— 139 —
1 0 — Une scène magique où Seth, sous la
forme d'un corps d'homme à tête de Lévrier, joue
un rôle de premier plan (scène pornographique) .
2° — La description, par l'abbé Breuil (description que nous avons donnée au chapitre de
la Trinité) d'une « grande silhouette [élevée dans
« les airs] présentant une main à trois doigts ».
Souvenons-nous des textes des Pyramides : « Trois
« sont tous les Dieux dont le nom [de ce trium« virât] est caché en tant qu'Amon. » Donc,
en Espagne, même conception qu'en Egypte :
Trinité-Unité.
3° — Un grand tableau, que nous qualifierons
de « Scène du Sacre ». Le pouvoir est conféré
à un Chef, et cette cérémonie rappelle la fête égyptienne à laquelle Moret, par une trouvaille heureuse, a appliqué le terme d' « Osirification ».
Dans les peintures espagnoles, le Chef assis touche de la main droite un « bâton recourbé » (1) .
Derrière lui, des personnages exécutent une danse
rituelle; alors que, suspendue dans les airs, une
silhouette noire paraît descendre sur la tête du
Chef. Au fond du tableau, une stèle funéraire sur
laquelle on perçoit les deux yeux d'une figure
étrange et, dans le bas, les pieds de l'idole. A
côté, Fauteur signale un grand « poignard ».
(I) En Egypte, le « bâton recourbé » est le déterminatif -du mot
« Force », dans le sens de « Pouvoir ».
— 140 —
U ne nous paraît pas trop nous avancer en reconnaissant le rituel osirien ou, pour le moins, pré-osirien, car le Poignard Vengeur sert de signature
à cette très intéressante figuration.
4" Mais voici mieux. Notre hypothèse va recevoir confirmation par la scène de Râ.
Nous allons mettre en parallèle le texte cité
par Moret (A) et la peinture reproduite par l'abbé
Breuil (B) :
A. — « Le Soleil est représenté sous les traits
« d'un enfançon naissant à l'aube, grandissant
« d'heure en heure; puis à midi, homme dans
« toute sa force; au soir, sa stature va s'inclinant
« jusqu'à la taille courbée d'un vieillard. »
B. — En Espagne, la figuration se présente
ainsi : le Soleil se lève à l'Aube — le Disque est
sans rayons. Midi nous montre, dans une sorte
d'apothéose, un bel homme, éblouissant de blancheur et de clarté. Un de ses bras écartèle le
Disque Solaire. Mais, en face, un vieillard, entièrement noir et tout courbé, le regarde, sarcastique,
c'est la décrépitude et la nuit.
II est bien évident que le texte égyptien et la
peinture espagnole se rejoignent dans une conception similaire.
Ainsi donc, nous relevons, en Gaule et en Ibérie,
les mêmes documents qu'en Asie, en Egypte et
— 141 —
chez les pré-Hellènes. Nous ne croyons pas à la
contamination des cultes par l'excellente raison
que nous constatons plutôt un fond commun dont
les croyances sont exprimées différemment.
Toutefois, ne sommes-nous pas en présence d'un
admirable ensemble de conceptions religieuses immuables depuis les premiers âges du monde, et
notre pensée ne se reporte-elle pas, involontairement, sur les deux axiomes que nous faisions nôtres
au début de cet ouvrage ?
— « L'Humanité cherchait son Dieu partout. »
— « Avant la naissance du Christ, on le pré« pare et on l'attend. » (1).
Le Miracle de l'Eglise Eternelle, le voilà, car
nous trouvons, dans nos Cavernes, l'Eternité dans
le Temps...
(1) Père SERTILLANCES : Le Miracle de l'Eglise.
TABLE DES MATIÈRES
Pages
AVANT-PROPOS
Chapitre I er . — Les Sanctuaires
5
11
—
II. — L'Homme quaternaire croyaii-il
en Dieu ?
18
—
III. — Aux Temps paléolithiques : Le
Mystère de la Vierge-Mère .
30
—
IV. — L'Humaniié attendait un Rédempteur
40
—
V. — La Trinité
67
—
VI. — Le Culte des Morts
71
—
VII. — Les Croix aux Epoques préhistoriques et historiques ....
75
—
VIII. — Les Arbres Sacrés
80
—
IX. — Le Démon
—
X. — Magie et Astrologie
103
—
XI. — Traces du Culte aux Temps paléolithiques
110
—
XII. — Quelques mots sur le Totémisme
125
CONCLUSION . .
. . •
, .
90
1 37
Bergerac
— — ■— —
—
Imprimerie Générale du S. -O.
(H. Trillaud)
— — Place des Deux-Conils
