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extracted text
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PROCÈS-VERBAL
D E
LA DISTRIBUTION DES PRIX
AUX
ÉLÈVES
DE L’ÉCOLE CENTRALE
DU DÉPARTEMENT DE LA DORDOGNE,
Le quinze Fructidor, an VIII de la République française ,
une et indivisible.
A
DE
r
J
PÉRIGUEUX,
L’IMPRIMERIE
DE
DUPONT.
DE LA DISTRIBUTION DES PRIX
AUX ÉLÈVES DE L’ÉCOLE CENTRALE
DU DÉPARTEMENT DE LA DORDOGNE.
T ÏAN VIII de la République française une et indi
visible , et le i5 fructidor, à trois heures de l’après7
midi , jour solennel de la distribution des prix destinés
aux élèves de l’école centrale , le Préfet du département
de la Dordogne , réuni au corps municipal, aux tribu
naux , au général et à l’état-major de la 2.0/ division
militaire, au jury d’instruction publique , aux professeurs
de l’école centrale , aux instituteurs primaires , et à un
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grand nombre de citoyens, s’est mis en marche pour se
rendre à la salle décadaire.
Des salves d’artillerie , le son des cloches , une mul
titude de citoyens qui bordait les rues et remplissait
les croisées des édihces , tout annonçait une fete bien
chère.
f
ï
Le Préfet est entré dans la salle décadaire au bruit des
tambours et des applaudissemens ; une foule nombreuse
en remplissait l’enceinte : chacun attendait avec impa
tience cette fete, dans laquelle le maître, comme l’élève,
devait trouver sa récompense. La salle n’offrait qu’une
distribution simple et bien ordonnée. Dans le milieu
s’élevait une estrade destinée à la Préfecture ; au-dessous,
des deux cotés opposés, les autorités civiles et militaires
étaient rangées en ordre ; et vis-à-vis l’estrade, on voyait
une tribune agréablement décorée, réservée au membre
du jury chargé de proclamer les noms des vainqueurs
dans les exercices.
Au pied de cette tribune , les élèves, placés entre leurs
professeurs et leurs juges , offraient un spectacle bien atta
chant. Dans le fond de la salle , sur la droite, on voyait
la troupe impatiente des mères , des parens, des amis ,
qui tous attendaient, avec un égal empressement , cette
fete si chère à leurs cœurs. Une foule curieuse remplissait
le reste de l’enceinte , décorée d’emblemës , d’inscrip
tions et des tableaux qu’avaient obtenu, pour prix, les
élèves do l’école de dessin. Un silence profond régnait
( 5 )
dans l’assemblée, et imprimait à cette cérémonie un
caractère auguste et attendrissant.
Au milieu de ces douces émotions, le Préfet du dépar
tement de la Dordogne se lève et dit :
C I T O Y E N S,
“ C’est pour la troisième fois que la Patrie satisfaite dis
tribue des couronnes aux élèves de cette école dont les talens
et les travaux fixent le plus ses espérances. Mais loin que cette
*
circonstance puisse affaiblir les sentimens qu’inspire cette solen
nité touchante, elle lui donne, au contraire, un nouveau
degré d’intérêt ; car, si de l’institution de la jeunesse dépend
toujours le sort des Empires , quelle satisfaction pour nous
de voir la République déjà garantie par les vertus et les
talens dont l’éducation élève l’enceinte autour d’elle. Ainsi
tandis que ses premiers enfans, portés sur le char de la vic
toire , imposent au monde étonné l’aveu de sa supériorité dans
la guerre , une génération nouvelle lui prépare, par la culture
des arts et des sciences, une plus grande supériorité dans la
paix. ”
« Jeunes Citoyens , c’est de vous que la Patrie attend cette
élévation. Vos pères ont fondé la République, vous saurez
la maintenir ; ils l’ont rendue redoutable, vous la ferez aimer;
ils ont tout fait pour la gloire , vous ferez tout pour sa pros
périté. ”
» Combien votre tache est plus facile! ils ont dégagé votre
enfance des liens qui prolongèrent la leur. On leur cacha
leurs droiis , ils vous ont rendu les vôtres. Le voile des pré
jugés et des erreurs, déchiré par leurs mains, permet un libre
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essor à voire génie. Tons les emplois , tous les honneurs
s’ofi'rent à votre émulation , et la Patrie a rassemblé autour
de vous tous les moyens de vous en rendre dignes. Elle vous
a donné des Instituteurs qui veulent redevenir enfans avec
vous , pour vous rendre hommes comme eux. »
“ Soyez dociles à leur voix autant qu’à celle de vos pères ;
vous devez à ceux-ci votre existence, mais ceux-là vous ap
prendront à en jouir : ils doivent former votre raison, par
laquelle l’homme s’élève , en quelque sorte , au-dessus de son
être; ils doivent orner, agrandir votre esprit; et si ce n’est
pas vous donner la vie , c’est faire au moins qu’elle vous soit
toujours chère. »
Oui, Citoyens, la Patrie vous ouvre une immense carrière;
il n’est pas de gloire qu’il ne vous soit permis d’ambitionner :
mais quelle que soit votre fortune, l’instruction sera toujours le
premier de vos biens. La vie n’est, dit-on , qu’un passage, mais
trop souvent il est hérissé d’épines , et c’est par J’instruction
qu’on le couvre de fleurs. Elle ajoute aux plaisirs de la société.,
elle donne des charmes à la solitude; consolateur constant
et habile, elle se met toujours entre le malheureux et sa
peine, et jamais la douleur ne résiste à ses soins. »
,
<• Cultivez donc les sciences et les lettres comme un
moyen de grandeur et de gloire , et en même temps comme
une source de jouissances. Sans doute en ce moment leur culte
vous paraît pénible, mais la peine n’est rien aupiès des dou
ceurs qu’il vous promet : avant de recueillir il faut avoir semé.
Les faveurs des Muses auraient-elles tant de prix, si leur accès
n’exigeait aucun effort ? «
« Mais , Citoyens , quelle plus douce récompense que celle
dont vous voyez les apprêts ! l’estime de vos concitoyens , la
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joie rie vos familles , l’amitié de vos Instituteurs , tout ne
vous dit-il pas que l’instruction est le premier des biens?»
« Vous donc que je vais couronner , songez que les lauriers
qui marquent le but de cette carrière, vous en découvrent une
plus vaste encore , et que ce n’est rien d’avoir vaincu, si vous
ne demeurez vainqueurs. »
« Et vous dont le succès a trompé les efforts , n’oubliez
jamais que s’il est des défaites glorieuses, il est toujours hon
teux de céder la victoire. »
Après les nombreux applaudissemens dont ce discours
a été couvert, un membre du jury central succède au
Préfet, et rend compte du résultat des différens cours.
Citoyens,
« Le jury, dont je suis l’organe, vient rendre compte du
concours des élèves , apprécier leurs travaux, et assigner les
récompenses qui les attestent et les couronnent ; mais il pense
devoir vous informer avant de sa sollicitude, de ses démarches ,
pour procurer à l’école centrale tous les moyens d’instruction
que le Gouvernement a pu lui faciliter. »
.. Des membres du jury ont profité de leur séjour dans la
capitale des sciences et des arts , pour fréquenter les lycées ,
les muséum qui leur sont consacrés : ils ont religieusement
visité ce qui nous reste de la Grèce, de Rome et de l’Italie
moderne , dépouilles opimes que la vitoire a transporté sur
son char ! »
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' « Les descriptions , les modèles , les plâtres , les gravures
vous retracent ces monumens uniques dans le monde entier,
ces chefs-d’œuvres de l’industrie humaine pendant vingt-cinq
siècles. ”
«• Jeunes artistes , imitez-les , cliérissez-les ; ils sont le prix
du sang et du courage de vos aînés. »
“ Ils ont parcouru souvent ce vaste monument qui renferme,
pour ainsi dire, la nature entière par extrait : des graines rares,
des plantes exotiques , une riche collection de minéralogie ,
de conchyliologie,, d’éponges , de madrépores, d’oiseaux étran
gers , sont le résultat de leurs demandes et un témoignage
honorable de l’opinion avantageuse qu’ils ont donnée de vos
progrès ; car ces dons ne sont que des avances qu’un Gou
vernement , ami des arts, vous fait; et nous avons promis ,
en votre nom , de les acquitter par des succès.”
‘
“ Tout les annonce, tout nous les assure : le compte que nous
allons rendre du concours en est le plus sûr garant. Les moyens
d'instruction se multiplient ; une nouvelle administration, qui,
croyant seconder les vues d’un Gouvernement éclairé, favorise
et dirige nos établisscmens , tandis que par son zèle et sa solli
citude à propager les moyens d’instruction , elle semble n'agir
que de son .propre mouvement et par ses conceptions libé
rales; un pensionnat central , indiqué par l’ancien ministère ,
proposé par votre jury, réalisé enfin par le concours de quel
ques citoyens zélés, va doubler le nombre de nos élèves,
et fera époque dans les travaux de cette administration nais
sante : si les projets , les conceptions utiles sont dus au zèle
actif des bous citoyens , leur exécution est exclusivement ré
servée à la confiance publique. »
*■ Aussi impatiens de proclamer vos succès, que vous l’êtes
d’en
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d’en recevoir la récompense , nous avons du , néanmoins, faire
connaître tout ce qui y concourt et les prépare. ”
“ Et vous, hommes laborieux et constans , instituteurs
éclairés , le jury vous loue pour la troisième fois , sans craindre
que la répétition des mêmes éloges faiigue un public recon
naissant : vous seuls vous plaindrez, sans doute , de cette mo
notonie ; mais songez que si vos travaux recommencent tous
les ans , l’arbre consacré à Apollon se renouvelle aussi
chaque année. »
Sur cent trente élèves qui ont suivi le cours du dessin , Dessin,
soixante-quatre ont pu placer dans la galerie d’exposition des
ligures académiques , des études d’animaux , des têtes d’ex
pression , le paysage , l’ornement et les fleurs. »
“ Vous avez applaudi à la correction des formes , à la vérité,
à l’expression qui les caractérisent. »
“ Chaque année amène un progrès marqué ; et nous avons
à couronner , pour la première fois , des têtes d’après la bosse:
c’est un grand pas de fait vers la nature , que d’avoir franchi
un intermédiaire entre le modèle primitif et le dessin. »
« Des amateurs , rivalisant en tout avec notre école , ont
offert aussi des productions d’un nouveau genre ; deux tableaux
au pastel , premier début de la peinture, ont rendu la nature,
à vos yeux satisfaits , avec le prisme séduisant du coloris. »
<■ Ils sont l’ouvrage de la citoyenne Séraphine Pcyssard, qui
concourt pour la troisième fois sans pouvoir saisir le prix que le
jury lui désigne ; qu’elle reçoive au moins le tribut d’éloges
qu’il lui présente. »
« Les citoyennes Zoé Peyssard et Cloriade Giry , ont présenté,
pour la seconde fois, des académies, des têtes d’expression et
B
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des fleurs : le jury applaudit à leurs efforts , et loue leur cons
tance sans pouvoir la couronner : mais mériter publiquement
un prix , n’est-ce pas le recevoir ? »
« Ces jeunes citoyennes ont concouru, par leurs productions,
à l’ornement de notre galerie ; elles doivent terminer cette
fête par les accords touchans de l’harmonie. »
« Toutes les muses sont réunies dans ce temple! »
“ Entourés d’animaux préparés et de plantes fraîches , les
naturelle, élèves de l’histoire naturelle ont répondu avec ordre et pré
cision sur la botanique et la zoologie ; et, présentant à nos
yeux les objets qu’ils décrivaient, ils ont plutôt démontré que
défini leur organisation, leurs facultés , leurs caractères : le
citoyen Lamalétic a formé des tableaux d’après la méthode de
Linné ; ce sont , j’ose le dire , des cartes botaniques. »
Histoire
“ Vous avez entendu, à celte tribune, le père de l’éloquence
anciennes, latine ; vous y avez reconnu le pinceau de Virgile , les grâces
et la philosophie d’Horace : nos élèves ne se sont pas bornés
à des versions ; ils ont récité des morceaux imités par nos
poètes : c’est ainsi que la connaissance des langues anciennes
doit servir à épurer, à fixer la nôtre : ils ont aussi traduit des
fables , des fragmens grecs : cette langue, mère des arts et des
sciences, est le flambeau qui nous éclaire pour marcher à travers
les ruines et les inscriptions. »
langues
« Nos élèves des mathématiques ont ajouté encore aux conjnaiiijties. naissances qu’ils avaient développées dans les cours précédées;
et ceux qui sont entrés en lice , cette année, se sont montrés
leurs dignes rivaux ; tous ont satisfait , avec clarté et précision ,
aux demandes qui leur ont été faites dans l’ordre suivant :
■> Première dz’vzhz’o/z. L’arithmétique , l’algèbre jusqu’aux équa
tions du second degré inclusivement, et la géométrie.
,
( II )
Seconde division. « La théorie des suites, le développement des
logarithmes par séries , la trigonométrie rectiligne, et les sec
tions coniques. »
« Deux élèves de cette division ont répondu, en outre, sur
les équations supérieures, la quadrature des courbes, et les
courbes anciennes. »
Troisième division. «■ Les équations supérieures, la quadrature
des courbes, les courbes anciennes, les lieux géométriques,
et les principes du calcul dift'érentiel et intégral ».
“ Après nous avoir donné une idée de la structure de l’univers, Physique
et chimie.
des propriétés générales des corps , nos physiciens ont com
mencé par expliquer les plus simples, car la marche de l'en
tendement humain , ainsi que celle de la nature, est du simple
au composé : ils ont présenté \e fluide lumineux , disséqué, pour
ainsi dire, la lumière : ils ont développé le mécanisme de
l’organe, qui en reçoit les impressions , après nous avoir dé
montré les organes supplémentaires que l’art ajoute à la nature,
pour étendre le cercle de la vision. Ils ont mis, dans leurs dé
monstrations, la clarté qui était inséparable du sujet. »
« Si la physique et l’histoire naturelle nous font connaître
Gram
maire
gé
les corps, la matière, la connaissance intérieure du moi, de
nérale.
l’aine, appartient à la méthaphysique : nos élèves, en suivant
les objets extérieurs dans les impressions qu’ils font sur nos
sens, par le moyen de nos organes, ont, pour ainsi dire,
renversé leurs regards sur eux-mêmes, et vu l’homme en-dedans:
ils ont développé , avec sagacité et précision , nos sensations ,
les facultés de l’ame pour se préparer à la grammaire géné
rale ; car l’homme ne parle bien que lorsqu’il a profondément
médité. Ainsi ce sont les pensées profondes qui enrichissent
B 2
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les langues , que le vulgaire regarde comme une source inépui
sable de vérités, quoiqu’elles soient stériles par leur nature,
et ne puissent être fécondées que par la pensée qui les fit
naître. ”
Belles“ Familiarisé, une fois , avec les mots et les expressions, qui
Lettres, sont le véhicule de la pensée, il semblerait que l’homme , agité
par de fortes passions , ou mû par de grands intérêts , pourrait
s’élancer, avec confiance, à la tribune : mais cette éloquence,
présent de la nature, a besoin d’être soumise à l’art ; lui seul
régularise ses mouvemens , fixe les parties du discours, précise
le raisonnement, et donne la vie et le coloris à l’oraison,
par l’emploi d’un style propre, et par les charmes de l’élo
cution : nos élèves ont développé, avec méthode, ces préceptes
de l’art oratoire, et les ont sur-tout prouvés par des exempleschoisis dans les meilleurs orateurs de la Grèce , de Rome et de
la France. »
Histoire.
“ Oui , ce sont les exemples , encore plus que les préceptes ,
qui agissent sur l’homme; et l’étude de l’histoire, bien dirigée,
serait le meilleur cours de morale : nos élèves nous ont reporté
à l’ancienne Rome ; et déroulant le tableau de ses agitations, de
ses conquêtes , de ses malheurs et de sa gloire , nous ont donné
matière à des rapprochemens bien frappans ; ils nous ont aussi
rappellé des vertus , des traits de dévouement et de courage,
que des exemples bien récens , des faits dont nous sommes les
témoins attendris, rendent enfin croyables.
BiMiogra-
“ Fa bibliographie a terminé le concours , et donné la clef
des autres connaissances ; nos élèves ont parcouru presque
toutes les sciences , et pour ainsi dire tracé une carte à l’esprit
humain, en lui indiquant la route méthodique qu’il doit suivre
dans ses études. »
Pllie-
( 13 )
« Le jury , en terminant le compte qu’il vous devait du
concours, n’éprouve que le regret de ne pouvoir assigner autant
de prix qu’il y a d'élèves qui en méritent ; mais des accessit
d’honneur, des palmes, sont aussi des récompenses; et la
perspective de l’année scliolaire , qui va recommencer , doit
adoucir leurs regrets , en présentant la possibilité et le moyen
de ressaisir le prix qui a échappé à leurs efforts. »
» Ah ! sans doute , celui qui n’a manqué le terme que d’un
élan , doit demander qu’on rouvre la carrière. »
» Jeunes élèves, le jury va proclamer vos noms, après avoir
célébré vos succès.
Des livres scientifiques, des ouvrages didactiques, des gra
vures d’après les meilleurs tableaux , vont être la récompense
de vos travaux. «
« Ne voyez dans ces prix que de nouveaux moyens d’en
mériter d’autres ; c’est ainsi que la munificence nationale ré
compense le génie et la valeur : elle distribue des armes
éclatantes et sûres à des héros. »
“ Je proclame donc, au nom du Jury, que, etc.”
Après ce rapport méthodique, élégant et concis , le
membre du jury proclame les noms des élèves qui ont
obtenu des prix.
EXERCICES DE L’AN VIII.
Prix destinés aux Élèves de l’École centrale du département
de la Dordogne, le x5 fructidor an VIII.
I.ere DIVISION.
LALANDE ( Guillaume) Auriac.
f Cours d’étude , par Con-i
ier PRIX. -l dillac, j vol.in-ix.
Bonneau (Armand) Périgueux.
2.e PRIX. r Les Œuvres de Virgile ,
1 3 vol. in-n.
.. .J
L Les Œuvres d’Horace , i;
5.e PRIX , î vol. in-i-2..
par égalité
jLes Géorgiques de Virgile,
Limoges (Louis-Samuel) 7er-l de mérite. 1 et le Poëme des Saisons ,
rasson........... J
( i vol. in-n.
Moulin (Pascal) idem.
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ensuite l’estrade pour voler dans les bras de leurs pro
fesseurs et de leurs juges. Le plaisir, la reconnaissance
éclatent dans leurs regards. Une musique touchante et
harmonieuse ajoute encore à cette ivresse que partage
toute l’assemblée. Il faudrait, pour peindre cette fete ,
avoir le cœur des mères , avoir senti ce qu’elles ont
éprouvé durant cette cérémonie touchante.
On a sur-tout applaudi aux succès et aux. travaux
infatigables du jeune Peyssard, et de son digne émule
Lalande, tous deux quatre fois vainqueurs dans les exer
cices. Après eux venaient Sandilhon, Boulouneix, Bru
latour, Gintrac et plusieurs autres, qui peut-être eussent
disputé la palme aux premiers, s’ils eussent embrassé un
égal nombre de cours.
Mais on ne pouvait oublier que le jeune Peyssard
avait obtenu, l’année dernière, des prix dans cinq cours.
Son infatigable ardeur, toujours couronnée, un talent
prononcé , des connaissances étendues dans un jeune
homme à peine sorti de l’enfance , tant de titres devaient
lui mériter un triomphe éclatant ; et il en a reçu le
témoignage unanime de ses émules, de ses professeurs,
et. de l’assemblée entière.
La citoyenne Séraphine Peyssard, rivale de son frère
dans le dessin, n’a pu obtenir le prix que lui décernait
le suffrage des artistes ; mais le jury rappelle que déjà
elle eût été couronnée trois fois , si elle avait pu
concourir j et le Préfet, au nom de l’assemblée, lui a
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rendu le tribut d’éloges que mérite un talent précieux,
joint à la beauté et à la modestie.
Sa sœur, Zoé Peyssard, et la citoyenne Clorinde Giry,
méritaient aussi de concourir pour le dessin, et toute
l’assemblée a applaudi à leurs talens et à leurs efforts.
Ces jeunes citoyennes, qui se livrent à-la-fois à l’étude
de la peinture et aux charmes de la musique, ont terminé
cette fete par un morceau d’harmonie qui a été parfai
tement exécuté, et à la suite duquel la citoyenne Zoé
Peyssard a fait entendre une voix flexible et touchante
qui n’a besoin que d’être encouragée.
Cette fête , si intéressante par les exercices des jours
prëcedens , dans lesquels on a jugé le talent profond des
instituteurs par les succès des élèves, a laissé dans Paine
de tous les spectateurs amis des sciences et des arts , une
impression bien douce et bien consolante. Chacun se
félicitait du bienfait d’une institution qui est , pour
ce département, une source féconde d’instruction et de
lumières.
Les pères , occupés du bonheur et de l’avantage de
ce qu'ils ont de plus cher, songeaient avec une douce
satisfaction, qu’ils pouvaient désormais, sans se séparer
de leurs enfans, les placer près d’une école qui doit
occuper un rang parmi les premières de la République.
Collationné :•
Le Secrétaire général de Préfecture,
DELFAU.